‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 117 sur 129 · CG · texte numérisé non relu

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comlilions nécessaires pour qu’elle ail lieu ne sont pas bien délermiuées (I). »

Depuis le départ de France jus(iu’à la fin de l’an VIII, c’est-à-dire eu deux ans et ileiui, sur un elTectif de 30 000 lioiumes, 1080 seulement moururent de la peste (Desgeuelles, op. cil., p. I”3); quarante médecins militaires étaient parmi les victimes.

Assalini ('2), Savaresi (3), Larrey (4), Fiignel (.")), ont décrit celte épidémie.

Dans les trente premières années de ce siècle la peste fait encore plusieurs apparitions en Europe; des épidémies sont observées dans les îles elles ports de la Méditerranée et de la mer Noire, à Malle, à Corfou, à Odessa, en Grèce (1827-18:28), dans les principautés Danubiennes (1828). Constantinople, qui avait été la première étape de la peste en Europe, est aussi sa dernière, de là elle se répand sur les côtes de la mer Noire, en Asie .Mineure; Trébizonde, Smyrne, Tripoli, sont envahies à plusieurs reprises.

En Syrie la peste s’est montrée pour la dernière fois en 1838-1841; depuis 1841, dit Griesinger, aucun cas de peste n’a été observé à Conslantino[»le; depuis 1843 la maladie a disparu de la Turquie d’Asie et depuis 1841 de l’Egypte (0). Celle disparition a coïncidé à Constantinople et à Alexandrie avec l’adoption de mesures sanitaires importantes; la peste ne règne plus en Egypte môme à Télat sporadique : Griesinger, pendant un séjour prolongé en Egypte, n’a pas pu en observer un seul cas; chaque fois qu’on l’a conduit auprès de prétendus pestiférés, il a trouvé, dit-il, des individus atteints de toute autre maladie et spécialement de bubons vénériens.

Il est douteux s’il faut rallacber à la peste la maladie qui a régné plusieurs fois aux Indes et qui est connue sous le nom de peste de Pâli et de peste indienne ; sa première apparition remonte au mois de mai 181.Ô; une seconde épidémie très-meurtrière se développa à Pâli au mois de juillet 1836, enfin la même maladie a été observée encore en 1846, 1847 et 1849. Moreliead l’a décrite sous le nom de fièvre rémittente infectieuse; elle s’accompagnait d’une grande tendance à Tadynamie, de dyspnée et souvent d’hémoptysies; des lu-

(1) De.sgonettcs, Histoire méd. de l'année d’ O rient, Paris, 1830, p. 4-7.

(2) Observations sur la maladie appelée peste, otc. Paris, an IX.

(3) Mémoire sur la peste, etc., iii Rec. de mémoires sur l’Éyijpte. Paris, an X,

(4) Mém. de chirurgie militaire, 1812, t. 1, p. 310.

(ô)Mém. sur les ftevres de mauvais caractère du Levant et des Antilles. Lyon et Paris, 1804.

(G) (iriesinger. Traité des maladies infectieuses. Trad. ile Loniattre, p. 3C5.

ÉCf)

meurs se développiiienl aux aines, aux aisselles, à la nuque, il n’y avait ni cliarbous ni pélécliies. Moreliead, Pearsou et Hirsch ne veulent pas que l’oii cüiil'onde cette maladie avec la vraie peste, dont elle dilfère , disent- ils, jiar une grande leiidaiice à l’inflammation des poumons. Ces auteurs font remaiapier aussi que ces épidémies sont nées sur place, <iue la peste à huhons ii’a pas été importée aux Indes; ce dernier argument ne doit [>as faire exclure l’idée de peste, comme nous le verrons plus loin. La peste de Pâli a en somme une grande analogie av('c les é|»idémies de peste à huhons (|iii s’accompagnent parfois de localisations indmonaires et d’hémoptysies ahondantes (I).

