SUETTE
Ou trouve dans les auteurs grecs la description d’uue maladie que Littré a rapprochée avec l)eaucoup de raison de la suette anglaise ; elle est désignée sous les noms de maladie cardiaque et de diapliorèae. « Les écrits d’Hippocrate, dit Littré, n’en présentent aucune trace ; après Galien le souvenir s’en elTace de plus en plus, de sorte que cotte maladie a du naître sous les successeurs d’Alexandre et cesser vers le 11° siècle de l’ère chrétienne (1). »
La maladie cardiaque s’anuonçait par une sensation de froid, par delà stupeur; le pouls devenait petit, fréquent, plus tard inégal, et même il disparaissait complètement; dans la plupart des cas, le corps ruisselait de sueur; les malades étaient tourmentés par une dyspnée, une oppression ([ui allaient quelquefois jusqu’à la syncope; les extrémités se refroidissaient, la peau se ridait; les malades mouraient en conservant leur raison Jusqu’au dernier moment.
Le caractère épidémique de la maladie cardiaque ne permet pas de la rapporter aux fièvres pernicieuses smlorales.
L’histoire de la maladie épidémi(iue connue sous le nom de suette anglaise est assez obscure, car nous ne possédons sur les épidémies aux(iuolles elle a donné lieu de LLS.') A 1551 que très-peu de. documents dignes d’intérêt; néanmoins llecker i^), Grüner (3) et Ilaeser (4) ont reconstitué celte histoire avec beaucoup de talent.
La première épidémie éclata en Angleterre pendant la guerre des deux Roses, peu a|)rès la victoire d’Henri Tudor sur Richard III à Bosworth août 1485); l’épidémie s’étendit rapidement de l’ouest
(1) Littré, Des çiyamles épidémies. (Loc. cil.)
(2) .1. F. G. llecker, Der emjlisr.he Scinueiss. Berlin, 183i.
(3) Ch. G. Gnmcr, Scriplores de siulore anglico supersliles, ouvrage publié par Ilaeser, 1847.
(4) Ilaeser, Op. cil., p. 299.
MAI.ADIKS ET ÊI’IDÉMIES DES AIIMEES.
il l’esl, ilii pays ilo Galles à Lomlrcs ; à la (in de raïuiée elle avait eiivalii loule rAiigletcrre, cansiuil paiToiit de grands ravages et réjiandani la lerrenr. La inarclic el les symplùines de la maladie sont peu coniins. « C’élail une lièvre ardente précédée d’un frisson de courte durée, iiccompagnée d’un griuul idjallemenl des l'orces, de vives douleurs à l’épigastre el dans la tète, de somnolence ed d’ime sueur fétide (pii maniiiait su (in; les malades étaient tourmentés piir une chaleur insnpportalde, les refroidissements étident mortels. » (llecker). La mort arrivait (piel(|uefois en huit ou dix heures, les hoinmes[les plus loris succombaient.
La deuxième épidémie prit naissance à Londres en 1507, elle fut plus bénigne (|ue la ju’cmière; on imimpie de renseignements sur rexionsion (pi’elle prit. Une épidémie de peste à bubons lui succéda.
La troisième épidémie, plus meurtrière encore (jue la première, éclata au mois de juillet 151 H ; les malades mouraient en deux ou trois heures. La classe pauvre eût surtout à soulfrir, mais les autres ne furent pas é|)ai'gnées, plusieurs [irofesseurs des universités d’Oxford et di‘ Cambridge succombèrent à celte maladie, (jui enlevait, sur beaucoup de iioiuls, le tiers ou la moitié de la popidation. L’é|)idémie dura six mois et s’étendit sur toute l’Angleterre ; l’Irlande el l’Ecosse jouirent de la même immunité (pie lors des épidémies précédentes. La suetic se montra à Calais, mais elle ne frappa, dit-on, ipie les Anglais, pas lin Français ne fut atteint.
La ([uatrième épidémie, celle de 1529, est une des plus importantes, parce cpie celte fois la maladie ne resta pas localisée à l’Angleterre, elle se répandit sur une grande paiTie de l’Europe, el éveilla l’attention générale. La suette apparut en Angleterre dans les derniers jours déniai 1529, elle s’étendit rapidement surtout le royaume; aussi meurtrière (m’en 1518, elle débutait sans sympliàmes prémonitoires, el tuait en ciini ou six heures ; l’Irlande et l'i'lcosse furent encore épargnées.
