‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 31 sur 129 · C.énie · texte numérisé non relu

C.énie

dont 5.30 —

Train

dont 1.32 —

(I) Hecueil mém. de méd. mililaire, juin 1868. (CliilTrcs offici(ds.)

Notons, conmic pour la campagne de 18GC, la grande mortalité par le. feu des oiïiciers prussiens; pendant la guerre d’Espagne on avait déjà remarqué que les maladies tuaient beaucoup plus de soldats que d’oflicicrs dans rarméo anglaise, mais qu’en revanche les pertes des ollicicrs par le feu étaient bien plus élevées que celles des soldats (Boudin, op. cil.). Les officiers, mieu.v nourris, mieux logés en campagne que les soldats, soumis à moins de fatigues, écbappentfacilement aux maladies, mais aux jours de combat, il faut qu’ils payent de leur personne et ipi’ils s’exposent souvent plus que de raison afin de donner confiance au soldat et de l’entraîner par leur exemple (Ij.

Les décès de cause interne ne représentent que pour une faible part les pertes au moins temjioraires que les maladies font éprouver aux armées en temps de guerre; un grand nombre de malades encombrent les hôpitaux dès le début des campagnes; au 1" juillet 1859, l’armée d’Italie comptait déjà “25000 hommes aux hôpitaux. Lorsque les malades se rétablissent au bout d’un temps plus ou moins long, ils sont souvent trop faibles pour rejoindre leurs corps, et les edéctifs se fondent avant le commencement des hostilités. Insister sur l’importance des pertes que les maladies font subir aux armées en campagne, c’est démontrer (pi’il est nécessaire d’étudier avec soin les causes de ces maladies, afin de les prévenir dans la mesure du possible.

« Les soldats, dit Pringle, se trouvent en temps de guerre dans des circonstances bien différentes de celles des autres personnes, en ce (pi’ils sont exposés davantage aux injures de l’air et en ce qu’ibs sont pressés les uns contre les autres dans les camps, dans les casernes et dans les hôpitaux; c’est pourquoi la division la plus générale de ces maladies est en celles qui proviennent de l’intempérie de la saison, du mauvais air et de la contagion (2). » Sous le nom de mauvais air, Pringle entend aussi bien les miasmes qui produisent la dvsenterie et le typhus que les eflluves qui donnent lieu aux fièvres palustres (3).

iMon père (mém. cilé) rapporte à quatre causes principales les maladies des armées en campagne :

1» Inniiciiceÿ alniosiiliériqiics.

Méphitisnio du sol.

30 Méplulisme di's lieux habités.

4” Alimetilaliou vicieuse.

(1) Die VerUiste der fhiilschen Anneen an Officiereu uml Maiin.'icliaflen im hricnje (icycn Franlireicli . Dr Eugrel. lîeilin, 1873. .Analysé iii lienie des sciences médicales, 1873, t. Il, p, IÛI7.

(2) l’riugh', op. Cil., p. 37.

(3) t'riiigle, op. cil., p. 41.

CAUSES DE EA MOliTALlTÉ.

C’est là uii cadre excellent, qui, du reste, diffère peu de celui adopté par Pringle.

Los conditions almosphéri([ues agissent brusquement (mort ra[)ide par la chaleur ou le froid, congélations), — ou passagèrement (maladies saisonnières); — ou d’une faton lente, mais durable et profonde (maladies des climals).

L’histoire médicale des armées en campagne est pleine de faits de morts rapides par la chaleur ou le froid. La retraite de llussie et la campagne de Crimée montrent trop bien l’inlluence désastreuse du froid sur des armées affaiblies par les privations; l’asphyxie par la chaleur a été fré(iucmment observée dans l’armée anglaise des Indes

La dysenterie, maladie saisonnière des climats tempérés, maladie climatique tlans les pays chauds, est par excellence une maladie des armées en campagne, et une maladie extrêmement redoutable.

Les expéditions des Anglais dans l’ile de Walcheren (1805-1809) sont des exemples mémorables de l’action funeste de la malaria même dans des pays tem|)érés.

Le méphitisme des lieux habités, le miasme qui résulte de l’encombrement d’un grand nombre d’hommes rlans des canqis rapidement inlectés, engendre le typhus ; nous verrons que l’iiistoire abonde en épidémies meurtrières de typhus développées dans les armées.

Le scorbut est de toutes les maladies d’alimentation la plus commune en temps de guerre.

Tendance à l’adynamie, complexité des états morbides, tels sont les doux caractères principaux des maladies du soldat en campagne.

« Uien n est plus rare, dit Biron (1), que de rencontrer chez les soldats des atfçclions aiguës, pures et véritablement inllammatoires. Il arrive quelquefois a des hommes forts et vigoureux, dans de bons cantonnements, surtout au printemps et en hiver, d’ètre atlacpiés de phlegmasies réellement inllammatoires qui exigent l’emploi des saignées et des antres moyens débilitants, mais ces faits ne sont pas communs aux armées, surtout à la suite de plusieurs campagnes actives. »

Tous les médecins de Crimée ont insisté sur la complexité des étals morbides qu’ils observaient et sur la tendance à l’adynamie, (lui (tonnait aux maladies de Crimée comme une teinte uniforme. Le scorbut, le typhus, la dysenterie, les congélations, se compLupiaicnt et se conlondaicnt si bien, ipCil était diflicile de faire la part exacte de toutes les influences morbides; l’alfaiblissemcnt de nos soldats.

(fi/tec. mém. de méd. mililaire, Irc gôpjc, i. Hl.

MALADIKS ET ÉPIDÉMIES DES AÜMÉES.

leur état scor])ut.i(iue général, les pré(lis|)osaient à toutes les autres ni al ad les.

