OPHTALMIE PURULENTE
soldais, campes sur les rives du nouveau lac Maréotis, furent frappés d’oplitlialmie, et dans l’espace de deux mois et demi plus de 3000 hommes passèrent successivement dans les hôpitaux. » (Larrey, loc. cil., p. 2 17.)
Savaresy, Bruant, accusent aussi l’intensité de la lumière solaire, le sable brillant du désert, la fraîcheur des nuits; les principales mesures ]irophylaclif|iies indiipiées par les médecins de l’armée d’Egypte sont : de ne pas dormir en plein air les yeux découverts, de ne pas s’exposer à la lumière trop vive du soleil, de se baigner souvent les yeux avec de l’eau claire; ii n’est pas question de mesures à prendre contre la contagion, et de fait, lorsque l’armée rentra en France, les opbibalmiques guérirent assez rapidement sans propager la maladie dans les garnisons de l’intérieur. Il n’en fut pas de même pour l’armée anglaise, qui elle aussi avait contracté l’ophlhalmie en Égypte (l); rophthalmie continua à sévir sur les soldats anglais, qui la transportèrent à Malte (1801), à Gibraltar (1802) et jusqu’en Angleterre.
Avant de poursuivre Lhistorique de l’ophlbalmie purulente dans les armées, il importe de remarquer que l’ophthalmie n’est pas spéciale cà l’Egypte. En Algérie comme en Élgypte, l’oplithalmic purulente est endémique et naît probablement des mêmes influences de milieu; on la rencontre en particulier sur les populations de la Kabylie et des oasis. En Kabylie, il existe un aveugle ou un borgne sur 04 individus (2); en Egypte, 1 sur 50; dans l’Arba, presque tous les babitants portent les stigmates de l’oplithalmie; la même observation a été faite à Tebessa (Mutel), tà Lagbouat (Ancinelle et Marit), à Biskra (Beylot et Caslaiiig); à Tuggurt (Baelen, Limayrac). Dans l’armée d’Afrique, d’après des documents recueillis par Michel Lévy, on compte en moyenne un ophthalmique sur 29 malades dans le trimestre; 1 sur 15 dans le 2“®; 1 sur 12 dans le ; 1 sur 13 dans le 4“°. En 1839, plus de 200 hommes furent atteints d’ophlhalmie à Constantine; en Juillet, août et septembre 1839, elle régna sur les troupes logées à Philippeville dans des maisons mauresques; en 1840, sur la garnison de Batna; en 1840, 1847, 1851, 1852, sur celle de Biskra; en 1810 il n’y eut pas moins de 158 malades à. Biskra sur un effectif moyen de 380 hommes, et la population arabe fut encore plus maltraitée. De juillet tà novembre (1840), l’ophthalmie fut épidémique à Boue, et la même année M. le docteur Marit l’observait à Lagbouat (3). Malgré la fréquence de l’ophlhalmie en Algérie, mal-
(1) Velcli, Traité des maladies des yeux.
(2) Vedremio, liée. mém. méd. înilitaire, t. II.
(3) L. Laveran, Art. Algérie, Diction, encyclopédique des Sc méd..
MALADIES ET ÉDIDEMIES DES ADMÉES.
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gré le coütiimel mouveinont de Iroupos (lui se produit entre la rM’ance et l’Algérie, nos soldats d’AIViqne n’ont jamais importé l’oplithalmie dans les garnisons de l’intérieur.
lllSTOUIQUE ET EUÉQUE.NCE DE l’oPHTIIALMIE DANSEES AUMÉES EEUO-
PÉENNES(1 ). Arwn'ainjliiise. — Nous avons vu (pie les Iroupes anglaises avaient soullert de l’oplitlialmic en Kgypte; en 1(S01, au moment du retour de l’armée, une épidémie d’oplitlialmie éclata à .Malle dans le 0“ de ligne; en 1802, le et le 50“ en lurent atteints à Gibraltar; les militaires importèrent la maladie en Angleterre : une épidémie très-grave lut observée à l’asile militaire de Gbelsea. en 18()i-, 392 enl'ants furent atteints; à cette épofiue2317 militaires étaient frappés de cécité absolue, un plus grand nombre avaient jierdu un (eil. Itans le 5“ régiment, sur un elfeclif de 700 hommes environ, on en envoya 030 à rii(')pital pour opbtbalmie, do 180.) à 1800. Kn 1815, pendant la campagne de b’rance, l’ophthalmie était épidémiipie dans les Iroupes anglaises; aujourd’liui elle a presriue comiilétement disparu de cette armée, mais elle s’est étendue à la population misérable <pii peuple les workiiouscs.
Armé(> italienne. — Les troupes italiennes qui tenaient garnison à nie d’Llbe, à Gènes et en Sicile eurent de nombreux rapports avec les soldats d'Lgypte, et peu de temps après, l’oplilbalmic épidémique se montra dans l’armée italienne.
En 1808 le docteur Laverine décrit l’oplitlialmie épidémique qui sévit à Vicence sur le 1“*' régiment d’infanterie légère. Au mois d'août 1812 l’ophtlialmie règne dans la 5“ division militaire en Italie; la Faculté de Pavie, consultée à ce sujet déclare que l’o|iblbalmie est ' contagieuse et indique les mesures prophylactiques capables d’arrêter le développement du mal. Le 0“ de ligne fut tout particulièrement éprouvé par ropbthalmie; le rapport du major Ferru dit (pie l’oplitbalmie régnait dans ce corps depuis sept ans, c’est-à-dire depuis l’épocpie où se trouvant en garnison à l’ilc d’Elbe, il avait reiyu la maladie des prisoniders français venus d’Alexandrie. A Ancône un bataillon du 4“ de ligne étant venu loger dans une caserne occupée par le l)“ régiment fut altaipié de l’oplitlialmie et eut ensuite plus de malades que lui. D’excellentes mesures furent prises pour arrêter le dévclopiiement des opbthalmies, on isola les malades dans des Impitaux spéciaux, on lit passer les convalescents par des dépôts avant de les renvoyer dans leurs corps, on suspendit 1 incorporation dans les
(1) HappoiT :\ilrossê an ministre tic la guerre sur les fa ts recncillis an congrès oplillialmoscopiipic de Drnxcllcs [>ar MM. L. Laverai) et Luslreinan. (/icc. ntéiii. méd mililaire, 2“ série, t. XX.)
OmiTIIALMIK PrnUIÆNTE.
ni 3
régimciils alleinls, cl l’armée italienne fut rapidement debarrassée de l’oplitlialmie épidémi(|nc (1).
Arw(‘p pniasieinic. — En 1813 rophllialmic épidémique prit une grande extension dans celle armée; à Leipzig, à. Mayence (18 13-18 10), pendant la campagne de-Fi-ance, les troupes prussiennes furent trèsmallrailées par l’oplillialmie, (pii acquit une inlensilé extrême dans la [ilupart des garnisonsen 1817, 1818 et 1810. Aujourd’bni encore le nombre des ophllialmiques est assez considérable dans cette armée; pour 1808, on en ti'ouve 03.0 sur iOOO hommes d’ell’eclif et 05.7 en
Aruién (lufilro-hoiigroise. — De 1817 à 18:27 roplilbalmic a régné dans l’année aulriebienne sans y prendre un très-grand développement; en 1810, la garnison autrichienne de Florence fut fortement atteinte, 1001 militairesentrèrent successivementà l’hôpital ; en 1800, on trouve encore dans cetlearmée03 ophlhalmi(pies sur 1000 hommes.
Armée russe. — Pendant la campagne de France, elle ont prés de oOOO ophthalmiipies ; en 1817, 1818, 1810, l’épidémie sévit sur les troupes russes en Pologne. Fn 1820 rophlhalmie règne à Cronstadt, particuliérement sur les matelots; en 1832, 1831, 1830 et 1837, à Saint-Pétersbourg, sur les troupes de la garde. De tout temjis l’ophthalmie s’est montrée endémique en Finlande et en üi'imée.
Année esjingnole. — D’après le docteur Cervera, de 1852 à 1850, 20 310 ophthalmifpies ont été traités en Espagne dans les bôpilaux militaires, sur lesquels 2000 ont été réformés (elTectif annuel moyen, 70000 liommes).
Année belge. — Celle armée a été sans contredit la plus éprouvée par l’ophthalmie militaire; nous devons à nos confrères de l’armée belge un très-grand nombre de travaux importants sur le sujet (2).
On a prétendu (|ue l’ophthalmie avait été importée dans l’armée belge par d’anciens soldats revenus d’Egypte, incorporés en 1814 et 1815 dans celle armée, ou encore par des soldats anglais oii prussiens; ces assertions ne reposent sur aucun fait certain; l’ophthalmie ne se montra pas dans l’armée belge pendant la campagne de France (3); c’est vers la fin de 1815, et plus spécialement en 1810, qu’elle éclata dans dilTérenles garnisons. La Delgitiue venait d’étre réunie ci la Hollande, et le prince d’Orange-Aassau procédait à la réorganisation de l’armée; M. le docteur Yleminckx a insisté beau-
(I) Ozanam, Op.cil., l. III, p. U-18.
{-) ' oy. Archive,'! heltjes de méd. mililaire, passim.
(3) Vlcminckx, Rapport au miimlre de la guerre sur l’ophlhalmie. des années. Bnixalleô, 183 t.
eu
coup sur ce fait (pie l’appariliou de ia maladie coïncida avec des niodificatious appoiTées dans l’iiuilonue dos troupes.
Eu 1H:20, l’armée comptait il.âUoplitlialmiiiues sur fOOOO hommes; après les évéïiemenis de 1830, la maladie fit île nouveaux [irogrès.
Ce n’est guère (m’eu 1833 que le gouveriiemeut hclgc s’émul de rexteiisioii du mal. A celte époque les médecins militaires belges étaient divisés en cowprmionisles et corikujionlfiles. M. Vleminclvx, inspecteur général du service de sauté de rarinée, prétendait, avec les premiers, ipie la maladie était le résultat de la compression exercée sur le lï'onl et le cou |iar le shako et le col nouveau modèle (rapport cité); iMM. l’allot et Variez étaient à. la tète du parti contagioniste (1). he ministre directeur de la guerre institua une commission chargée de rechercher les causes de l’ophthalmie et les moyens de l’éteindre. Celle commission, iiui avait été composée de médecins u’ayanl jamais émis d’avis sur la question, ne réussit pas mieux à s’entendre cl on fit venir de Berlin le docteur .lünsken, qui proposa entre autres mesures le renvoi des granulés dans leurs foyers ; la commission ap|)uya cette proposition et demanda que plusieurs modifications fussent apportées dans runiforme des troupes afin de taire cesser la compression du cou.
En 1834', une circulaire ministérielle prescrivit d’envoyer en permission dans leurs foyers tous les hommes atteints de granulations des conjonctives ; 44'.)i granulés furent envoyés dans leurs familles. Fallot, médecin principal à Namur, s’éleva inutilement coidre une mesure qui allait faciliter la propagation de la maladie dans la population civile (2); un médecin autrichien, le docteur Ehle, montra également les dangers du renvoi des malades dans leurs foyers (3). Ces ]>rédiclions ne tardèrent pas à se réaliser, l’ophthalmie diminua de fréquence dans l’armée, mais elle s’étendit dans les campagnes, qui jusque-là avaient été préservées; MM. Decondé et Crocnendaels (4) publièrent en 1837 des faits parfaitement probants au point de vue de lacoulagion; la clameur puhliipie devint si générale (pi’on revint sur les mesures adoptées, et cette lois les contagionistes enreut gain de cause; les granulés furent envoyés, suivant le conseildc M. fallot, non plus dans leurs familles, mais dans des hôpitaux installés à cet clfet. A partir de ce moment (décision du 211 avril 1837), le noinhie des
(1) Recherches üur les causes de l’ophlkahnie qui rétjne dans quelques (jarnisoiis de l'année des Pays -Ras.
(i) De. la simulalitni el de la dissimulalion des maladies. Dnixellcs, 1830.
(3) Considérations sur la hlepharoplilhalinie catarrhale des années qui règne parmi les troupes helqes. Loiivain, 1830.
(i) Bulletin médical hehje, 1837, p. 5t.
OPIITIIALMIE PURULENTE.
ophthalmiqucs alla progressivement en diminuant;en 1840, le nombre (les granulés était tellement réduit (jii’on ferma les dépôts de >amur ctcrYpres; on se contenta dès lors d’affecter dans chaque caserne une ou plusieurs salles au traitement des granulés; ces salles existent encore aujourd’hui, bien (pie le nombre dos malades se restreigne do plus en plus (1).
Étiologie. Natuue. — La première question qui se pose est ce c de savoir si l’oplithalmie épidémique dos armées constitue une espèce particulière, si elle mérite le nom d’ophtbalmie d Lgyple ou bien s il faut la confondre avec les autres espèces d’opbtbalmie purulente.
Mackenzie, qui a très-bien décrit rophtbalmie contagieuse, 1 assimile complètement à l’ophtlialmie catarrhale ; elle n’e.st pas, dit-il, le résultat d’un principe spécifnpic on d’un virus importe d Lgyple (“2). L’oplilbalmic catarrhale devient facilement purulente, surtout chez les jeunes enfants; elle règne souvent à l’état épidémique, elle est contagieuse; d’autre part l'oplithalmie militaire peut présenter seulement les caractères de l’oplithalmie catarrhale et 1 on no voit pas sui (piels signes on pourrait établir un diagnostic diflércntiel entie ces deux anations. L’oplithalmie qui règne dans l’armée, dit Yleminckx {op. cil., p. H), ne différé pas de celle qu’on rencontre à l’état sporadiipic, elle se présente comme cetle dernière sous plusieurs aspects : tantôt les conjonctives oculaire et palpébrale n’olfrent qu’une légère congestion, tantôt elles sont enflammées et l’inflammation peut s’étendre cà la cornée et à l’iris; l’oplithalmie purulente n’est que le plus haut degré de l’ophthalmie catarrhale. Sur 100 malades il y en a 80 au moins chez lesquels on ne rencontre tout d’abord qu’une congestion lies conjonctives; il n’est pas possible d admettre avec certains auteurs (pie les 20 autres cas se rapportent seuls à ro]dithalmie militaire, les premiers étant dus à l’oplithalmie catarrhale ou sporadique ; cà chaque instant ces types se transforment l’iin dans l’autre. La contagion de l’ophthalmie purulente des enfants est aussi bien prouvée cpie celle de 1 ophthalmie purulente des soldats, MM. Mac-
kenzie (np. cil., t. P
650) et Gosselin (3) ont môme démontré
que la conjonctivite catarrhale était contagieuse comme l’ophthalmic purulente, bien qu’à un plus faible degré.
L’oplithalmie catarrhale a donné lieu très-souvent à des épidémies,
(!) Mackenzie, Op. cit. Traduclion de E. IVarlomoiit, et .V. Testelin.t. 1, p. 711, article additionnel des traducteurs.
(2) Mackenzie, Op. cil , t. I, ji. GGl.
(3) Gosselin, Mémoire sur l’origine par contagion des conjonclivites catarrhales. iArch. gén.de méd. Avril 18G9.)
(ilü
dans des comlilioiis qui ne penncllenl pas d’adniellre la conlag-ion du prélendn vinis rapporlé d’Egyple par les années IVaneaisc ct anglaisc.
\crs la fin de 18,57, dil llairion, l’oplillialniie grannlcnse apparut dans lin pensionnai de Jeunes demoiselles; rnne des élèves portail depuis qnalie ans une hiépliarile granulcnse clironiipie, qui à cette époque s’éleva font à coup à l’état aigu; c’est cette élève ipii répandit la maladie parmi les pensionnaires ipii couchaient dans des dortoirs étroits el manquant d’air. Le même auteur rapporte encore le l'ait suivant : Une jeune élève d’un pensionnai du llainaul ayant été prise dans le mois de mars 18,)!5 d’une opiilhalmie pnrnlcnle aiguë ajirès avoir été monillée par la pluie, la maladie se répandit parmi ses condisci|)los et (luehpies jours après vingt élèves s’en trouvaient at-
teintes (1).
En 18,5U, à 1 orphelinat de Malines, une orpheline âgée de douze ans contracte pendant une promenade une opiilhalmie catarrhale qui passe lapidemeutà la purulence, la maladie se projiagc el s’élend hienlùl à tout l’hospice (:2).