Le 25 juillet 1529, la suette éclate à Hambourg où elle est importée par un navire anglais ([iii avait perdu plusieurs hommes en mer; en vingt-deux jours 1000 personnes succombent à Hambourg; bieidôt la maladie s’étend aux villes voisines, et la marche progressive de l’épidémie semble prouver, comme son importation à Calais flo07) et a Hambourg, ([ii’il s’agissait d’inm maladie transmissible.
L’extension de l’épidémie im|)ortéeà Hambourg se lait dans toutes les directions ; vers l’est, la suette, suivant d’abord les rives de la Halli(]ue, atteint : Lubeck, Hrèine, Varden, Stetlin, Dantzig, Kœnigsberg (septembre 1529); puis elle gagne la Lithuanie, la Livonie, la Polo-
SUF.TTE.
înie et la Russie. Eu Fuvomc elle, se montre en 1530, cl cnlcîve les deux tiers de la population.
Vers le nord, la suette envahit le Danemarck, la Suède et la Nor- Avégc; à Copenhague, 400 personnes meurent en un seul jour.
Vers le sud-ouest l’épidémie s’étend sur la Wesiphalie et des rives du Wescr à celles du Rhin : Cologne, .luliers, S|)ire, Nuremberg, Strasbourg, Mulhouse sont successivement frappées. A Augshourg dans les premiers jours de l’épidémie 1500 personnes sont atteintes, 800 meurent.
Le Wurtemberg, le duché de Bade, le Palalinat, la Bavière, eurent aussi beaucoup à soulfrir; l’épidémie se propagea eu .Vutriche jusqu’à Vienne, alors assiégée par Soliman, taïulis qu’en Suisse elle allait s’éteindre à Râle, à Solciire et à Berne. La France fut complètement épargnée.
Le 13 avril 1551, nue cinquième épidémie prit naissance sur les bords de la Severn à Shrcwshury; son intensité et sa généralité n’avaient pas (l’exemple; la mort arrivait eu ([uelques heures, les habitants eIVrayés s’enfuyaient en masse en Ecosse, en Irlande, en France; la ville de Londres ne fut envahie qu’au mois de juillet; l’épidémie dura six mois; elle épargnait les étrangers qui étaient eu Angleterre, tandis qu’elle suivait les Anglais dans les Pays-Bas, en France et en Espagne.
Si la suette anglaise n’avait pas donné lieu à la grande épidémie de 1559, on pourrait la citer comme exemple curieux d’une maladie propre à une race; en tout cas il reste prouvé (pie les Anglais jouissaient pour la suette d’une singulière prédisposition ; à Calais en 1518, les Anglais sont seuls atteints, en 1551 les étrangers sont épargnés eu Angleterre, tandis ipie les Anglais réfugiés sur le continent ne sont pas à l’abri de la maladie; la suette débuté toujours en Angleterre; l'Ecosse et l’Irlande sont épargnées.
Voici d’après llaeser quels étaient les principaux symptiunes de la suette anglaise (l) ; la maladie débutait brusquement on bien elle s’annonçait par de l’oppression, des palpitations, une laiblesse extrême, des douleurs rhumatismales; les malades étaient pris la nuit ou le matin d’un court frisson accompagné de tremblement et dans les cas graves de convulsions; puis survenait le stade de chaleur, modéré ou très-violent, avec des fourmillements aux mains et aux pieds. Forestus signale une douleur particulière a 1 extrémité des ongles, la paralysie des bras, des douleurs sourdiîs dans les extrémités et surtout sous la plante des pieds, des crampes musculaires. Les phénomènes ca-
(1) Haescr, Op. cil., p. 305.
ractci'isliqiies cHnieiil : im Ircmbleinent persislaiil, des palpilalions de cœur, des douleurs à la région précoi'diale, une vive aiixiélé, de la dyspnée et, chez plusieurs, de la boullissure, de la cyanose de la l'ace. Le pouls élail rré(pieiil et irrégidier; les palpitations violentes persistaient plusieurs années, (iueb[uerois même toute la vie(Fernel). Dans les cas graves, on observait des convulsions, des nausées, des voinisseinenls, \in délire lurieux, ou encore une somnolence profonde avec ilouleurs sourdes dans la tôle.
Au bout d’un temps plus ou moins long, quebpiefois même dès le début de la mabulie,des sueui's se produisaient tantôt modérées, tantôt acconq)agnées de coli(iues et d’odeur fétide. En meme temps apparaissait un goidlement de la face ou seulement des paupières, des lèvres, des mains, des pieds, des hypoebondres. Malgré l’abondance des sueurs, la sécrétion des urines n’était pas diminuée, il n’y avait pas de constipation. La plupart des auteurs signalent des éruptions cutanées (miliaire).
