A. LAVERAS
couvert OU railleur, cliulianl eu ilroil de IMaisauce, se trouvait
eu Crimée (I3ir») quand la peste y (il sou apiiaritiou, les étrauger.s s’empressèrent de Cuir et la maladie fut ainsi Iraiisporlée eu Italie, eu Sicile et probalilemeut sur d’autres points de la Médileriaïuée ; c’est ainsi qu’eu IHCif) des bàlimeuls partis d’Alexandrie imporlèreiil le cboléi'a dans les principaux ports de la Méditerranée. De Mussis (piitta la Crimée avec ses compatriotes et revint eu Italie, mais sur mille voyageurs dix à |ieiue survécurent; presque tous ceux qui commuui((uèreul avec eux à l’arrivée eu Italie, prirent la peste; a. nous portions avec nous la mort, dit de Mussis, et nous la répandions par notre souflle. »
Constantinople fut une des premières villes atteintes, comme dans la peste du vi" siècle ; l’empereur Canlacuzène, dont le (ils Andronique succomba à la maladie, a bien décrit les tumeurs propres à la peste.
D’après tous les auteurs contemporains la peste venait de la partie ta plus reculée de l’Asie : Tartarie, Cbine, pays de Katliay; avant d’envahir l’Europe, elle avait fait de grands ravages ]iarmi les Tartares et les Sarrasins, en Asie Mineure, en Syrie et en Égypte.
En 1318 la peste noire est répandue dans toute l llabe et en Sicile. Naples perd GOOOO liabilanls. Gènes dOOUO, \enisc lÜUOUU, Morence UGOUO; les principales villes d'Italie et de Sicile sont pre.S(ine toutes fraiipées dans des proportions analogues; Decker ni llaeser ne mettent en doute l’exactitude de ces ebilfres si élevés. Doccace a laissé une belle description de la peste de Florence. Les îles Baléares furent envahies peu de temps après la Sicile, puis ce fut le tour de l’Espagne ; presque partout où elle se montrait, la maladie enlevait la moitié an moins dos populations; le roi Alphonse XI y succomba devant Gibraltar assiégée.
Dès 1347, plusieurs points des cotes méridionales de Franco avaient été atteints, Marseille notamment; au mois de janvier 1348 le tléan s’étendit à Avignon, puis à. Narbonne. Le Languedoc, la Gascogne et la Provence lurent horriblement ravagés : Arles perdit pres(pie tous scs habitants, à Narbonne 30000 personnes moururent pendant les premières semaines; à Avignon la peste était si terrible, que dans les trois premiers jours de son règne, elle lit 1800 victimes, parmi Icsquelles Laure de Noves, célèbre par les sonnets et 1 amour de Pétrarque; à Montpellier uu seul médecin fut épargné; dans quelquescouvcnls, pas un moine ne survécut.
La peste apparut en Franche-Comté au printemps de 13 18, elle ravagea jus([u’aux montagnes du Jura, enlevant on beaucoup d endroits les deux tiers des habitants; puis elle gagna Paris et y régna un au
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et demi; 50000 à 80000 liabilaïUs périrent; riches et pauvres, étaient également atteints; deux princesses, .leanne de Navarre et Jeanne, femme de Philippe de Valois, y succomhérent; à Saint-Denis, il y eut lüOOO victimes; 17 000 à Amiens; Rouen eut également hcaucoup a souffrir.
De Paris la peste se dirigea vers l’Est; la Champagne, l’Alsace, la P)Ourgogne furent particulièrement éprouvées; de l’Alsace le lléau se répandit sur l’Allemagne, le Drahant et la Hollande.
L’.Vngleterre fut envahie par les côtes du sud, il est prohahle que la maladie y fut importée de France; les séances du parlement et des cours judiciaires furent interrompues; les rois de France et d’Angleterre, alors en guerre, durent conclure une trêve.