Eu 18:U2 une épidémie analogue s’était développée dans la maison de reliige fondée à Paris pour recevoir les orphelins du choléra; cent cinipiaute enfants lurent atteints, ainsi que plusieurs iiilirmiers chargés de leur donner des soins, la maladie se propagea dans les et xip arrondissements.
Le lait suivant est donné par Mac Grégor et Mackenzie (np. cil., t. I, p. 080) comme nu exemple de conjonctivite pnro-mnqucnse née des inllncnccs atmosphériques et contagieuse. Le vaisseau négrier le Rôdeur, parti du Havre le 24 janvier 1819 pour la côte d’.Vfrique, reprend la mer après avoir embarqué 100 nègres, ipii sont entassés a loin! de cale el dans l’enlre-pont; quinze jours après le départ des côtes d Afrique 1 ophthalmie se montre sur les nègres et se propage à l’équipage. En mer le Rôdeur fait rencontre d’un antre hàlimcnt dont l’équipage était aussi maltraité par l’ophthalmie. La situation de ces deux navires était fort critique, uu marin du JUideur fut heureusement épargné et put diriger les navires jusqu’en Amériipie. Ou peut prétendre, il est vrai, (piel’ophlhalmio régnait déjà sur les nègres au moment do rcmharqnenienl.
De nomhrenx exemples prouvent que l’ophthalmie épidémique a été observée eu Europe de tout temps et qu’elle n’a pas éclaté pour la première fois après la campagne d’Égypte.
(1) ILiirion. f.ili' pnr L. Ln>cr:in et Liisireni.in, Mém. ci/p, p. 28.
(2) Gouzée, Trailé de l’oplulialmie tnilUaire.
OPIITIIALMIE PURULENTE.
Anialiis Liisilamis rappoiTe ([ue tic sou Iciiips roplitlialmie cpitlémù]uc sévit à Lishonuc; eu 1505, dit Foresliis, il y cul eu Ilollauile hcaucoup irophlhaliuics, des ramilles eulières en étaient attaquées. Eu 1095 il y eut dans la liesse nue oplilhaliuie épidéiuiipie très-rcOclle, de même à llerliii eu 1090. A la (iii de l’iiiver froid et humide de 17:2^, une épitlémie violente d’ophllialmie contagieuse atteignit les liahitauts tle Ferrare. A .\urillac, eu janvier 1740, l’ophtlialmie épidémiiiue lut observée sur les ciifauls; eu 1772, des épitlémies analogues aux pi'écétleules se déclarèrent à Londres et à Paris (1).
Eu 1778 une oplilhalmie épidémi(|ue allaipia tout le voisinage de Newhurg dans le Berkshire; elle régna eu même temps dans les camps occupés par les troupes anglaises, ou la désignait sous le nom ù’ocnlar diseasc (Mackenzie, op. cil., t. I, p. 058).
Au mois de mai 1792 quch|ues bataillons des troupes du duc de 1 Modèue se rendirent à Beggio pour y faire cesser les Ironhles; après une nuit passée sons les spacieux porliipies d’un couvent situé an nord, près ties fossés de la citadelle, un grand nombre d’entre eux furent j>ris d’une violente o[)blbalmie catarrhale (2).
L’opblbalmie militaire ne dilfère pas de l’ophlbalmie calarrliale, elle peut prendre naissance en Europe comme en Egypte, à Pans comme an Caire; les auteurs qui ont voulu faire dériver tous les cas iro|)litbalmie militaire observés depuis 1800 de l’ophlbalmie contractée en Egy|)tc par les soldats anglais ou français sont tombés dans une erreur opposée à celle des anli-contagionisles. Il faut faire bien des bypolbèses hasardées pour démontrer (pie dans toutes les armées européennes le virus rapporté d’Egypte a été le point de départ de l’opbtbalmie purulente.
i\os soldats si fortement atteints par l’oplilbalmic en Egypte guérirent l’apidement, la maladie ne se répandit dans aucune des garnisons de l’intérieur; les troupes françaises ne peuvent pas être accusées d'avoir disséminé l’ophlbabnie, sauf peut-être en Ilalie. L’importation de la maladie dans l’armée belge par des soldats revenant d’Égypte, ou encore par des soldats anglais ou jirussiens au moment de la campagne de France, est une hypothèse. Il y a pins : on a trouvé à Gand une charte de 1330 qui témoigne de l’cxislcnce <à celte époque d’une oplilhalmie contagieuse; les partisans de l’origine égyptienne de l’ophthalmie ne se sont pas embarrassés pour si peu, ils ont admis qu’il y avait eu une première importation au
(1) Ozairim, Op. cil., t. lit, p. 7.
(2) Assalnû, Manuale (li chirurgia, parte 11, p. 117. Milan, 1812.
maladies et Epidémies des armées.
temps lies croisades (I)! Cerlaiiicmciil l’oplillialmie d’Ki’vple a été | iüiporléo par les troupes anglaises à Gibraltar, à Malte et en Angleterre, cl l’cxpédilion d’Kgypte a cdé une des ca\ises du grand dévclo|)pemenl épidémicpic de ro|)litlialmie pnruleiilc dans les armées . au commencement de ce siècle; mais ropbtlialmie d’EgypIc n’était ! pas une maladie nouvelle, spécirnpiement distincte des opiilhalmies j épidémi(pies (pii avaient régné antérieurement sur dilTérents points ' de l'Europe.
Les causes de l’oplitlialmie purulente ont été très-bien indiquées' : par lairrey, Desgeneltes, Uruaiil, Savarcsy, Assalini; tous s’accordent ' à accuser rindueuce des nuits fraicbes et bumides succédant à des j journées très-cbaïules, l’aclion d’une vive lumière, le sable du dé- ' sert; en Algérie on a observé (pie les opiilhalmies se développaient . souvent che/ les hommes qui couchaient en dehors de leurs tentes . cl (pii s’exposaient directement au rayonnement nocturne. En Europe on a vu souvent des refroidissements produire le môme effet; l’épidémie des orphelins du choléra (Paris, 183:2) éclata à la suite d’une averse qui mouilla les enfanis. Il est probable (pic l’épidémie des armées alliées, en 1813 et 181"), fut due en grande partie à la nécessité de bivouaquer la nuit sur la terre froide cl biimide, après des marches fatigantes et des combats incessants ('2).M. Van Iloosbroeck a vu souvent des opiilhalmies purulentes se déclarer sur des paysans qui pendant la moisson s’exposaient à des refroidissements alors que ■ le corps était tout couvert de sueur (3).
M. le docicur Vleminckx recherchant pourquoi ropblliahnie était si fréquente dans l’armée belge, si rare dans l’armée frau(;aise, est arrivé à celle conclusion qu’il fallait placer dans réipiipemenl du soldat belge et en particulier dans la compression de la tète et du cou les causes de sa prédisposition aux ophthalmies (rap|iorl cité). Je. ne m’explique pas l’aclion du shako sur roplitliahnic; la compression des jugulaires par le, col miliiairc trop serré peut déterminer' une congestion des paupières, mais de cette congeslioii passive ài l’inllammalion purulcnlc il y a encore loin. M. ^lcminckx, ipii dans • son rapport réclame pour les troupes belges un uniforme analogue à celui des troupes françaises, oublie ipie pendant le premier empire ■ nos soldais avaient un col bien autrement gênant que celui eu usage* dans l’armée belge, cependant, malgré l’importalion de l’oplillialmie ; d’Égypte, l’armée française fut épargnée; l’adoption des moditicalions»
(1) L. Laverai! cl I.iistrcnian, lUipporl cilé, p. 19.
(2i L. Lavoraii cl Liistrcman, Rapport cité, p. 29.
(3) Yaii Roosbrocck, Cours d’ophllialmologie.
OPllTIIALMIE PURULENTE.
Bidaiis réqiiippmcnt dos troupes réclamées par les compressionisics J n’a pas arrêté en Belgique le développement de roplitlialmie puruin lente.
La contagion joue évidemment le principal rôle dans la propagation de la maladie.
Du pus provenant d’une ophtlialmie purulente transporté sur la iconjonclived’nn ôcil sain détermine l’apparition d’nneoplitlialmie. Déjà ■ en 181:2, le processeur Jaeger (de Vienne) inoculait le pus oplithalmique pour guérir le paimns; MM. Fallût, llairion, van Boosbroeck en Belgique, Desmarres à Paris, ont employé avec succès celle méthode de traitement.
Un médecin mililaire belge, M. Hnpscb,afait l’expérience sur luimême ; une ophtlialmie très-violente se déclara à la suite de rinserlion d’une goutte île pus entre les paupières, cl M. Ilupscb faillit perdre la vue. Cdiez les animaux ou produit facilement des opbtbalmies de la même manière (Vasaiii, Decondé, Garou de Villard, Gbassaignac) ; il n’est même pas nécessaire de prendre du pus provenant d’une ophthalmie purulente proprement dite. Le docteur Guillé ayant recueilli à riiùpital des Eufaiils malades, k Paris, du mucus puriforme chez quatre enfants alfectés de conjonctivites puro-muqueuses l’introduisit entre les paupières de quatre autres enfants appartenant à l’institut des Aveugles ; il se produisit chez tous quatre une conjonctivite puromuqueuse qui suivit sa marche normale (1).
B arrive souvent ipic des médecins, des infirmiers, en pansant des malades atteints d’ophthalmie purulente reçoivent dans les yeux une goutte de pus et prennent ainsi des ophthalmies très-graves. MM. Decourtney, Desmarres, Fioront Cimier, Lacauchie, ont été victimes de cet accident (“2); sir Patrick Mac Gregor (3) et Decondé (4) rapportent de nombreuses observations d’inoculation accidentelle par le pus provenant de conjoctivites purulentes. Tantôt une infirmière faisant une injection dans les yeux d’un enfant malade, reçoit dans 1 œil une goutte de pus mêlé au liipiide de riujcction; tantôt on se sert par inadvertance d’un linge ou d’une éponge qui a servi à nettoyer les yeux d’un ophthalmique.
La contagion à distance, par l’intermédiaire de l’air, n’est pas aussi bien démontrée que celle par contact médiat ou immédiat; plusieurs observateurs ont été jusqu’à nier ([u’elle fût possible. Des oplithal-
ll) Bihliolhéque opldltalmolofjique, t. I, p. 81. Paris, 1820. Cité par Mackenzie, Op. cil-, t. 1, p. 060.
(2> L. Laverai! et Lustreman, Mém. cité, p. 37.
(3) Cité par Mackenzie.
Bulletin médical belge. Avril 1837.
C“20 MALADIES ET EI'IDRMIES DES AltMÉES.
mi(iii('s ont ôté souvent placés dans les liôpilaiix à côté d’autres malades dans des salles communes et la maladie ne s’esi pas propagée (Vlennnckx).
F>n l<S2i, M. Ducoudray a fait à riièpital de Garni l’expérience suivante : trente oplitlialini(pies et trente lionimes convalescents de did'él eiiles alfeclions, furent placés dans la même salle, il n’y eut aucun cas de. contagion (I). Nous avons vu (jiie rophlhalmie d’Égypte nes’était pas propagée dans notre armée en 1801 etijue roplitlialmie d’Algérie n’avait jamais été impoiTée en France.
Jl’auti'es faits tendeid, à prouver que si la contagion à distance n’est pas nécessaire, (die est au moins possible. Nous avons (bqà parlé de l’épidémie oliservée à bord du navire le Rôdeur, elle ne s’explique guère (pie par la contagion à distance; l’épidémie de Cbelsea est trèsintéressante a (‘tudier au point de vue du mode de pro|»agation de l’oplillialinie. Le Jlilitary Asylum de Cbelsea est une vaste institution pour l’éducation des eidants des soldats. Au commencement du mois d’avril 1804 on amena à rinfinnerie deux garçons atteints de conjonctivite, à la lin du mois six autres enfants étaient pris. Fendant le mois do mai, (piarante-(piafre garçons et cinq filles furent traités, soit ci la cbambre, soit à riiifirmerie, pour opbtbalmie; en juin, cimpiantebuil garçons et trente-deux tilles, plusieurs infirmières, furent frappés. La femme d’un officier d’étal-niajor vint à celte épinpie visiter l’asile, elle était accompagnée de son fils âgé de cinq à six ans, (pii joua avec les autres enfants ; il contracta rojiblliaiinie ; quelques jours après sa sœur âgée de deux ans, puis sa mère, en furent atteintes. L’épidémie de Cbelsea continua à s’étendre pendant les mois de juillet et août. « Tous les enfants de cinq à six ans et demi, dit Mac Cregor, sont formés en une seule compagnie ; on remarqua que pendant le courant de ce mois (août) et de celui ipii le précéda, la presipie totalité de la compagnie fut atteinte d’opbtbalmie. La marebe envabissante pouvait se suivre dans les dortoirs de lit en lit suivant l’ordre dans lequel ils étaient placés, et cela jusipi’à ce que presipie tous eussent été pris. J^es deux infirmières allacbées à celle compagnie coiicbèrenl toujours dans la salle et ce furent les seules de celles appartenant à l’insliliilion, à part les infirmières de rinlirmerie, ipii furent atteintes de la maladie (:2). »
Lorsipi’on Belgique on eut renvoyé dans leurs foyers plus de 4000 granulés, roplitlialmie jusqu’alors limitée à l’armée se répandit
(t) A. D(!c<Hi(lray, Coup d’œil sur l’oplillialinie qui allaque plus particulièrement les nulitaires de noire armée. Garni, 18-27.
(2) Sir Palrick Mae Greqor. Cité par Mackenzie, Loc. cil., p. 081.
OPIITIIALMIE PUr.ULENTE.
U dans les campagnes; il lallnl revenir sur une mesure dont le docii'i leur Fallût avait indi(|ué de bonne heure tous les dangers. De nornrii breux laits ont été publiés à cette épo([ue (pii prouvent sans conteste 41; (pie les militaires communiipièrent l’oplithalmie à leurs familles; pres([ue tous peuvent se résumer ainsi ; un soldat de tel bataillon,
f convalescent d’oplilbalmie ou atteint de granulations, est renvoyé dans sa lamille; an boni de (piebpies jours rophlbalmie se développe I sur les personnes (]ui Fentourent, sur ses parents, ses frères et sœurs, etc. On peut et l’on doit en conclure (jiie les soldats belges, envoyés en conge ont transmis Fo[)litlialmie purulente; ces faits prouvent une fois de plus la contagion, ils ne démontrent pas qu’elle se soit faite à distance. Dans la promiscuité où vivent d'ordinaire les habitants des campagnes, qui peut aftirmer ([u’une môme serviette qu'une même éponge n’a pas servi à laver les yeux sains et les yeux malades? ([u’un linge, qu’un mouchoir souillé par le juis de l’oiililhalinique, n’a pas servi aux autres membres de la famille?
.M. Decondé a placé des ebiens atteints d’ophthalmie dans une même chambre avec des chiens non malades, l’oplithalmie s’est développée sur ces derniers (1); pour que l’expérience fût conclnanlc, il aurait fallu attacher les chiens de façon à ce (pi’il leur fût impossible de se communiquer l’ophlhalmie par contact immédiat (i2).
« Nous avons vu, dit M. Gouzée, cl cette expérience a été répétée bien souvent sous nos yeux, des régiments infectés d’o|)blhalmies et d’autres qui ne l’étaient pas, occuper successivement pendant plusieurs mois des casernes d’ailleurs saines et spacieuses... .lamais la maladie ne se communiqua à ces derniers. » Cela prouve encore contre la contagion à distance, car on ne voit pas pourquoi l’ophlhaimie ne se Iransmeltrait pas d’un régiment infecté à un autre qui vient occuper la même caserne, à quelques heures d’intervalle, si le germe existait dans l’air.
La contagion de l’ophthalmie à distance est possible, croyons-nous, mais rare, et le plus souvent la maladie se propage par contact médiat; des linges, des éponges qui servent à plusieurs personnes, surtout dans les hospices d’enfants, expliquent la propagation de la maladie, sans qn’il soit nécessaire, dans la plupart des cas, d’invoquer la contagion àdistance, par l’intermédiaire de l’air; les enfants jouent entre eux, souillent avec le pus de leurs paupières tous les objets qu’ils louchent; ils se frottent les yeux, puis se caressent entre eux ou exercent leur
(1) Deroiulc, Annales de la Société de médecine d'Anvers, 1837-1838, p. 17, et Dullelin médical hehje, 1837, p. 5t.
. (2) Warloniont et Teslcliii, in Traité des malad.des yeux. .Mackensie. 1. 1, p. 719.
