‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 59 sur 129 · L.\VER.\N · texte numérisé non relu

L.\VER.\N

MAI.ADIKS LT LIMDÉ.MILS DES ADMELS.

qiiaïul un de ses conipognons lui saisi tout à coup de fièvre avec délire (1).

Autrefois on croyait que c’était la fièvre tierce qui se compliiiuait le plus souvent d’accidcnls pernicieux (Torti, Alilierl); tonies les formes de l’impaludisme peuvent prendre le caractère pernicieux; aux Indes, ce sont les rémiticntes, fort communes dans ce climat, qui se transforment le plus souvent en pernicieuses (Moreliead).

Les fièvres pernicieuses proprement dites comprennent ; i" la fièvre rémittente ou [iseudo-conlinue du printemps; subcontinue estivale ou rémittente typboide (L. Lolin); — 2“ la fièvre rémitlenle adynamiipic on putride (llaspel), subcontinue automnale (L. Colin); — 3“ la fièvre pernicieuse iclérique (L. Colin); bilieuse grave, bilieuse bémalurique, pernicieuse bémaiuriqiie.

1“ lléntilleitle lypiw'ide. — La fièvre rémittente peut en se prolongeant se compliquer d’état typhoïde; tous les auteurs ont admis cette rémitlenle typhoïde d’origine palustre. D’après F. Jactiuot, on peut rencontrer à Rome :

1“ Des fièvres typhoïdes vraies ou dolbiénenleries;

2“ Des maladies complexes formées par la combinaison ou la juxtaposition des éléments dolhiénenterie et fièvre palustre;

3° Des fièvres palustres à forme typhoïde (2).

M. E. Alix (3) décrit aussi, à côté des formes régulières de la fièvre typhoïde observées par lui en Algérie, une rémitlenle typhoïde dans laquelle on trouve des lésions intestinales; pour lui, comme pour F. Jacquot, celte forme résulte de la combinaison de la rémittente des pays chauds avec la fièvre typhoïde.

En 1873, M. le docteur Noizet a observé une petite épidémiede rémitlenle typhoïde qui a régné sur la garnison de la Fère; des pluies avaient fait déborder tous les cours d’eau et inondé les prairies; vers le printemps, lorsque les eaux baissèrent et que lc.s terrains submergés furent mis à nu, l’épidémie commença; la rémittente typhoïde de la Fère ressemblait complètement, dit M. le docteur Noizet, à celle d’Algérie, 34 malades sur 238 succombèrent; à l’autopsie la rate était énorme, mais les plaques de Peyer parfaitemeut saines; ([uelques convalescents présentèrent des signes manifestes de cachexie palustre (4).

M. le professeur L. Colin admet que dans la rémittente typhoïde

(I l Maillot, op. cil., p. 2G4.

(2) Ihst. méd. du corps d'occupation des Etats romains, loc. cit.

(3) übserv. méd. en Algérie, l’aris, IHOt).

(t) Itelat. de l’épid. de fièvre rémil. Ujphoide qui a sévi en 1873 sur la garnison de lu Fête. Laon, 1873.

FIÈVRES PALUSTRES

d’origine palustre, exclusivement palustre, ou peui reiicoutrer les lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde, les ulcérations des plaques de Peycr ( 1 ). Mon expérience u’est pas suffisante pour que Je me permette de trancher cette grave question, mais j’incline fort à croire avec F. Jaccpiot qu’il s’agit d’une- combinaison de la fièvre typhoïde avec la rémittente palustre.

2® Fièvre pernicieuse automnale, adijnamique, putride. — Au ilébut de raulomne, dit M. llaspel, les fièvres présentent encore un faux appareil inllammatoire (pii ne doit pas en imposer au médecin ; « La face est rouge, vultueuse, les yeux sont animés, la langue rouge, la soif vive, le pouls plein et accéléré. Cet échafaudage phlogistique, ce faux appareil inflammatoire, ne tarde pas à s’évanouir et fait hieidAt place à un état de faiblesse plus ou moins prononcé, souvent même à nn état adynamique (2). »

La |)ernicieuse automnale, comme la pernicieuse ictérirpie, ne s’observe guère que chez d’anciens fébricitants; elle se complique d’engorgement des viscères abdominaux, de pneiiinouies, de gangrènes, d’hémorrhagies, d’ictère, d’état typhoïde.

Cette fornie est d’autant plus grave, (pie le sulfate de quinine a trèspeu d’action sur elle.

3® Fièvre rémittente bilieuse <jrnve, hémrtlurique. — Cette fièvre, qui se rencontre surtout à Madagascar, au Sénégal, à la Martinique et à la Guadeloupe, a été bien décrite par MM. Dutroidau (op. cit.). Carthélemy Cenoît (3) et Bérenger Féraiid (i); il est démontré aujourd’hui (pi’il s’agit d’une maladie d’origine palustre tout à fait distincte. de la fièvre Jaune.

La fièvre bilieuse hématurique ne se déclare Jamais chez des sujets indemnes d’attaques antérieures; tous les malades observés par M. B. Benoît avaient au moins deux ans de séjour dans la colonie, et tous accusaient des récidives plus ou moins nombreuses de fièvre intermittente régulière ; presque tous les malades présentaient des signes de cachexie palustre ; engorgement des viscères abdominaux, anémie, oedèmes, etc. Les urines ont la couleur de vin de Porto ou de Malaga, elles tachent le linge en rouge sale et précipitent par l’acide azoli((ue (albumine du sang); tandis que les urines colorées |)ar la matière biliaire seulement tachent le linge en Jaune et ne précipitent pas par

(I) L. Colin, op. cil., p. 278.

(2j tlaspnl, op. cit., [). l‘J5.

f3i De la lièvre hilieuae hémalurujue (.\rch. de inéd. navale, 186.')).

(4) De la fièvre hilieuse mélanurique de.i paijn chauds comparée à la Cièvre jaune. Paris, 187.1

MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AllMÉES.

1 acide azoli(iiic ; il est sonvenl diflicilede dislingucr an microscope les globules rouges ; (|uaiul la coloration osl l'aible ou que les urines sont alcalines au moment de rémission, il n’est pas rare (ju’on ne trouve plus trace d’bématies. C’est pour cela que quelques observateurs ont nié la présence du sang et attribué la coloration des urines au |)igment biliaire.