En l(Sr)(S on pouvait croire (pie la peste à huhons allait prendre rang |)armi les maladies éteintes à côté de la peste antique; depuis (piatorze ans il n’en était plus question, même en Egy|)te, quand une petite épidémie éclata au mois d’avril 1858 dans un campement d’Arabes nomades et misérables à 8 heures de Hengliazi (régence, de Tripoli); de là la peste, car c’était bien elle, se répandit sur les localités voisines. Depuis 80 ans la maladie n’avait pas été observée dans ce pays, elle ne régnait pas alors on Egypte, et il faut bien admettre que la maladie prit naissance sous l’influence de conditions particulières aux localités envahies; le pays avait eu à souffrir d’une longue sécheresse et de la famine.

En 18G7, un foyer nouveau tout aussi spontané que le i)remier se montre sur les hords de l’EupInate, à peu do distance de la ville de Ilillé; la maladie débute comme à Hengliazi, sur des Arabes nomades, et reste circonscrite dans un étroit district ipii n’avait pas soulTert de la famine ; l’inondation de l’Euplirate avait été seulement plus forte qu’à l’ordinaire (peste de Mésopotamie.)

[In troisième foyer est observé au commencement de 1871 au nord de la Perse, dans un très-petit village du Kurdistan persan, au sud du lac d’Ourmiab; les Kurdes, nomades en été, babitent pondant l’hiver (les réduits étroits, encombrés et malpropres; la maladie remonta le cours des rivières et atteignit Baneh, près de la frontière turque, la contagion était manifeste, comme à Benghazi et sur les rives de l’Euphrate. La population du Kurdistan persan n’avait eu à soulfrir ni de la famine, ni des inondations.

En 1874, une nouvelle épidémie est signalée en Mésopotamie, près de l’Lnphrate, un peu au-dessous de la localité atteinte en 18(i7; la maladie se développe encore sur des Arabes nomades, les eaux de l’Euphrate avaient étégrossies pardes pluies très-abondantes; comme

(I) Hirsch, Op. ciL, t. I, p. 201).

PESTE A BUUONS.

dans les épidémies précédentes, le mal disparut dès le début des fortes chaleurs (1).

La même année la peste fait une nouvelle apparition près de Benghazi, dans ta régence de Tripoli; vers les premiers jours du mois d’avril 1874, elle éclate à Merdji, village distant de 20 heures de Benghazi, sur des Arabes nomades. Notre regretté collègue le doclenr Lavat, qui se trouvait alors en rongé dans la régence de Tripoli, se transporta immédiatement à Merdji, afin de prendre les mesures nécessaires pour circonscrire la peste; imitant les plus l)eaux exemples de dévoilement médical qui se puissent citer, le docteur Laval s’enferma dans nu quartier isolé avec les pestiférés, quinze jours plus tard il succombait à la peste (2).

Le 3 août 1874. l’oflice sanitaire de Djeddah signalait une maladie analogue à la peste dans le village de Doga a ipiatre jours au sud de la Mecque; par mesure de précaution le pèlerinage delà Mecque fut interdit cette année (3). De nouvelles informations tendent à démontrer que la peste n’a pas régné à Doga, mais dans plusieurs villages situés sur le plateau de Toumouma dans le pays des Assyrs (4).

Ces derniers faits montrent bien que la peste peut se développer encore aujourd’hui avec tous ses caractères d’autrefois et ipi’il ne faut pas nous trop presser de désarmer contre elle.

Etiologie. Mode d’extension. Contagion. — Comme la peste semblait avoir pris naissance en Égypte et qu’elle y avait été endémique pendant de longues années, il était naturel de lui chercher des causes dans des conditions particulières à 1 Egypte; on a accusé suitout la cessation de la prathpie des embaumements, l’ensevelissement des cadavres dans les villes, dans les maisons, les émanations du Nil débordé, la misère, l’incurie des classes pauvres. L’absence d’hygiène publique ou privée a contribué certainement à faire de l’Egypte, pendant de longues années, le foyer de prédilection de la peste; la disparition de cette maladie a coincidé avec l’application de mesures sanitaires excellentes, adoptées en Egypte et à Constantinople depuis une quarantaine d’années, en particulier avec la création de cimetièies en dehors des villes, mais il faut dire qu au moment ou celte léloime a eu lieu, la peste était déjà depuis de longues années en voie de décroissance.