MALADIES ET ÉIM DÉMIES DES AltMÉES.
sens du louclier sue la figure de leurs voisins; il n’est pas étonnant (|ue les oplillialmics trouvent dans ce milieu, très-rehelle à toute mesure propliylacti(pie, des conditions favorables à leur développement. i
Les individus atteints de granulations des conjonctives contractent i très-l'aciloment des ophthalmies aiguës, et c’est alors, surtout, (pie la maladie devient transmissible, parce que les produits de sécrétion I morbide augmentent dans une trèS'ibrtc proportion. D’après MM. A. i Tcstelin et van Uoosbroeck, c’est le globule de pus qui est le véritable j vélnculc du principe contagieux; il ne faut pas oublier qu’il existe des j globules de pus dans les sécrétions morbides de la conjonctive bien | avant (pi’clles ne prennent un caractère franchement purulent. |
On a beaucoup accusé rencombrement d’aggraver et de multiplier j les cas d’ophtbalinie purulente; il favorise évidemment la contagion; j c’est dans les milieux encombrés (pi’on a observé des faits favorables à la conlagion à distance : le pus desséché se répand en grande quantité dans l’air, sous forme de poussière, il y a infection comme sur le llùdotir ou à l’asile de Cbelsea; mais ces conditions d’encombrement ne sont pas indispensables au développement des ophthalmies, qui, en Belgique, se sont montrées souvent en dehors des casernes, sur des troupes cantonnées chez l’habilant ou dans les camps, particulièrement au camp île Beverloo.
Description générale. — L’ophthalmie épidémique peut se présenter sous deux formes : une forme aiguë ou suhaiguë caractérisée par la sécrétion d’un liquide purulent ou muco-purulent à la surface des conjonctives; une forme chronique caractérisée jiar la présence de granulations à la face muqueuse des paupières; du reste, ces deiix formes se succèdent et se remplacent souvent chez le même malade; l’ophthalmie aiguë ahoutit souvent à l’état gramdeux des conjonctives et l’individu alfecté de granulations est fréquemment pris d’ophlhalmie purulente aiguë; il n’y a pas là deux espèces morbides, mais deux variétés d’une même affection.
Vophllidbme purulcnle aiguë présente des degrés très-variables au point de vue de l’intensité des symptômes et de la gravité dn pronostic. Dans les formes légères le malade éprouve tout d’abord dans l’œil atteint une sensation do démangeaison, il lui semble qu’il existe des | grains de sable entre les paupières et le globe de l’œil. Les conjonctives I sont injectées, elles sécrètent un li(|uide muco-purulent peu abondant qui le matin agglutine les paupières. Bientôt la sécrétion angmenle, le pus s’écoule le long des joues et les excorie, les paupières se tumé- | fient. L’opbthalmie peut persister à ce degré pendant des semaines entières, mais souvent aussi l’inllammation s'étend et s’aggrave.
La conjonctive œdématiée et boursoullée forme une saillie qui
0 1' HT II A LM I E PU r. U LENT E .
s’avance sur la cornée (chéinosis) et la recouvre en partie; les paupières par suite de la luinéiaction de leurs couches prolondes ont de la tendance à se renverser en dehors (ectropion); un liquide pmiforme s’écoule en ahondance sur les joues excoriées et remi)lit toutes les anfractuosités que forme la conjonctive; la tuméfaction des paupières et de la conjonctive hulhaire est quelquefois portée a un tel degré cpi’il n’est pas possible pendant quelques jours de s’assurer de l’état du globe de l'œil. Dans certains cas l’inllammation s’étend a la cornée et en détermine la rupture; tantôt la perforation préseide l’aspect d’une petite fente assez nette, analogue à celle produite par un instrument tranchant, tantôt la cornée devient opacpie et s ulcèie de la snpeiTicie vers la profondeur; d’autres fois, c’est un abcès de la cornée (pu est cause de la perforation ou bien encore une partie de la cornée se détache sous forme d’eschare; l’humeur acpieuse s’écoule et l’iris s’engage dans l’ouverture de la cornée (slaphylome).
Dans ces formes aigues graves, les malades éprouvent d ordinaire des douleurs extrêmement vives (|ui siègent soit dans le globe de 1 œil, soit autour de l’orbite, et qui s’exaspèrent pendant la nuit. Les douleurs sus-orbitaires ou circum- orbitaires, dit Mackenzie, indi((uent que rinllammation s’étend à la sclérotique, à la cornée, à ta choroïde et à l’iris, tissus dont rinllammation provocpie toujours une douteur sympatldque dans le nerf de la cinquième paire {0[). cil., 1. 1, p. (>70). C’est le globe de l’œil qui est le siège des douleurs les plus vives; il semble aux malades qu’on y enfonce des aiguilles, ou bien dos battements extrêmement douloureux se font sentir jusqu au moment où la cornée se rompt. Cette rupture peut se faire dès le deuxième ou troisième jour; le plus souvent c’est seulement vers le huitième jour qu’on voit cet accident se |)roduire. Ces formes suraiguës do l’ophthalmie militaire ont une grande analogie avec l’oplitbalmie blennorrbagique.
Le diagnostic de la perforation de la cornée n’est pas toujours lâche ; la conjonctive boursoutlée recouvre en partie la cornée, l’inspection du globe de l’œil présente de grandes difficultés : on ne peut pas se guider sur l’état de la vision, car la cornée opacifiée par l’inllammation, mais non rompue, fait souvent obstacle a la vision, tandis que, après riqiture de la cornée, certains malades distinguent encore les objets qui les entourent; généralement, au moment où la perforation se produit, les malades éprouvent la sensation brusque d’un liipiide chaud ipti s’écoule le long de la joue, c’est riiumeur aqueuse qui s’échappe; à la suite de la rupture les douleurs vives disparaissent.
Sous rintluence d’un traitement approprié, ou bien spontanément, le goullement, l’injection des paupières diminuent, le ebémosis s’af-
faisse, la sécrolion piirirorme so tarit peu à peu; à la face interne des paupières, on irouve alors d(‘S granulations ipii persistent fort longtcmp.s sans causer aucun trouble api)arent. Ces granulations ont cependant une très-grande iiu|iortance dans l’iiisloire de roplillialmie purulente ; tant qu’elles existent, les malades sont sous le coup d’une récidive de l’oplillialmie aiguë (pi’nn rerroidissement, un écart de régime, suftisent à provo(pier. Circonstance plus grave encore, ces hommes qui semblent guéris peuvent transmettre la maladie, ainsi qu’on a eu trop souvent l’occasion de l’observer en Belgi(pie.
Etal chroïiitiae. — (Ivannlalioan. (iramilar anijiniclira, etc. — Les auteurs s’accordent à distinguer deux variétés principales de granulations. Tantôt, dit Maclauizie, les proéminences granuleuses sont extrêmement nombreuses, légèrement saillantes au-dessus du niveau de la conjonctive à lafpiello elles donnent l’aspect d’un morceau de peau do cliagrin; tantôt elles sont relativement peu nombrei^ses, molles, sujettes à saigner, et souvent aussi nombreuses que dea grains de ebènevis [np. cil., I., I p. OUi). Üecondé divise les granulations eu charnues et vésiculeuses (!) ; M.M. Warloinont et Testelin, les savants traducteurs de l’ouvrage de Mackenzie, adoptent cette division (2). M. Decondé attribue beaucoup plus d’importance à la granulatiDii vésiculeuse (pi’à la granulation charnue dans le diagnostic do l’oplilhalmie épidémi(pie des armées.
L’histologie confirmant la distinction des granulations en vésiculeuses et charnues, a moniré que ces productions n’avaient pas la même origine, le même point de départ anatomiipie. Les granulations charnues tiennent au développement exagéré des papilles, elles ont reçu les noms (riiypertropliie papillaire (Sieliwag de Carion), d’engorgement hypeiiropbiipie des papilles (Siebel (ils); les granulations vésiculeuses (Decondé, Ilairion) ou trachomes |)roprement dits des Allemands, dépendent d’un engorgement des cellules lymplioi'des (3).
Dans la première forme (hypertrophie papillaire), toute la surlace delà conjonctive palpébrale est recouverte par une masse de petites élevures (pii ressemblent à des bourgeons charnus en minialurc, leur couleur est d’un rouge [ilus ou moins vif, une sécrétion muco-purulente, visipieuse, peu abondante, s’accumule surtout vers le grand angle de l’œil. Souvent rien iirexlérieur ne décèle cet état morbide et il est indispensable de renverser les paupières pour constater l’existence des granulations; d’antres fois il existe du prolapsus de la
(1) .\irliives belges (le méd. inililaire. Année 18i9, t. II.
(”2) Mackenzie, O/i. cil., t. I, jt. 7111.
|3) Sieliel (ils, fUude sur les granulaliom de la coujonclive. lArch. (jén. de meui. Seiilcmbre 1871.)
OPimiALMlE PURULENTE.
paupière supérieure et de l’ectropioii de riul'érieure, la sécrétion est assez aboudauté et les lualadcs accusent (piclqiies symptômes subjectifs : douleurs, picotements, sensation de corps étrangers, irritabilité e.xagérée de l’œil à la lumière; il est toujours indispensable, pour coiilirmer le diagnostic, de renverser les paupières.
Dans la deuxième forme (granulations vésiculeuses, engorgement des cellules lymphoïdes), en renversant la paupière supérieure, on observe cà la surlace de la conjonctive de petites taches blaiiclies, arrondies, peu saillantes; dans leurs intervalles, la muqueuse est injectée et un peu tuméfiée; à une période plus avancée, ces petites taches s’accroissent, deviennent saillantes, ou les a comparées alors à des grains de tapioca cuit. Par la suite, ces granulations prennent une teinte jaunâtre, leur contenu devenu caséeux s’échappe en donnant lieu a une petite ulcération qui se cicatrise.
Les symptômes subjectifs sont à peu près les mêmes que pour les granulations charnues; la photophobie et la sensation de corps étrangers roulant sous les paupières sont seulement plus communes et plus intense, s.
Dans l’une et rautre forme la cornée peut être envahie consécutivement par l’indammation, des vaisseaux en plus ou moins grand nombre se développent à sa surface (pannus tennis, crassiis).
On rencontre souvent chez le même malade des granulations charnues et des granulations vésiculeuses; ou a donné à celte forme le nom de trachomes mixtes.
La marche des granulations est essentiellement chronique; si l’on n’intervient pas à l’aide d’une médication active, la conjonctivite granuleuse peut persister pendant des années, de temps en temps il se fait une poussée aiguë, puis la lésion redevient latente.
Le iiiAG.xosTic de 1 ojddbalmie purulente est lacile, celui des gi'anulations ne 1 est |)as moins (|uand on a soin de renverser les paupières et d’inspecter avec soin les culs-de-sac conjonctivaux. Nous n’avons pas k faire le diagnostic ditférentiel de rophtlialmie militaire, épidémique, et de l’ophthalmie catarrhale; de l’aveu même des auteurs qui pensent que ces maladies sont de nature dilïérente, lasym- |)lomatologic est la même; « au point de vue phénoménal, disent .MM. ^^arlomont etTestelin, il n’y a pour nous aucune dillérence entre les ophlhalmies dites catarrhales et l’oiiblhalmie des armées. » {Luc. cil.). Nous avons vu qu’au point de vue étiologique ces affections n’élaieut pas davantage séparables.
Proi>iiyl.vxœ. Th.mtemk.xt. — Les médecins militaires belges ont eu fréquemment l’occasion d’étudier la prophylaxie de ropbihalmie
épidémique; ces recherches ont abouti, non sans de nombreux A. lavehan, ,,,
{■,2a MALADIES £T ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
làloiiiiemcnls, ù im ensemble de mesures excellentes (|iii sont encoreen vimienr dans l’armée belge. JIM. ’Warlomont et Testelin résument ainsi qu’il suit les règlements belges relatifs à l’opldlialmie (1) ;
1“ A l’arrivée des recrues au dépôt de leur corps, les bommessont visités avec soin par le médecin dirigeant le service du régiment, et ceux (jui sont porteurs de granulations, à tous les degrés, sont pris en traitement et dirigés immédiatement sur la salle des granulés d’où ils ne sortent ([u’après guérison complète.
2“ Dans les régiments, une visite sanitaire générale est faite tous les samedis ]»ar le médecin de service, en présence des officiers de semaine, et les bommes momentanément empêcbés de subir cette visite sont vus le lendemain de façon à ce qu’aucun n’y échappe. Tous ceux ([ui sont reconnus atteints de granulations sont immédiatement dirigés sur la siUle des granulés.
Cbaipie coi'|)S ou fragment de corps détaché dispose d’une .salle exclusivement réservée au traitement des granulés et le médecin dirigeant le service a cette salle sons sa surveillance; il applique aux granulés les remèdes qu’il juge appropriés, et tient des notes exactes des malades entrants et sortants et du traitement qui a été ap|diqué à chacun d’eux.
4° Ces salles sont aussi éloignées que possible de celles occupées par les hommes bien portants, de façon à ce que les granulés n’aient avec ces derniers aucune espèce de contact. Lorsque les locaux le [lermetlent, il est toujours infiniment préférable (|uc les salles de granulés soient complètement en dehors de la caserne.
5° Les médecins chargés du traitement de ces malades désignent pour participerai! service ordinaire, ceux d’entre euxipii se trouvent dans des conditions favorables pour ne rien laisser craindre, soit comme transmission do leur mal à d’autres, soit comme aggravation de leur état.
La surveillance disciplinaire des grannlés est confiée à un sonsofticier ou à un caporal qui est chargé de la police. 11 accompagne ceux (jui sont exemptés de tout service aux promenades et aux sorties qui sont jugées nécessaires, et veille a ce qu ils n aient aucun contact avec les bommes bien portants.
7“ Chaque homme, qu’il appartienne ou non à la salle dos granulés, a pour se laver un bassin en fer-blanc et des essuie-mains ([ui lui sont propres.
8" Les salles de granulés dos corps ne peuvent recevoir ou conserver que les granulés proprement dits. Du moment que loin
(I) Mackenzie, Op. cil., t. I, p. 7t2.
OPHTUALMIE PURULENTE. <'2-
alleclion vient à passer à l’élal aigu ou subaigu, ces malades sont envoyés à riiôpilal de la garnison.
9“ Tout homme au moment de quitter le corps, soit pour aller en permission, soit pour retourner, définitivement dans ses fojcrs, doit être scrupuleusement visité par le médecin de service. Son départ ne peut être autorisé (jue pour autant qu’il aura été reconnu qu il ne porte aucun germe apparent d'une allection oplitlialmique.
A leur retour au corps d’une absence ([uelconque, les hommes sont égalenient visités par le médecin de service.
On voit que ces dispositions, analogues à celles qui s’appliquent chez nous à la prophylaxie des maladies vénériennes, sont basées sur l’idée de contagion, de transmissibilité de l’opiithalmie militaire. M. Siebel fils se trompe quand il dit que l’ophthalmie est entretenue dans l’armée par les recrues qui arrivent au corps avec 1 oplithalmie et quand il propose de licencier pendant un ou deux ans les armées où règne la maladie, puis de les recruter de nouveau en ayant soin d’éliminer tous les hommes ayant des conjonctives douteuses (1). L’expérience a été faite, le licenciement des granulés a donné en Belgicpie de très-mauvais résultats, c’est à la suite de cette regrettable mesure qu’on a vu l’ophthalmie se répandre dans les campagnes où antérieurement elle était inconnue. 11 laut isoler les ophthalmiques et les granulés, mais sous prétexte de préserver 1 armée on ne peut pas exposer la population civile à la contagion. Grâce aux dispositions énumérées plus haut, les Belges ont réussi à se débarrasser presque complètement de l’ophtlialmie purulente; si l’oplithalmie catarrhale devenait épidémique dans une de nos garnisons, il y aurait lieu de prendre des mesures analogues.
Il est très-important de renseigner les malades sur la transmissibilité de leur mal et peut-être n’a-t-on pas assez insisté sur la fréquence de la contagion par les linges, mouchoirs, essuie-mains dont les hommes se servent souvent en commun. « Les essuie-mains communs à toute une chambrée, dit Mackenzie, sont un moyen constant de contagion, chaque homme doitavoir le sien. >■) {Op. c<7., t. L’’’, p. ü90.)