Le Ibic est presque toujours augmenté de volume, congestionné, mais jamais gras comme dans la lièvre jaune ; la vésicule biliaire est disteinlue par une bile é[)aissie (lui a parfois la consistance du goudron ou de bi cire; les reins sont congestionnés, volumineux, et présentent l'ré(pieminent de petits points eccbyniotiques.

Dutroulau admet deux formes de gravité différente : fièvre bilieuse sans complications graves, presipie uniquement constituée par les symptômes de l’état bilieux fébrile, — lièvre bilieuse continue hémorrliagiiiue ou bématuri(|ue dont les symptômes bilieux se compliquent d’accidents graves; c’est seulement à cette deuxième forme ()ue convient le nom do pernicieuse bématuriiiue, la première se rapproebant de notre rémittente bilieuse simple : on voit combien est artilicielle cette division des fièvres palustres en simples et pernicieuses; ce ne sont pas là des maladies dilférentes, mais des degrés d’une meme maladie.

Accès pernicieux. — Nous décrirons par ordre de fréquence : les accès comateux, délirant, algide, diapliorétique , cholérique, cardialgique et convulsif.

Accès camaïeux. — Il y a des degrés dans le coma; l’accès soporeux est une forme légère du comateux ; le plus souvent l’un annonce et précède l’autre, un accès soporeux doit faire craindre un accès comateux; cependant aux Antilles on observe de loin en loin (les fièvres tierces, en général simples, guéi'issant facilement, dont les accès consistent en un assoupissement subit, peu profond, facile à interrompre et de quebpies heures seulement; tout à coup, au milieu d’une conversation, le malade ferme les yeux et semble s’isoler de tout ce qui l’entoure; au réveil il y a un peu de stupeur et des sm'urs peu copieuses (Dutroulau).

L’accès comateux survient le plus souvent, soit au moment d’un paroxysme dans la lièvre intermittente, soit dans le cours d une rémittente; le malade est pris de délire, puis il tombe dans le coma, (’/est la lièvre ardente des anciens et de Dringle, le d’ilippo-

cratc. Le coma peut se prolonger 'ii à 18 heures; dans (luelques cas on a vu se produire consécutivement des lésions iiinammatoires du cerveau ou des méninges (L. Colin, op. cil., deux observations); si l’accès n’est pas mortel, au liout d’un temps variable la peau se

FIÈVRES PALUSTRES

couvre de sueur, le malade reprend connaissance, et tous les troul)les morbides se dissipent avec une rapidité singulière.

Souvent les malades sont apportés à l’hôpital dans le coma, on mampie do renseignements sur les débuts et la marche de la maladie, s’agit-il d’une congestion, d’une hémorrhagie cérébrale on de l’apoplexie de chaleur? La question est dilïicile à résoudre; si l’on est dans la période endémo-épidémiipie, il ne tant pas hésiter à administrer le sulfate de quinine.

L’accès apoplectique, variété grave du comateux, comme l’accès sopoi'eux en est une variété légère, est très-rare. Les malades, dit M. L. Colin, sont frappés brusquement, pendant une marche, un exercice, ou bien pendant le sommeil, et c’est seulement le malin qu’on les trouve plongés dans le coma; la face est pâle au lieu d’être vultueuse comme dans la forme jirécédcnte; c’est dans des conditions analogues que se produit l’apoplexie de chaleur à laquelle on pourrait rapporter sans doute plus d’un cas de pernicieuse apoplecti(iuc.

Accès délirant. — 11 s’annonce souvent par une céphalalgie plus violente qu’à l’ordinaire, par une loquacité très-grande; le délire est bruyant, agité; les yeux injectés expriment la colère ou la fureur, le malade s’échappe de son lit, se répand en injures contre ses gardiens et se livre à des voies de fait soit contre lui-même, soit contre les personnes chargées de le surveiller; il n’est pas rare de voir les malades en cet état se précipiter par les fenêtres; le délire qui se montre le plus souvent à la période de réaction d’un accès de fièvre peut aussi éclater d’emblée; dans bon nombre de cas le coma succède au délire.

Accès alqide. — Torli croyait (pie l’accès algide était produit par une exagération du stade de froid, opinion assez vraisemblable au premier abord; une observation plus attentive des faits montre qm* i’algidité survient non pas pendant le frisson, mais pendant le stade de chaleur alors que la réaction s’est déjà établie. Chose curieuse, le malade qui frissonnait tout à l’heure malgré l’élévation de la température du corps, n’a pas conscience maintenant d’un refroidissement pourtant très-réel; il ne se plaint pas, son visage est impassible, et la gravité du cas peut parfaitement échapper à un examen superficiel; si l’on prend la main du malade, on constate que la peau est froide comme le marbre, le pouls est petit, très-dépressible et souvent diminué de fréquence; la langue est plate, froide et humide, les lèvres

décolorées, la voix cassée ; les battements du cœur sont rares, incom • plels, le choc est difficilement perçu, le malade expire en conservant jusqu’au bout l’iiüa'grité de ses facultés intelleclnclles ; il y a peu de formes aussi insidieuses (Bailly, Maillot, l)ntroulau, L. Colin); il s’agit en somme de ce qu’en pyrétologie on ap|)elle un collapsus,

(ollapsDS qui se j)ro(.liiit soit à la période de clialenr d’un accès inteinnUent, soit dans le cours d’nne rémittente. Ce qui prouve bien que ce n est pas une forme spéciale de. la fièvre palustre, mais un ccidenl, c’est (pie l’algidilé n’est jamais intermillente.

Comme 1 accès algide, le didphot'élujue est fort insidieux : un accès de lièvre parait suivre son cours régulier, les sueurs se produisent après la période de chaleur, ou croit louclier <à la guérison lorsque des siUMirs proluses amènent l’algidité et le collapsus. Torti, (pii fut atteint lui-mêmo de cette forme pernicieuse, raconte qu’arrivé à la lin d un accès il se riqouissait d’avoir échappé à la fièvre (piand 1 aliüiidance des sueurs vint lui montrer que le danger était [ilus grand que jamais.