Peudaut la guerre de 1870-1871 ou a pu voir, lu'iucipalciueiit à Paris et à Metz, <pie toutes les maladies s’aceompagiiaieiit de prostration et d’état typhoïde. Les fatigues excessives de la guerre, les privations coiiliuuelles, les préoccupations morales, la surexcitation du système nerveux à laquelle succède une lassitude presque insurmontable, cxpliipieut l’étal de débilité profoiule où tombent rapidement les soldats malades; la moindre cause morbide a raison d’un organisme surmené.

Dès le début d’une campagne, le nombre des malades est souvent considérable, mais en général les maladies ne sont pas graves et la mortalité est très-faible ; ce sont les bommes incapables de faire campagne, pour une cause quelconque, qui entrent aux hôpitaux; toute armée entrant en canqiagne doit subir celte sélection naturelle. En ayant soin de ne pas conserver dans les corps de soldats malades ou faibles, de non-valeurs, comme on dit un peu brutalement, en veillant avec soin sur l’état sanitaire des troupes, en donnant la ration de campagne quelques Jours avant la mise en roule, on réduira au minimum ce déchet, ((ui présente de très-sérieux inconvénients ; les effectifs se fondent et le commandement est trompé dans ses prévisions; les nombreuses entrées aux hôpitaux sont d’un mauvais exemple ; enfin les hôpitaux s’encombrent, et lorscpie les blessés arrivent ils trouvent des salles déjà infectées. Il faut donc avant l’entrée en campagne éliminer tous les hommes incapables de supporter les fatigues de la guerre; on les laissera soit dans les dépôts, soit dans les hôpitaux de l’intérieur; c’est aux médecins des corps qu’il appartient de prendre l’initiative de ces mesures.

Ce n’est pas pendant les périodes actives des guerres ou des expéditions qu’on observe en général la plus grande mortalité; il existe alors une surexcitation générale de l’organisme, que les privations n’ont pas encore alfaibli, le soldat vil au grand air, il subit un véritable entrainement, et des déplacements continuels ne permettent pas aux maladies infectieuses de prendre naissance. G est lorsque l’armée est condamnée à l’inaction par les guerres de siège ou même dans scs cantonnements après une expédition laborieuse, que les maladies sévissent avec le plus de violence.

Les organismes débilités reçoivent facilement le germe de toutes les maladies contagieuses ou infectieuses; les soldats, n étant plus occupés au dehors par les travaux tle la guerre, se rcnierment dans leurs baraquements, dans leurs casernes, et les maladies tjpboides prennent alors naissance ou sévissent avec une intensité nouvelle si

CArSES DE LA MOlîTALlïÉ. 3J

rarmôc ou portait ilojà le germe. L’année do Crimée fut surtout éprouvée parle ty|)lmsdaus l’iiiver qui suivit la prise de Sébastopol etaprès la couclusiüii de rarmisticc. Les garnisons des places assiégées sont exposées aux mêmes causes d’iiifecliou : aussi le lyplius ligurel-il eu première ligue parmi les maladies obsidioiiales ; do plus, ces garnisons ont souvent à soudVir d’une alimeiitatioii vicieuse et iiisuffisante, de la privation do végétaux frais; de là l’union si fré(iueute du scorbut et du typhus dans les guerres de siège.

Nous ne pouvons mieux terminer ce ctiapiire (pi’eu citant le passage suivant d’un mémoire auquel nous avons déjà eu le plaisir de faire de nombreux emprunts :

« L’entrée en compagne est eu général favorable à la santé des troiqies, les impressions du voyage, l’excilalion de la marche, répandent dans les armées un sentiment de bien-èti-c et d’allégresse. Malbenrensement, l’homme est tellement borné dans son bien-être et ses forces, que la mesure est bien vite dépassée. L:i fatigue arrive, les difficidtés de nourrir les masses énormes (pii forment les armées modernes, l’imprévoyance du soldat, ses excès, ses (ravanx, créent bien vip' de nouveaux dangers. La saison, le climal, déterminent la localisation des maladies, leurs formes; mais la prédisposition commune, le même milieu atmosphérique, les mêmes privations, l’imprégnation facile d’une même foule enveloppée dans le même tourbillon de froid, dans le même souflle épidémique; la transmission facile des mêmes impressions morales, les échanges d’elTets, les rapports intimes qui confondent dans la même atmosphère l’air respiré par le malade et par celui que la contagion a épargné, tout concourt adonner aux maladies des armées en campagne l’uniformité, l’extension, la transmissibilité particulières aux maladies épidémiques (1). »

PLAN DE L’OUVUAGE.'

Nous avons passé en revue les principales causes de la mortalité dans les armées en temps de paix et en temps de guerre, nous pourrions adopter la même division |iour l’étude des maladies du soldat, mais ce serait nous exposeï' de parti pris à bien des redites. Les mêmes maladies peuvent sévir en temps de paix et en temps de guerre; il serait fort arbitraire de séparer, par exem|de, le typhus de la fièvre typhoïde sous prétexte ipic le premier a régné plus souvent dans les armées en campagne. .Plainte fois la fièvre typhoïde a sévi en temps de guerre, comme àiMetz pendant le siiïge de 1870; d’antre

(I) L. Laveian, De la morlalilé des armées en campa(jne, loc. cil.

MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AllMÉES.

paît, le typhus règne à 1 étal permanent en Angleterre et en llnssie. Nous avons été obligé de rechercher une division moins artificielle, nous ne disons pas une classification, car une classification méthodique des maladies des armées, reposant sur la connaissance exacte de leur nature et de leurs causes, n’est pas encore possible. Nous rapprocherons les maladies qui présentent le plus d’analogie au ])ojnt de vue étiologique, persuadé que nous sommes de rimjiorlancc de 1 etude des causes; non-seulement celte élude permet de former déjà quehjues groupes naturels et de procéder ainsi à une ébauche de classification méthodique, mais, résultat plus appréciable encore, elle conduit à la prophylaxie d’un grand nombre de maladies.