En campagne, surtout dans les pays cliauds, alors que des nuits fraîches succèdent à des journées très-chaudes, il faut empêcher les hommes de dormir en dehors de leurs tentes. On a beaucoup parlé dans ces derniers temps de supprimer la tente dans l’armée française, il faudrait en tout cas la laisser à l’armée d’Afrique, car ce lambeau de toile fixé sur deux piquets protège très-efficacement nos soldats contre la dysenterie et contre les ophthalmies ; dans les pays tem-
(1) Archives gén. de méd., 187T. (Loc. cil.)
MALADIES Ei Él’lDÉMlES DES AliMÉES.
pères la lenle n’osl pas aussi nécessaire, à coiulilioii de cantomicr souvcnl les Iruiipes cl. de ne les l'aire bivouaquer (jiie lors([iie les nécessilés de la j’uerre rcxigeiil.
Le traiteuiciil osl iiéeessaircuieiit Irès-variablc, suivaiil (pi’il s’agit des l'oriues aiguës ou des l'oriucs chroniques.
La luélhode aDlipblogisti(|uc échoue com[ilélciuciit conirc l’ophthaliuic aiguë; ce ne soûl pas des sangsues cl des calaplasines (pi’il l'aul à ces conjoiiclives boursoullées, eiillauiiiiées, mais des irrilauls, des causli([ues. Cela prouve nue l’ois de plus (ju’eii lbéiapouli(pie il ne faut pas sacri(i(U' loujours aux indications symploinalifines ; la dysenterie nous en a déjà l'onrni nn exemple. N’esl-il |)as ralionnel de donner à nn malade ([ni sonlVre de tranchées horribles (tormina), (jni va sans trêve ni repos de son lit à sa chaise, n’esl-il pas, dis-je, rationnel de Ini donner de roj)inm, des aslriiigenls, de couvrir son ventre de sangsues eide cataplasmes? L’ex[)érience s'est cc[»cndanl prononcée contre celte théra[)euli(pie ; les purgatifs, le calomel, l’ipéca, voilà les véritables spéci(i(|ues de la dysenterie.
Pendant nue épidémie d’ophthalmie pnrnlente à Florence (18-iS), les médecins italiens s’obstinèrent encore à cin|)loycr les antiphlogistiques ; ü ophlhalmiiiues perdirent les deux yeux; U nn seul œil; 20 eurent la vue plus ou moins compromise, les derniers n'obtinrent qu’une guérison temporaire ;des médecins militaires autrichiens ayant été chargés de diriger le service, la cautérisation fnl prali(piée liardiraent, dès le début, et sur 800 nouveaux malades pas un ne perdit la vue (L. Laverait et Lnstreman, ra|tport cité).
Nous nous occuperons surtout des rormes très-aiguës, véritablement purulentes ; les formes légères, suhaignës, sont curables par les mômes moyens ([ue les ophlbalmies cjilarrhabts vulgaires.
11 fanl d’abord empêcher le pus de séjourner à la snrfaci' de l’icil malade, à cet elfet on emploiera une éponge douce et bien propre qui ne servira qu’au malade; plusieurs auteurs recommaudiml l’emploi de la seringue cl sans contredit le liquide de l’injection pousse avec force dans les rc[)lis de la conjonctive doit nettoyer jiarlaitement l’œil, mais cette petite opération est fort dangereuse pour ceux ipii la praliipienl, cl souvent elle a donné lieu à de graves accidents.
On jient cantéi'iser directement la conjonctive avec le crayon de nitrate d’argemt pur ou mitigé; le crayon est passé rapidement sur la [lanpière inféricnre, puis sur la supérieure, et avant de remollre en place les paupières ([u’on a dû renverser, on verse sur les parties cautérisées une solution de chlorure de sodium ([ni nentralise le nitrate d’argent en l'xcès; à l’aide d’un pinceau trempé dans une solution de nitrate d’argent on pénètre facilement au fond des culs-dc-
OI'IITIIALMIK PURULENTE.
.sac de la conjondivc sans avoir besoin de renverser les paupières, inanœnvrc soin eut dinU ile et donlunrense, le pinceau pénètre bien mieux (pie le crayon dans les replis de la conjonctive tuméfiée. Mackensic recommande une solution contenant 0,50 de nitrate d’argent pour 0:2 grammes d’eau distillée.
l.orsipi’il est impossible de renverser les paupièi'es et même de pénétrer avec te pinceau entre les paupières et le globe de l’œil, on prescrit un collyre au nitrate d’argent (pi’on instille plusieurs fuis par jour dans le grand angle de l’œil malade en ayant soin, lorsrpie le collyre es! fort, de faire suivre chaque instillation d’une lotion avec l'eau salée. On a, du reste, exagéré les dangers de l’application du nitr;d(‘ d’argent en solution sur la cornée, de nombreux faits démontrent (pie lorsque lu cornée est saine, on peut sans crainte la toucber à l’aide d’une solution assez forte de nitrate d’argent.
Dans les cas où le chémosis est très-considérable, il est bon de prati(pier des scarifications qui partant de la circonférence de la cornée se dirigent vers la périphérie de l’œil, ou même d’exciser des replis de la conjonctive, rhémorrbagie qui se produit contribue au soulagement des malades.
Le traitement doit être modifié quand la coi nèe est atteinte, une des premières indications consiste alors à prévenir la rupture et le staiihylome. Quebpies o[)litlialmologistes voudraient proscrire complètement 1e nitrate d’argent dans ce cas. C’est là une exagération, le nitrate d’argent doit être manié avec une grande prudence, employé soirs forme de solutions faibles, mais il reste le véritable antipblogisti(pie de la conjonctivite, tandis que d’autres moyens s’adressent à la kératite et à la menace, de perforation.
La pupille sera dilatée à l’aide de l’atropine en collyre ou de la pommade belladonée. Des émissions sangnineslocales sontindiquées ; on appli(piera des sangsues à la tempe ou au grand angle de l’œil, on pourra entretenir récoulement sanguin pendant 12 ou 2i heures. L’évacuation artificielle de l’humeur aqueuse a donné souvent de bous résultats ; sir l’atrick Mac Cregor ne craint pas de dire qu’on aurait pu sauver la vue de bien des malades en prati(piant en temps opportun cette petite opération.
Contre les douleurs orbitaires ou circum-orbitaircs Mackenzie recommande les fomentations avec une décoction chaude de têtes de pavots, l’opium à l’intérieur uni au calomel (0, 10 decalomel avec0,01 à 0,05 d'extrait (ropiiini en pilules, toutes les deux heures ou trois fois par jour, ou sonloment au coucher, suivant les circonstances, jusqu’à ce (pie la bouche s’entreprenne). (Op. cil., t. DC p. OSG.)
Le malade doit garder le repos dans nue salle bien aérée, mais ob-
sciire; les purgatifs seront prescrits au début (purgatifs salins, calomel et jalap, émétiipie en lavage).
Quand un seul reil est atteint dans le principe, il faut s’efibrcer de préserver l’autre de la contagion.
Gramilnliovs. — Ici encore les caustifiues donnent de bons résultats, mais il faut les manier avec une gi-ande prudence, on ne doit pas cberclier à détruire rapidement les granulations; des cautérisationstrop énergi(|ues et trop souvent répétées détruisent la muqueuse, il se forme un tissu de cicatrice, les paupières deviennent dures, rugueuses à leur face interuc et au lieu de protéger le globe de l’œil, comme à l’état normal, elles l’irritent et renflammcnt.
Le sulfate de cuivre est très-utile, il donne lieu à peu de réaction et on peut y revenir souvent; on a aussi employé le nitrate d’argent mitigé et le sulfate, de zinc.
M. Buys a préconisé dans le traitement des granulations l’acéta’te de ploml) pulvérisé; on l’applique à l’état de poudre, à l’aide d’un pinceau, sur les paupières, en ayant soin qu’il forme sur leur face muqueuse une couebe et, continue. Au lieu d employer la poudre sècbe comme M. Buys, ce qui exige une assez grande liabitude du procédé, il est plus simple de mettre l’acétate de plomb, fraiebement pulvérisé, dans un godet et de le délayer dans 1 eau; la pâte ainsi formée est facilement appliquée sur les conjonctives, avec un pinceau. (Gouzée, Warlomout et Te.stelin.)
A la suite de cette application la sensation de corps étrangers disparaît, toute sécrétion est devenue impossible et pa'r suite la maladie laerd temporairement son caractère contagieux. Il ne faut répéter les applications d’acétate de plomb que lorsque le malade se plaint de nouveau do la sensation de corps étrangers, ce qui indique que la couche métallique a été enlevée dans une partie de son étendue.
M. Buys touebe avec l’acétate de |)lomb pulvérisé non-seulement la conjonctive granuleuse, mais les ulcères de la cornée, il prétend même par ce moyen prévenir le pannus. D’après MM. Warloniont et Testelin, auxquels nous empruntons ces détails, 1 application de l’acétate de jilomb neutre en poudre i-éussit surtout dans les granulations non sécrétantes, non accompagnées de larmoiement; dans les autres cas le sel plombique est entraîné rapidement par les larme.s ou le pus. (Mackenzie, op. cil., t. 1, p. 75*2.)
Dans les cas d’engorgement dos cellules lympboides M. Siebel (ils recommande reni|)loi du crayon de nitrate d argent mitigé par l’addition, dans la propoi'tion de deux sur un, de cbloratc de potasse; ce crayon, beaucoup moins soluble que le nitrate d’argent pur, permet de limiter la cautérisation aux seuls points malades.
C1IAPIT[\E XXXII
ACRODYNIE.
Au mois de juin 18^8 une maladie iiicoimue se monlrait à Paris dans un asile de vieillards, l’hospice Marie-ïhérèse ; Irenle-six pensionnaires sur ([uaranle étaient atteints et l’épidémie se répandait rapidement dans les arrondissements de la rive gauche de la Seine; le faubourg Saint-Germain, le quartier Saint-Marceau, ceux de l’Abhaye, de la cité, de l’Holel de Ville comptèrent bientôt de nombreux malades.
Cbomel, qui avait eu l’occasion d’observer la maladie dans son service de la Charité, attirait le 'âO août 18:28 l’attention de l’Académie de médecine sur cette épidémie nouvelle; la maladie était caractérisée par des troubles de la digestion, des douleurs vives aux extrémités, des érythèmes, d’où les noms : d’acrodynie (axca, extrémités, ôSôvvî, douleur), d’érythème épidémi([ue, qui lui furent donnés.
Au mois d’octobre 1828 le nombre des- malades était, de 40000 environ. Plusieurs casernes furent visitées par l’épidémie; à la Courtille, sur 500 hommes, on compta 307 malades; à Lourcine, 500 sur 700 (1); la caserne de l’Ave-Maria fut aussi très-éprouvée.
L’épidémie diminua pendant l’hiver de 1828 à 1820 pour reparaître avec une nouvelle intensité au printemps de 1820. On avait assaini et réparé complètement la caserne de laCourlille; au mois de mars 1820 les troupes vinrent occuper de nouveau cette caserne, qui était restée vide pendant plusieurs mois; aussitôt la maladie reparut, en quatre jours 200 hommes sur 500 furent atteints, il fallut de nouveau évacuer le bâtiment.
La maladie ne régnait pas dans les autres casernes de Paris, elle ne s’y montrait même pas à l’état do cas isoles; c’est évidemment dans des circonstances locales particulières aux casernes atteintes qu’il nous faudra rechercher la cause de la maladie. L’acrodynie
(1) Ozanam, Op. cit., t. IV, p. 233. — Dance, art. Acrodynie, Diction, deméd., en 30 vol.
MALAHIKS ET ÉI'IDÉ.MIES DES AlîMlÎES.
disparaissait dos que les (roiipcs (|uillaicnt les casiu'iies do Loiirciiic et de la Coui'lille ol reparaissail, dès (iiro.llcs y l■eull•aielll. l'ii hataillon quille Luurciiio pour aller occuper la caserne de la rue du Foin pas uii lioiiime ne loinbe malade; au coiilraire des soldais ipii passeul de celle dernière caserne à celle de Fourciiie, préseiiteul bienUM les symplùmcs de l’aireclioii épidomiipie (1).
Celle é|tidémie ii’olait |)as née sous rinlluence do conditions sjiéciales a la population militaire, elle avait débuté comme nous avons vu dans la population civile cl avait pris une grande extension dans les quartiers situés sur la rive gauebe de la Seine; l’acrodynie s’étendit même autour de Paris : à Jleaux, Sainl-Cermaiii, Noyon (18'28); à Coulommiers, Fèrc- Cbampeuoise, Monlmirail, pemlant l’automne de l<S“2t); eu 18:10 elle régnait encore à Soisy-sous-Ktiolles (arrondissement de Corbcil). A Paris l’épidémie dis|)arnt pendant l’biver rigoureux de 1821) à 1 830, quelques cas furent encore observés eu 1831 et 1832.
L’bisloire de l’épidémie de 1828 a été très-bien faite par Cenest (2), Ilervez de Chégoin (3), Fram;ois (I), Monlault (5), Dupanpie (G), Cayol (7), Chomel (8), Cbardon fils (0), Dezeimeris (10) et Dance (11).
Etait-ce une maladie nouvelle ou bien l’acrodynie avait-elle régné déjà sous nu autre nom? C’est là une question assez difficile à résoudre, d’autant qu’il s’agit d’une espèce morbide assez variable et inconiplélement connue. Cependant on peut rapprocher de l’acrodynie de 1828 quebpics épidémies antérieures (12).
Sauto-lNicoletti lait mention d une maladie singulière qui régna sur la garnison de Padoue en 1800 et à laquelle il donne le nom de pédioualgie. Ozanam résume ainsi cette épidémie : ^ Un grand nombre de militaires français et italiens furent tout à coup attaqués d’une douleur extrêmement aiguë sous la plante îles pieds accompagnée d’une chaleur locale pinson moins sensible sans rougeur ni enllure.,. »
(1) Mirninnnd, Disaerlalion kuv Valfeclion épuléinuiup qui s est manifestée à la caserne de la rue (le Lourcineduns le mois de septembre 18'28. TliCsc do P.iris, 182!).
(2) Gono.st, Arch. (jén. de méd., 1828, t. XVIII, p. 2:)2, et l. XIX, p. G3 ut 357.
(3) llei-vez de Cdiégoin, Journ. (jén. de méd., 1828.
(i) Er,'ui(;ois, Même rec., 1828.
GS) iMoiitaiill, Même rec., t. IX, 3« série, p. 170. i'(i) Diipai'(pie, Nouvelle, bibliollitupte nukl., 1820.
(7) Cayol, llcvue médicale, 1830.
(8j Climnol, Itulletin de V Acad. de. méd. Août 1828.
(0) Chardon lils, Uerue médicale, 1830.
(10) Dczcimrris, Journal (jén. des luipitaii.x. AotU 1828.
(11) Dance, art. AcnniiYNiK, Diction, en 30 vol.
(12) Thulozan, De l'acrodijnie. (Cazette médicale de I\iris, 1801.)
ACnODYMK.
La pédioiialgie fut observée dans l’armée anglaise d’Espagne, parlienlièrcinent au siège de Ibirgos ( i) et dans la 5° division de cette armée; les malades et les convalescents se plaignaient de douleurs intolérables dans les pieds.
D’après Halliugall (■2) la pédionalgie s’est montrée souvent aux Indes, surtout en 1830, 1831 et I83'2; à la fin de la première guerre de Dirmanie, la maladie fut fiabpienle et grave parmi les ti’oupcs anglo-indiennes stationnées dans les circars du nord. M. Tbolozan, aiupicl j’emprunte ces détails, confond l’acrodynie avec le béribéri.
Depuis 1828 l’acrodynic n’a donné lieu qu’à de très-petites épidémies; en 18-i i et 18i5, elle a été observée en Belgique, à Bruxelles, dans les prisons de Namur, de fîand et surtout parmi les détenus de la prison de Saint-Bernard (3).
D’après M. te ilocteur Tbolozan, l’acrodynie aurait régné sur nos troupes en Crimée; aux mois d’octobre et de novembre 18Ô4 un grand nombre d’bommcs entraient aux ambulances de Crimée et aux bùpitaux de Constantinople accusant des douteurs très-vives et des sensations de fourmillements dans les extrémités. Nous avons eu déjà l’occasion de dire que la plupart des médecins de Crimée revinrent rapidement sur le diagnostic d’acrodynie ([ui avait été porté tout d’abord, pour s’arrêter à celui de congélations, d’accidents à frigore. (Yoy. maladies des climats. Congélations.)