I/ucccs ehülériijue a été observé surtout en Cochinchine et bien décrit jiar iM.M. Liiiquetle (1) et Libermaiin (2); comme tous les autres,

I accès pernicieux clioléri([ue est en général précédé par des accès Irancs. Les symptiMiies cholériformes peuvent survenir soit pendant le stade de chaleur, soit pendant celui de frisson, ils simulent complètement une attaque de choléra. Gomme le choléra régnait en même temps que ces lièvres, lors de l’expédition de Gocliincliiiie, il était souvent dillicile de se prononcer sur la nature des accidents, mais le sulfate de quinine venait au secours du diagnostic : sanseflicacité dans 1e choléra, il avait facilement raison de l’accès choléri(|ue.

Les autres accidents pernicieux sont plus rares.

Forme cardialgique, gaslralgique. — Les malades accusent une douleur atroce à la région stomacale; ils ont à l’épigastre une sensation do brûlure, de déchirement, de torsion; la face exprime 1 anxiété, le malade replié sur lui-même se répand en plaintes continuelles ou se roule dans son lit; souvent il y a des efforts de vomissement (cela ressemble bien plus, on en conviendra, à un accès de gastralgie qu’à une fièvre); au bout d’un temps variable, dos sueurs abondantes surviennent, et la guérison s’opère; M. .Maillot n’a jamais vu cet accident se terminer par la mort; au contraire, MM. llaspel et L. Golin rangent la pernicieuse cardialgique parmi les plus redoutables; la mort se produit dans l’algidité et le collapsus.

L’rtccês convulsif est très-rare, c’est à peine si les auteurs qui ont été le plus à même d’observer des fièvres pernicieuses en citent cliacun un ou deux exemples. Voici le résumé d’une observation de

(1,1 ('ne année en Cochinchine (liée. méni. inécl. militaire, 3® séi'ie, l. \l, p. 07). ('ij ües /ièrres perniciemes de la Cochinchine (Hec. méni. méd. militaire, fovi'ier I8ü7j.

FIÊVI'.ES PALrSTRKS.

pernicieuse convulsive (l ) ; un malaile alteint de fièvre intermitlenle (juolidienne entre à l’Iiopital du Dey à Alger; le lendemain de son entrée, à neuf licures du matin, perte de connaissance, convulsions générales, froid, absence du pouls, état qui est remplacé bientôt par de la cbalcur; à la visite du soir, stupeur légère, langue rouge et sècbe, peau cbaude et sèche, pouls dur Iréquent (diète; sullate de ([uinino, 1 gramme). Le jour suivant ce malade a un nouvel accès.

« J’étais à peine éloigné de son lit, dit mon père, (pie j’y suis appelé par un cri jeté par le malade, que je trouve froid, sans pouls, en proie à des convulsions générales pendant lesipielles les urines et les matières du rectum sont expulsées .avec force. J’essaye inutilement les excitants, (pielques minutes après B... avait cessé de vivre. » L’autopsie permit de constater de l’injection des méninges et un état sablé du cerveau; mais ce sont là des lésions consécutives, sans importance.

Le frisson qui se produit au début des maladies fébriles a ascension brusque est souvent remplacé chez les enfants par des convulsions éclamptiques; il n’est pasétonnant qu’il en soit de même, dans (pielques cas, chez l’adulte.

Sous le nom de fièvre pernicieuse syncopale, on a décrit la syncope qui survient parfois dans la cachexie palustre; une lois encore nous ferons remanpier que ce n’est pas là une fièvre, mais un accident qu’on peut observer dans d’autres maladies; la mort subite par syncope n’est pas plus rare dans la fièvre typhoïde que dans la fièvre palustre; décrit-on une fièvre typhoïde pernicieuse à forme syncopale?

Fièvres l.vrvées. — L’étude des accidents dits pernicieux conduit naturellement à celle des fièvres larvées; de la névralgie du plexus cœliaque (accès pernicieux cardialgique) à celle du nerf sus-orbitaire la transition est facile.

On a décrit sous le nom de fièvres larvées un très-grand nombre d’accidents qui ne présentent de commun avec les fièvres palustres qu’une certaine [lériodicité dans leur marche; il ne sulfit pas qu’une maladie soit intermittente pour qu’on doive la placer au nombre des manifestations du paludisme, il faut encore qu’elle cède facilement au quin([uina.

M. L. Colin n’a eu, dit-il (op. cil., p. lOi), l’occasion de donner le nom de fièvres larvées qu’à l’iirlicairc (pernicieuse exanthématique d’Alibert) et à des névralgies qui siégeaient dans le nerf sus-orbitaire ou dans les nerfs intercostaux.

(1) Documents pour servir à l’hisloire des maladies du nord de l Afrique, par L. I.avoran, loc. cil., obs. 2i.

MADADIES et Él'iDÉMIES DES AI3MÉES.

La névialgie sus-orbitaire est de beaucoup la plus commune des fièvres larvées; au moment des paroxysmes l’œil du côté aiïeclé s’injecte, il y a de la pliolopliobie et du larmoiement, ce (|ui expliipie comment ou a pu décrire une conjonctivite iiitermillente. Le grand nerf occipital, les nerfs intercostaux, sont moins souvent le siège des névralgies d’origine palustre; les nerfs mixtes et les nerfs moteurs sont très-rarement atteints.

fièvres rémittentes et intermittentes, accès comateux, délirant, convulsif, algide, cholériforme, gastralgique, rémittente typhoïde, névralgies intermittentes, relèvent également du miasme palusire ; comment s’expliquer qu’une même cause puisse produire tant d’elléts divers?

CL Bel nard a fort bien analyse la manière dont les substances toxitiues amènent la mort. La vie n’est pas localisée dans telle ou telle partie de rorgaiiisme, elle est partout, elle résulte du jeu harmonique de tous nos organes; lorsqu’une jiartie importante de ce tout est empoisonnée, l’organisme s’arrête, comme s’arrête nue machine compliquée quand une roue vient à casser, mais la vie ii’était pas plus dans cette partie que le principe du inouvemeiit dans la roue de la machine. Le curare tue les nerfs moteurs, l’oxyde de carbone annihile les corpuscules sanguins, le miasme palustre doit aussi agir sur certains éléments de nos tissus à l’exclusion des autres, il n’est pas admissible qu’il empoisonne tantôt le cerveau, tantôt le cœur, etc.

