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MALADIi'lS ET ÉPIDÉMIES DES AUMÉES.
moins éloignés dans cerlaincs localités toujours les mômes, et le goitre endémi(iue s’observe à coté du goitre éj)idémi({ue dans ces mêmes localités ; les causes banales : fatigues, refroidissement, constriction du cou, action de boire de l’eau froide, etc., etc., sont tout à fait insuflisantes pour expliquer les épidémies de goitre, c’est dans des circonstances particulières aux localités goitrigènes qu’il faut rechercher la cause de ces épidémies; l’éüologie du goitre épidémique est la même que celle du goitre endémique, et les eaux potables jouent très-probablement le principal rôle dans les deux cas. « Bien que dans l’état actuel de la science il ne paraisse pas possible de formuler une doctrine éliologiipic définitive, dit M. Baillarger (rapport cité), néanmoins l’ensemldc desifaits recueillis jusqu’ici tend à démontrer que l’endémie du goitre et du crétinisme est duc à un agent toxiipic spécial contenu dans les eaux potables et peut-être aussi dans les plantes alimentaires. Malgré de nombreuses recherches la nature de cet agent est jusqu’ici restée tout à fait inconnue. » M. Baillarger va peut-être un peu loin en aftirmant qu’il existe un agent toxique, il est très-possible que ce soit l’absence de tels ou tels sels.qui rende les eaux goitrigènes, des eaux très-pures peuvent produire le goitre. S’il existait dans l’eau un principe toxique, il devrait agir sur toute la population, un régime snbstantiel et le mélange du vin à l’eau ne préserveraient pas du goitre les officiers et les sous-ofliciers.
Marche des épidémies. Description générale du goitue épidémique. — Les épidémies de goitre se développent insidieusement; comme la tuméfaction de la thyroïde n’est pas douloureuse, elle passe d’abord inaperçaie, les militaires ne s’en plaignent que lorsqu’ils ne peuvent plus agrafer le col de leurs tuniques; si au moment où quelques malades porteurs de goitre se présentent à la visite, on examine tous les hommes du régiment, on en trouve un certain nombre d’autres qui ont des goitres au premier degré. Le nombre des malades peut être très-considérable; dans l’épidémie observée à Colmar par M. Gonjet, 107 hommes du 5“ cuirassiers sur 000 furent atteints.
Le goitre ne se montre ijuc chez les hommes qui ont fait un séjour prolongé dans les localités goitrigènes, il ne s’attaque pas aux jeunes soldats arrivés depuis peu dans les corps comme font les lièvres éruptives, les oreillons, la fièvre Typhoïde.
La tuméfaction du corps thyroïde est dans la plupartdes cas le seul symptôme de la maladie; le goitre est plus ou moins volumineux, presque toujours mou et indolent, le lobe droit est généralement plus développé (pic le lobe gauche (Goujet, Nivet); quelques observateurs ont noté une augmentation de volume le matin (Goujet), ou le soir (Nivel).
GOITUE ÉPIDÉMIQUE.
L’élat général des hommes alteinls est très-salisfaisant du resle, ils méritenl à peine le nom de malades. Dans les cas très-rares ou la glande thyroïde, consitlérablement hypertrophiée, s’étend jusque sous le sternum et comprime la trachée, il peut en résulter une gêne nolahle de la respiration; parfois on observe des battements exagérés du cœur, des artères carotides et thyroïdiennes, (lui font craindre un goitre cxophlhahnique (Goujct) ; mais ces craintes sont peu foiulées, je n’ai trouvé dans les auteurs aucune observation de goitre cxophthalmique ayant succédé à l’épidémique.
Après une période d’accroissement lent et progressif, la tumeur reste stationnaire pendant quelque temps, enfin elle entre en voie de décroissance, soit spontanément, soit sous rinflucnce d’un traitement approprié.
La durée du goitre épidémique est très-variable; les chiffres fournis à ce sujet par les auteurs présentent entre eux des écarts considérables. D’après M. de docteur Nivet la durée moyenne du traitement a été seulement de sept à huit jours, à l’hôpital de Clermont; la durée maxima est fixée à vingt-sept jours, ce sont là des chitfres extrêmement favorables. Clievalier admet une durée moyenne de quinze à vingt et un jours, Girard de vingt-six jours, Collin de trente-sept, Tellier de trente-six, Goujet de soixante-neuf jours.
On ne peut pas mettre ces dilférenccs si considérables sur le compte des méthodes thérapeutiques ; tous les auteurs précités ayant employé à très-peu près les mêmes moyens de traitement, il faut bien admettre que le goitre n’a pas la même ténacité dans toutes les épidémies.
La guérison est la règle, le goitre épidémique passe rarement à l'état chronique parce que les militaires malades sont soustraits rapidement au milieu dans lequel le goitre a pris naissance.
Plusieurs observateurs ont vu des kystes de la thyroïde subsister après guérison du goitre et nécessiter de petites opérations (ponction suivie d’injection iodée); MM. Collin, Goujet, Dourif, Ilalhron, Rozan, Nivet, ont cité de ces exemples.
Comme le goitre épidémique n’entraine jamais la mort, nous savons très-peu de chose sur son anatomie pathologique. M. E. Collin a pu examiner le, corps thyroïde d’un homme mort de scarlatine et porteur d’un goitre aigu : le tissu du corps thyroïde était en partie décoloré, grisâtre, dur; il y avait hypertrophie des éléments fibreux, deux petits kystes gros comme des pois étaient remplis d’un liquide colloïde (1).
Le goitre épidémique ne suppure jamais, il mérite peu le nom de
(1) îlec. méin. méd. militaire, t. VI, 3» série, ISIll
ÜOS
MAI-ADiKS 1:T l'PlDKMltS DES AÜMÉES.