Presque tous les soldats atteints de ces accidents accusaient comme cause de leur mal le froid humide qu’ils avaient éprouvé pendant les longues beures qu’il leur fallait passer dans la boue des tranchées on dans la neige. Les douleurs siégeaient seidement dans les membres intérieurs et ne s’accompagnaient pasd’érythèmescommeen 1828. Il est à remarquer que ces douleurs des extrémités coïncidèrent en Crimée avec un froid très-vif, taudis que la véritable acrodynie, celle de 1828, régnait senlement en été et disparaissait pendant la saison froide; le froid humide provoquait surtout ces accidents en Crimée : en décembre ISôi, sous rinfluence du froid humide, les cas de spbacèle étaient rares, les «c?’odf//iics fréquentes; en janvier 1855, sous
(1) Compte rendu des maladies de l'année, d’Espagne, par sir J. M. Gregor. Cité par M. Tliolozaii.
(Î2) Eléments de chirurgie militaire, 1855. Cité par M. Tliolozajj.
(3) Vlominckx, Rapport sur la convulsion épidémigiie. (Rulletin de l'Acad. de méd. de Belgique, l. V, 1815-18-16.) — E. Vidât, art. AcrioDYNiE, Dictionnaire encgclop. des SC. méd.— L. Colin, art. IEapiianie, Dictionnaire encgclop. des sc. méd. D’après M. le profcsseiir L. Colin la maladie observée dans les prisons de lîelgiqne se rapproche de la raplianie (convulsio cerealis, ergotisme convulsif, etc ), bien plus (}ue de l’.aci'odynie.
MALADIIÎS ET ÉPIDÉMIES DES AUMÉES.
l’aclion tl’iiii froid |)liis vif et de la neige, les cas de gangrènes des extrémités devinrent j)lns fréquents, les doidenrs et les fourmillements pins rares; les congélations i)assaient tout do suite au d® degré. Nous croyons, avec Haiidens, Scrive, Fauvel, Mariny, Quesnoy, que l’acrodynie véritable n’a pas régné en Grimée, et qu’on a décrit sous ce nom des douleurs qui s’cxpli<pient par le froid ou par le scorbut.
M. le docteur Ililrudel a observé en 18”)'.) trois cas d’acrodynie chez des militaires détenus dans la prison de Lyon; les observations do ces malades rentrent assez bien dans la description des faits observés à Ibiris en 18'28.
En somme, l’épidémie de 18“28 a été la principale manifestation de l’acrodynie, c’est sur (die (pjo viennent s’étayer quebpies auli’es épidémies plus ou moins autbentiipies et des cas sporaditpies (pii ne sufliraient pas, par eux-mêmes, à définir une espèce morbide si nous n’avions pas les observations nombreuses recueillies en 1828 et 182‘.) cà Paris par un grand nombre de médecins; c’est l’épidémie de Paris qui nous fournira les éléments d’une descrijition de l’acrodynie.
DEsempTioN GÉKÉuALE. — Le début de la maladie était souvent marqué par des troubles des voies digestives; chez les uns il n’y avait que de l’anorexie jointe à un sentiment de pesanicnr à l’estomac, tandis que chez d’autres il survenait de la diarrhée et des vomissements; dans les cas les plus graves des évacuations sanguinolentes avaient lieu par haut et par bas (Uance); de tous ces symptôim^s le plus opinicàtre était la diarrhée, qui se prolongeait quelquefois pendant plusieurs semaines.
En dehors de ces troubles gastro-intestinaux qui pouvaient manquer, tous les autres symptômes se rangeaient sous trois chefs :
1“ Troubles de sensibilité;
2“ Troubles de motilité;
IP Troubles de la nutrition et dos sécrétions.
Troubles de sensibüiié. Les malades ressentaient dans les mains et dans les pieds des engourdissements et des fourmillements que Genest compare à ce (pi’on éprouve dans le petit doigt (piand on se heurte le coude au niveau du nerf cubital. Les douleurs en général plus fortes la nuit que le jour, dépassaient rarement les malléoles pour les membres inférieurs et les poignets pour les supérieurs (Dance); quelquefois cependant elles s’étendaient sous forme d’élancements dans les autres segments des membres et jusipi’au tronc et au cuir chevelu. Les douleurs des pieds étaient celles dont se jilaignaient le plus les malades. La sensibilité dans les parties atteintes était diminuée ou pervertie. « C’était au début un sentiment de froid et plus tard de chaleur brûlante qui forçait les malades à tenir les pieds hors du lit
ACRODYNIE.
pour se soulager; parfois ime exallalion telle de la seusihililé que la moindre pression ou le moindre contact exercés sur ces parties ne pouvaient être supportés. Si ces malades essayaient de marcher, le sol leur semblait hérissé d’épines ou de petits cailloux; à d auties il paraissait plus mou, comme si les pieds eussent été garnis de coton et que la terre se fût enfoncée sous eux. Le tact et le toucher étaient également lésés, au point que certains mahules iliscernaienl a peine les objets qu’on plaçait entre leurs mains. On en a vn (pti marchaient sur le carreau sans s’apercevoir qu’ils venaient de perdre leur chaussure, ou (pii, étant occupés à la couture, et laissant tomber par mégarde leur aiguille, continuaient sans s en douter les mouvements nécessaires à ce travail. Quelques-uns ne pouvaient palpei les
corps même les plus polis sans les trouver parsemés d’aspérités »
(Dance, loc. cil.)
Les conjonctives étaient souvent le siège de sensations analogues a celles des extrémités ; picotements, élancemenls accompagnés ou non d’injection, de photophobie et de larmoiement.
Troubles de la )nolHHé. Les malades avaient des tressaillements dans les membres, des crampes doidonrenses, plus rarement des soubresauts de tendons. « De ces diverses altérations dans la motilité résultait ordinairement une impossibilité de lléchir ou d’étendre com-
plètement les doigts et de la douleur (piand on cherchait a augmentei ces mouvements. Lesmalades avaient-meme peine à s’habiller, à nouer leurs chaussures ou attacher leurs boulons ; la marche eu conli actaitun caractère particulier; elle ne s’exécutait qu en traînant le pied pai la pointe et l’appliquant à plat sur le sol, sans l’y cramponner à l’aide des orteils qui étaient tenus relevés. Lutin, dans les cas exlièmcs, tous les mouvements étaient abolis, les membres restaient passivement étendus dans le lit, et retombaient comme des masses ineiles lois-
qu’on les soulevait. » Dance op. cil. L acrodynie poiuail donc amenei une paralysie complète, une paraplégie par exemple, mais c était la un fait extrêmement rare; les troubles de la motilité a\aienl dans ta plupart des cas beaucoup moins d’importance que ceux de sensibilité, la difficulté d’étendre et de plier les doigts, de s babiller, de maictier, peut très-bien s’expliquer jiar les désordres de la sensibilité.
Troubles de la nulrilion el des sécrélions. On observait assez souvent de ramaigrissemenldes membres, mais les troubles de uuliilion les plus fréiiuenls consistaient en œdèmes et sueurs partiels, en éruptions de nature variable, en érythèmes suivis de descpiamation.
(( Un œdème le plus souvent partiel, mais quelquefois général survenait ordinairement dès le début chez la plupart des malades (les deux tiers environ). 11 se remarquait principalement a la lace, sur les lèvres
MALADIES ET ElMDÉMIES DES ARMEES
el los jones, aux pieds et aux mains, qnelqiicfois sur les parois alidoininales ou mémo dans Ionie riiahilnde cxlérienre du corps, prodnisanl alors une soiTe de Ijonlfissure générale. Cel œdème élail ordinaiiamient peu doidonrenx, peu cotisidéi'able, ne conservait pas l’impression du doigl el Taisait peu varier la conlenr de la peau, si ce n’esl dans certains cas, on elle semhlail pins pâle el comme lâchée par les e(adiymoses.
)) Celle membrane devenait, an reste, dans le cours de raiïeclion, II' siège de plnsienrs phénomènes de coloration très-remanpiahles. Aux mains el aux pieds c’élail une rongeur érylhémalense apparaissant (inelipieTois dès le déhnl el s’étendant sons Tormiî de plaques <â rime el à l’anlre Tare de la main, tandis ([ii’anx pieds celle rongeur en circonscrivait insensihlemenl les bords Jnsipi’anx orteils, à commencer par le bord externe, gagnait ensuite peu à peu vers la plante et cessrdt brusquement là on la peau change de slrnclnrc pour recouvrir le dos du pied, en formant en ce point une sorte de liséré roiige; sur d’antres i»arties du coiqis el sur les jambes en particulier, c'étaient des taches d’nn ronge pins ou moins vif, semblahles (pielqnefois à des ecchymoses. Assez souvent entin la peau prenait une teinte brune on noirâtre, comme si elle eiit été recouverte de crasse, nolammcnl sur l’abdomen, an cou et aux plis des articulations, ran'mciit cette teinte superficielle et comme épidermiipie s’étendait à la face.
)) Des éruptions de nature fort diverse venaient encore altérer l’aspect el la conlenr de la peau : ici c’étaient des élevnres de forme papuleuse ou de petits boulons rouges et coniipies; ailleurs des pns- Inles, des phlyclènes, des taches cnivi'enses ou même des fnronch'S. Ces éruptions se remarquaient principalement autour des pieds et dos mains et là aussi s’opérait un travail successif de dosipiamalion ipii, favorisé jiar des sueurs lorules, abondantes, irrégulières, et qnehpiefois |iériodi(pies, finissait par amincir l’épiderme et mettre le corjis muqueux de la ])ean entièrement à nu, d’on résultait une rongeur et une sensibilité des plus vives des parties snbjacenles. Celte desquamation se renouvelait ([uelipiefois à [ilnsienrs reprises dans la même partie, à mesure qu’elle se recouvrait d’nn nouvel épiderme; quoique moins apparente, elle s’observait d'ailleurs également sur les antres régions du corps. M. Cboinel a vu l’épiderme du mamelon se délacber sons forme d’une petite calotte. Dans les parties on ce dépoinllemenl no s’opérait point, il en résidtail (piehpu'fois un épaississement maripié de l’épiderme, snrlonl an niveau des articulations des pieds, épaississement (pii formait assez souvent entre l’ongle el la pulpe du doigt un bourrelet allongé et douloureux. » (Dance, lor. cil.)
AClîODYNIE.
L’éryllièine, Irès-niarqiié au niveau des plialangcs, accompagné parfois de luinéfaclion, présentait, dit (ienesi, une rougeur analogue à celle des engelures; les auteurs (|ui ont décrit les érythèmes conséculils aux lésions irritatives de la moelle et des neiTs, comparent lie même ces rougeurs à celles îles engelures, et certainement en faisant cette comparaison ils ne songeaient, ni à l’acrodynie, ni à la descri|»tion de Genest, iiui est cependant conforme à la leur.
L’érythème est une des altérations de nutrition (|u’on observe le. plus souvent à la suite d’irritations de la moelle épinière et des nerfs; signalé |)onr la première fois par Paget (1), cet érythème d’origine nerveuse a é!é rencontré, en Améri(|ue, Id fuis sur 50 cas de lésions partielles des nerfs {'i). A la suite de lésions irritatives de la moelle ou des nerfs, ou a vu survenir aussi toutes les autres altérations de nutrition signalées chez les acrodyniipies ; œdèmes partiids, sueurs locales, atiophie des muscles, épaississement de l’épiderme, desipiaination (3), etc.
Eu 15elgi(|iie, l’acrodynie s’accompagnait de cyanose avec algidité des extrémités, et même de gangrènes partielles; ces symptômes rapprochent l’acrodynie de la maladie décrite par M. Maurice Uaynaud, sous le nom d’asphyxie locale des extrémités; en 1874, je voyais à l’ambulance de Jouy-en-.losas trois militaires ajipartenant au même régiment, campé à Satory, qui présentaient les symptômes de cette dernière alTection, et plusieurs de mes collègues avaient porté le diagnostic d’acrodynie.
Avant les travaux ipii nous ont fait connaître les troubles do nutrition que provoque l’irritation de la moelle, plusieurs auteurs avaient expliipié l’acrodynie par une irritation spinale. Cette opinion, dit Dance, « sans mieux préciser la nature de l’alfection, a du moins poi'ir elle qnehpie chose de spécieux sous le rapport physiologiiiue à cause de l’altératiou profonde dont la sensibilité, la motilité et même la nutrition des membres étaient te siège. »
« Il paraîtrait, dit Ozanam, que celte alîeclion morbide est duo à une irritation de la moelle épinière transmise aux paires de nerfs (pu président au mouvement : ce serait une véritable rachialgie. » {Op. cil., t. IV, p. 230.) Telle est aussi i opinion émise par M. E. Vidal
(1) Medical Times, 1801.
p2) Mitfliell, Moreliousc, Kcen, Gunshol ivounds and olher injuries ofNerves. Philadulpliic, 1801.
(3j Charcot, Leçons sur les inalad. du sijsl. nerveux, 187“2. — Moiigcol, tlièsc de Paris, 1807. — Couylja, Des Irouhles Iroithiques consécuUfs aux lésions Irauinaliiptes de la moelle el des neifs. — W. Mitclicll, Des liisioiis des nerfs.
dans son article acrodynie du JJictioinuiire encyclopédique des sciences
médicales.
L’analomie palliologiqne jnslifie-l-elle celte localisation? Les autopsies ont été peu nombreuses à Paris et les résultats que nous possédons sont très-incomplets. Les observateurs de 18:28 déclarent bien à plusieurs reprises (pie la moelle des acrodyui(pies était normale, mais il est parfaitement reconnu aujourd’hui (pi’une moelle qui présente il l’reil nu des caractères normaux peut être altérée dans ses éléments les plus essentiels. Kii Belgirpie, plusieurs médecins ont noté, chez les sujets morts d’acrodynie, des lésions du système nerveux-, sur 10 autopsies faites à la prison de Saint-Bernard, le docteur TüS(piinet a trouvé trois fois des signes irrécusables de l’inlliunnialion de la pie-mère eide raraclmoide spinales; le docteur Lamberlin, à la prison de Namur, a constaté deux fois des lésions de la moelle et do l’araclmoule. (L. Vidal, art. cité.)
Marche. Durée. Broa'ostic. — La maladie épidémique de 1828 n’avail rien de fixe dans sa durée, elle disparaissait au bout de quelques semaines ou se prolongeait pendant plusieurs mois; il y avait souvent dans ces derniers cas des intermi.ssions apivs lesipielles les symptômes reparaissaient avec toute leur intensité première.
Cayol admettait deux périodes, lu première de 3 à 15 jours caractérisée par les troubles digestifs et l’œdème de la face; la seconde, de durée variable, marquée par les troubles nerveux.
A Paris l’acrodynie ne fit guère de victimes que parmi les vieillards ou les individus affaiblis par des maladies cbroniiiues ; à l’Iiospice Marie-Thérèse, où l’épidémie avait débuté, 18 vieillards sur iO succombèrent, épuisés presque tous par une diarrhée incoercible.
Étiologie. Nature. — Nous avons montré que les principaux symptômes de l’acrodynie s’ox[)liquaient par une irritation de la moelle épinière; (pielle était la cause de cette myélite ou de cette irritation spinale épidémi([ue?
Les faits observés à Paris en 1828-1829, sur les troupes casernées àlaCoiirlille et à Loiircine, montrent bien qu’il faut rechercher la cause de l’acrodynie dans des circonstances spéciales aux localités atteintes et non dans les modificateurs généraux, bromatologiqucs ou almospbéri(|ues, (]ui étaient les mêmes pour toute la garnison, de Paris. Évidemment on ne saurait accuser une adultération du pain; la manutention militaire fournissait le même pain à toutes les troupes de la garnison de Paris, et celles ipii étaient casernées a la (jCui tille, à Lourcine et à l’Ave-Maria lurent seules atteintes. Les régiments qui quittaient les casernes précitées étaient a l’abri de 1 acrodynie,
ACRODYNIE.
lanilis que lY'pidcmie sévissait sur ceux qui y arrivaient et donnait lieu dès les premiers jours de Foccupation à un très-grand nombre de cas. L’évacuation complète pendant plusieurs mois et la désinfection de la caserne de la Courlille n’cmpéclièrent pas la maladie de reparaître dès ([u’on y envoya de nouvelles troupes. On ne saurait non plus accuser l’encombremeni, la viciation de l’air, l’acrodynie n’a pas régné dans les casernes les plus malsaines, les plus encombrées; elle a épargné les soldats casernés ilans la rue du Foin et dans la rue Moulfetard, tandis (ju’elle sévissait avec intensité sur les troupes placées à Lourciue dans des conditions bygiéni(pies bien plus satisfaisantes; à la caserne de la Courtille, les cbambrées qui fournirent le plus de malades furent souvent les mieux exposées, les mieux aérées.