Le miasme palustre paraît s’adresser toujours au système nerveux et plus particulièrement au système nerveux ganglionnaire ; c’est par une excitation des centres vaso-moteurs qu’il produit l’accès de fièvre; pris à forte dose, il étend son action aux centres céi'éhro-spinaux : accès pernicieux comateux, délirants, convulsifs; dans d’autres cas il limite son action à un plexus ganglionnaire : accès gastralgique, ou à un nerf sensitif : névralgies sus-orbitaire, sous-occipitale, intercostale.

Ce n est pas le hasard qui règle ces localisations; elles naissent de la réaction du miasme sur l’organisme, le miasme peut varier de quantité, mais sa qualité est toujours la même, et l’oii peut aftirmer qu’il produirait toujours les mêmes effets, à l’intensité près, si l’organisme ne changeait pas d’un individu à l’autre; mais cliaque individu a ses prédispositions particulières, chaque organisme a ses points faibles. M. le docteur Frison dit très-justement à ce sujet : c. Dans le grand choc que subit l’économie tout entière, l’organe malade ou faible est naturellement celui qui doit être le plus ébranlé et qui doit, si l’on peut ainsi dire, crier le plus fort. C’est ce qu’llippocrate a

FIÈVRES l'ALUSTRES.

exprimé avec son inimitable concision dans l’apliorisme suivant : Si avant la maladie (quelque partie a l’aligné, c’est là que le mal se fixe (1). »

Dans les pays où règne le choléra il y a prédisposition chez tous les individus à contracter des pernicieuses cholériformes; les rormes convulsives, délirantes, s’observent souvent chez des individus nerveux, épiiepticpies ou alcooliques. Nous pourrions nmlti|>lier ces exemples, ils ne sont que la confirmation d’nne loi de pathologie générale ([n’on pourrait appeler la loi îles poiiils fuiblcs; la goutte se localise de préférence sur les articulations qui ont subi antérieurement qnehpie traumatisme, le rhumafisme se fixe sur les points des valvules du cœur qui sont soumis au plus grand nombre de frottements, le mercure [iroduit d’autant plus facilement la salivation, et le phos|diore les nécroses du maxillaire, iiue les gencives sont plus malades; si amml la maladie quelque partie a faiUjaé, c’est là que le mal se fixe.

Nous avons expliqué déjà comment et sous quelles influences la fièvre intermittcidc se transformait en réndttente; ici encore l’organisme joue un rùle important, c’est sa puissance trop grande de réaction qui donne à la fièvre sa continuité; mais la chaleur atmosphérique a aussi une grande part dans cette translormation.

Au nombre des pernicieuses, nous n avons pas rangé les fuîmes pneumonique, dysentérique, carditique, pleurétique, etc., admises par un certain nombre d’auteurs.

M. le docteur Frison a très-bien décrit la fièvre rémittente pneumonique Fi); faut-il ou non la placer parmi les pernicieuses? La pernicieuse pneumonique n’est en somme (pie la pneumonie chez les individus atteints de cachexie palustre, c’est une complication de la cachexie comme la syncope en est un accident, et puisqu’on a fait une pernicieuse syncopale on pourrait bien faire une pernicieuse pneumonique; mais il n’y aurait plus de raison pour s’arrêter dans cette voie; nous renvoyons la rémittente pneumoniipie aux complications de la cachexie palustre. Les formes dysentéi'ique, carditique, pleuréliipie, ne méritent pas davantage de figurer au rang des pernicieuses, car jamais le miasme palustre n’a produit directement la dysenterie, la myocardite, ni la pleurésie.

Convalescence. Rechutes. — Pendant la convalescence des fièvres

■ (I) Des manifeslalinns variées de Vimpatudisinp au point de vue de l'étiologie, par

\e docUnir Vnson {Dec. mém. rnéd. militaire, IS:0).

(2) De la lièvre rémittente pneumonique {liée. mém. méd. militaire, août I8Cfi

graves les pulsations du cœur sont souvent ralenties, le pouls ne bat parlbis que (piarante-cinq à ciiupiante lois par minute (L. Laverai!, /or., rit.). M. le professeur Vallin ex|)li(|ite ce ralentissement des pulsations par la dégénérescence des libres du cœur. Les rechutes sont toujours fort à craindre, il sul'lit d’une fatigue, d’un re- Iroidissemout, pour les provoquer.

M. le docteur Barudel a cherché h déterminer l’époijue à laquelle se produisaient les récidives dans les fièvres intermittentes (1); d’après ses recherches, la quotidienne récidiverait en moyenne au septième jour (à partir du dernier accès); la tierce au quatorzième; la (luarte au vingtième.

Presque toujours les accès pernicieux récidivent, et l’on doit surveiller avec le plus grand soin les malades qui en ont été atteints.

Au bout tl’iin certain nombre de rechutes, si les malades ne sont pas soustraits aux conditions qui ont provoqué la fièvre, c’est-àdire s’ils restent dans le foyer palustre, on voit se développer la cachexie.

Cachexie palustre. ~ La cachexie d’emblée ou par intoxication à petite dose s’observe assez souvent chez les indigènes des pays palustres, les étrangers passent presque tous parles formes aiguës pour arriver à celte forme chronique de l’intoxication.

Nous n’avons pas à retracer ici le triste état des populations condamnées à vivre ou plutôt à mourir dans les foyers de la malaria, nous renvoyons le lecteur au beau livre de Moufalcon (‘2).

Chez des soldats, en Algérie, M. Catlelonp a observé quelquefois la cachexie d’emblée (3), mais dans l’immense majorité des cas elle se dévelojipe à la suite de fièvres intermittentes ou rémitleulcs, qu’elle peut suivre du reste de très-près; une seule atteinte de rémittente suffit parfois à amener la cachexie (Bailly, F. Jacquot, L. Colin).

Un des premiers symptômes, signalé par tous les auteurs depuis Hippocrate (i), est la coloration particulière de la jieau, teinte sale, terreuse, assez semblable au halo, mais non limitée aux parties découvertes; la peau est sèche, moins pourtant que dans la dysenterie chronique; ictère très-rare. Pouls petit, déprcssible, très-lent, pouvant tomber à trente-sept pulsations par minute (Catteloup) ; le cœur

(I) Ikchf relies sur les récidives et le traitement préventif des fièvres intermittentes de Home (Hec. niém. méd. militaire, (lécembre 18(5 i).