Le Danemark, la Suède et la Nonvége, l’Islande même, eurent leur tour; la Pologne et la Russie furent les dernières victimes de la peste noire, qui alla finir sur les hords du Danuhe, après avoir parcouru l’Europe entière.
llccker évalue à 25000000 d’iiahitants les pertes occasionnées par la peste noire en Europe; Clément VI estime qu’en Asie le nomhre des victimes s’était élevé à 23000000 d’hommes. Ces chiffres ne sont évidemment que des approximations; mais, en admettant môme avec llaeser qu’ils soient trop élevés, il faut convenir que jamais maladie aussi terrible n’avait désolé le monde et que la terreur qu’inspira cette peste était bien légitime; il semblait, disent les chroniques, que la Providence eût résolu de faire périr l’espèce humaine. Heureusement la vitalité des populations n’est jamais plus grande qu’après ces grandes calamités, les vides faits par la peste se comblèrent avec une facilité singulière. « Sitôt que la peste eut cessé, dit le continuateur de Nangis, les hommes et les femmes qui restaient se marièrent à l’envi : les épouses conçurent outre mesure par tout le monde; nulle ne demeurait stérile; on ne voyait en tous lieux que femmes enceintes et beaucoup enfantaient deux, voire trois enfants vivants. Le monde fut en quelque sorte renouvelé et devint comme un nouvel âge; mais, hélas! cette rénovation n’amena pas un siècle meilleur, caries hommes n’en furent que plus avares et plus cupides, et la paix ne s’établit ni dans le royaume, ni dans l’Eglise (1). »
Tantôt la mort arrivait en quelques heures, par suite d’une véritable sidération (forme foudroyante), tantôt les malades étaient pris d’épistaxis ou d’hémoptysies abondante^ (forme hémorrhagique); enfin, dans bon nombre de cas, la maladie se présentait avec le cortège symptomatique ordinaire de la peste à bubons. Guy de Chauliac,
(1) Conlin. de Nangis, cité par tienri Martin, Histoire de France, t. V.
CGO
qui oliservail à Avignon, distingue deux périodes bien Irancliécs : dans les deux premiers mois de l’épidémie, la forme liémorrliagique dominait, des hémoplysies abondantes succédaient à la fièvre initiale et la mort survenait en deux ou trois jours; dans la deuxième période èpidémi(iue, à la fièvre continue se joignaient les bubons et les malades succombaient en cinq jours; la première forme, au dire de Guy de Gdiauliac, était pins contagieuse que la ])remière. Une division aussi nette ne se reironve dans aucun des auteurs contemporains; les uns ont observé surtout les formes bèmoi'rliagiques, tandis que d’antres ne décrivent que la peste tà bubons régulière. La forme bémorrbagi(pie n’est pas spéciale à celte épidémie de peste, nous avons vn (pi’elle avait été signalée par Procope lors de l’épidémie du vP siècle, et nous la retrouverons encore dans les épidémies postérieures à la peste noin'.
Les descriptions de G. de .Alnssis, de Ganlacuzène et Nicèpbore, de Boccace, de Guy de Gbauliac, de Simon de Covino, qui donne à la maladie le nom de peslü Wijuinnrin (1), se rapportent bien évidemment à la peste à bubons, il ii’y a plus de doute possible à cet égard.
Boccace, Pétrarque, S. de Mussis, S. de Covino et tous les aiiteurs contemporains parlent de l’état de désespoir où ce terrible fléau jeta les populations; on assiste aux mêmes scènes (pPan temps de Thucydide, l’état d’exaltation religieuse et de mysticisme (pii caractérise cette époque introduit seulement quelques traits nouveaux dans ce sombre tableau. Les malades sont abandonnés de leurs plus proches parents et les médecins osent à peine les visiter; on enterre les morts sans cérémonies funèbres, les riches se dépouillent de leur or pour le porter dans les églises et dans les couvents; les uns se mortifient pour apaiser la colère céleste, d’autres se livrent <à des plaisirs sans frein. Les processions de tlagellants et la persécution des Juifs mollirent bien quelle |u’ofonde peiTnrbation la peste avait jetée dans les esprits et dans les mreiirs.