D’après M. le docteur Tholozan la peste peut se développer sur

(!) Tholozan, Des foyers d’origine de la peste de 1858 à 1871. {Comptes rendus de VAcad.des sc., t. LXXIX, p. 1351.)

(“2) Journal officiel de la République française, IG et 17 janvier 1871.

(3) Gazette hehdom., 2 octobre 1871.

(t) Gazette hebdomadaire, 22 janvier 1875.

MALADIES ET El'IDÉMIES DES AHMÉES.

tous les sols et à tontes les altitudes; sa genèse ne tient ni aux conditions jiai (icniiei es de tenaiOj ni aux inllnences inétéorolog'Hjues.

La lainine est une circonslance prédisposante, rien de plus; l’épidémie de nenghazi a coïncidé avec la raiiiinc, mais celles de Jlésopolamie (1807), du Kurdistan persan (187 1), se sont montrées dans des districts ipii n’avaient pas été éprouvés par ce lléan (1). Les inondaliüiis. les pluies abondantes, sont signalées dans (picl(|ii(^sépidéinies, | mais elles font complètement délant dans d’antres. Le seul fait coinninn aux dernières épidémies, très-importantes à considérer an point de vue de l’étiologie de la peste, parce ipie le développement spontané, de tontes pièces, ne semble pas discutable, c’est ipie ces épidémies ! ont pris naissance parmi des po|)nlalions misérables, sur des Arabes i nomades on sur des Kurdes vivant dans des conditions analogues ( d’incurie, de malpropreté et de misère. Les mêmes circonstances président dans d’antres pays à l’apparition du lyplins, pourquoi la peste ici et le typhus là? Kvidenmient la cause première de la peste nous ! échappe, et nous devons nous contenter d’examiner coiiiment les épidémies de peste s’étendent et se propagent; c’est là, à vrai dire, le côté le plus intéressant de la question, pour nous Européens, car jus(|ii’ici la peste n’a jamais pris naissance spontanément qu’en Asie et en Alrique, et toutes les épidémies observées eu Europe ont été le fait d’une importation.

Onand on étudie le mode de propagation d’une maladie éiiidénii- j que, il faut s’attacher surtout aux premières manifestations de la maladie, aux premiers pas qu’elle fait en dehors de son berceau, il se forme par la suite des foyers secondaires qui amèmuit des perturbations dans la marche des épidémies et (|ui com|)li(pient leur itinéraire. Or, en agissant ainsi pour la peste, ou voit que les épidémies du vi“ et du xiv® siècle ont été manifestement importées en Eu- t

rope : la première a débuté à Coiistantinople, la deuxième en Cri- i

niée, et de là la maladie s’est répandue dans les ports de la Méditer- i ranée, puis dans l’Europe entière; ritinéraire de la peste noire est ' aussi facile à tracer que celui des premières é|)iilémies choléimpies; la maladie suit les grandes voies do communication, elle aborde les continents par les grands ports, elle ne devance jamais la rapidité ^ des moyens de locomotion usités à l’épo(pie. Plus tard, la peste devint endémiiiue dans plusieurs contrées de l’Europe; il n’est pas facile de remonter à la source de toutes les épidémies qui se succédèrent ' j)endant les xiv% xv", xvP et xvn® siècle, cependant nous avons vu que Sydenham admettait la nécessité d’une’’iinportation. A mesure

(t) Tliolozaii, Communie, à l'Acad. des .sciences. Séance du 1 1 juillet 1873.

PESTE A BUBONS

P que la peste abandonne' l’Enrope, et qn’elle y fait de pins rares ap- (| paritions, le mode de propagation de la maladie redevient pins l'acile i à constater j l’importation est parfaitement démontrée pour les épidé- II mies de Marseille (17i20), de Moscou (1770), de Noja (1815), de î Grèce (1827).