(i) Histoire des marais. Paris, 18'2t.

(.I) De là raclie.vie paludéenne en Algérie. {Hec. mèm. méd. militaire, 1851).

(i) Voir la l)ellc description des liabilanls des bords du Pliase (Traité des airs, des eau.v et des lieu.x. Hiitpocrate, traduct. de Daremlierg, p. 211).

FIÈVRES PALL’STRES.

bat faii)lemcnt, des sourdes anémiques existent à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou.

L’ancniie est la caractéristique de cette période initiale; l’état des malades est comparable à celui d’hommes qui ont lait de très-grandes pertes de sang, seulement ici, les organes bématopoiétiques étant malades, la t'abrication du sang est arrêtée ou du moins considérablement ralentie. Les malades sont tristes, apatbi(pies, indiderents à tout ce (pii tes entoure, le soldat tombe lacitement dans la nosbdgie; lourdeur de tête ou céphalalgie, insomnies, étourdissements, bourdonnements d’oreilles, mouvements alanguis, peu énergiques; la marche est pénible, les malades vacillent parfois comme des hommes ivres, et pour ne pas tomber sont forcés de prendre un point d’ap|)ui, les mouvements man([uent de précision, M. Catteloup a vu les mains et les bras agités de mouvements saccadés (deux observations trèsremarquables de ces troubles nerveux, loc. cil.).

Des hémorrhagies (épistaxis, hématuries, etc.) augmentent encore l’anémie; les moindres lésions traumatiques, quelques piqûres de sangsues, deviennent la source d’hémorrhagies abondantes comme chez les hémophiles.

Les sulfnsions séreuses ne tardent pas à se produire; au début, tout se borne à de la bouffissure des paupières jointe à un peu d’œdème périmalléolaire, mais l’anasarque succède à Tœdèine, des épanchements se font dans les plèvres, le péricarde et le péritoine.

Les malades ont souvent un dégoût prononcé pour les aliments, la viande en particulier, et sont très-difiiciles à nourrir; la rate et le foie sont volumineux; la rate, doublée ou triplée de volume, déborde les fausses côtes, il n’est pas rare de voir son extrémité inférieure descendre jusque dans la fosse iliaque gauche, le bord antérieur dur et facile à limiter arrivant cà la ligne médiane.

Les cachectiques ont souvent des accès fébriles irréguliers ou réguliers cà longues intermittences (type qiuarte); nous avons dit que la lièvre pernicieuse hématurique et l’accès syncopal s’observaient presque exclusivement chez les sujets atteints de cachexie.

Pîirmi les complications les plus fréquentes il faut noter la dysenterie et la pneumonie, si bien décrite parM. Catteloup (1). Les pneumonies des cacliectiques surviennent surtout pendant la saison froide, idors que le miasme a perdu toute énergie, elles n’affectent jam<ais la forme inLermiltente, et le sulfate de quinine est sans action sur elles; l’inflammation du poumon ne relève pas directement du miasme, mais elle est modifiée profondément par le terrain sur lequel elle se dé-

fi) Mémoire sur la pneumonie d’Afrique [Rec. mém. méd. militaire, 1853;.

maladies et épidémies des armées.

\cloppe. Le frisson inilial, le point Je cùlé, les cracliats ronillés, peuvent manquer; rexamen physi(pie est nécessaire pour reconnaîtie 1 hépatisation; a la percussion on trouve Je la inalilé an niveau (les points hépatisés, aranscnitalion Jes râles sons-crépilants, mais non aussi tins qne Jans la pneumonie lohaire franche; le sonfllc tnhaire est aussi moins (^clalaiit. N’cst-ce pas là à peu près le lal)lean Je la pneumonie chez les vieillarJs? L’état sénile et la cachexie palusire présentent Je nombreux rapports, et il n’y a pas lieu Je s’étonner si 1 inJiviJn allaihli par la fièvre ne réagit pas mieux que celui (pii est allaihli par l’age; à l’autopsie, le parenchyme pulmonaire apparaît carnifié, non lié|»atisé; les parties malades sont résistantes, privées J air; la coupe est lisse, luisante, il s’en écoule un liquide séro-Sanguinolent peu abondant; an milieu du tissu induré, Jes noyaux noirâtres semblent être le résultat de véritables hémorrhagies pulmonaires. Comme traitement, M. Catleloup recommande les toniipies et le kermès; 1 alcool à haute dose, qui réussit bien dans la pneumonie des vieillards, doit donner aussi de bons résultats dans celle dos cachectiques.

Les ruptures de la rate constituent un accident rare, cependant nn seul observateur, M. E. Collin, en a réuni à lui seul huit observations en Algérie (1); dans tous les cas cités, ces ruptures sont survenues chez d’anciens fébricitants à rates volumineuses. Chez ces malades la capsule de la rate est épaissie, mais d’une façon inégale, et souvent elle adhère aux parties voisines, notamment au diaphragme; (piand une rate ainsi emprisonnée dans une enveloppe inextensible vient à se ramollir et à se tuméfier sous l’influence de (piehpies accès de fièvre, la capsule peut céder, la rate se casse, elle éclate. Cénéralement des causes déterminantes sont nécessaires : violences extérieures, adhéi'ences de la rate au diaphragme qui à chaque expiration amènent des tiraillements (E. Collin), etc.; les ruptures siègent le plus souvent à la tète ou sur la face externe de la rate, elles sont suivies d’hémorrhagies intrapéritonéales. Ces hémorrhagies peuvent - elles produire la péritonite? M. Vigla (;2) dit non; M. E. Collin dit oui, mais dans les observations qn’il cite il y a presque toujours déchirure prolonde de la rate, de la houe spléniipie ou mémo des fragments entiers de parcncl’yme {mëin. cil., observation d) ont joné le rôle de corps étrangers; il est probable ([ue le sang pur éjianché dans le péritoine pourrait très-bien se résorber sans provoquer une péritonite mortelle, c’est ce que nous voyons dans l’hémalocèle rétro-utérine.

(1) E. Collin, Uec. incm. niéil. militaire, 18r>5.

(2j Archives (jèn. de méd., 1853.