Nous étudierons d’abord les maladies saisonnières, les maladies des climats, les fièvres telluriques, puis les maladies lypboides, qui l'ormeid. un groupe homogène; — la tnbercnlose, si fréquente dans l’armée; — les maladies virulentes et les maladies d’alimentation. •Sous le litre de pel îles épidémies nous rangerons un certain nombre de maladies dont les causes sont peu ou point connues, qui ne régnent dans l’armée que sous forme épidémique et à des inlei'valles assez éloignés ; nous nous bornerons à nn aperçu histori{|ue des grandes épidémies, en n’insistant que sur les faits qui se rattachent au développement et à la marche de ces maladies dans les armées.

Cette dernière classe des épidémies est évidemment une classe provisoire qtii disparaîtra lorsque nous connaîtrons mieux la nature des maladies (jui la composent. L’épidémicité est nn caractère commun à un grand nombre de maladies de nature dilférenle, comme la transmissibilité, par exemple; ni run ni l’autre de ces caractères ne peut servir de base à une classification. 11 serait peu rationnel dans un traité de pathologie interne de former une classe des maladies contagieuses qui réunirait les afiéclions les pins disparates ; le typhus et la gale, la diphthérite et la variole ou la teigne. 11 n’est pas [ilns logique de former une classe des maladies épidémiipics. Ozanam l’a essayé, et malgré une incontestable érudition, son ouvrage (1) n’est qu’nn assemblage confus et indigeste de faits; on voit bien des matériaux précieux, mais d’édifice point. Pounpioi? Parce que Ozanam a admis le genre épidémie cl parce qu’il a réuni côte à côte des maladies épidémiques de tonte espèce et de toute provenance. L’épidémicité peut dépendre de causes très-variées : de conditions almospbéri([ucs, comme la grippe; de conditions bromatologiipies, comme le scorbut ou l’crgotismc; de condiliuns telluriques, comme les fièvres palustres; ou bien encore elle s’explique par la contagion et se confond

(1) Ozanam, Histoire médicale générale des maladies épidémiques.

CAUSKS DE LA MORTALliÉ.

avec elle. Le cadre des épidémies est un cadre d’alteiile dans lecpiel nous plaçons quehpies maladies jusqu’à ce que leurs affiiiiiés p;illiologiques se dessinent, et le progrès consiste non pas à y l'aire rentrer, comme l’a l'ait Ozanam, un grand nombre de maladies qui en étaient sorties, mais, au contraire, à en faire sortir le jilus grand nombre possible par une étude attentive de leur nature et de leui'S causes.

La division en épidémies et eiulémies n'a [las davantage sa raison d’étre; les mêmes maladies, cndémi(iues ici, sont épidémi(|ues ailleui’s ; la peste, le choléra, la fièvre jaune, qui n’ont jamais régné dans nos pays que sous forme épidémique, étaient ou sont encore endémiciues • en Égypte, aux Indes, au Mexique.

Les épidémies sont, d’après les définitions classi(pies, des mala- ^ dics rares, de cause inconnue, atteignant à des intervalles plus ou moins éloignés un grand nombre de personnes, et présentant dans leur évolution générale une phase d’augment, une phase d’état et une phase tie déclin. — l'resquc toutes les maladies susceptibles de régner épidémi(|uement présentent ces trois phases, sur lesquelles Sydenham a appelé 1 attention; par contre, certaines maladies données comme des types d’épidémies, n’ont pas toujours celte marche cyclique. Le “2 janvier 1782, le thermomètre, qui manpiait à Sainl- I eteishourg 3o“, monte a-)- 5”, et le même jour 4() 000 personnes prennent la grippe; voilà, il faut l’avouer, une période d’augmenl singnlièrement courte. Les autres caractères assignés aux épidémies ne se soutiennent pas davantage ; (pie dirait-on d’une classification des animaux qui les diviserait eu animaux communs et animaux rares? — Quant aux causes mystérieuses (lu’on assignait autrefois aux épidémies, il ne saurait plus en être question; la lumière se fera très-certainement sur la nature et les causes de ces maladies, et alors, d’après la définition même des épidémies, cette classe n’aura plus du tout sa raison d’être.

Nous n’acceptons donc la classe des épidémies que comme un cadre provisoire dans lecpiel il est commode de ranger un certain nombre de maladies; la distinction des épidémies en grandes et petites supplique du reste très-bien aux maladies épidémiques des années : les grandes épidémies atteignent le soldat comme le reste de la population sans présenter dans l’armée de caractères bien particuliers, tandis que les petites épidémies, qu’on pourrait appeler des épidémies de garnison ou de régiment, empruntent une physionomie toute spéciale au milieu des camps ou des casernes.

Nous aurions du, a la suite des mahulics d’alimentation, consacrer un chapitre à l’étude des maladies parasitaires, dont quelques-unes,

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iMALAIHh.'> El ÉPIDÉMIES DES AIîMÉES.

comme la gale et le licnia, sont assez communes dans les armées; ces maladies sontaujourd’liui si bien décrites dans de nombreux ouvrages, leur traiteinent est si simple et si bien formulé, que nous avons cru pouvoir alléger noire livre de ce cbapitre.