A Fbospice Marie-Tbérèse on cbangea les boidangers et les autres fournisseurs, l’épidémie n’en attaqua pas moins de nouveaux sujets, tandis qu’elle respectait des personnes du voisinage (pii se nourrissaient d’aliments pris chez les mêmes fournisseurs.
Les conditions météorologiques doivent être mises aussi hors de cause; jamais elles ne donnent lieu à des épidémies de maisons ou de casernes, leur iniluence se fait sentir sur toute une population, elle ne se localise pas dans un quartier; les vieillards de Fbospice Marie-Tliérèse, si fortement éprouvés par l’épidémie, étaient à l’abri des variations atmospbéricpies ; en Belgique, dans la prison de Saint- Bernard, on a remaniué que tous les employés, tous les détenus travaillant au dehors, au grand air, étaient épargnés.
11 me semble logique de conclure des faits précédents, que l’acrodynie se développait sous Fiunuence d’un agent toxique, particulier à certaines maisons, <à certaines casernes, à certains quartiers. Cet agent toxique n’était renfermé ni dans les aliments, ni dans l’air très-probablement (l’évacuation prolongée et la désinfection d’une caserne ne suflisaient pas à faire disparaître la maladie) ; peut-être étaitil contenu dans les eaux potables. L’acrodynie a régné dans des quartiers de Paris qui recevaient leur eau de réservoirs communs; elle a atteint surtout les individus qui, comme les soldats, font de l’eau leur unique boisson ; à la prison de Saint-Bernard la maladie a épargné les détenus qui pendant le jour travaillaient au dehors, c’est-à-dire qui ne buvaient pas la même eau que les autres prisonniers; l’acrodynie, dans sa marche, dans son extension à certains quartiers a l’exclusion d’autres, a présenté quebpies analogies avec les épidémies de coliipies sèches observées à plusieurs reprises dans les villes. Sans doute nous ne connaissons pas de substance toxique capable de produire les symjitomes de l’acrodynie, de déterminer une irritation spi-
li-iO
iiale el Ions les Irouhles de sensibilité, de motilité et de iinli'ilioii dont lions avons parlé, niais ce n’esl pas une raison jionr nier l’existence d’nn pareil poison, ne découvre-t-on pas tons les jours de nouvelles substances toxiijncs?
On a rapiu'oclié l’aerodynic de l’ergotisme et de la ])ellagrc; la cause de rergotisme est anjourd’bni bien connue, on peut aflirmer qu’à Paris en 18iSil n’y a pas eu empoisonnement par l’i'rgot : nous avons déjà dit que la manutenlion militaii'C l'ournissait le même pain à toute la garnison de Paris, el que l’acrodynie s’élait localisée dans (pu'bpies casernes; du reste, la maladie ne resscmldait en rien à l’ergotisme gangréneux ou convulsil'. La cause de la pellagre est moins connue que celle de l’crgutisme; le mais altéré par le verdet n’est pas nécessaire à la iiroduction de la pellagre. (Voy. maladies d’alimentation.) Kant-il admettre avec M. G. Paul ipie le verdet du maïs peut aussi se dévelop|)er sur d’autres céréales et expliipier ainsi la contradiction apparente qui existe entn^ les laits observés en Italie et ceux observés en France? c’est là une simple bypolbése. Au point de vue symptomatique, la pellagre dilï'ère notablement de l’acrodyiiic ; la pellagre est une maladie cbroniijuc qui aboutit presque làtalement à la cacbexie et à la mort quand les pellagreux restent soumis aux mêmes innuences de milieu ; l’érytlième pellagreux envabit exclusivement les parties exposées à l’action de la lumière; les troubles de sensibilité si marqués dans l’acrodynie manquent prcs(|ue complètement dans la pellagre; enlin la mabulie s’accompagne à sa dernière période de troubles de rinlelligence avec tendance au suicide qui n’ont jamais été notés chez les acrodyniques.
L’agent toxique qui produit la pellagre paraît agir sur le système nerveux cérébro-spinal, tandis ([ue dans l’acrodynie la moëlle seule est atteinte ; dans les deux maladies les érylbèmes paraissent être, du reste, sous la ilé[)cndance de l’irritaliou médullaire; Lernardiui, à Venise, a trouvé 50 fois sur (30 un ramollissémcut de la nioèlle é[)iuière chez les pellagreux.
Il est une autre alTectiou avec laquelle l’acrodynie présente bien plus de ressemblance, c’est le béri-béri. On a donné ce nom barbare à une maladie (|ui règne souvent à l’état épidémiipie aux Indes et sur le littoral des mers de l’iiulc; le béri-béri a été sigualéaussi au Japon, en Cbine, eu Océanie, aux Aiilillcs; on l’observe rré(|uemmcnt à bord des vaisseaux cbargés d’émigrants indiens (pii vont des Antilles aux Indes ou réciproquement. L’armée anglaise des Indes a été Souvent éprouvée par le béri-béri ipii atteint surtout les Iroiqies indigènes; le docteur Malcolnison a publié au sujet de ces épiilémies un
ACRODYNIE.
rcmarqual)le mémoire (1); en Clüne le béri béri a régné parmi les süklals (lu régiment d’infanterie anglaise; à Maurice, en 1812, sur 3788 soldats, 87 furent atteints et il moururent. Primer a observé encore le béri-béri parmi les soldats du 20“ régiment d’iidanterie à Aden (2).
Le béri béri présente deux formes principales caractérisées : la première, par l’anasarfiue; la deuxième, par des sympt(nnes nerveux analogues à ceux de la myélite; la marche de la maladie est plus aiguë, sa gravité est plus grande (piene l’étaient celles de l’acrodynie, mais l’analogie des manifestations symptomati(|ues est frappante.
Comme dans l’acrodynie, on observe dans le béri-béri des troubles de la sensibilité, de la motilité et de la nutrition, parfois aussi des symptinnes gastritpies, des vomissements, etc. « Les malades accusent généralement une sensation de fourmillement insupportable, surtout pendant la nuit, des |)icotemcnts dans les orteils, un sentiment de cbaleur et de froid inusité, des tiraillements, des pincements; chez certains sujets, c’est non-seulement l’anesthésie, mais l’analgésie qui se manifeste; chez d’autres, au contraire, le moindre atloucbement, même très-superticiel, de ta peau, la moindre pression exercée sur les masses musculaires, arracbent des cris. Peu après ces troubles de la motilité et de la sensibilité s’étendent à un plus grand nombre de régions des membres supérieurs, du tronc, de la face et même du pharynx et du larynx (3). »
La marche est difficile, impossible même quand la paralysie est arrivée à un degré avancé.
Dans certaines forim's du béri-béri qui ont revu le nom de formes bydropiques, l’œdème est, à vrai dire, plus considérable, plus généralisé (pie dans l’acrodynie, mais cet œdème a les mêmes caractères que ceux notés par Dance, Genest, Cayol, dans l’acrodynie; il est ordinairement peu compressible, les tissus envahis offrent une résistance particulière au doigt qui eberebe à les déprimer (A. Le l!oy de Mériconrt, loc. cit.).
Le béri-béri est d’un pronostic assez grave, la mort arrive en général par asphyxie, soit que l’œdème envahisse les poumons, soit que les muscles de la respiration se paralysent; à l’autopsie, les princi-
(1) Malcolmso'.i, Pract. Essaij on Ihe liistorij and Trealmenl of Béri-béri. Madras, (•2) ArL. Dhri-rkiu, Diction, encijciop. des sc. médic.
(3) A. Le Roy do Mériconrt, art. Bi-au-iiÉRi, Diction, encijciop. des sc méd., l. tX, p. 138.
A. I.AVERAN,
Gi.2 MALADIES ET ÉI'IDEMIES DES ADMIMES.
pales alléralions siègent dans la moelle, (pii présente des signes évidents d’innamniation dans la plnjiart des cas.
On est parfaitement autorisé, ce me semble, à rapproclicr l’acrodynie dn i)èii-l)éri; mallieurensemcnt ce rapprochement n’éclaire pas d’un jour nouveau l’iiisloire de l’acrodynie; .M. A. Le Uoy deMéricourt, dans l’excellent article cpi’il a consaci'é au béri-héri dans le Dkl ion liai re ninjclopédique des sriences wédicains, prouve très-bien (pie cette maladie n’est pas due à l’alimentation par le riz, ([uc les conditions mètéorologiipies, la cbalenr, etc., ne sont pas ses causes directes; il dit, en un mot, ce (pie lebèri-bèri n’est pas, mais il ne dit pas ce (pi’il est, car il est impossible d’admettre avec lui (pi’il s'agit d’une dyscrasie analogue à celle f[ui engendre le scorbut.
Des considérations précédentes sur la nature et les causes de l’acrodynie, nous croyons pouvoir tirer les conclnsions suivantes ;
1° T/acrodynie [leut être considérée comme une intoxication cpii n’a rien de commun avec l’ergotisme ni avec la pellagre.
2” La substance toxitpie, de nature inconnue, (pii donne naissance à l’acrodynie, porte son action d’abord sur les voies digestives, ensuite sur la moelle épinière, et tons les troubles de sensibilité, de motilité, de nutrition, (jui caractérisent la maladie sont probabremeiit sous la dépendance de l’irritation de ce centre nerveux.
3” On peut croire (pie la substance toxirpie rpii a donné lieu tà l’acrodynie en 1828 était en suspension ou en dissolution dans les eaux potables et le cas échéant il y aurait lieu de soumettre les eaux alimentaires <à de minutieuses expertises chimiipies.
■i" L’acrodynie relève probablement de causes analogues à celles cpii [»roduisent le béri-béri.
Traitement. Dropiiylaxie. — Les divers moyens de traitement rpii en 1828 furent mis en usage contre l’acrodynie ne fournirent pas de résultats bien satisfaisants : l’opium calmait les douleurs et modérait les troubles gastro-intestinaux, les bains tièdes donnaient rpiebpie soidagement aux malades; (piand la période aiguë était [tassée, la faiblesse et l’amaigrissement rpii survenaient souvent, indi(piaicnt les toni(|ues, une alimentation reconstituante, le (piimpiina, le fer et les bains sidfureux.
L’origine de l’intoxication à bupiclle on a donné le nom d’acrodynie étant inconnue il n’est pas possible d’indi(jner les mesures à prendre [toiii' éviter la reproduction d’(‘pidémies analogues a celle de 1828; mais l’expérience nous prouve (pi’une fois l’épidémie développée, lemcilleur moyen d’en arrélerTextension est d évacuer les casernes atteintes. S’il était démontré f[ue les eaux potables de telle ou telle provenance sont le véhicule de l’agent toxi([ue, on pourrait sans
ACRODYNIK.
Oi3
tloute s’arrêter à des mesures plus simples, plus raliouuelles, empèoher la viciatiou des eaux, etc.... Mais dans l’état actuel de la science, eu attendant rpic nous connaissions le principe toxicpie et la manière dont il s’introduit dans l’économie, force nous est bien de souslraire les troupes atteintes à toutes les conditions de milieu dans les(iuelles le mal a pris naissance.
L’acrodynie n’étant pas transmissible, il n’y a pas lieu d’isoler les malades.
GIIAIMTRE XWlll
UKS CllANDK.S K l> I D r. M 1 KS. — D K I.A riiSTK ANTIQCK.
IiKS CUANDES ÉPIIIKMIES.
Los plus iincieiis documenls nous inonli’cnt que de (oui temps les peuples oui été mis eu coupe réglée par les grandes épidémies, par les pestes, comme ou disait autrefois eu coulbudaiit sous ce nom générique toutes les maladies (pii preuaieul une grande exleusiou et qui douuaieiit lieu à nue grande mortalité. Ou distingue souvent les diiïéreuts âges du uioiide eu leur apjdiquaiit les noms des espèces (|ui ont tour à tour dominé dans la llore ou dans la faune et dont beaucoup ne figurent plus que (^laiis nos musées; ou peut de même diviser Thisloire des é|udémies eu périodes, caractérisées chacune par l’apparition d’un ou plusieurs types morbides; là aussi ou rencontre tics espèces éteintes.
La peste antique luanpie une première période qui commence eu [30 avant .l.-C. avec la peste d’Athènes et tpii se termine au vr siècle après J. -G. Sans doute avant cette époque, peu éloignée eu somme, si nous la comparons à raiiti(|uité de certains peuples, du peuple égyptien par exemple, de grandes épidémies ont dévasté le monde : nous eu trouvons la pi’euve dans les livres biblitpies, dans les poides dont les cbaiils transmis de bouche eu bouche à travers les sièch's couslituenl la première page de l’iiistoire de l’humanité, mais il ne sert à rien de se livrer à des cousidérations stériles sur des maladies dont ou ne jieul afiirmer tpic rexisleuce et la gravité.
A la peste auli(|ue siiccèile la peste à bubons, (pii règne du VI'' siècle au xvii“ siècle; la grande épidémie de 13[8 connue sous le nom de peste noire, marque l’apogée de cette époque néfaste où l’humanité affolée de terreur peut croire un instant qu’elle est vouée à une destruction complète. La mort se fatigue eiiliu, les vides creusés jiar elle se ré|)areiit avec nue facilité singulière, mais de nouvelles maladies attendent de nouvelles générations.
Au xvp siècle les maladies typhoïdes prciiueul une grande exten-
HES GRANDES ÉPIDÉMIES.
sion ; (le l i-80 à 1550 la siielle anglaise donne lieu à cinq grandes t'piilémics.
La grippe, qui règne aux xvii" et xvm'’ siècles, présente par sa bénignité relative nu heureux contraste avec les épidémies précédentes; c’est nue éclaircie dans cette sombre histoire, mais bientôt le choléra, cndémi(jue depuis longtemps aux Indes, rompt scs digues, déborde lie tons cotés sur le monde et répand la mort et la terreur parmi les peuples, comme avaient fait avant lui la peste antique et la peste à bubons.
Quand on a dit que les grandes épidémies sont des maladies l'arcs, de cause inconnue, qui plus ou moins rapidement envahissent de vastes régions, voire même la terre entière, on a dit tou! ce que nous savons de général relativement aux grandes épidémies; leurs causi's, leurs modes de propagation, leur symptomatologie, leur gravité varient extrêmement d’une espèce à l’autre, il est donc inutile d’écrire à ce sujet un ou plusieurs chapitres de généralités, ainsi, que l’a fait Ozanam (1) par exem[dc. La plupart des caractères assignés aux grandes épidémies (i) ou bien s’appliquent également à d’autres maladies, ou bien ne s’appüipient pas à toutes les grandes é|)idémics : les grandes épidémies donnent lieu, a-t on dit, à une grande mortalité ; oui pour la peste et le choléra, non pour la grippe. I,es grandes épidémies ont une période d’augment, une péiiode d’état et une période de décroissance, dit-on encore; mais, toutes les maladies susceptibles de régner à l’état épidémiipie présentent ces trois phases, et d’autre part une maladie qu’on s’accorde à ranger parmi les grandes épidémies, la grippe, ne les présente pas toujours: le janvier 178:2 à Saint-Pétersbourg le thermomètre ipii maripiait — 35“ monte à -\- 5“, le même jour iOOOO personnes sont atteintes de grippe; voilà, on en conviendra, une période d’augment singulièrement courte. Chaque grande épidémie a ses allures à elle : le choléra se déplace en suivant les grandes voies de communication et règle sa marche sur celle de l’homme, mais en profitant des làcilités de locomotion ipie la civilisation met à son service. La grippe n’a pas besoin de bâtiments pour traverser les mers, les nuages semblent lui servir de moyen de transpoi't. On a dit encore qm* les grandes épidémies marchaient toujours de l’est à l’ouest. Les causes des épidémies ne sont-elles pas assez obscures, faut-il encore accumuler les circonst.ances mystérieuses autour de ces grands phéno-
(1) O/.anam, Op. cil., t. 1, p. 11-tl.
(2i Voyez Moiiiicret, Traité de pallwl. (jén., t. lit, p. 018. — Gli. .\iiglatla. Elude sur les maladies élcinles el les maladies nouvelles. Paris. 1860.