La durée de la maladie était de 15 à %i heures, et dans bon nombre de cas les accidents cérébrau.v entraînaient la mort plus rapidement encore; la guérison survenait par des sueurs abondantes, des urines critiques; la convalescence était rapide, mais les rechutes étaient fréquentes et graves.
La méthode diapliorétique essayée à plusieurs reprises ne donna que de mauvais elfets, et après avoir tenté différentes médications, on en vint à l’expectation et on se contenta de soumettre les malades à un régime diététique convenable.
La maladie n’épargnait ni âge, ni sexe, les hommes adultes étaient plus grièvement atteints que les vieillards et les enfants; les personnes d’une forte constitution et celles qui se livraient a des excès étaient prédisposées.
D’après Ilaeser la suette anglaise doit être regardée comme une maladie particulière ipii se rapproche de la grippe par son mode d’extension et de la suette picarde par ses symptômes.
Griesinger pense (pi’on a coidondu plus d une lois la suette a\cc la lièvre récurrente ; la lièvre récurrente peut s’accompagner en elTet de sueurs proluses et d’autre part dans la suette anglaise les iccbutes étaient fiabpientes; mais la suette anglaise évoluait bien plus rapidement (pie no fait le rclapsing levei’ et c était une maladie très-meiutrière, tandis que la lièvre à rechute est la moins grave des maladies typhoïdes; si la lièvre récurrente a régné en même temps que la suette, c’est comme maladie accessoire, concomitanle.
Il n’est pas non plus possible de faire de ces épidémies de sudo)' unglicns des manifestations de la peste; à la vérité, la peste régnait
SUKTTE.
GT'J
avec une grande fréquence eu Europe aux xv° et xvi® siècles, et eu 1507 elle succéda à lasuetlc; mais les symptômes de la suette anglaise sont trop dilTércnts de ceux de la peste à bubons pour qu’on soit autorisé à faire ce rapprocbemeut, qui du reste u’a pas été fait par les médecins du xvi'^ siècle.
Boudin (l), .1. Guérin (:2) et Grisolle (3) ont assimilé la suette anglaise à la suette [)icarde, les analogies symptomati(iues sont en effet très-nombreuses outre ces maladies ; les formes graves de la suette picarde sont, au point de vue clinique, identiques au sudor auglicus.
L’épidémie de suette miliaire décrite par G. Welscb à Leipsik en 1052 est, d’après Uoeboux (4), la première sur la{|uelle nous possédions des rcnsciguements précis; depuis cette époejue la maladie a été observée un grand nombre de fois eu France, particulièrement eu Bicardie, d’où le nom de snelle picarde. Les principales épidémies sont celles d’.Vbboville on 1 718 (5), (rilardivilliers eu 1773 (0), de Beauvais, l’épidémie de 1821, sur laquelle Bayera publié une monograpbie très-détaillée (7),euriu l’épidémie de Poitiers (1845), observée par Orillard (8) et Grisolle.
La suette miliaire a régné plus souvent dans les campagnes que dans les villes; |)armi les relations d’épidémies de suette que nous possédons, beaucoup sont dues ii des médecins de Paris oudesgrandes villes envoyés dans tel ou tel village pour observer la maladie; j’ai cherebé ou vain dans les auteurs qui se sont occupés des maladies des armées des exemples de suette miliaire. De .Meyserey eut l’occasion d’observer la maladie, mais ce fut dans la population civile, à Sermaise, près d’Orléans (0); il avait été chargé d’étudier cette petite épidémie et d’on rccbercber la nature et les causes. « Les malades, dit-il, étaient presque tous baignés de sueurs abondantes; leur fièvre communément n’était nas considérable; mais ils se plaignaient de douleurs et de pesanteur de tète, de quelque douleur et d’un grand resserrement de la poitrine et de lassitudes douloureuses dans les membres, de démangeaisons et de picotements incommodes à la
(1) Tyailé (le (jéofjr. et de slat.méd, arl. Suf.tte.
(2) lUipporl (( l’Acad. de méd., 9 septembre 1853.
(3j Traité de pathologie interne.
( l) .\rt. Suette, Diction, en 30 vol.
(5) licllot, Dis.s. Paris, 1733, iii-i-".
(0) Teissier, Mémoire .s«r la suette (pii a régné à Ifardivilliers au mois de mai, 1 777. (Iti .Mém. delà Société rogale de méd. de Paris, 1777.)
