DE L’ACCLIMATEMENT DES TROUPES DANS LES PAYS CHAUDS
î\le.\iquc on avait levé aux Antilles pour les terres chaudes une compagnie de volontaires créoles; ces hommes étaient si peu acclimatés aux fièvres, que la compagnie se fondit rapidement sous l’inlluence du miasme palustre ; lU créoles venant de la Martinique et de la Guadeloupe arrivaient à la Yera-Cruz en octohre 18G^; au mois de février suivant la compagnie ne comptait plus que 07 hommes; reportée à hommes an mois d’août 1803, elle était de nouveau réduite à Al hommes en décembre, à 35 en mars 1804 et à 4 en avril (1). Les chiffres suivants, fournis par Morehead, prouvent qu’à Bombay la fièvre n’épargne pas les Indiens.
Hôpital général européen de Bombay (1848-t853).
007 entrées i)Our fièvre interniiltente. Mortalité, 1 sur 100 admis.
103 — fièvre rémittente. — 15 —
Hôpital des natifs (1818-1853).
1700 entrées pour lièvre intermittente. Mortalité, 1.43 sur 100 admis.
784 •• — fièvre rémittente. — 37.2 —
• Ainsi , acclimatement impossible dans les régions où la malaria sévit avec une grande intensité, acclimatement facile là où les fièvres n’e.xistent pas, où l’homme ne doit lutter que contre des conditions météorologiques nouvelles. On peut sans danger aucun se faire transporter tout d’un trait de Paris à Pile Bourbon ou à Sidney, tandis qu’on n’arrivera pas à s’acclimater à Mayotte ou à Madagascar en faisant des étapes successives dans des climats de plus en plus chauds.
Autrefois les Anglais ne faisaient arriver leurs troupes dans les pays chauds qu’après les avoir fait passer par des climats intermédiaires, de façon à les habituer au changement de climat; ils ont renoncé à celte mesure d’échelonnement (Dntroulau). On a souvent remarqué pendant les expéditions d’Algérie que les corps nouvellement arrivés de France donnaient moins de malades que ceux en Algérie, depuis plusieurs années qui auraient dù être acclimatés; au Mexique, les régiments venant d’Algérie ont fourni plus de malades ([ue ceux venant de France.
L’acclimatement en Algérie intéresse tout particulièrement le médecin militaire français. Les lièvres telluriques ne régnent pas en Algérie avec la même intensité, tant s’en faut, ((u’à Mayotte, au Sénégal et à la Guyane; l’Algérie ne peut être classée ni à côté de ces pays, oii l’acclimatement de l’Européen est impossible, ni à col
(1) De l’in/luence de la race dam les maladien iiifectietises, par le docteur A. Corr (Gai. hehdom., 1869, p. 80, 598j.
MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AliMÉES.
Je ceux OÙ racclimalemeat est facile parce qu’il est i)uremeiil métcorolüKi(iue; l’Ali^érie lient le milieu entre ces deux espèces de climats, de là les interminables discussions sur la possibilité ou l’impossibilité de 1 acclimatement en Algérie. Boudin pensait qu’il ne fallait pas songei a coloniser 1 Algérie, mais seulement l’occuper militairement, et, à l’appui de cette thèse, il citait les chiffres de la mortalité de ràrmce d’Afri(pie et ceux de la population civile européenne. De 1837 a 18i() la mortalité de l’armée à l’intérieur étant de D).5, celle de I aimée d Alriqne était de 77.8 sur 1000, celle de la |)opulation civile eui opéenne de 03.3 pour lOOO (1) (trois fois plus forte qu’en f’rance); le chilfic (.les décès était de beaucoup supérieur à celui dos naissances, les enfants mouraient en grand nombre, et l’on pouvait concevoir de grandes imiuiétudes sur l’avenir de notre colonie.
Celle mortalité excessive jiendant les premières années de l’occupation s’explique facilement par les mauvaises conditions où se trouvaient placés nos soldats et nos colons. Le s(ildat devait parcourir 1 Algéiic en tous sens ; toujours en expéditions, il lui fallait subir sans cesse de nouvelles fatigues, de nouvelles privations; ajirès avoir repoussé les Arabes, il quittait le lusil pour la pioche, il traçait les roules,* fortifiait les positions conquises, tout cela, sans autre abri que la pclitc lente (pi’il imagina lui- même et qui fut adoptée à cette époque; le colon devait fonder des villes, défricher la terre, dessécher les marais; les dangers du miasme palustre étaient mal connns, on les bravait sans crainte, et des villages s’établissaient .souvent sur les points les plus insalubres. Aujourd’hui ces conditions ont bien changé; de grands travaux ont été accomplis, les fièvres ont disparu de localités qui en étaient autrefois infectées (Boulàrick), la culture du sol a diminué partout l’empire de la malaria; le soldat est mieux loge, mieux nourri, soumis à moins de fatigues, enfin une connaissance plus exacte des maladies de l’Algérie, de leur prophylaxie et de leur traitement a contribué aussi à abaisser le chiffre de la mortalité.
La statistique montre bien l’influence de ces heureux changements. M. Bertillon constate que la population algérienne, après avoir fourni pendant trente-cinq ans une grande mortalité et un déficit manpié dans la balance des naissances avec les décès, est enfin entrée dans une période de mortalité décroissante cl de natalité supérieure au chiffre des décès, A vrai dire, cet heureux résultat est dù surtout aux Espagnols et aux Jlallais (Bertillon, art. cilc)\ mais la mortalité a très-
(Ij lioiuiin, Trailé (le. géo(jr. el de slatisluiue tiiédicalii^.