Nous avons criti(iué les auteurs qui, après avoir promis un iraité des maladies des années, n’ont donné qu’un abrégé de pathologie interne; nous tâcherons de ne |)as tomber dans la même faute. Évidemment on observe dans nos hôpitaux militaires presque toutes les maladies ([ui se rencontrent dans la population civile : des affections des poumons, du cœur, du système nerveux, etc.; mais ces maladies ne i)résentant chez le soldat aucun caractère particulier, il n’y a pas lieu de les décrire ici. Pour les maladies <[ui rentrent dans notre programme, mais (pii sont bien connues, comme la fièvre typboide, les lièvres éruptives, la syphilis, nous n’insisterons que sur l’étiologie, le mode de développement, la fréipience dans l’armée; enfin, nous indicpierons avec soin les mesures prophylactiques (jue chacune d’elles commande.

CIIAI'ITUE III

M AI. A I) 1 K S S .V I U N N l'K K E .‘I.

Kii ganüsüii le soldai u’esl pas plus exposé aux vicissitudes atiuospliéi'iques que les ouvriers de lion nombre de prolessioiis; eu teuqis ' de guerre il u’cn est plus ainsi, et c’est alors surtout ipie les inlluences saisonnières exercent une action puissante sur la santé des Irotqies. Le soldat ou campagne couche sur la terre nue et souvent détrempée par les pluies, il lui faut passeï' des heures entières immohile dans les tranchées comme en Crimée, sons la neige et la pluie, ou fournir de longues marches sous un soleil ardent comme dans les guerres d’Afri([ue et des Indes; les privations inséparables do l’état de guerre augmentent encore la suscc|)tihililé de l’organisme aux inlluences atmosphériques en le débilitant.

« Le rapport qui lie les maladies au retour régulier des saisons n’est nulle part plus fortement saisissahle que dans les camps... Les maladies de la saison chaude ont surtout fixé l’attention des médecins d’armée, parce que, dans les camps comme dans les campagnes, les innuences almosphériipies dominent le règne pathologique iufluencé plutôt dans les villes par les causes spécifn|ues des maladies (1 ). »

Pringle a étudié avec soin l’inlluence des saisons sur les malailies dos armées, il recommande de ne faife entrer les troupes en campagne qu’au commencement d’avril; dans cet heureux temps on choisissait la belle saison pour s’exterminer, 'la guerre moderne n’a plus de ces délicatesses. L’état sanitaire de l’armée anglaise, nous dit Pringle, était généralement satisfaisant pendant l’été, mais vers le milieu ou la fin d’aoiit le nombre des malades augmentait beaucoup, la dysenterie devenait la maladie dominante.

On peut dire de toutes les maladies saisonnières ce que Sydenham disait du choléra-morhus : elles reviennent chaque année avec la régularité des oiseaux de passage ; l’action des saisons se faisant sen-

(1) L. Laveran, Delà morlalilé des armées en campaijne, loc. cil.

tir à la lois sur un i;raiid nombre de personnes, les maladies saisonnièies peuvent prendre 1 apparence épidémi(|u(î' nous verrons plus loin que la dysenterie de nos climats, qui est essentiellement une maladie saisonnière, a eu souveni ce caractère dans les armées en campagne. C’est ]iour désigner cette inlluence générale des saisons, sur la marche des maladies qu’llippocrale emploie le mot constitution.

Les constitutions d’Hippocrate ne correspondent pas exactement à nos maladies saisonnières, les saisons en Grèce étant beaucoiq) moins marquées que dans nos climats. La constitutiond’llippocrate embrasse parlais le cours d’une année entière; Hippocrate note d’abord quels ont él(! les phénomènes atmospbéri(jues prédominaids, la direction des venis par exemple : c’est ainsi qu’il |)arle tl’une constitution boréale (1); il décrit ensuite les maladies (pii ont régné pendant cette période et il donne à la tin de cbacune de ses constitutions iiuelques observations particulières.

Depuis Hippocrate le mot constitution a changé plusieurs fois de sens, si liien qu’il n’est pas aujourd’hui, en médecine, de mot plus vague, d’expression appelant autant de commentaires.

Sydenham reconnaît l’action des saisons sur la marche dos maladies, mais il emploie surtout le mot constitution pour caractériser une action secrète et inexplicable de l'air, qui donne aux maladies un caractère particulier et nécessite une tliérapeutique spéciale. « 11 y a diverses constitutions d’années qui ne viennent ni du chaud ni du froid, ni du sec ni de l’iiuinide, mais plutôt d’une altération secrète et inexplicable qui s’est faite dans les entrailles de la terre. Alors l’air se trouve infecté de pernicieuses exhalaisons qui causent telle ou telle maladie, tant que la même constitution domine. Knfin, au bout do (piebpies années, cotte constitution cesse et fait place à une autre. Chaque constitution générale produit une fièvre qui lui est pro|ire et({ui, liors de là, ne parait jainais; c’est pourcpioi j’appelle ressortes de fièvres stationnaires ou fixes.

C’est grâce à celte théorie que le mot constitution a été détourné de son sens primitif etipi’il a été employé non pour désigner, comme dans les livres hippocraliipies, l'état des maladies pondant une période donnée et le rap[iort dos maladies aux phénomènes météorologiques, mais pour maripier la prédominance de tels ou tels caractères du règne morbide; c’est ainsi ipi’on a été amené à décrire des couslitu-

(l i Ep'utcmka, liv. I. Tiaduct. de Diireiidicrg, p. i238.

(2) Sydenham, Médecine pratique. Traduct. de A. -F. Jaidl, in Encyclopédie des sciences médicales, p. 2G.

MALADIES SAISO.NNILHES.

lions liilicuscs, nerveuses, adyiiamiques, iiillammaloires, et qu’on s’esi autorisé plusieurs fois d’un prétendu diangement de constilntion pour lioulcverser la thérapeutique.