(7) Ilayor, ///.«(to/re de l’épidémie de suette miliaire rpai a régné en 18-1 dans les départements de l’Oise et de Seine-el-Oise. Paris, 18:2'2, iii-S”.
(8) Omiéme bulletin de la Société de méd. de Poitiers.
(9) De Meysercy, La médecine d’armée, l. 11, p. 172.
GSO
MALADIKS HT ÉPIDÉMIES DES AIîMÉES.
ppau, avant, pciulant pi, môme après la sortie des sueurs, dos lâches pourprées, des puslides et des lioutous miliaires. La plupart des malades avaient de grandes et conlimielles iiupiiétudes, la hoiiclie mauvaise, (pielquefois amère, des envies de vomir, une pesanteur d’estomac, dégonl ou défaut d’appélil, et cependant la langue n’avait pasconlnme d’être chargée cl il n’y avait ni soif, ni ardeur considérahle. [.es malades étaient fort ahatins et avaient communément le ventre fort resserré. » La maladie s'attaquait surtout aux hommes les plus vigoureux et les faisait périr quehpiefois en 15 on 18 heures; la mort arrivait dans le délire ou le coma plus i-aremcnt à la suite de diarrhées profuses; les cadavres se putréfiaient avec une grande rapidité. De Meyserey rapproche avec raison cette maladie de la suette anglaise.
Colombier parle aussi de la suette miliaire, qui de son temps était endémi([ue en Picardie, mais il ne dit pas en avoir observé un seul cas dans l’armée (I).
La suette miliaire a des foyers très-limités, on ne l’observe guère qu’en France, dans le sud-ouest de l’Allemagne et en Italie.
En France, la suette bornée d’abord à la Picardie, a donné lieu à de petites épidémies dans les départements de Seine-et-Oise, de la Loire-Inférieure, de l’Eure, de Seine-et-Marne, de l’Ailier, du Das- Rbin, du Puy-de-Dôme, de l’Aube, de la Haute-Garonne, dn Rhône, de la Dordogne, de la Vienne, de l’Hérault, du Var et de l’Oise.
Dans les Pays-Cas, dans l’Allemagne centrale et dans l’Allemagne du Nord la suette n’a donné lieu qu’ii des épidémies très-isolées, elle est restée complètement étrangère aux autres contrées de l’Europe, ainsi qu’aux autres continents des deux hémis|)hèrcs ('2).
Les auteurs du xvii® et du xviiP siècle attribuent une importance beaucoup trop grande à l’éruption miliaire; les nombreuses relations de (lèvres miliaires que nous leur devons témoignent de la plus étrange confusion; toutes les maladies fébriles ipii s’accompagnent de sudamina deviennent des lièvres miliaires. De nos jours cette confusion n’a pas cessé entièrement, les médecins italiens en particulier font jouer encore un grand rôle à l’éruption miliaire. La miliaire blancbe peut se produire dans toutes les maladies fébriles, elle est particulièrement commune dans la tuberculose aiguë, la fièvre typhoïde et la scarlatine, maladies ipii appartiennent à des classes très-dilférenles; ranger dans une même classe toutes les maladies qui s’accompagnent île miliaire serait à peu près aussi sensé que de
(L (’.oloiiibicr, Médecine mililaire, 1778. llirscli, Op. cit., p. 259.
CSl
SllKlTE.
1 réunir toulcs les maladies qui s’accompagnent de sécheresse de la I langue ou do tout antre symptôme aussi hanal.
M. .1. Guérin {nipporl cité) a hicn monlré (pie la présence ou 1 ah- •; sence de la miliaire n’avait pas l’importance que quelques auteurs ; avaient voulu lui attrihuer et (pi’il no fallait pas chercher dans celte . éruption la caractéristiipie de la suelle. D’après M. .1. Guérin la suelte ; anglaise et la suette picarde sont deux variétés d’une même espèce I ■ morbide; la première constituo une forme grave, la deuxième une l forme légère, mais dans les deux cas la nature de la maladie est la
I même; dans le premier cas l’intoxication est telle que les malades
< sont pour ainsi dire foudroyés, l’organisme n’a pas le temps de réagir;
I dans le second l’intoxication, moins aigue, laisse à l’action élimi-
' natrice de la peau le temps et le moyen de se manilester comme elle
I le fait dans toutes les alfcctions fébriles éruptives. Une étude atten-
' live des cas de suette anglaise dans lesquels un amoindrissement de
l’action toxicpie a permis au cortège symplomali(pie de se prodniie,
I montre que la phqiart des symptômes n’étaient (pi une manilestation I exagérée de ceux qu’on retrouve dans les cas les plus accusés de suette picarde. Les taches rouges qui précèdent rérnplion miliaire, les symptômes de constriction gaslriipie et de strangulation, les phénomènes nerveux les plus graves ont été lré(piemment obseixés dans la suelte anglaise comme dans la suette picarde; 1 extrême rapidité de la mort survenue parfois en deux ou trois heures, 1 absence de l’éruption miliaire et même de la sueur dans quelques cas de suette picarde ont nivelé toute dillérence entre ces deux maladies f.l. Guérin, op. cil.).