I La peste régnait depuis le mois de mars 1720 en Palestine et eu \ Syrie, lorsqn’arriva à Marseille (25 mai) le vaisseau du capitaine

iChataud venant de Syrie ; six hommes étaient morts pendant la traversée, le 27 mai un matelot mourut encore à bord ; trois autres bà-

Itimenls venant également de pays infectés arrivèrent le 80 mai. Ces bâtiments furent mis en quarantaine; la peste se déclara sur les I gardes de la ((uarantaine et sur les portefaix employés au Iransbor- I dement des marebandises (1) ; les médecins de Marseille méconnu- \ rent la maladie, et lorsqu’on prit des mesures rigoureuses contre les é([nipages infectés, il n’était plus temps; des cas de peste se montrèrent dans dilTércnts ipiartiers de la ville et malgré tons les efforts de la municipalité, il ne fut plus possible d’arrêter l’épidémie dans sa marche. En présence de ces faits, on ne comprend pas l’entêtement avec lequel Chicoynean nia la contagion (2); peut-être l’idée de dégager la responsabilité des médecins de .Marseille n’était-cllc pas étrangère câ cette conviction.

Sainte-Tulle la peste débuta à la suite de l’arrivée d’une femme qui avait été chercher un nourrisson à Marseille. La femme mourut trois jours après son arrivée, ainsi que son nourrisson; le lendemain cinq [)orsonnes (pii avaient accompagné le convoi et ipii entouraient I le corps à l’église tombèrent malades de la peste (3). La maladie fut également importée à Toulon (T).

Eu 1709 les Russes étaient en guerre avec les Turcs, ces derniers I importèrent la peste en Valacbie et en Moldavie, beanconp de Russes

( moururent de la peste à Yassi; Tété suivant, le mal Int importé en

Pologne, puis à Kiev. La peste de Moscou (1770) débuta par Tlmpiial militaire et prit au mois de juillet une grande extension; vers la mi-

I août il y avait 4 à 000 décès par jour; au commencement de septem-

bre, 700, 800 et même 1000; Mertens n’estime pas à moins de 100000 le ebitfre des victimes (5).

j (t) ■lounit'il (le ce qui s’est passé en la ville de Marseille depuis qu’elle

) est affligée de la contagion. Tiré du mémorial de la cliambre de l’ilotcd de Ville ^ tenu par le sieur l'ichally de Croislainte. Paris, 1721.

(2) Lettre do. M. Chicoyneau. Lyon, 1721.

' (3) Fodéré, art. Peste, Diction, des sc. mécl.

(1) Relation de la peste de Toulon en 1721 par d’Antrocliaus. Paris, 1756.

(5j Mertens, Histoire de la peste de Moscou.

Le 29 mars 1X13 le navire San-Niccolo venant d’Alexaiulrie on régnait la peste, arrivait à Malte; deux hommes étaient morts pendant la traversée; le navire fut mis en (inarantaine et récjnipage reçu au lazaret, où le capitaine et son domestique succombèrent à la peste; peu de jours après la maladie se répandit dans toute la ville, sans qu’on sache exactement comment se fit la Irausmission (1). Le docteur Calvert s’est appuyé sur ce l'ait pour soutenir que le principe de la peste est difi’usihle dans l’atmosphère à une distance plus ou moins grande; lors de la peste de Messine en i743, l’épidémie s’était (lévelop|)ée aussi à la suite de l’arrivée d’nu navire ayant la peste à bord, Iden (pie ce navire eut été mis en (juarantaine ; il est impossible d’altirmer (pi’aucune personne, garde de santé, médecin, etc., n’a servi dans ces cas de trait d’union entre les malades du lazaret et les habitants de Malle ou de Messine, ([u’aucime infradion aux mesures quaranleuaires n’a été commise, et ou ne peut pas accepter comme démontré iiue des personnes enfermées dans un lazaret et n’ayant aucune commnuicatiou avec le dehors puissent donner la peste à la ville voisine.

Eu 1815, la ville de Noja, dans le l'oyaume de Naples, fut envahie par la peste, toutes les communications officielles prouvent que la maladie y fut importée do la côte de Dalmatie ^2 ; il y eut d’abord quehiLies cas isolés et douteux, puis l’épidémie prit rapidement une grande exiension. La ville de Noja fut entourée d’un cordon de troupes, aucun cas ne fut observé en dehors de ce cordon (3).