Nous reconnaissons volontiers que les maladies présentent à certaines épo([ues des caractères communs et, pour ainsi parler, un air de famille, mais nous ne saurions admettre l’innuencc occulte que Svdenliam invo(iue pour expli(pier les constitutions stationnaires; certaines modifications dans le sol d’un pays, dans les habitudes, dans les monirs tie ses habitaids, font bien mieux comprendre les changements de constitution dont parle Sydenham. Les années de disette ou d’abondance, les guerres sanglantes ou les longues périodes de paix, l’abandon do la culture de la terre dans un pays, le dessèchement des marais ilans un antre, l’alcoolisme, la syphilis, la vaccine,

I sont autant de causes qid modifient lentement le tempérament de générations entières; ce ne sont pas les maladies qui se modifient, mais le terrain sur lequel elles se développent. Ces infinenccs, qui n’ontricnd’occulte, expliquent parfaitement les faits observésàLondres par Sydenham Ini-méme : à celte époque, les marais de ^Voorfield, voisins de Londres, étaient une source puissante de maladies, et les efllnves provenaid de ces marais commuiuquaient à tout le règne pathologique les caractères qu’il présente dans les pays à fièvres; plus tard les marais furent desséchés, les fièvres disparurent, mais le scorbut leur succéda cl mai'qua de son empreinte toutes les maladies iegnaii4es, comme avait fait a\‘anl lui le miasme palustre. Le mot constitution ne représente pins aujourd’hui aucune idée précise, et le mieux serait de rabandonner complètement; au lien de dire : la constitution médicale est caractérisée par telles et telles maladies, ne serait-il pas plus simple de dire : les maladies régnantes sont, etc. Mais on se figure avoir dit ipielque ebose de pins, quand on a parlé de constitution médicale, et par consé(|uent on en parlera longtemps encore.

C’est surtout dans les climats tempérés que l’on peut étudier les maladies saisonnières; à mesure qu’on se rapproche des pôles ou de l’équateur riiifiuencc des saisons so confond avec celle du climat, les maladies saisonnières se confondent avec les climatiques.

Les maladies saisonnières se divisent en maladies d’été et d’hiver, les piemières rappelant, (pioique de loin, le règne pathologique des climats chauds, tandis que les secondes sont un diminutif des maladies des pays froids. Tandis que les maladies climatiques, par suite de 1 action prolongée des mêmes causes, donnent lieu à des lésions graves, indélébiles, et présentant une grande tendance à la chronicité, les maladies saisonnières, passagères comme les causes qui les pro-

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MALADIKS KT ÉPIDÉMIES DES aUMÉLS

{luisent, ne t'ont le plus souvent qu’eldeurei' l’organisme. La dysenterie des pays cliaïuls devient facilement chronique, tandis que la dysenterie de nos climats, bien qu’elle puisse prendre des formes aiguüs très-graves, se dissipe en général sans laisser de traces.

Les saisons exercent une influence manifeste sur la marche d’un grand nombre de maladies qu’on ne saurait confondre cependant avec les saisonnières ; les fièvres palustres se développent lorsque le soleil de juillet et d’août a fait évaporer en partie l’eau des marais; le scorbut s’observe de préférence au printemps, lorsque les provisions de l’biver sont épuisées et (jue les productions nouvelles du sol ne sont pas encore assez avancées pour fournir des végétaux frais en abondance; l’ergotisme se déclare après la moisson; les maladies contagieuses sont plus communes en hiver, parce que l’homme s’enferme alors dans ses habitations et s’expose k toutes les causes d’infection et de contagion pour échapper au froid.

Maladies de la saison froide. — L’air froid irrite la muqueuse des voies respiratoires : les laryngites, les bronchites, se mullii)lient dès que la température s’abaisse. Pendant quatre années consécutives M. le professeur L. Colin a observé au Val-dc-Cràce que le cbilfre maximum des entrées pour bronchites correspondait au mois de janvier (1). Du reste la bronchite simple tue rarement dans l’armée, où l’on a alfairc à des adultes vigoureux et bien constitués; elle ne devient grave ([ue lorsqu’elle, complique d’autres états morbides : telle est la bronchite, asphyxique, qui à plusieurs reprises a donné lieu dans l’armée à de petites épidémies extrêmement graves; nous aurons l’occasion de montrer plus tard qu’il ne s’agit pas d une maladie saisonnière, mais irune maladie spécifique, d’une rougeole des bronches.

La pleurésie est après la bronchite une des maladies les plus fré- (pientes de la saison froide. Kn quatre années M. L. Colin (op. cil.) a observé, dans un seul service du Yal-de-Cràcc, cas de pleurésie. Les ebilfres maxima des entrées pour celte cause correspondaient

aux mois suivants : avril et septembre (1802), — septembre (ISfil), —

octobre et juin (1800). « Le développement de la maladie seml)le tenir plus aux variations brusques de température, comme celles des équinoxes, (pi’aii refroidissement progressif de l’atmosphère dans la marche des saisons, refroidissement dont l’inlluence est poiirlant notable, la moyenne, des entrées en janvier pendant trois ans étant de six, celles des mois de juillet n’étant que de deux. (L. Colin, op. cil., p. 00.)

(1) L. Colin, Éludes cUnuinex de médecine mililiiire, v- 80.

MALADl RS SAISONN I Kl! KS.

La pleurésie alTecte (luelquelois la forme dile liileiile, les symplômes réaclioimels sont très-peu maiafués, le point de côté fait délaut, répanchemcnt augmente en silence, et lorsque les malades se plaignent d’oppression pour la première fois, on est étonné de constider la présence d’un épanchement abondant. On a exagéré la fré- (pience de celte forme insidieuse dans l’armée, et je ne crois pas, pour ma part, (pi’elle y soit plus fréquente que d;ms la populalion civile, mais il y ;i des choses (pi’on répète toujours parce qu’elles ont été dites une fois. L’épanchement pleurétique peut être la première manifestation de la lubercidose; la relation inverse ])eut exister également, la pleurésie devient le ])oint de départ de la tuberculose; nous aurons à revenir sur celle question à propos de l’étiologie de la tuberculose.