L’analogie symptomatique est évidente, mais ([ui nous diia pouiquoi la suelte du xvD siècle a montré une si singulière prédilection pour la race anglaise? pounpioi elle a pris une extension si considérable sans jamais s’étendre en France; pounpioi, au contiaiie, a partir du xviF siècle la suelte s’est localisée en France et n’a plus donné lieu qu’eà de petites épidémies sans aucun lien entre elles, épidémies (pii au point de vue de leur extension et de leui giaxilC sont si peu comparables à celles du xvU siècle?
On rapproche généralement la suette miliaire des fièvres éruptives, sans beaucoup de raison à ce (pi’il me semble : l’éruption de miliaire peut manquer; la maladie n’est pas contagieuse, on a tenté sans succès riuociilation de la sérosité des vésicules; la suette atteint surloiil les adultes et règne plus volontiers dans les campagnes que dans les villes - est-ce ainsi que se comportent la variole, la rougeole et la scarlatine? La suette miliaire semble se développer bien plutôt sous l’innueiice d’un miasme d’origine tellurique (pic sous l’action d’un
viriLs élaboré par l’organisme liiimain. Une (empérature moyenne et une grande linmidilé, telles sont les conditions atinosplicrifpies les pins l'avorables à l’éclosion de la suettc, les cinq sixièmes des épidémies ont éclaté pendant l’été ou an printemps.
ont PPE.
C’est en 1580 qn’cnt lien la première grande épidémie de grippe; avant cette épo(pie on ne trouve dans les auteurs que la relation d’épidémies i)artielles qui se rapportent aux maladies catarrhales vulgaires, ou à la coqueluche (épidémies décrites par Mézeray, de Thon, etc...)- bien plutôt (pi’à la grippe (Ij.
L’épidémie de 1580 régna sur l’Europe entière, aussi a-t-elle été décrite jtar les médecins de tous les pays : Eorestus, Mercatus, Bockelius, Reusnerus, Seniiert, Salins iJiversus, Zacutus Lusitaiius, Vilalha, etc...; de l’Europe elle s’étendit à l’Asie et à l’Afrique. Les malades étaient pris de douleurs gravatives dans tout le corps avec fièvre ardente, toux, coryza, rougeur des yeux et vertiges. La grij)|)e, dans cette épidémie comme dans les suivantes, ne se montra meurtrière (pie pour les vieillards, les valétudinaires et les infirmes; elle régna dans les temps de froid et de chaleur, de sécheresse et de pluie, presque tout le monde était atteint, sans distinction d’àgc, de sexe ni de conditions, les oiseaux mômes ressentaient l’inlluence épidémique, car ils abandonnaient les pays où il se trouvaient, et les oiseaux de passage émigraient avant le temps (:2).
En 1590 la grippe reparaît, elle est décrite en Allemagne par Sennert.
Au xvtU siècle les épidémies sont nombreuses, parmi les plus importantes nous citerons celles de 1058 (décrite jiar Willis); de 1003 (dans la haute Italie); de 1009 en Hollande; celle enfin de 1075 qui s’étendit à toute rAllemagiic et à l’Angleterre (Sydenham).
En 1091 le catarrhe épidémiipie règne en Allemagne, les troupes confédérées en sont atteintesà Erankenthal et à Manheim; l’épidémie venait de Hongrie (3).
Eu I7“29 la grippe parcourt toute l’Europe, depuis les confins de la Russie jusqu’à l’Espagne; Fréd. Holfmann a décrit cette épidémie; Morgagni en dit (piehpies mots dans sa treizième lettre; au mois de
(I) Ozanain, Op. cil., t. I, p. !)7-99.
(!2) Itaign-Deloniio, art. Gwm'K, Diction», en 30 vol.
(3) ,t. ,1. Woijler, cité par Ozanam, Loc. cil., p. 1:20.