FIÈVRES PALUSTRES

Le diagnoslic des ruptures de la rate est diflicile; dans les huit ras de M. E. Collin on n’a jamais pn pendant la vie que soup(;oiiner la rupture.

La cacliexie palustre ne dure pas en général plus d’un hiver; au bout de cet espace de temps, dit M. Catteloup, les malades ont succombé ou sont entrés en convalescence; chez les indigènes des pays palustres la cachexie a une marche bien plus lente, la malaria les saisit souvent au berceau pour ne les ([uilter qu’au cercueil. La mort arrive à la suite de complications : dysenterie, pneumonie, par les progrès de rauasar([ue ou de l’ascite; ou bien la lièvre adynamique, putride, vient terminer cette triste scène.

Mortalité. — La lièvre intermittente est très-rarement mortelle; ce soûl les rémittentes, les pernicieuses qui, avec la cachexie, expliquent la grande mortalité par fièvres dans les pays palustres. Bailly à Home indique une mortalité générale de l sur 10 malades; Maillot à Bône perd 1 malade sur 0; Nepple, dans la Bresse, 1 sur 12.

Malgré le sulfate de (luinine, le pronostic des fièvres et accès pernicieux est très-grave, comme le montrent les cbillres suivants : sur 8(S0 pernicieuses Bailly compte 341 décès, soit l sur 2 14; Nepple, 0 décès sur 14 pernicieuses; Antonini et Monard, 9 morts sur 39 comateuses ou apoplectiques; Maillot, 38 morts sur 180 accès pernicieux, savoir (1) :

Accès comateux 77 cas, l-t morts.

— délirants G1 cas, 12 morts.

— algides 48 cas, 12 morts.

llaspel voit succomber le tiers des malades atteints de fièvres per-^ nicieuses. l’onr les intermittentes simples, il n’y a à l’bùpital européen de Bombay (pie 1.33 décès pour 100; mais les fièvres comptent aux Indes pour 40.20 sur 100 dans la mortalité générale (Morebead).

La cachexie palustre tue bien plus d’hommes encore que les accès pernicieux : ceux-ci ne régnent que |)endant quelques mois et ne sont pas extrêmement nombreux (à Borne M. L. Colin a observé pendant la période cndémo-épidémiqne une pernicieuse seulement pour 25 fièvres simples), tandis que la cachexie palustre peut succéder à toutes les fièvres; l’biver no la voit pas disparaitre, c’est alors au contraire que la mortalité par cachexie est le plus élevée.

Anatomie p.vtiiologiqüe. — Formes aiguës. — Dans les pernicieuses, la seule lésion à peu près constante est le ramollissement de la rate joint à une pigmentation de cet organe. « Placée sur une

(t; Op. cil-, i>. 278.

table, la rate s’y affaisse en nappe comme une vessie tà moitié pleine (.l’eau, et la membrane enveloppante semble ténue comme une pellicule (l’oignon : le moindre choc appliciué à celte vésicule fait vibrer à son intérieur la pulpe spléiibjue, comme si elle était complètement fluide... Le second caractère fourni par cet organe esl la |)igmentation de son contenu, qui à l’œil nu se révèle (b‘jà de façon à permettre de distinguer la rate de la fièvre pernicieuse, de la rate ramollie et noirâtre de qucbiues autres affections comme la fièvre typhoïde et la scarlatine. » (L. Colin, op.dl., p. 3ii.) La rate prend une coloration unilorme d’un violet foncé avec des points plus noirs formés par l’accumulation du pigment. La mélanémie n’esi pas localisée à la rate; on trouve du pigment en (juantité variable dans le foie, la couche corticale du cerveau, les reins, les ganglions lymphatiques, la peau. .Meckel, Ilescbl, Freriebs, ont attribué un rùle imporlant à l’accumulation du pigment dans les petits vaisseaux de l’encéphale; d’après Freriebs (1), ce serait là la cause des accidents pernicieux; Griesinger paraît assez disposé à admettre cette pathogénie; à propos des accidents pernicieux c.érébraux, il écrit ; (( On doit considérer maintenant comme vraisemblable ((ue les causes principales de ces accidents cérébraux et nerveux sont dues à des accumulations de pigment dans le cerveau et à une maladie des capillaires les plus fins, dont les parois sont le siège d’un dépôt pigmeidaire; les différences symptomatiques seraient dnes à des localisations dilférentes de la maladie dans l’encéphale. » {Op. cil., p. (U.) Plus haut, il est vrai {op. cil., p. 37), le môme auteur est beaucoup moins alïirinatif sur le rôle du pigment. La mélanémie cérébrale fait justement ilèfaut dans les cas les plus graves, dans ceux (pii se terminent le plus rapidement par la mort; on peut dire d’une façon générale (pie les altérations anatomiques dans l’intoxication palustre sont d’autant moins marquées que la mort est plus prompte, preuve manifeste qu’elles sont effet et non cause; d’autre part, la pigmentation du cerveau est une lésion persislanle qui ne saurait expliquer des accidents intermittents comme le sont souvent les accès pernicieux. il

Il est très-vraisemblable que le pigment provient de la destruction I des hématies, mais on ne le trouve pas en liberté dans le sang, (r Le | pigment, dit Griesinger, du moins celui qui circule dans le sang, paraît l| se trouver à l’origine dans des cellules qui ressemblent aux globules ti blancs ou aux cellules de la rate; les corpuscides mélaniipies ne de- • viennent libres qu’après leur destruction, ils se réunissent alors (ui h

(I) Die Mêla )ue mie (Zeitschrifl fiir Klinische medlcin). Rroslau, 1855. Du môme • Traité des maladies dti foie, traduct., 2° édit., 18G6, p. 488.

FlÈVr.ES PALUSTP.F.S.

grumeaux, ou amas. (Op. cit., p. :5<)-) M. le professeur L. Colin, après avoir admis (Traité des lièvres) i\na le pigineul se formait sur place, s’est rallié à l’opiiiiou de Criesiuger (1). Eu raison de leur viscosité les leucocylcs s’emparent des granulations pigmentaires, et leur migration à travers les parois des vaisseaux expli({uent comment la pigmentation se fait surtout le long île ces derniers; les leucocytes se chargent d épurer le sang. Corsqu on examine au microscope un foie ou une rate fortement pigmentes, on constate (juc les granulations pigmentaires, noires, inégales, irrégulières, sont leuleimées presque toutes dans des éléments anatomiques (cellules du loie, de la rate, leucocytes) et disposées surtout le long des vaisseaux. Dans l’intérieur des capillaires ou trouve des amas de pigment lamifiés comme le cajiillaire qui eu était oblitéré; dans les vaisseaux de plus fort calibre la paroi est souvent infiltrée do pigment.