Le médecin militaire est appelé si souvent à traiter des pleurétiques, (|uc quelques mots sur un sujet si controversé dans ces dernières années ne parailronl ])as, je, pense, hors de sY/fso». La thoracentèse avec ou sans aspiration a joui, à un certain moment, d’une faveur très-grande; M. le professeur lléhicr, dans un mémoire lu à l’.Vcadémiede médecine (séance du dO avril 187:2), a été jusqu’eà proposer de ponctionner tous les épanchements, quelle que IVd leur abondance. MM. Sedillot et Chassaignac ( l)se sont élevés contre celte dangereuse innovation; chose curieuse, les chirurgiens donnaient l’exemple de la prudence aux médecins.

Lesaccidents auxquels peut donner lieu la Ihoracenlèse sont nombreux, et quelques-uns présentent une gravité extrême. A la suite de la ponction la mieux faite les épanchements séreux peuvent subir la transformation purulente, la pleurésie devient empyème, complication redoutable!

l ue première ponction donne issue à une sérosité cilrine Iranspal'ente, dans laquelle se forme par le repos un caillot hlanchàlrc et mou, mais le li(juide se reproduit. A la deuxième ponction la sérosité est déjà un peu louche, au microsco|)c on y trouve un gi’and nombre de leucocytes ou de globules de pus, ce qui est tout un ; à la troisième ponction la transformation purulente est complète. On me dira que ce sont la des buts rares; moins rares peut-être qu’on ne le pense; en tout cas, il suffit qu’ils se soient présentés quelquefois, pour commander la plus grande prudence.

■\ la suite de la Iboracenlèse on voit survenir quelquefois une expectoration albumineuse que les premiers observateurs attribuèrent a une perloration de la plèvre, produite au moment de la ponction (2);

(1) Académie de médecine, juin, aoùl 187’J.

i:2) Marotte, Académie de médecine, séance dn 28 mai 1872.

MALADIES LT ËI'IDÉMIES DES ADMÉES.

le liquide ainsi évacue rcssemhlc, eu elTet, à celui de répanchemeiil. Il est bien prouvé aujourd’hui que ce, phénomène n’est pas dû à la perforation de la plèvre (spontanée, dans les clforls de toux, on par le trocart au moment de la ponction;; mais à une congestion pulmonaire comparable à celle qui se produit du côté des organes abdominaux après récoulement de l’ascite; cette explication, émise dès 1853 par M. Pinaud et soutenue en 1873 par MM. llérard et Moutard-Martin à la Société médicale des hôpitaux, a rallié aujourd’hui tous les observateurs (1). Parfois la congestion pulmonaire est tellement forte, ipie les malades succombent à un œdème aigu du poumon (:2). C’est là une raison qui doit engager à faire usage du trocart de petit calibre |)our la tboracentèse lorsqu’elle est nécessaire, et à laisser le liquide s écouler lentement sans faire usage de l’aspiration; une simple baudnicbe adaptée au trocart suffit pour empêcher l’introduction de 1 air dans la poitrine. L’aftlux de sang consécutif à l’aspiration peut déterminer encore la rupture des vaisseaux de nouvelle formation des fausses membranes pleuréti(pies; lorsqu’on sait combien les parois de ces vaisseaux sont délicates, on s’étonne même (pi’un pareil accident ne soit pas plus fréquent; à la suite de ces ruptures la pleurésie devient hémorrhagique et souvent purulente.

Les anciens procéilés de traitement de la pleurésie fournissent du reste d assez beaux résultats pour qu’il soit inutile, dans la grande majorité des cas, de recourir à la ponction. M. le professeur L. Colin rapporte (loc. rP.jque, sur cas de pb'urésie traités dans son service, il n’y eut qu’un décès (une péricardite compli(piait dans ce cas la pleurésie); or, M. L. Colin n’avait jamais but usage de la thoraceidèse; les partisans du trocart auraient bien de la peine à présenter une statistique plus favorable.

On objecte que par les anciennes méthodes (diurétiques, vésicatoires, tarti'e stibié) on n’obtient pas une guérison aussi radicale qu avec la |)onction. .l’ai souvent vn, pour ma pai“t, des épanchements complets se résorber sans laisser de trace de leur passage; mais admettons (pi’il reste des fausses membranes, que le poumon ne reprenne pas immédiatement toutes ses fonctions, faut-il, pour éviter cet inconvénient, mettre la vie du malatle en danger?

La pleurésie peut, à vrai dire, donner lieu à la mort subite; mais c (‘st la un accident rare, et il n’est pas prouvé que la tboracentèse sup-

('!) \oir a en stijoL; Comptes rendus de ta Société médicale des liiij)itaa.v, 'ü.l mai 1873; — hebdomadaire, t3 juin, 1“2 sf‘pteml)rp 1873;— tlièï-cilû M. TpitHIoii. I‘.ai'is. 1873.

('‘2) SociiTé lie l)iologi(>, 7 juin 1873. Coinnninicalion ilo MM. I.ininillf, Duinontl’allier (Cazette hebdom., 13 juin 1873).

MALADIES SAISONNIÈIIES.