En 181G, alors que la peste était sur son déclin dans l’Albanie, deux pauvres paysans l’importèrent à Céphalonie ; ils avaient trouvé sur leur route les cadavres de deux individus morts delà peste et s’étaient emparés de leurs vêtements ; ils furent les premières victimes, et la maladie se répandit d’abord sur tous ceux (pii avaient eu des rapports avec eux '4).

Eu 1818 la peste fut importée au lazaret do Venise, buit individus exposés par leurs fonctions à la contagion furent atteints de peste et sans les précautions minutieuses que l’on prit, la maladie se serait très-probablement étendue ;5 .

En 1827 la Grèce était depuis très-longtemps exempte de la peste, mais la maladie sévissait sur l’armée égyptienne au sud de la Morée ;

(1) R. Calvert, Medico rhinir<i. Transact., t. VI, p. I.

C2) Craiiville, Mémoire sur la peste. Citii par Littré, art. 1‘ESTE, Diction, en 30 vol.

(3) Morea, Histoire de la peste de A’oja. Naples, 1817.

(4) Craiiville, Mém. sur la peste. {Loc. rit.)

(b) Granville, Mém. sur la peste. (Loc. cit.)

PESTE A Bl!BO^;S. G/l

I l’épidéniie éclata dans rarinée grecque à la suite d’un échange de I prisonniers (1).

L’isolement a souvent réussi à protéger des réunions d hommes,

I plus ou moins nombreuses, au milieu même des foyers épidémiques I de la peste, ce qui tend à démontrer que l’air n’est pas infecté dans

) ces localités, et (lue la contagion proprement dite joue un rôle im-

I portant.

En 1835, l’école de cavalerie de Ghizeh, qui renfermait 600 personnes, fut mise en quarantaine; il ne s’y dévelop|)a aucun cas de I peste, la maladie régnait cependant avec force dans un village situé

i au pied des murs de cette école. Le palais de Schouhra, dans leiiucl

Mehemet-Ali se trouvait avec 300 personnes, était isolé par un double I cordon sanitaire, la peste n’y lit aucune victime. L’école polytechni-

I que du Caire fut mise en (juarantaine et la peste ne se montra chez

,, aucune des personnes isolées, tandis que pres((ue toutes celles qui

formaient le cordon sanitaire en étaient atteintes: illallnt remplacer I quatre fois les [)ortiers frap|)és de mort. A l’école dite Académie de

' Toura, 450 personnes furent complètement préservées j)ar l’isole-

ment, tandis que la peste faisait de nombreuses victimes parmi les habitants du village de Toura et parmi les personnes chargées de I former le cordon sanitaire; de même encore pour un camp on se trouvait un régiment d’artillerie <à cheval ('2).

' L’inoculation de la peste a été tentée plusieurs fois avec succès: en 1812 un médecin anglais, White, pratiqua sur lui-même de fortes frictions dans la région de Taine avec le pus d’un bubon; le jour suivant il s’inocula le même pus au poignet, la peste se déclara vers le troisième ou quatrième jour, un anthrax survint au point frictionné, AVliite succomba au septième ou huitième jour (3).

Eu 1821 un pharmacien nommé Céruti s’imagina d’inoculer la peste d’une façon préventive, ainsi qu’on l’avait pratiqué longtemps pour la variole; sur six personnes qui se laissèrent inoculer, cinq moururent.

En 1835 des expériences furent faites au Caire sur cinq condamnés à mort, en présence deCaetani Dey, de Clôt Bey, de Lachaisc et de Bulard; un seul des condamnés prit une peste bénigne; il avait été inoculé avec du sang de pestiféré.

Desgenettes, Clôt Bey et Brimer ont essayé sans succès de s’inoculer

(t) Gosse, Relation delà peste qui a régné en Grèce en 1827 et 1828. Paris, 1838. (2i Bulard, De la peste orientale, p. 27 et suivantes. Paris, 1839. Cité par Littré, Loc. cil.

{'.]) Griesingfer, Op. cit , p. 3G9.

MAI.ADIKS ET Kl'IDfAllES DES ARMÉES.

la peslc, mais ccs laits négatifs ne prouvent rien contre les faits positifs rapportés ci-clessiis.