Malgré le ramollissement si consiilérable de la rate, les ruptures sont rares, M. Maillot en cite un seul cas (op. cil., obs. 22).

Antouiiii cl Monard frères (2), Maillot, L. Laveran, llaspcl, Dutroulau, L. Colin, ont insisté sur la décoloration et la fiaccidilé du cœur des sujets morts de fièvre pernicieuse; 9 lois sur 14-, mou père a trouvé que la substance musculaire du cœur avait une consistance moindre ipi’à l’état physiologique (3). D’après M. le professeur E. Vallin (4), le cœur subit dans les fièvres pernicieuses des altérations analogues à celles qui ont été décrites dans la fièvre typboidc et dans la variole sous le nom de myosites symptomatiques.

Autrefois ou attribuait une grande importance aux bypérémies des méninges, de l’encéphale, de restomac cl de l’intestin, d ou la fréquence des méniugo-encépbalitcs, des gastrites, des entérites, qui, d’après Broussais et ses élèves, venaient complii[uer les fièvres palustres. Ces bypérémies sont toujours consécutives, c’est ainsi ([u’à la suite d’un accès comateux Irès-prolougé, on peut voir survenir une véritable inllammaliou des méninges (L. Colin).

On trouve dans le livre de M. Maillot un cas très-intéressant de fièvre pernicieuse comateuse dans lequel on vit se produire de vastes eschares au sacrum et une contracture du bras droit, alors que les accès de fièvre avaient été coupés par le sulfate de quinin'e (op. cit., obs. 14); à l’autopsie, la substance blanche de la moelle n était pas injectée, tandis que la grise l’était d’une manière bien évidente;

(Il L. Colin, Sur les miijralions du pùjmenl sanguin dans la mélanémie palustre (Gazette liebdorn., 1873, p. 25, 35).

(2,1 Rec. mém. rnéd. militaire, 1833.

(3) Documents pour servir à l'hisloire des malad. du nord de l Afrique, loc. cit,

(4) Communie, à la Société méd. des hôpitaux, 13 février 1874.

MALADIES ET l':i>lDÉMIES DES ARMÉES.

évidctiimciit il s’rtait produit clicz le malade mie myélite centrale conséciilive qui expliijiie Irès-lden le déciihitiis aciitus.

Dans les pernicieuses algide et cholérique, on rencontre souvent de la |)sorcntérie intestinale.

Dans la cachexie palustre, les principales altérations portent sur le sang, la rate et le foie.

Sur t‘c2 analyses du sang, MM. Léonard et Foley ont trouvé pour moyenne des glohtiles sanguins 111. T); dans (piel(|ues c.as ce cliiflVe s’ahaissait à 41.8, 32.*.), 21.1 pour 1000! L’alhumine diminue comme les glohules; les cliidres minima de l’alhumine sont, d’après les recherches de MM. Léonard et Foley ; 35 et 22.3 pour 1000. L’eau et les matériaux soluhles dans l’eau augmentent de (|uanlité (1).

Le procédé si ingénieux de M. le docteur Malassez permet facilement de constater la grande diminution des hématies; chez un malade rentrant d’Algérie et atteint de cachexie palustre, je n’ai trouvé que 1 301 100 glohules rouges par centimètre cube au lieu de 1.500000, chiifre normal; dans la cachexie très-avancée il est jirohahle que le chilfre des globules doit tomber encore jilus bas; je n’ai pas constaté d’augmentation du nombre des glohules blancs.

La rate, très-volumineuse, n’est plus seulement hypérémiée, elle a subi une véritable dégénérescence ; la c.opsule est épaissie, adhérente aux organes voisins, le parenchyme est dur, résistant; la rate placée sur la table d’amphithéâtre conserve sa forme comme si elle était de bois; sur des coupes le squelette fibreux de la rate, considérablement épaissi, apparaît sous forme de tractus filireux, blanchâtres, tandis que le reste de l’organe est souvent pigmenté; il y a là une véritable cirrhose hypertrophique de la rate, on conçoit que cette dégénérescence soit souvent très-rebelle et qîi’elle persiste alors même que lesfièvres ont disparu depuis longtemps.

Le foie est également hypertrophié, quoiipie à un moindre degré. Frerichs décrit dans un même paragraphe l’hypéréinie dépendant de l’action d’une température élevée et celle qui est due aux eflluves miasmatiques (2); il est difficile en effet de faire la part exacte de ces deux causes; le foie palustre a cependant un caractère qui permet souvent de le distinguer : la pigmentation. L’hypérémie du foie aboutit assez rarement chez les fébricitants àrinllammation chroniijue (cirrhose) ou à rinllammatiou aiguë (abcès du foie).

i\ous avons dit déjà dans quelles conditions ou observait des rup-

(1) lieclieixhes sur Vêlai (tusaa;i dam les maladies endémi(jaes de l’AItjérie (liée, mém. mèd. mililaire, l. LX, ]i. lât)'.

(2) Trailé des maladies du foie, tnuUicl. l’nris, 18ü(î, p. 208.

Flf:VI\KS PALUSTltES.

tiires (le la rate. M. E. Collin (loc. rit.) divise ainsi ces rnplnres : 1® ruptures par rainollissenient g;(i‘néral on i)ar ramollissement par- I liel de la rate; 2® ruptures de surface et ruptures à rraginents;

! 3® ruptures avec hémorrhagies libres dans le péritoine ou horiiées

par des adhérences à l’hypochoudre gauche ; 1-" déchirures capsulaires sans hémorrhagies, ou ruptures sèches. Les épauchemeiits sanguins , enkystés par des adhérences avec le diaphragme cl riiypochoudre peuvent suppurer et simuler des ahcès de la rate.