(ilfi
MALAniKS KT KIMDKMIES DES ADMIMES.
mènes? Si la pesle cl le choléra ont marché en Europe de l’est à l’onesl, c’csl tout simplemeiil parce que ces deux maladies avaieni leurs berceaux à rouest de l’Europe, la i»remière en Egypte et la seconde aux Indes. Lorsqu’en 18:28 le choléra est sorti pour la première fuis (1e sou loyer il s’est répandu aussi bien au sud cl à l’ouest (pda l’est, les hauts plateaux de l’ilimalaya et les steppes de l’Asie ccnirale lui ont seuls opposé une barrière iid'ranchissahle vers le nord; les Chinois ont toujours vu le choléra marcher de l’ouest à l’est, et on pourrait enseigner à l*ekin, si on y enseignait (piehpie chose, que les grandes épiilémics sc dirigent de l’ouest à l’est.
Dans un récent travail, M. le professeur L. Colin a parfaitement établi (|u’il n’existait aucun principe étiologique exclusif correspondant aux épidémies cl tpie les altrihuts de l’épidémicité ii’élaienl pas exclusivement le propre de telle ou telle é|)idémie (1).
Toutes les conceptions générales de l’Epidémie et de ses causes se sont elfondrées les unes après les autres; (pi’au moyen âge on ait invoqué les innuenccs sidérales et la colère céleste pour ex])li(picr les grandes épidémies, que Sydenham ait fait appel plus lard à des inilucnccs’mystérieuscs, occultes, à des vajieurs soi'ties du sein de la terre, cela sc conçoit, l’épidémiologie était alors dans l’enfance; mais aujourd’hui, après les nombreux progrès accomplis, après la découverte de la propagation par contagion d’un grand nombre de maladies épidémiques, on se demande comment il est encore possible de soutenir que les grandes épidémies naissent, par exemple, irune combinnison indéterminée de causes cosmi(jues et d'inlhiencesmorales et polit i'iues (2).
Cha([ue maladie épidémiipie a sa marche particulière, scs causes spéciales, et au lieu de poursuivre la recherche de la catise des épidémies, il faut s’attacher à l’élude de chacune de ces maladies en particulier; c’est seulement ainsi (pi’on pourra sortir de ces généralités dont ou essayait jusqu’ici de couvrir l'étiologie des épidémies comme d’un voile impénétrable.
« Au lieu de continuer dansce cercle sansfin de croyances successives à un facteur isolé, (pie ce soit la contagion, riniluence des météores, celle des émanations tcllnriipies, ou entin raclion occulte du (jiiid divinum, de l’épidémicité; au lieu de maintenir cet exclusivisme des diverses opinions, exclusivisme résultant surtout de la tendance des auteurs à considérer l’épidémie comme une entité spéciale
(1) Epidémies et milieii.v épidéitiitpies. {.\nn. d'hij<j. pithl. et de )i>êd. lé<j. Octobre 1871. janvier 1875.)
C2) Euster, cil(3 par !.. Colin, toc. cil.
DES GUANDES ÉPIDÉMIES.
ayaiil scs allures à elle et pouvant être dès lors étudiée iudépendamlueiit de la maladie dont à nos yeux elle u’est qu une résultante piiis(iu’ellc ne fait ([u’en exprimer la fréquence; ne vaut-il pas mieux reconnaitre aux divers facteui’s étiologiques rinllucncc qui revient à chacun d’eux et rechercher suivant quel mode ils [icuvent se combiner pour conslituer un milieu propre à l’apparilion d une épidémie, un milieu épidémicpic (1). )>
M. le professeur L. Colin est amené à reconnaître que le genre épidémie u’existe pas, ipi’il y a seulement des maladies épidémi(|ues, et qu’il faut écarter de la détinition des épidémies toutes les idées de rareté, d’étrangeté, de fatalité, d’impénétrabilité, de mystère, que la plupart des auteurs y ont lait entrer.
Nous admettons entièrement, dit M. le [u’ofesseur Colin, le premier terme île la déflnilion de Crus (i) : « Une maladie est épidémique lorsipie dans un temps donné elle attaque un grand nombre d individus. » Villermé a aussi défiai les épidémies ; « des maladies ([ui attaquent à la fois beaucoup de personnes (3), »
.Vu commeiicemeut de cet ouvrage (p. 10) J’ai déjà eu l’occasion de m’expliquer sur celle question des épidémies, j ai montré ipie le genre épidémie n’avait pas sa raison d’être et qu’il était destiné à disparaître; lorsque je rédigeais les premiers chapitres de ce livre, l’excellent mémoire de M. le prolesseur L. Colin n avait pas encore paru et je suis heureux de m’èlre rencontré ici avec mon savant maître.
11 est cependant un caractère général aux grandes épidémies qui mérite d’être mentionné ; pendant leur règne ces maladies font taire presipie toutes les autres; eu temps de peste ou de choléra ou ne meuit guère que de peste ou de choléra, les maladies que Sydenham appelait intercurrentes disparaissent plus ou moins complètement , l’épidémie se charge de leur besogne ; les prédispositions morbides, au lieu d’aboutir à des états pathologiques variés comme en temps ordinaire, donnent un accès lacile a la maladie régnante, qui ne mau- ([ue pas d’en profiter.
La gravité des é|)idémies est très-variable noii-sculement d une espèce à l’autre, mais pour la même espèce morbide; ilans une même épidémie la gravité des cas peut être aussi Irès-dillérente, eu général les cas les plus graves s’observent au début et la maladie \a s alfaiblissaut, s’usant pour ainsi dire, avant de s éteindre.
L’histoire des grandes épidémies ne rentre pas tout entièie dans
fl) L. Colin, Op. cit. {Ann. d’Itijrj. pnbl. ft de méd. léij.. t. XLIII, p. 41.)
(‘i) Pnis. Rapport sur la peste et les (piarantaines, p. 4S.
(3) Villermé, Ües épidémies. (Ann. d'hijg. puhl. et de med. 1833, t. IX.)
MALAHIKS ET ÉPIDÉMIES DES AP.MÉES.
le plan do col ouvrage, mais il était impossible d’isolcr les faits exclusivement relatifs aux armées sons peine de renoncer à tonte vue d’ensemble et de ne présenter au lecteur (pie des tronçons dilformes dont il aurait eu ([uelqiie peine à comprendre l’origine et à saisir les rapports; nous avons du par suite nous décider à esfpiisser rapidement l’bistoire des grandes épidémies, tout en nous imposant à ce sujet une grande sobriété de details; c’est ainsi que nous passerons complètement sous silence l’bistoire clinique du choléra, pour ne nous occuper (pie du mode de développement de cette épidémie dans les armées et des moyens propbylactiques qui lui sont applicables.
PESTE A.NTIQUE
La [iremière grande épidémie des temps bistoi'iqucs est celle ipii ravagea l’Attiipie de LJU à 4:25 avant .I.-C. et qui est connue sous les noms de pcNlp d' ÀlhhiOH, (li> l’Alliiine ou de Thiicjidide. lai beau récit de Tbucydide est le seul document précis ipie nous possédions sur cette maladie, document bien .important, car Tbucydide était à Athènes au moment où éclata 1a peste et liii-niéme en fut atteint. Diodore de Sicile parle aussi de cette épidémie, mais seulement par ouï-dire et il ne s’occupe guère que d’en rechercher les causes probables.
L’épidémie de l’Attique ne fut qu’un épisode d’une grande irruption épidémiipie (Haeser, Littré) dont il est impossible de coimaitre exactement l’étendue, vu l’état de bai-barie où vivaient la plupart dos peuples.
L’épidémie éclata pendant la deuxième année de la guerre du Péloponèse, la ville d’Athènes était assiégée et les habitants dos campagnes s’y étaient réfugiés eu si grand nombre (pi’ils man(|uèrent bient(ït du nécessaire; Diodore insiste beaucoup sur cette circonstance, il part de là pour attribuer la maladie à rencombrement, et à la corruption de l’air qui en fut la suite. Le témoignage de Tbucydide, témoin oculaire, doit ' avoir plus de poids (pie celui de Diodore; d’après Tbucydide la maladie venait de rptliiopie d’où elle avait gagné l’Egypte, la Lybie et la majeure partie de l’empire Persan, elle avait été importée par des vaisseaux venant d’Asie. Le fait est que la maladie sévit d’abord au Pirée; le bruit courut dans Athènes, comme en 1(S32 à Paris, lors de la première apparition du choléra, que les fontaines avaient été empoisonnées; mais du Pirée la maladie gagna la ville haute et prit bientijt une telle extension qu’on dut admettre une induence plus générale.
PKSTE ANTIQUE.
Tluicydido dijcrit. ainsi la maladie : « Pour l’ordinaire on (i^ail frapp(i( sans aucune prédisposition apparente, mais snhilement et dans l’él.it de santé. D’abord ou éprouvait des cindenrs ardentes à la tête; les yeux devenaient ronges et enliammés; k l’intérieur, le pharynx et la langue étaient couleur de sang, l’haleine altérée et fétide; venaient ensuite réternument et l’enrouement, lîienti'»! le mal descendait dans la poitrine accompagné d’une toux violente, et lorsqu’il se fixait dans l’estomac il le soulevait et déterminait tontes les évacuations de hile décrites par les médecins. On était agité d’une extrême angoisse. La plupart des malades éprouvaient un hoquet suivi de convulsions vio lentes, lesquelles, pour les uns, se calmaient après l’accès, pour les autres se prolongeaient fort au delà. A l'extérieur, le corps n’était ni très-chaud au toucher, ni pâle, mais rougeâtre, livide, couvert de petites phlyctènes et d’ulcères; tandis qu’à l’intérieur il était si brillant qu’il ne supportait pas même les vêtements les plus légers ou les linges et (|u'il ne pouvait souffrir ipie l’étal de nudité. Les malades se seraient volontiers jetés dans l’eau l'roide et c’est ce (pie firent plusieurs des gens négligés (jui se précipitèrent dans les puits à cause de la soif inextinguible dont ils étaient alfeclés. Lette soif était toujours la même, (ju’on hùl [leu ou beaucoup. Le malaise provenant du mampic de repos et l’insomnie les tourmentaient sans cesse. Tant (pic la maladie était dans sa période croissante le corps ne dépérissait pas, mais il opposait à la douleur une résistance inattendue; en sorte (|ue la plupart des malades étaient emportés le septième ou le neuvième jour par rinflammation interne en ayant encore quehpies forces, ou bien, s’ils échappaient, le mal venant à descendre dans le ventre, y déterminait de fortes ulcérations suivies d’une diarrhée opiniâtre, à hupiellc on succombait toujours par faiblesse. Lu clfet, la maladie, qui d abord avait son siège dans la tete, parcourait successivement tout le corps, et si quelqu’un s’en lirait en conservant intacts les organes essentiels, il portait néanmoins les traces du mal (pii se jetait sur les extrémités, les parties génitales, le bout des mains et des pieds. Plusieurs eu furent quittes pour la privation de ces membres, d autres perdirent les yeux, d’autres enfin éprouvèrent, dès ipi ils furent rétablis, une perte totale de mémoire et ne rcconmirenl ni eux-mêmes, ni leurs proches (1). »
La maladie était très-contagieuse, les uKulccins furent les prcmièies victimes à cause de leurs fréupienls rapports avec les malades, une première atteinte donnait l’immunité.
(1) Thucydide, Ilisloire de la guerre du réluponése, livre II, traducl. de A. Uilliet et E. A. Betaut. Genève, 1 3/.
MALADIliS ET fil'IDÉMIES DES AUMÉES.
Thucydide fail un tahlcau saisissant des conséquences de l’épidéluie au point de vue des uueui's . les malades convaincus qu’ils vont mourir ne réagissent plus moralement; la crainte de la contagion éloigne d’eux Jus(pi’à leurs parents les plus proches; les cadavres sont abandonnés ou enterrés sans aucune pompe; les temples sont déserts; chacun s’em|)resse de jouir, la fortune n’a plus de prix, en un instant elle |)assc de l’un à l’autre, la crainte des dieux ou des hommes n’arrète plus personne. Nous verrons les mêiiK's faits se reproduire pendant la j)esle noire, les mêmes calamités doivent produire chez l’homme les mêmes impressions, aboutir aux mêmes états psychicpies, mais cela intéresse davantage riiistorien ou le philosophe (pie le médecin.
L’épidémie de l’Attiijue dura deux années consécutives, puisilyeut une interruption d’une année et demie; dans la cimpiième année de la guerre dn l*éloponèse la maladie reparut et dura encore un an. La puissance d’Athènes fut fortement ébranlée par cette peste; -i IDO hoplites de troiqies confédérées, 300 chevaliers, succomhérent ainsi qu’un nombre incalculable de guerriers et de scrviteui’s.
Les avis les plus divers ont été émis sur la nature de la maladie décrite par Thucydide, ou en a fait tour à tour une épidémie de variole, de typhus et de peste à bubons.
Siireiigel (1; a soutenu iju’il s’agissait de la vraie peste, de la peste à bubons; comment admettre que les bubons et les charbons de la peste aient échap[)é à un observateur aussi exact, aussi ('.onsciencieux (J UC Thucydide?
D’après Th. Krause et Daremberg c’était la variole; Thucydide parle, il est vrai, de phlyctèiies et d’ulcères, mais sans y ajouter aucune importance, comme d’une circonstance tout à fait accessoire ; s’il avait observé l’éruption si caractéristique de la variole, il est certain qu’il en aurait donné une description tout au moins reconnaissable, il aurait parlé des dilTérentes phases de l’éruption, tandis qu’il ne dit pas nu mot des croûtes ipii se forment sur toute la surface du corps dans les varioles conllucntes et qui donnent aux malades un aspect si caractéristique, si repoussant, si propre enfin à se graver dans la mémoire d’uii observateur même superficiel et étranger à la médecine; il ne l>arle pas non plus des cicatrices indélébiles qui déforment les traits des varioleux; les (Irecs, si passionnés pour la. beauté des formes, n’auraieiit pas luampié d’attribuer une grande importance à ces suites de la variole ; au lii'u de cela, Thucydide mentionne comme fréquentes
(I) ICiosor, Op. cil., p. 13.
l’ESTK ANTIQUE. CüI
les gangrènes des cxlrémilés et des parties génitales très-rares dans la varitde.
La ville d’Athènes était assiégée, les hahilanls des campagnes en s’y réfugiant avaient amené rencombrement, d’où naît souvent le i' lyplms, (elle est la hase du raisonnement des auteurs qui avec llaeser veulent faire de l’épidémie de rAlli((ue une épidémie de typhus; mais ■) ce raisonnement pèche par ta hase, attendu (pie d’après Thucydide la ai maladie ne prit pas naissance sur [ilace, elle vint de rLlhio|)ie; en 11' outre, les sympti'mies éuumérés par Thucydide ne sont nullemenl ceux ul du typhus; ta teinte sanglante de la gorge et de la langue, la toux Il violente, te hoquet suivi de convulsions, les phlyclènes, les ulcères, « la diarrhée et les ulcérations des intestins, les gangrènes îles extréki mités, sont dos phénomènes au moins très-rares chez les typhiipies.
, La description de Thucydide ne s’appli{(ue en somme ni à la peste A àhuhons,ni à ta variole, ni au typhus; y avait-il mélange de plusieurs maladies dont riiistorieii grec aurait fait un seul et mémo type? s’agissait-il, par exemple, d’une épidémie de typhus conqdiipiée de dysenterie et de scorbut, comme eu Crimée? Celte opinion pourrait se soutenir si c’était là une épidémie isolée, mais nous verrons que la peste d’Athènes ne s’est pas bornée à celte appai ition et que chaipie fois elle s’est montrée avec les caractères ipii lui sont assignés par Thucydide.
Ileckcret A. Krauss(l)oid émis l’avis très-bien motivé que la peste d’Athènes avait été produite par une maladie spéciale aujourd hui éteinte à laquelle ils ont donné les noms de peste antique ylIecUer) et de typhus éthiopiipic des anciens ou fièvre éthiopique putride (A. Krauss). M. Littré s’est rallié à cette opinion, quia pour elle toutes les prohnbilitcs
Diodore de Sicile nous a conservé Thistoire d’une maladie épidémique qui régna eii 395 avant J.-C. et qui est connue sous les noms de : Pesle de Syracuse et de maladie des camps de Sicile. Celte épidémie commeu(;a dans l’armée carthaginoise (jui, sous les ordres d’IIamilcar, faisait le siège de Syracuse (3). La mortalité était si grande que bientôt il fut impossible d’enterrer les morts; Diodore accuse la puanteur des cadavres jointe aux eflluves des eaux bourbeuses. Les malades étaient pris de gonllcments du cou, puis de fièvre ardente, de dysenterie avec formation d’abcès et de pustules sur différents
(Il Disquisilio historico-medica de nn titra morbi Alhenieiisium a Thucydide descripti. Stuttgard, 1831.