Clôt Hey (1) nie la contagion de la peste, mais il admet que c'est une maladie infectieuse et (pi’on peut la contracter en séjournant pendant longtemps dans un local infecté; il est bien dilïicile de dire où s’arrête la contagion et où commence rinfection, de là les discussions interminables au.\(pielles ont donné lieu ces deux mots. Il est à remarquer (pie les médecins observant en Égypte se sont prononcés en général contre la contagion de la peste, de même beaucoup de médecins observant aux Indes ont nié la contagion du choléra. Dans les foyers endémiques de la peste on dn cboléra, on est mal placé pour décider de ces questions; la transmission de riiomme à riiomme n’est qu’un des modes, et souvent un mode très-accessoire des exacerbations épidémiques qui paraissent obéir à des influences générales telluriipies ou autres; il faut aussi considérer que dans ces pays, par le fait même de reiidéinicilé du mal, beaucoup d’individus peuvent jouir d’une certaine immunité; c’est ce qui a lieu pour la fièvre Jaune, qui s’attaque rarement, comme on sait, aux individus acclimatés et qui ne récidive jamais.

Une première atteinte de peste donne une immunité presipie complète; les individus qui ont eu la peste sont connus en Orient sous le nom de Mortis, ils sont employés de préférence auprès des pestiférés, ils ne prennent aucune précaution en soignant les malades, ils couchent et mangent dans leur voisinage, enterrent les morts et se servent de leurs hardes.

C’est dans dos lieux jusque-là épargnés par la peste et envahis tout à coup par une épidémie qu’il faut étudier la manière dont naît et se propage la maladie; or nous avons vu que toutes les épidémies de peste, en Europe, s’étaient développées à la suite de l’iniportalion et nous avons cité un grand nombre de faits qui prouvent la contagion.

Les iniluences climatériques et saisonnières ne paraissent jias avoir une bien grande importance sur le développement de la peste; Hirsch a trouvé que 87 épidémies aux xviiD et xix“ siècles se répartissaient ainsi (^2) ;

Hiver

Étl! . '

D’une fa(,'on générale, on peut dire (juo la peste i

Il Rocherchat et considéralinns surlapesle. l'aris, 18-10. 2) llirscli, Op. cil., t. 1, P 200.

’ègne surtout par

PESTE A BUBONS

les lcm|u;ratures modérées, que la chaleur et le froid e.xtrèmes lui soûl Cüiilraires, mais il y a à celte règle des exceptions nombreuses : eu 157i a Iliddelberg, eu Ul'25 à Londres, eu 171U à Warienbourg, eu 1738 eu Ukraine, la peste a régné par des froids rigoureux; à Malle eu 1813, à Alger eu 1817, une chaleur excessive n’a pas mis obstacle a son développement; en Égy[)te on a remarqué que le règne des vents cbauds favorisait l’éclosion et l’exlcnsion de la maladie (l’rosper Alpin, Larrey, Primer).

En résumé : 1“ la peste à bubons n’est pas une maladie éteinte, et il faut s attendre a voir de nouveaux foyers épidémi([ues analogues à ceux de ces dernières années se développer soit en Asie, soit en Afrique; 2“ la peste est une maladie transmissible, toutes les épidémies de peste (pii ont régné en Europe'out été la suite de l’impoiiation, et il y a lieu de prendre des mesures sanitaires pour s’opposer à de nouvelles invasions.

PIIOPUYLAXIE. — Nous avoiis dit plus haut ipae la peste noire avait inspiré les premières mesures (juaranteuaires ; rétablissement des provédilenrs de santé a Venise date de 1348. Pendant longtemps les mesures adoptées contre la peste furent à la fois insulïisautes et vexatoires jusqu’à riubumanilé, c’est seulement à notre époque que des règlements logiques, fondés sur une coimaissaiice exacte de la maladie et de son mode d’extension, ont été adoptés par la [dupart des nations civilisées.

Au XVII® siècle les villes pestiférées sont mises tout entières en quarantaine, entourées d’un cordon de troupes, et il est ordonné aux postes de tirer sur tous ceux qui veulent enfreindre la consigne; bïs habitants sont obligés de se renfermer chez eux, la circulation dans les rues n’étant permise qu’aux employés chargés de la surveillance et de rapprovisionnement; pour recevoir des vivres, chaque famille descend par la fenêtre un panier de fer-blanc sus|)cndu par une chaîne! Ces quarantaines générales de toute une ville furent encore prescrilesdans toute leur rigueur à Toulon et à .\ix en 1 7:20 (1).

