‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 5 sur 129 · XX[V · texte numérisé non relu

XX[V

INTUODUCTION.

Généra],

J ai trouvé ce malin à 7 lieui'cs la 09° brigade qui manœuvrait sur l’esplanade du tort de rinstilut au milieu d’un épais l)rouillard auquel il est dangereux d’clre exposé sans nécessité. (Juand les circonstances exigent que les troupes essuient ainsi 1 Immiditi', il conviendrait de donner à chaque homme une ])Ctite quantité d’eau-de-vie.

Salut et respect (1).

Nous avons choisi celte lettre au milieu d’un grand nombre d’autres plus importantes afin de bien montrer avec quelle sollicitude on prenait soin du soldat et dans quels détails le général en chef et le médecin en chef ne craignaient pas de descendre.

Les généraux de l’armée d’Orient vont sans cesse visiter les hôpitaux et les ambulances; ici, c’est l’adjudant général lœlurq qui préside aux évacuations des blessés et des pestiférés et qui aide liii-mcrne à charger les plus malades sur les brancards (Desgenettes, op. cit., page 93); là, c’est Kléber qui pi'end un soin particulier des malades et des blessés pendant la retraite de Syrie. A l’iinc des stations, dit Dosgenetles, Kléber disait aux hommes atteints de peste : « Mes enfants, je suis occupé de vous, nous allons partager ce que j’ai; mais ne m’approchez pas de trop près parce que ce n’est pas de la peste qu’d convient (|uc je meure ('2). » Quelles franches et bonnes j»aroles, bien (lignes d’un vrai et grand soldat comme l’était Kléber. On ne saurait croire combien la visite d’un général fait plaisir au malheureux soldat malade ou blessé, combien un mot de ses chefs lui rend de force et d’énergie morale pour supporter scs souffrances.

Les généraux Junot et Verdier n’étaient pas moins, assidus

(Ij Histoire médicale de l'armée d'Orient, par Desj'cncücs, ISJO, 2» cilit.,

(2) Desgonettes, op. cil. p. 101.

INTHODUCTION.

auprès des malades que Kléber lui-mème. Madame Verdier avait suivi son mari, et celle charmanle et courageuse lemme s’employait sans cesse au soulagement des malades; elle donna son cheval, partagea maintes fois son eau, son linge, ses provisions avec les malades.

La veille de sa mort tragique, Kléber disait encore à Desgenettes : « On sait dans l’armée combien j’ai pour vous d’amitié... C’est une lettre de crédit dont il faut vous servir pour faire du bien. Tirez sur moi hardiment, je ferai bonnciir à votre })apicr(l). » Kléber, Desgenettes ! quelles grandes figures, même dans ce grand cadre, l’Egypte !

Les résultats que généraux et médecins obtinrent grâce à leurs efforts réunis sont bien faits pour démontrer les heureux clfets de celte sollicitude intelligente pour la vie du soldat. Malgré des marches continuelles dans un pays ennemi, loin de la France, malgré des combats sanglants, malgré le climat, malgré la peste, l’armée d’Orient, composée de 3001)0 hommes à son départ de France, ne perdit en deux ans et demi que 8015 hommes dont 3014 tués dans les combats, :290 morts par accident, et 854 morts à la suite de blessures. En deux ans et demi les maladies ne donnèrent heu qu’à 4157 décès dont 1080 occasionnés par la peste. M. Fauvel, qui compare ces résultats à ceux de Crimée, a bien raison de dire que la comparaison n’est pas à notre avantage. Kléber avait compris l’importance de l’hygiène dans les armées et il ne croyait pas au-dessous de lui de consulter Desgenettes chaque fois qu’il s’agissait de la santé, de la vie de scs soldats.

« 11 parait qu’à celte époque, dit M. Fauvel, on n’avait pas encore imaginé la doctrine qui prévaut aujourd’hui ('2). x

On l’imagina bientôt ai)rès, les commissaires des guerres s’in-

(1) npsgenr-ttos, op. cit. p. 117,

(2) Fauvel, op. cit. p. 171.

INJ nODUCTIOiN.

lerposcrenl de plus en }»lus entre le eommandeineni, el les médecins militaires réduits en lin de comj)le au l'ùlc d’agents d’exécution. Gama, dans un livre où se montrent à chaque page son beau caractère et son grand cœur (1), a esquissé l’iiistoire du service de santé pendant les guerres du premier empire, et rcl l'ace bien des tristes épisodes de cette glorieuse période. (Jue de soutïranccs, ipie de cris d’agonie et de désespoii' sous ces crisde victoires, sousces [tompeux bulletins de la Grande Armée!

Il n’y a pas à cette époque de recrutement n ‘gu lier pour la médecine militaire; on prend les })remiers venus, des étudiants l'rancais ou étrangers, et on leur confie l’existence de nos soldats; à cbaque instant le pei'sonncl et le matériel des ambulances font défaut; on abandonne les malades, les ble.ssés, on les laisse plus d’une fois au milieu de populations bostücs qui les massacrent comme en Espagne.