(i) Littci', Des grandes épidémies. {Revue des deu.c mondes, 15 janv. 1830.). — Article l'cpi odiiit dans : Médecine et médecins.
(3) Diodore Sicul. I.ib. XIV, cap. i.xx, i.xxi.
02 MALADIKS ET f:iM01v\llES DES AlOlfiES.
points du corps; qiiel(|uos-uiis dcliraieiU; ils conraionl de Ions cotés dans le camp, IVappant les personnes (prils rencontraient. La moit était trop prompte pour laisser agir les remèdes, ancun malade ne passait le cimpiième ou le sixième jour (1). La maladie se communiquait i)ar le toucher.
Ktait-ce la variole, comme le veut Krause, ou le typhus exantliématiqucsuivanl ropinion de Ilaeser? l'eut-ètre Diodore a-t-il réuni sous un même litre plusieurs maladies coincidentes, dont les principales seraient : les fièvres palustres avec accès pernicieux, la dysenterie et le lyphus; dans l’iiistoire des maladies des armées ces épidémies complexes ne sont pas rares, (émoins Ta maladie Hongroise et ce qu’on aui-ait appelé autrefois la maladie do Crimée; mieux instruits que les anciens sur la mai'che et les signes des maladies, nous pouvons faire la part do chacune dans ces types complexes, mais aujourd’hui même ce ii’esl pas toujours chose facile.
yV.sTc (rOrosius, ans apirs ,/.-C’. (lelle maladie épidémique sévit sur les côtes septentrionales de l’Afrique, où elle enleva un million d’hommes. Orosius, quia décrit celle peste,' s’occupe surtout d’en rechercher les causes : d’innomhrahles handes de sauterelles, après avoir dévasté le pays, avaient été précipitées dans la mer par les ouragans, leurs cadavres rejetés sur les cot(‘S engendrèrent des miasmes; les hommes et les animaux étaient également fra|)j)és.
Les manifestations extérieures de cette maladie n’oni été décrites ni par Orosius, ni par liivius, ni par .Iulius Ohsequins, cl l’on se demande sur quoi se fonde llaesor ('i) pour en faire la première manifeslatiou épidémique de la peste à bubons; prohahlemeiit sur le voisinage de riégypte, (]ui fut atteinte elle-même; mais la peste aiiti(pie venait de l’Clhiopie et a pu parfaitement occasionner celle épidémie. Les sauterelles ayant dévasté complètement le pays, il est ]»rol)ahlc que les maladies faméliques jouaient aussi nu graïul rôle.
Pesie nnlonine on de Galien, Kio à 180 ans après Le point de départ de cette grande épidémie paraît avoir été la Syrie; ou avait envoyé une armée romaine |ionr réjirimer une révolte; celte armée, commandée par Avidius Cassiins et pins tard par Yerus eut beaucoup à souIVrir du manque de vivres; c’est après la jirisc de Séleucie que la maladie éclata parmi h's troupes romaines. A. Marcellin rapporte (0) ipte des soldats Romains cherchant des trésors dans un leiu|)lc d’Apollon pénétrèrent dans un caveau d’où les prêtres chal-
fl) Ilaeser, Op.cil., p. 17.
(2) Ilac.scr, 0]i. cil., p. !8.
(U) Am. Mareelliiuis. I.ib, XIII, p. 270.
i'ESTE ANTlQrE.
iléeiis firent sortir le germe do la maladie, afin de punir la profanation du temple.
L’armée de Syrie rentra à Home pour y triompher, et c’est alors, en IGü après .l.-C., qu’éclata l’épidémie à la(inelle Galien donne les épithètes de grande et de longue ; de l’Italie elle s’étendit aux Gaules, jusque sur les rives du Rhin, un grand nombre de provinces furent littéralement dépeuplées, on trouvait à cluupie pas des villages ahandonnés et tondjant en ruines. A Rome, les cadavres étaient chargés en masse sur des chars; l’épidémie reparut en 1G8 et dura jusqu’en 180. .Marc .Anrète y succomba.
Galien rapproche cette épidémie de celle décrite par Thucydide et, en efiel, les analogies sont nombreuses entre ces deux pestes. Les premiers symptômes de la maladie étaient une fétidité particnlière de rtialeine et une rougeur érysipélateuse de la honche accompagnée souvent d’une éruption analogue à celle de l’herpès. A ces phénomènes, dit Galien, tout le monde reconnaissait l’invasion du mal. La peau des nialades n’était pas chaude au toucher, mais ils étaient dévorés par une chaleur intérieure; du septième au dixième, jour il survenait de la diarrhée. Les selles d’abord rouges et jaunes passaiemt ensidte au noir, elles s’accompagnaient alors de violentes coli(iues; les malades (lui avaient des selles noirâtres pouvaient guérir, mais les évacuations de celte nature étaient en général d’un pronostic plus grave ijue les premières. Dans ([uelques cas la diarrhée était le seul symptôme, elle s’accompagnait parfois d’une grande dyspnée.
Vers le neuvième jour, après la diarrhée, on voyait survenir un exanthème, principalement lorsque la maladie devait se terminer par la guérison, c’était un phénomène critique. L’exanthème occupait toute la surface du corps, et le plus souvent il avait la forme pustuleuse, furonculeuse, mais jamais il ne suppurait, jamais il ne sortait de liquide tles pustules. La guérison était rapide à partir de ce moment, l’exanlhème était ru le, couvert d’aspérités, il s’en détachait des écailles, et alors tout revenait à l’étal normal.
C’est eu se fondant sur l’existence de celte énqition que plusieurs auteurs, en tête desquels se placent Tli. Krause et llaeser (1), ont pu soutenir (jii’il s’agissait de la variole; mais celle éruption, qui survient vers le neuvième jour de la maladie, à la suite de la diarrhée ou de la dysenterie, et qui guérit si rapideiuenl, sans suppuration, ne ressemble guère à celle tic la variole; est-il besoin de rappeler que dans la variole l’éruption se produit vers le deuxième ou le troisième jour, <|u’elle persiste longtemps, (ju’elle donne lieu a la lormation de
(1) llaeser, Op. cit., p. 30.
croiiles, !i (les sui)i)m’aliüns prolongées el à dos cieali'iccs indélébiles dont Galien ne dit pas un mol; enün, ebacnn sait (pic dans la variole la constipation est la règle. Si Galien avait observé la variole, il l’aurait décrite très-certainement de fai,'on à ce que cbacun put la recounailrc. Avec Ilecker, A. Krauss et Littré nous pensons que celle épidémie ue doit être rapportée ni à la variole, ni au typhus, mais à la peste antiipie; comme nous avons eu l’occasiou de le dire (v. variole) l’apparliou de la variole en Europe ue remonte qu’au vi'’ siècle après J. -G.
/V.s7c (le Cj/prieii, 251 ans après J.-C. Le summum d’intensité de celle épidémie eut lieu sous les empereurs Gallus el Volusianus, aussi lui donne-t-on (picbpiefois le nom de peste des empereurs Gallus cl Volusianus. L’Europe entière el l’Egypte, où la maladie fit le plus de victimes, se trouvaient alors dans des conditions déplorables, bien propres à faciliter l’éclosion des maladies épidémiques; la famine, les massacres des chrétiens, les dissensions intestines, des guerres incessantes, l’abandon de la culture des terres, la cornqilion générale, annonçaient l’écroulement prochain de l’empire llonriin.
La maladie dura presque sans interruption de 251 à 2(30, tous les écrivains contemporains s’accordent à placer en Ethiopie son lieu d’origine; elle envahit tout le monde connu, jusqu’aux dernières limites occidentales, n’épargnant aucune ville et sévissant deux fois dans plusieurs.
Cyprien note parmi les principaux symptômes de la maladie ; un llux de ventre incoercible, des vomissements, une éruption spéciale dans la gorge ; l’inflammation des yeux chez quelques-uns, la gangrène des extrémités. Grégorius Nyssenus dit ([ue les malades souffraient d’une soif si vive qu’ils se précipitaient vers les puits et les ruisseaux. D’après Diouysius la maladie était contagieuse.
Ces caractères sont les mêmes que ceux assignés par Thucydide à l’épidémie de rAtti([ue et par Galien à l’épidémie des Aulonins : soif intense forçant les malades à se I rainer vers les fontaines, coloration spéciale de la bouche et de la gorge, flux de ventre, gangrène des extrémités, point de départ en Ethiopie, contagiosité, prcs(jue tous les traits enfin sont les mêmes et il est permis de croire ipi’il s’agissait encore d’une grande manifestation de la peste antique, maladie aujourd’hui éteinte.
Au vE siècle la peste à bubons succède à la peste anliipie. ft H semble, dit Littré, ipie les peuples occupés au mouvement et au progrès de leur vie soulèvent sans le savoir des agents hostiles et funestes (pii leur apportent la mort et la désolation. Les peuples dans leur sourd el aveugle travail de développement sont comme les mi-
l'ESTE ANTIQUE
neurs qui, poursuivant le lilou qu’ils sont chargés d’oxploilcr, laiilùt déchaîiîcul les eaux souterraines qui les iioieiit, tantôt ouvrent im passage aux gaz iuéphiti([ues (pii les asphyxient ou les hruleut, et tantôt enliu provo([ueiil les éhouleineiits de terrain qui tes ensevelissent sous leurs décombres (1). » Cette comparaison est plus que belle, elle est juste : presque toutes les maladies épidéuii(pies ([ui ont ravagé tour à tour le monde étaient primitivement localisées et ne se sont généralisées qu’à la suite d’impoiiations ; la peste aiiti(|ue, la peste a bubons, la variole, le cboléi'a, fournissent des exemptes bien probants <le ce fait; les guerres, les émigrations, ont facilité maintes lois l’extension des maladies épidénfuiues; la civilisation, en multipliant les moyens de transport, en facilitant les communications enti'c les peuples, a ouvert des voies faciles à toutes les contagions. L’bisloire de la peste antique montre bien l’inllueuce des guerres sur le développement et la propagation des épidémies : la peste de Tbucyditle désole la Grèce pendant la guerre du Péloponèse, celle do Sicile se développe dans l’armée d’Ilamilcar, l’épidémie de Galien est iinportée à Home par une armée revenant de Syrie, enfin la peste de Cyprieu coincitle avec les révoltes continuelles (|ui marquent la fin de l’empire romain. Los armées ont constitué de tout temps un milieu trè.sfavorablc au développement des maladies épidémiques, en même temps que par leurs déplacements continuels elles eu lavorisaieut la dissémination; les conséquences ordinaires de la guerre : l’abandon de la culture du sol, la famine, rencombrement des populations ([ui viennent s’abriter derrière les murailles des villes, les cadavres couvrant te sol et pourrissant dans l’eau des lleuves, tel est le sombre cadre dans lequel se sont développées beaucoup d’épidémies, surtout dans l’antiquité, alors que l’hygiène n’intervenait pas pour corriger cos causes d’insalubrité et pour détourner des fléaux dont on se contentait d’accuser les dieux.
(1) Littré, Des grandes épidémies. {Revue des deux mondes, 15 janvier I83(i.)
CllAIMTUE XXXI V
l'KSTh: A I!IB0N.<.
Nous avons VU dans le rliapilre prccédenl (|iie les épidémies de Tliucvdiilc, de (lalicn cl de Cyprien no pouvaient pas être rapportées à la vraie posU', à la peste à hubous, (pie nous désignerons à l’avenir du seul nom de peste; rien ii’aulorise non plus à voir dans réi)idémie d’Orosius la |iremièrc üfrande manilcslation de la peste, ainsi (pie l’a lait llaeser. C’est au vi" siècle seulement que la peste se répandit sur le monde entier, mais de|)uis longtemps déjà elle était endémiipie en Egypte, comme le choléra aux Indes avant l’épidémie de 1818.
Un passage île Miil'us conservé dans un livre d’Orihase. témoigne de l’ancienneté de la ])eslc en Egypte ; « Le bubon, dit Uufus, qui jiour des causes manirestes et les premières venues se développe au cou, aux aisselles et aux cuisses, est avec lièvre ou sans fièvre. Nécessairement la fièvre qui se joint à un bubon est acompagnée de frisson; si rien ne s’y associe, il est aisé de la faire cesser sans danger... Mais les bubons ajipelés peslUcnIiels sont les plus dangereux et les plus aigus, tels (pi’on les voit surtout dans la Libye, l’Egypte et la Syrie et dont a fait mention 'Denys surnommé Kvrtus. Dioscoride et l'osidonius s’en sont surtout occupés au sujet de la peste qui régna eu Libye. Ils disent ipie dans celle peste il y avait une fièvre aiguë, de la douleur, une tension de tout le cor|)S, du délire, et qu’on voyait se développer des bubons volumineux, durs, et (pii ne venaient pas à suppuration. Ces bubons se formaient non-seidemeni dans les lieux ordinaires, mais encore aux jarrets et aux coudes (1). » Uufus vivait sous Trajan (1)8 à 117 après .l.-C.) et Denys, Dioscoride, l'osidonius, lui sont antérieurs; ou peut donc conclure de ce documeut (pie la peste régnait eu Egyjite et en Libye au C siècle de l’ère ebrétieniie et probablement avant celle époipie.
I‘esle de Jnsliiiicn (531-080). — Eu 531 (pielqnes cas de peste se dévcloppèrcnl à Constantinople, mais c’est seulement dix ans plus tard
(I) Cité pac I.iUcé, arl. Peste, Diction, en 30 vol.
l'ESTE A BUBONS.
que la malatlic prit une grande extension, tous les historiens s’accordent à dire que le mal venait d’Kgypte. Les principaux documents sur cette épidémie sont dus à Procopc, à Lvagrius et à Grégoire de Tours.
Eu 5 i2 la peste tuait à Constantinople 5 à 10 000 personnes chaque jour et cola dura pendant plusieurs mois; de Constantinople elle .s’étendit en Grèce et l’année suivante en Italie. Vers 5i5-540, la Gaule est envahie et la peste y règne jusiiu’en 550, pres(pie toutcsles provinces sont atteintes les unes après les autres. En 558, nouvelle épidémie à Constantinople, aussi violente que la première; en 505 la maladie se réveille aussi en Italie. Partout les populations étaient plongées dans la désolation, des villes entières étaient ahandounées.
La maladie était contagieuse (Procope, Evagrius), elle sévissait sur tous sans distinction d’àgc ni de sexe, les adultes étaient cependant tout particulièrement éprouvés; une première atteinte donnait l’imm uni té.
La maladie débutait hrusquement au milieu de la nuit ou le jour par une fièvre violente qui surprenait les malades au milieu de leurs occupations; dans d’autres cas la fièvre était modérée et il était facile de mécounaitre, la gravité du mal jusqu’à l’apparition d’un huhon sur une partie du corps. La mortalité étaitsnrtoul grande pendant les trois premiers jours de la maladie, les pétéchies annonçaient presque toujours une terminaison fatale qui pouvait survenir aussi à la suite de vomissements de sang.
Evagrius parle des huhons, des charbons (anthrax), et sa description conforme à celle de Procope sur les principaux points, ne laisse pas de doute quant à la nature de la maladie; il s’agissait très-certainement de la vraie peste, de la peste à huhons (1).
Du viP au xiv*^ siècle la peste lit plusieurs irruptions en Europe mais ces épidémies partielles sur lesquelles nous n’avons que des renseignemeuls très-incomplets, s’elfacent devant la grande manifestation épitlémique du xiv“ siècle.
Peste noire, 1348. — Pendant longtemps on a ignoré (|u’elle avait été la véritable nature de cette grande épidémie; les remarquables travaux de llecker (2) et de Ilaeser (3) ont parfaitement démontré qu’il s’agissait de la peste à huhons.
Un des documents les plus précieux relativement à l’apparition de la poste noire eu Europe est uu manuscrit de Gabriel de Mussis dé-
(t) Haeser, Op. cil., p. if.
('ij llerkcr, Dea schwarze lod in vienehnlen Jahrhunderl. Berlin, 1832. (3) Haeser, Op. cil., p. 105-107.