C’est une très-mauvaise tactique en temps de guerre que d’attendre l’ennemi chez soi, il vaut beaucoup mieux le prévenir, l’attaquer chez lui, et l’empêcher de reconstituer sou armée en s’emparant de ses places fortes et de ses arsenaux; de même il est plus facile d’arrêter les maladies épidémiques à leur naissance, de les étouffer dans leur foyer, d’empêcher leur importation chez nous, que de lutter avec uu mal (pii a ib-jà jeté de profondes racines, et qui met eu défaut tous les cordons sanitaires imaginables dans des pays aussi peuplés que l’Europe. Tel est le raisounement très-juste qui a inspiré le système

(1) L. (;(jliii,aiT. ycAUANTAiXES, Dictioii. encijclop. des sc.méd. ,3 séeic, t. I, ii.“20

A. LAVEIiAN. 43

G7l MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ADMÉES.

quaranloiiaire aclucllemcnl eu vigueur conlre la peste, le choléra et la fièvre jaune. Des luédecius sanitaires oui été établis eu Orient pour signaler l’appariliou des maladies épidémiipies coulagieiises ; les proveuauces des pays iiilèctés sont soumises à des mesures quarauleuaires déleriuiuées par la coid'éreuce iulerualiouale de 1851 , mesures ratifiées pour la France par le décret du 27 mai 1853. De nombreux efforls ont été tentés également pour éteindre les foyers d’endémicité de la [leste, pour circonscrire les petites épidémies qui dans ces dernières années se sont montrées sur dillérents points. Les mesiires sanitaires adoptées à Constantinople, à Alexandrie et au Caire ont puissammeut contribué à la disparition de la peste en lurquie et en Égjqde. Dans les petites épidémies de 1858, de 1807, de 1871 et de 187 4, les mesures d’isolement ont eu [lour effet de limiter les foyers; il faut dire que dans ces circonstances l’éloignement des localités atteintes, leur isolement au milieu de pays lieu habités et sans communications fréquentes avec le reste du monde ont facilité la tâche; si ces épidémies, au lien d’éclater à Benghazi, sur les bords de l’Cuphrato et dans le Kurdistan, s’étaient produites a Constantinople, àAlexandiie, ou au Caire, il eût été plus difticile de s’opposer à leur développement.

D’aiu'ès M. le docteur Tholozau, la peste de Mésopotamie resta limitée grâce aux mesures prises par l’adminislralion sanitaire de Turquie; lors de la peste du Kurdistan, « le gouvernement persan ordonna aux gouverneurs de prendre des mesures restrictives trèssévères; on défendit toute communication avec les pays inlectés; on prescrivit dès le début l’abandon des villages et la dispersion de la popnialion dans la campagne sous des tentes ou sous des abris en branchages très-usités dans le Kurdistan pendant la saison d’été. On conseilla des campements séparés pour les malades et pour la partie saine de la population; la destruction, par le feu, des hardes, des effets, des lapis; le nettoyage à fond des localités infectées; rabandon complet de certains villages où la population avait presque totalemeut disparu (l) ».

Au lieu d’emprisonner, comme anlrelois, les habitants des villes ou dos villages atteints, au lieu de les condamner a rester au milieu du foyer peslileuliel, ou prescrit aujourd’bui en Orient 1 évacuation des quartiers atteints par l’éiiidémie cl le campement des babilants hors des villes; les malades sont isolés cl installés autant que possible dans des baraques construites dans un lieu élevé et sur uu terrain sec 2).

(t)Tholozan. Cilo par L. Colin, art. QrARANT,viNF.S.

(“2) L. Colin, art. Quar.vntaines. Loc. cil., p. 1-1- Voyez aussi A. Proust, Zissüi sur l'Iujyiéne inleniationale. Paris, 1873.

CIIAPITUE XXXV

SL’ETTE. GIUrPE. DENGUE.

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