CHAPITRE PREMIER
DE LA MORTALITÉ DANS l’aRMÉE.
Meurt-on plus ou moins dans l’armée (pie dans la population civile? Telle est la première cjuestion cpie nous essayerons de résoudre; nous rechercherons ensuite quelles sont les causes de la mortalité militaire en temps de paix et en temps de guerre. Avant de donner et de discuter les chiffres fournis depuis 18()2 par la statistique médicale de l’armée, nous croyons devoir dire quelques mots des documents antérieurs; bien que les chiirres fournis par les auteurs qui se sont occupés de la question avant 1802 ne reposent pas sur des données aussi exactes que celles qui servent de base à la statistique médicale de l’armée, ils nous fourniront cependant un utile point de comparaison; ils nous permettront de dire si la mortalité a augmenté ou diminué depuis cinquante ans dans l’armée française.
Le premier travail important sur la question a été publié en 1833. Dans un mémoire qui a pour titre : Essai sur la morlalilé dans Vinfanlerie française (1), Denoiston (de Chàteauneuf) établit que de 1820 a 1820 les troupes d’infanterie française (ligne et garde royale), sur un effectif de 801 478 hommes, ont compté 17200 décès, soit 21.4 pour 1000 hommes d’elfectif. En écartant l’année 1823, pendant laquelle la guerre d’Espagne avait surchargé le chiffre des décès, Benoiston trouve que dans l’espace de six années (1820, 1821. 1822,
(I) Annales d'hijgiéne publ. el de méd. léj , t8:J3, t. X, p. 23!) et siih.
A. LAVEUAN.
18“25, 182G), 723 741 honiiiies d’infanterie ont fourni 14112 décès, soit une mortalité annuelle de H).4 sur 1000 hommes d’effectil qui se décompose ainsi :
Di'cis sur 1000 liom.
Simples soliiats >,)2 3
Sorsents, caporaux §
Garde royale y
D aj)i‘ès les relevés de l’administration de la guerre, qui tenaient compte des portes de toute l’armée, et non pas seulement de celles de l’infanterie, la mortalité de l’arniée française était : en 1822, de 2. 70 sur 100, et en 1823 de 2.83 sur 100; ou de 27.9 et 28.3 sur 1000 hommes d’effectif (IJenoislon).
« Celte proportion de près de 3 pour 100, si l’on prend le chinVe de 1 administration, ou de 2.25, si l'on s’en rapporte au mien(l), qui est une moyenne de si.\ années, est plus forte, dit lienoiston, que celle de la mortalité ordinaire.
» D après les tables les plus récentes de dilférents départements de la France, ainsi que d’autres pays, le rapport est à cet âge pour les individus du sexe masculin de 1.27 environ, et ce n’est que vers la moitié de la vie que l’unité arrive à doubler; dans les bons pays, le rapport de 20 à 30 ans n’atteint pas même cette unité. » {Loc. cil., p.271.)
En 184G, la proportion de 19 sur 1000 est donnée comme celle de la mortalité dans l’armée française par le général Paixbans dans un discours à la chambre des députés (2).
Pour la période de 1842 à 1848 Poudin arrive au cbiGre de 19.4 sur lOnO. On connaissait déjà à cette épo(|ue, d’après des documents ofliciels, les pertes annuelles de quelques armées européennes (3).
M. le docteur Tholozan, dans un mémoire publié en 1859 (4), renonçant à établir le cbilTre exact de la mortalité dans l’armée française, emprunte à la statistique anglaise les données suivantes :
fl) Renoiston a ici évidemment en vue le cliitrre de la niorlalilé des simples soldats de la ligne (2.23 sur 100).
(2) Moniteur universel. Séance du 2 avril 1816.
(.3) Traité de (jéogr. et de sial, mêd., 1852. — Éludes d'Iiijg. publ. sur Vétnt sanitaire et la mortaUlé des armées de terre et de mer {Ann. d'hijg. publ. et de méd. lég. 1816, (. XXXV, 2'' partie).
(il De Te.rcès de mortalité du à la prolession militaire [Gaiclte méd. de Paris, 1859).
MORTALITÉ DANS L’ARMÉE
ARMÉE A.NGLAISE.
MORTALITÉ ' aimiielle
sur 1000 Iiomincü.
Armée servant à l'intérieur
CavuliM'ic
Il 0
Dragons de la gaidc
(lardes à pied
Inl'anlerie de ligne
Do oos chilTres M. le tloclour Tholozaii conclut que la.inorlalilé est hcaucoii[t plus forlc dans l’armée ([ue dans la population civile.
En 18ii(>, mou père, en se servant de documcnls inéilils puisés au ministère de la guerre, établit (luc de I8i() à IHbS la mortalité de l’armée IraiH-aise servant à l’intérieur a été de 10 sur lOOü (1). « Eu viiigt-lmit années, écrit-il, lu mortalité rapportée à iOüO lionimes d'enedir moyen réalisé est de 21 pour KXK), pour les troupes servant à 1 intéiieui , seulement les variations extrenies tle la mortalité d’une année à une autre accusent des causes d’erreur ([u’il importe d’éviter... Eu dix années comprises de 18Ô8, les années 185i. et
IcS.M écartées pour éviter l’erreur introduite par les évacuations de l’arméi' d’Orient, la mortalité est de 10 sur iUUO, cbiHie inlérieur à celui donné par M. Bcnuislon (de Cliàteauneur) et qui témoigne dos progrès accomplis dans les conditions d’existence du soldat. »
On a donc pour l’armée française :
f)« 18:20 ù 182(5 nno mortalité anmiclle de De 1820 à 182(5, moins 1823 (giicr. d’Espag.)
Eu 18-1(5
De 1812 à 1818
De 18 IG à 18‘>8 (moins 185.1. et 1855)