(( La })artie principale et véritablement active de l’armée sous l’empire présente, dit Gama, un problème insoluble; je veux pal ier des soldats. Sur tous les points, je les vois les mêmes ; à la voix d’un chef dont ils connaissent le commandement, ils se rassemblent, se groupent, partent; et pourquoi? |)our soulTi ir. Tel fut le sort des soldais pendant les guerres de l’empire; ils n’en eiu'cnt point d’autre. Cependant l’entbousiasme les gagna bientôt; cela est connu do tout le monde, et l’on sait aussi que les récompenses furent souvent le mobile des mêmes ])rodigcs de valeur qu’on avait vus se produire dans les armées républicaines au seul nom de la patrie. L’art d’enlever les troupes et de les iiorler aux plus nobb's actions d'éclat trouve dans nolr(' caractère national l’explication des étonnants résultats qu’obtinrent dans tant d’occasions des clu'fs baliiles; ce n’est donc jias là une difliculté à résoudre. Mais ce que je ne conçois pas, ce (pii est pour moi un problème, après des traits d’béroïsme mul-

(1) (’.aiiKi, Esquisse hisloi'ique du service de sauté inililaire, Paris, ISil.

INTKODüCTION’.

tipliés dont on profitait, c’est le mépris que l’on eut pour les soldats sous le gouvernement impéi’ial, essentiellement militaire. J’en donnerai de bien tristes preuves. Un ne peut excepter de ces reproches que des chefs d’armée qui ne tolérèrent point pour leurs troiqies les vices de l’administration (1). »

L)(q)uis 1841, bien des progrès ont été accomplis dans l’organisation du service de santé; en France, la position matérielle des médecins militaires s’est notablement amélioi'ée, mais ce que Gaina réclamait avec une si juste insistance, l’indépendance, l’autonomie du corps de santé, nous le demandons encore. Les intendants militaires ont remplacé les commissaires des guerres, et sont restés jusqu’à ce jourles directeurs incompétents du service de santé. Je ne m’arrêterai pas à plaider en faveur de l’autonomie de la médecine militaire, c’est cause entendue et gagnée partout ailleurs qu’en France; toutes les

grandes nations militaires de f Furopc ont adopté ce })rincip(‘, et nous avons lieu d’espérer qu’il finira par prévaloir en France.

Lorsque l’autonomie nous aura été accordée, nos devoirs, il faut bien nous le dire, s’accroîtront dans la même proportion ipic nos droits. Les médecins militaires n’anront pas de peine à démontrer qu’ils peuvent se passer de la tutelle de l’intendance; il faut qu’ils prouvent en outre que l’initiative médicale peut rendre dans l’armce de très-grands, de ti-ôs-utilcs services. J.a lu’opbylaxie des maladies est le but ipie doit se jiroposer le médecin militaire; pour l’atteindre, il doit connaître à fond les maladies et épidémies des armées, il doit méditer sans ces.se sur leurs causes, alin de provoquer à l’occasion les mesures capables d’en empêcher l’éclosion ou d’en arrêter le développement.

« Le spectacle des qiidémies dans l’antiquité a fait naître la terreur qu’inspirent tous les grands [)hénomènes naturels. Devant les coups répétés de la moi t comme au bruit de la tempête

(I) Gaina, op. cil-, p. 396.

xxvm

INTRODUCTION

et de l’orage, l’homme saisi du sentiment de sa faiblesse a invoqué ou accusé les dieux. Plus tard, un coup d’œil plus calme, le fiit de la dissémination de la syphilis et du typhus par les armées, a l'ait naître l’idée d’une certaine analogie entre les causes des épidémies et les poisons dont la connaissance avait été répandue par les Arabes. Fracastor donna une expression à la conception nouvelle de l’épidi'micitf) et fonda l’histoire de la contagion. L’esprit moderne, plus calme, plus rélléchi, plus défiant de sa puissance, a ramené la question des épidémies à l’étude de leurs rapports avec les grandes conditions d’hygiène ; le prix des céréales, l’espacement des habitations, la mauvaise tenue des villes et des campagnes. L’histoire des épidémies des armées donne raison à ce dernier point de vue. Pour le médecin d’armée, c’est assez connaître s’il peut prévoir et .prévenir, et il est en effet en mesure de dicter les meilleures mesures à prendre pour prévenir ou limiter l’action des saisons, des climats extrêmes, éviter l’infection palustre, diminuer les coups d’une épidémie régnante, prévenir l’infection des tentes et des baraques. Mais pour qu’il ait autorité sur l’esprit défiant du commandement, il doit fonder ses conseils sur la connaissance précise de chaque classe d’alTections en particulier et éviter le vague des instructions générales. » (I)

(1) L. Laveran, De la inoiTalité des années en campagne au point de vue de l’étiologie. Ann. d’hijg. publique cl de méd. légale, 18G3. série, t. XIX.

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