:iriino ce danger. D’après M. le professeur E. Vallin, la niortsnbile est due à des einholies cérébrales dont le point de départ [leut être soit dans le cœur refoulé, soit dans les veines pulmonaires du poumon que comprime l’épancliement (l).CIiezdes pleurétiques on a vu survenir quelquefois des œdèmes subits d’uu des membres inférieurs, et des plaques gangréneuses qui s’expliquent fort bien par des embolies venant du poumon comprimé. Si cette théorie est exacte, et elle repose déjà sur quelques faits incontestables, comment la tboraceutèse empécherait-elle les thrombus formés dans les veines pulmonaires de se détacher? En amenant la dilatation brusque du poumon et en rétablissant tout à coup la circulation pulmonaire, elle devrait même faciliter la migration des thrombus, la formalion des embolies céré- ' braies.

Eu somme, nous croyons que la tlioracentése ne doit intervenir dans le traiteiuent de la ple-urésie ([ue lorsque l’épaucbement, extrêmement abondant, est par lui-même une cause de suffocation; la ponction supprime alors l’obstacle mécanique qui entrave la respiration et la circulation, l’indication est formelle; la vie du malade est en danger, et si la tboraceutèse amène des accidents, le médecin aura la consolation de penser que la mort aurait été plus prompte encore sans son intervention.

La pneumonie n’est pas comme la pleurésie une maladie de la saison froide. Les malades atteints de pneumonie entrent souvent par groupes à l’hôpital, et ces petites épidémies (L. Colin, op. cil., p. 145) ne coïncident pas avec l’abaissement delà température. C’est aux mois de juillet, mars, avril, septembre ([ue M. L. Colin a reçu dans ses salles le plus de pneumonies, tandis qu’aucun cas ne s’est présenlé dans les mois suivants ; janvier, février (18(iU-l8(j“2), décembre (1801). Nous verrons plus loin (maladies des climats froids) ([ue la bronchite et la pleurésie sont fréquentes dans les pays froids, tandis que la pneumonie s’y développe plus rarement que dans nos régions tempérées. L’évolution cyclique, régulière, de la pneumonie lobaire, sa fréipience à certaines époques qui ne coïncident pas toujours avec des variations brusques de température, la rap|)rochent bien plus des fièvres éruptives et de l’érysipèle (jue des inflammations franches.

Mais si la pneumonie lobaire aiguë, franche, ne relève ni de la saison froide, ni des climats froids, il n’en est pas de même des congestions pulmonaires, des broncbo-pneumoiiies et des pleuro-pneumonies, qui régnent souvent avec une grande fréquence aux époques les plus

(t) Gabelle lielnhinad., 4 rOvrici- 1870. — Ucciieil mém. de méd. wUUaiic, novembre 1871.

A. I.AVERAX.

ou MAI.ADIKS ET Éi>im';M[KS DES ARMÉES.

froides de raiiiiée. Au mois de décembre 1874-, par ini temps très-froid et neigeux, je recevais, dans mou service du Val-de- (irâce, un grand nombre de malades atteints de congestions pulmonaires avec expectoration sanguinolente, et de broncho-pneumonies doubles.

On range généralement le rbnnialisme parmi les maladies de la saison froide et des climats froids. Il faut distinguer sous ce rapport le rbumatisme articulaire aigu, fièvre rbumatismale des auteurs anglais, du rhumatisme cbroni(iue (rbumatisme noueux, nodositesd lléberden, arthrite rhumatismale nionoaiTiculaire, rbumatisme musculaire). Le rbumatisme aigu est aussi distinct du rbumatisme cbroni(pie (jue la jtnenmonie lobaire aiguë peut l’être de la pneumonie clironi(|ue; il n’y a, entre ces maladies, «lue des analogies de siège; si la pneumonie cbroni([iie succèile bien rarement à la pneumonie (ibrineuse, le rbnmatisme noueux ne remplace presque jamais le rbumatisme articulaire aigu. L’inlluence du froid humide sur le développemeut du rhumatisme chronique est parfaitement démontrée, on 1 obser\e particulièrement dans la saison froide et dans les pt'iys Iroitls; tandis (jtie le rhumatisme aigu, plus commun dans les pays tempérés que dans les climats froids, se développe aussi souvent dans la saison chaude que dans la saison froide. Au mois de juillet 1871-, les maladies qui dominaient dans les hü|)ilaux de Paris, et en particulier au \al-de- Gràce , étaient le rhumatisme articulaire aigu et l’érysipèle de la face. Trousseau, dans sa Clinique (3*’ édit., t. 111, p. 3tli), a insiste sur la connexion qui existe entre ces deux maladies; il y a\ait alors dans les salles de l’Hùtel-Dieu une épidémie simultanée de rhumatisme et d’érysipèle. « Il n’y a pas seulement, dit 1 rousseau, analogie morbide entre ces deux affections, qui n’ont d’inllammatoire que l’apparence, il y a corrélation. Elles n’ont pas seuhnnent le mémo génie' migrateur, elles peuxamt se remplacer 1 uitcl autre, et, pai exemple, le rlnimatisme peut succéder à l’érysipèle. » M. Michel Peter na [itis laissé tuiubcr celte idée du mailrc ; « Plus d’une analogie rapproche, . dit-il, le rhumatisme de l’érysipèle; comme l’érysi|)èle, le rhumatisme u’esl pas une inllammation franche; comme Ini, il sévit souvent sousla forme épidémique, et nue épidémie de rhumatisme succède souventi à nue épidémie d’érysipèle; eommej’érysipèle, le rhumatisme est) mobile; comme lui, il est une inllammation des membranes et non desparenebymes, senlemenl l’érysipèle frappe surlonlles membranestégumentaires ; pean et membranes imupieusesen rapport avec l’air; leVhumatisme alfecte de préférence les membranes des cavités closes, membranes séreuses splanchniques et articulaires. » (Art. Amum-:, Dirlion. oncijclop. des sciences médicales.)