La première procession de llagellaiils eut lieu en Italie en l^îliO; des bandes d’hommes sous la conduite d’un ermite soiTireiit de Spolète; ces bandes d’abord peu nombreuses et composées seulement de gens dn peuple s’accrurent ensuite jusqu’à des milliers ; les riches, les grands, le clergé, les femmes et les enfants y prirent part. Les nagellanls étaient vètns d’une longue clicmise et d’un chaperon sur lequel se trouvait la croix des repentants, leurs visages étaient voilés;
(1) Maniisrril diVniivort par Litli'û et imprimé dans la lîihliüllièinic des C.liarles, Uc série, t. I, p. î2()l
l'KSTE A BUBONS.
ils allaient ilc ville en ville, se prosternaient rlevant les autels des martyrs et se (lagellaient publiquement en cbantant des cantiques; leur but élait de conjurer la colère céleste et d’amener au repentir par leur e.xemple.
A l’époque de la peste noire ces processions s’organisèrent en Allemagne et se répandirent dans les Pays-lias, la Suisse et la France; cette folie lit de rapides progrès : les (lagellants se prétendirent bientôt envoyés par Dieu, ils voulurent faire des miracles, ce (pii les brouilla avec l’Eglise, et ils commirent des exactions, ce qui les brouilla avec le pouvoir séculier; les prêtres et les seigneurs défendaient leurs privilèges; les processions furent interdites en 1350.
Les croisés revenant de Palestine avaient donné le signal de la persécution des Juifs; lorsque la peste éclata, on accusa les Juifs d’avoir empoisonné les puits et les persécutions redoublèrent; à Strasbourg, sur 1884 Juifs, 000 furent brfdés, les autres se convertirent; eu 13 P.) une bande de peuple année de faux parcourut les villes du liliin, poursuivant les Juifs, dévastant et pillant tout sur son passage; à Mayence, 1:2 000 Juifs se bridèrent cnx-mémes pour échapper aux persécutions. « En Allemagne et dans diverses autres parties du monde, plusieurs milliers de Juifs furent torturés et massacrés, dit le continuateur de Nangis, et ce fut chose surprenante que leur opiniâtreté et celle de leurs femmes; car, de peur (|u’on ne recueillit les petits enfants pour les baptiser, les mères jetaient leurs enfants dans la flamme des bûchers et s’y précipitaient après eux atin d’élre consumées avec leurs maris (1). » Rien ne mampie à l’borreur de cette lamentable époque. Un grand nombre de personnos furent brûlées à petit feu et tenaillées pour avoir semé la peste, crime chimérique dont la torture leur arrachait l’aveu (2). La chorée épidémique, les processions d’enfants accusent encore l’aberration des esprits, mais ces épisodes se rattachent moins directement à la peste.
Tandis qu’on brûlait les Juifs en xVllemagne, ritalie plus éclairée à cette époque et plus directement exposée aux importations de la peste, cbercbail à se protéger d’une façon plus logique et moins barbare contre les envaliissements du fléau; dès 1348 trois provéditeurs de santé fui'ent créés à Venise et armés de pouvoirs exceptionnels pour toutes les mesures à prendre contre la peste; le premier lazaret fut fondé à Venise en 1403, c’était un hôpital (pie les provéditeurs de santé tirent installer dans une île voisine de Venise pour y recevoir
(I) Cité par Henri Martin, loc. cil.
(-) Liliré, Les semeurs de pesle. (Médecine et médecins, 1875, p. A'.)2.)
les pestiférés, (lônes foiulaun lazaretcn 1 iG7, Marseille en 1 HO (1).
Kii i:].")*.) 1m peste reparaît sur les rives du Danube, en l’ulièine, en Italie; en 18(')0 elle règne à Avignon, où elle est observée connue celle (le 1IH8 par fiuy de Cbanliac, médecin des papes; en 1301, 1700 personnes succombent à Avignon, parmi lesquelles 100 éviupies et 5 cardinaux; la Lombardie, Venise, Parme et Plaisance sont atteintes la même année.
En 130(S la pcslc est épidémique en Angleterre, puis eu Pologne (137^); dans la liante Italie (137-i); en 138“2 elle reparaît pour la troisième fois à Avignon, et elle se répand sur Pltalie, la Grèce, rAllemagm', l’Angleterre et l’Espagne. Ces dernières épidémies sont bien loin d’avoir la gravité de celle de 1318. Voici, d’après Cbalin de Vinario, un tableau iudi(piant pour quatre épidémies le nombre des malades et celui des guérisons (2) :
ANNÉES