Ihyroïilile que lui doimoiil quel<(ues auteurs; dans l’aulopsie faite par K. Collin il y avait déeoloratiou du tissu glandulaire.
Pnoi’HVLAXiE. Tiimte.ment. — Il est certain qu’une alimentation abondante, (pie l’asagc du vin aux repas sont d’excellents présci'vatifs contre le goitre, c’est pour cela que les officiers et les sous-ofliciers sont prestpie toujours épargnés; on ne peut inallieureuseinent pas donner de vin aux soldats ou, lorsqu’on leur en donne, ce n’est jamais que d’une lagon temporaire. Le sel marin, ([ui renferme cependant de l’iode en assez forte proportion, ne parait pas capable de prévenir le goitre.
La seule fagoii certaine d’arrêter une épidémie de goitre dans un régiment, lorsipie la maladie menace de prendre une grande extension, consiste à soustraire les bommes au milieu goitrigène; le cbangement de garnison a toujours mis fin aux épidémies de goitre dans l’année; c’est là nn fait qui a été constaté maintes fois à Clermont et à llriançon (Cbevalier, E. Collin, Larivière). Le changement de milieu est aussi le meilleur traitement curatif (jue l’on puisse appliquer au goitre confirmé (Goujet).
Depuis (pie Coindet(de Genève) a préconisé l’iode dans le traitement du goitre (18^0), ce médicament a été employé presipie universcliement, les formes seules de la médication ont varié; il est remar([uablc qu’avant les travaux de Coindet et sans môme conuaitre l’existence de l’iode, on employait dans le traitement du goitre l’éponge brûlée qui renferme de l’iode en assez notable proportion. Généralement on administre l’iode à l’intérieur soit sous forme d’iodure de potassium (0,50 à 2 gr. par jour en solution), soit sous forme de teinture (10 gouttes de teinture d’iode deux fois par jour, en augmentant progressivement jusqu’à 20 gouttes matin et soir); Coindet employait la teinture d’iode iodurée. L’iodure de fer, l’huile de morue, en même temps qu’ils agissent contre le goitre, peuvent remplir des indications spéciales, ils trouvent leur emploi chez des sujets anémiés ou lymphatiques.
M. le docteur Nivet recommande l’iodure de potassium à faible dose (0,10 matin et soir).
L’iode est employé aussi sous forme d’applications topi(pies; les pommades iodées et iodurées n’introduisent dans l’organisme ((u’une très-petite quantité d’iode, n’est-il pas plus simple et plus sûr de faire absorber l’iodure de potassium par les voies digestives? Quant aux badigeonnages iodés, ils déterminent une révulsion qu’il est plus facile d’obtenir à l’aide de vésicatoires.
Les médecins anglais des liulcs ont employé avec succès le deutoiodure de mercure sous forme d’oiigucnt préparé avec l gramme de sel mercuriel pour O ) grammes de cérat; cet onguent est étendu sur le
GOITRK ÉPIDÉMIQUE.
goitre à Faille d’niie friction prolongée, puis le malade s’e.xpose en plein .soleil, la peau ne tarde pas à présenter une large vésication (1).
Dans ces dernières années, M. le docteur Lulon a préconisé les injections iodées parenchymateuses; M. Liiton injecte 1 à 5 grammes de teinture d’iode pure dans l’intérieur du goitre à l’aide d’une seringue analogue, à celle de Ih'avaz, Cette opération est suivie d’une douleur lrès-vive,la glande lliyroïde augmente de volume, la rétraction se lait ensuite lentement, et d’après M. Luton les résultats définitifs ne sont réellement appréciables (|u’au bout de 5 ou G mois! Ce traitement n’est pas applicable au goitre épidémicpie, il faudrait au moins le réserver pour les cas très-rebelles, pour ceux par exemple qui laissent à leur suite des goitres cystiipies; d’après M. Lulon l’évacuation de la matière colloïde contenue dans les kystes n’est pas nécessaire : sous l’iidluence de l’iode celte matière est résorbée.
L injection d’iode dans l’intérieur d’un goitre peut présenter quelques dangers auxquels on ne doit pas exposer les malades à moins de nécessité absolue; Patritti, dans sa thèse (:2), rapporte plusieurs exemples d’accidents graves survenus à la suite de l’injection iodée dans la thyroïde.
Les émissions sanguines locales ne sont utiles que dans les cas très-rares où un goitre aigu et très-volumineux gêne la respiration et la circulation dans les vaisseaux du cou.
On a préconisé le froid, la glace; j’ai vu plusieurs fois des douches froides sur le cou (douche en jet) déterminer la résolution de goitres qui avaient résisté aux préparations iodées.
Quand le goitre est rebelle aux médications précédentes et qu’il tend à devenir chronique, il faut renvoyer les malades chez eux, s ils sont d un pays où le goitre n’est pas endémique; quand les malades rentrent au régiment après trois mois passés chez eux, en congé de convalescence, le goitre a presque toujours complètement disparu. L’efficacité du cbaugement de milieu est si bien reconnue dans le traitement du goitre qu’on se demande s’il ne serait pas bon d’évacuer immédiatement tous les hommes atteints sur une localité non goitrigène; les goitreux pouvant voyager lacilement, cette mesure ne présenterait aucuna difficulté, les plus malades entreraient dans un hôpital militaire voisin, les autres seraient mis eu subsistance dans un régiment de la même région; le goitre n’est pas contagieux, il n y a donc pas lieu de craindre que les militaires importent la maladie d’une garnison dans une autre.
(t) Monod, rs.")9. .1. Mill Frodsham, 1800. CUiis par Luton. Art. Goithe, Nouveau Dicl. de méd. et de chir.
(2i Du goitre cijslique. Thèse; Paris, 1872.
A. LAVEKAN.