MALADIES SAISONNIÈHES.

Dans ces derniers temps, M. Jaccoud (l) a appelé raltcnlion sur la Ircquence de l’cnducardile dans l’érysipèle; ce serait là une nouvelle ressemblance avec le rluimalisme articulaire aigu; mais nous croyons que cette complication est rare, beaucoup [)lus rare (|ue ne l’a annoncé M. Jaccoud; depuis (pie noire attention a été appelée sur ce sujet nous auscultons avec grand soin tous les malades atteints d’érysipèle, et dans aucun cas nous n’avons trouvé les-signes de l’endocardite.

Le rbumatisme aigu peut envabir successivement le péricarde, l’endocarde, les plèvres, le péritoine, les méninges, chez un meme malade, comme dans une observation publiée par M. DIacbez (:2); on [•ourrait presque dire ipie le rbumatisme aigu est un érysipèle des I séreuses.

Maladies de la saison chaude. — An commencement du printemps, lors des premières cbaleurs, les embari-as gaslriipies se multiplient; les lièvres vernales ont parfois une durée de plusieurs jours; on leur donne les noms de fièvre gaslri([uo, de fièvre inllammatoire, de synoque; sous l’action du soleil du Midi ces fièvres prennent (me gravité particulière, et à mesure (pi’on se rapproche des tropi(pies, elles revêtent de plus en plus l’apparence de la rémi lien te des pays chauds. Nous verrons du reste qu’une partie seulement dos fièvres rémittentes méritent le nom de climatiques et que la plupart d’eidre elles relèvent bien plutôt du miasme palustre que de la chaleur. Les fièvres vernales n’ont le plus souvent en France aucune gravité, elles cèdent facilement à un éméto-cathartique; sur les bords de la Méditerranée, elles prennent déjà des formes plus graves.

Tbion de la Chaume a décrit la rémittente simple en Corse; elle régnait on même temps que la dysenterie dans la grande armée de Pologne (Gilbert) ; elle a constitué le fond de la pathologie de l’armée française d’Italie en 18511 (Cazalas, mèm . cit..) \ elle va par nuances io.sensibles se fondre dans la rémittente d’Afrique en passant par les formes moins intenses au.\(|uelles les médecins anglais ont donné le nom de fièvre méditerranéenne, alfection observée par Mac Cia'gor en Fgypte (1800), Followey en Espagne (18”28), llennen à Malte (1825), Clegobrn à Minorqne (1844), Hood à Philadelphie et dans les régions salubres des Etats-Unis; par les médecins militaires français dans les régions non marécageuses do l’Algérie; tandis que, dans les régions moins chaudes, elle est comme le premier degré de la fièvre typhoïde (L. Laveran, Hccherchm sur la iiiorlalilê des années en cainpagne, loc. cil.)

(1) Leçons cliniques, 1873, p. 786.

(2) Galette hehdnmrtdaire, 7 nnûl 187i.

MALADIKS ET ÉPIDÉMIES DES AltMÉES.

La dysenlerie a été à toutes les époques un des Iléaux les plus terribles pour les années en campagne; c’est sui'tout à la tin de l’été et à rautoinnc, comme le fait remarciuer Pringle, que la dysenterie devient épidémique dans nos climats.

L’armée de Henri V,roi d’Angleterre, eut tellement à soullrir de la dysenterie après sou débar(piement à IlarOeur (141 o), qu’elle fut bientôt réduite, "disent les historiens, au quart de son effectif, et après Azincourt il fallut la ramener eu Angleterre (1).

En 1(‘)07 la dysenterie régna épidémiquement <à Lyon, ou elle lut inqtortée, dit Ozanam, par les troupes (|ui revenaient de la campagne d’llali(î, pendant laquelle les deux armées avaient eu fort à souffrir des flux de ventre; elle commenea à l’Ilôtel-Uieu, où l’on avait envoyé un grand nondn’c de militaires dysentériques.

Eu 1(‘)35 la dysenterie sévit sur l’armée française du Brabant hollandais et s’étendit cà ta population civile; la ville de Nimègue en fut ravagée. Ces deux derniers faits prouveraient en faveur de la conta^don du mal.

Dans t’été de 1(377 l’armée danoise en Scanie eut fort à soulfrir de la dysenterie; on attribua l’épidémie, dit Brandi, médecin de rarmée danoise, à l’eau croupie que buvaient les soldats (i).

Au mois d’août 1718 une épidémie de dysenterie se déclara sur les garnisons prussiennes de la Poméranie; la population civile ne fut pas épargnée.

Après la bataille deDettingen (1743) (Pi'ingle), tes troupes anglaises couchèrent sur le champ de bataille sans tentes et exposées à une grande pluie; huit jours après la bataille, cimj cents hommes étaient atteints de dysenterie et, en quelques semaines, la moitié de l’armée Pavait ou venait d’en relever. La dysenterie, parut avant la saison des fruits, fait observer Pringle; elle continua eu juillet, août, et ne disparut que lorsqu’on eut ipiitté le terrain infecté par les déjections des malades (3). Ce même fait se reproduisit pendant les campagnes de 1744 en Flandre et de 1747 dans le Brabant hollandais.

Pringle, qui avait eu si souvent l’occasion d’observer la dysenterie des camps, a parfaitement tracé sou histoire ; comme Sydenham il s’elTorce de démontrer (pPon a grand tort d’accuser les fruits de causer la dysenterie; il décrit très-bien la maladie et formule un traitement rationnel.

Pendant l’été de 1757 une année fraufaisc de :25 UOO liomines

(t) Ozanair., op. lit, p. 281.

(Üj Cite par Üzanani, op. cil., t. lit, p. 28. ».

(3) Pringle, op. cil . p. 20.

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