A coup si'ir, la rate est soumise chez le féhricilaut cà des congestions bien plus violentes, bien plus répétées ([ue le foie dans les pays chauds; cependant les ahcès do la rate sont extrèmemeul rares, taudis ([ue ceux du foie sont aussi communs dans ipielques contrées que la pneumonie dans nos climats. Les auteurs qui attribuent les ahcès du foie à un miasme ou bien aux variations atmosphériques seraient bien empêchés de dire poimpioi ces causes u’agisseul pas tout aussi bien sur la rate que sur le foie; au contraire, si l’on admet avec nous >, (pie dans la majorité des cas les abcès du foie sont sous la dépeui dance des lésions dysentériques, cette dilTéreiice s’explique aisément :

I les matières putrides provenant de riulestiu pénètrent dans les veines ; mésentérhjues, puis dans la veine porte, et comme la veine porte se I rend an foie, non à la rate, il est tout naturel que les abcès se déve- I loppent rarement dans ce dernier organe.

M. Mallet a rapporté deux cas d’abcès de la rate (1); dans l’un d’eux l’abcès s’ouvrit à l’extérieur, et le malade guérit. M. E. Collin en a donné trois autres observations (2) très-intéressantes, recueillies toutes trois chez d’anciens fébricitants; dans un de ces cas, l’abcès, (pii occupait presque toute la rate, s’ouvrit à travers le diaphragme (lans la plèvre gauche. Les ahcès récents de la rate renferment un pus brunâtre, mélangé de sang; après formation de la membrane pyogénique, le pus devient phlcgmoueux; c’est aussi ce qu’on observe pour les abcès du foie.

M. E. Collin cite dans le môme travail deux exemples de gangrène ' partielle de la rate observés également chez d’anciens fébricitants;

I dans un de ces cas la capsule s’était rompue, et le malade était mort j de péritonite.

! I’ropiivcaxie. — Dessécher les marais, drainer et ensemencer le I sol dans les localités palustres, sont évidemment les mesures prophy- I lacti([ues les plus radicales et les plus eflicaces que l’on puisse con-

(Ij Des abcèa tte.la raie {liée. mém. méd. mililaire, 185;)).

(2j Abcès el (janqrènes de la raie dans les alfecl. palud. (lier. mém. méd miliaire, iiuventhre 18(50).

MALAHIES ET ÉPmfiMiES DES AÜMÉES,

seiller; mais l’iiygiène inililaiiv {lis|)osc rarement de moyens aussi |uiissaiils, et dans un grand nombre de pays cliauds la malaria a pris une telle extension, qu'on ne |)eut pas songer à attaquer lejmal dans .'■a racine. Dans les localités on 1e miasme sévit avec Ibrcc il est sage de se relirer sur les hauteurs pendant la période épidémi(pie; l’Arabe, riiabitantde la campagne romaine, quittent la plaine ])Our la montagne pendant la saison des fièvres-, aux Indes les Anglais ont établi sur les hauts plateaux des stations sanitaires (sanatorium); à la Guadeloupe nous avons un établissement analogue, et malgré sa l'aible élévation j au-dessus du niveau de la mer, le camp Jacob jouit d’une salubrité j parfaite (Dutroulau).

Les désastres de l’ile de Walctieren (180()-I80U) montrent avec quelle facilité se fond une armée lors(iu’etle est transportée pendant la saison des fièvres dans un |)ays palustre ; on devra donc choisir autant ([ue possible une é[)0(pie plus favorable pour l’entrée en campagne.

Les Grecs et les Romains, avant de fonder une ville, d’é anlir un I cam[), immolaient des victimes; les prêtres examinaient tes entrailles des animaux sacrifiés et si la rate ou le foie étaient malades, ils déclaraient ([ue les dieux étaient contraires, on allait plus loin ebereber un emplacement plus agréable aux dieux et surtout plus (avorable aux hommes. jNous avons aujourd’hui des moyens moins incertains de nous renseigner sur la salubrité des localités, mais on n’accorde pas toujours assez d’importance aux considérations bygiéiii(iues.

Dans les localités palustres il faut autant que possible construire les casernes au milieu des villes; à Rome, ce sont les casernes situées dans les zones excentriques qui fournissaient le plus grand nombre de malades (L. Colin). « Je recommande, dit le comte de Tournon, à la méditation des-lectcurs ce fait si remarquable, cpie le mauvais air cède tà l’aggloméralion des habitations, (pie plus elles sont entassées mieux elles se défendent, que c’est toujours au centre des villes qu’est le maximum de sécurité (I). »

Pendant l’épocpie de.s fièvres dans les pays chauds on évitera | d’exposer le soldat à la rosée du matin, aux refroidissements noc- < turnes; ou ne lui imposera pas de trop grandes fatigues.

A propos de l’accliinatement des troupes dans les pays chauds nous avons dit qu’il ne fallait pas compter sur racclimatement à la malaria; nous avons montré que la mortalité croissait dans les localités palustres avec la durée du séjour, d’où cette conséipience qu’il faut re-

D) Eiiides slalifiliques sur Rome, I. I, p. ï2IO.

Flf;VRES PAI.USTIIES.

ui:.

iioiivelcr souvent les troupes obligées de tenir garnison dans des postes insalubres.

l^es médecins français sont généralement d’accord pour refuser an (piimpiina tonte efficacité dans le traitement propbvtacti(|ne des fièvres; les médecins anglais et américains ne partagent pas cette manière de voir.

C’est un fait généralement admis parmi les praticiens américains, dit VanBnren (1), (pie bupiiiiine administrée régnlièremont tons les jours par 15 à 30 centigrammes préserve le plus souvent de la fièvre ceux (pii séjournent dans des contrées palustres, c est aussi 1 opinion de G.-l». Wood. Vau Biiren, dans son rapport à la commission sanitaire des Klats-Unis cite un grand iiomlire de faits (pii témoignent en laveur des vertus |»ropbylactii[iies du (piinqnina (^'2).

Dans la marine anglaise ou emploie le vin de (piinqnina on le sulfate de (piinine à litre préventif. « Conformément an neuvième article des instructions données aux médecins de la marine royale, dit M. Al. Bryson, on observe les règles suivantes cbaipie fois (pie dans les régions tropicales on envoie des hommes à terre [lonr y cberdier de l’ean on des vivres on pour y être employés à un labeur latigant : an moment oii le matin les hommes (piittent le navire et le soir ipiand ils revieiment, le médecin administre à cliacnn d’eux une drachme d’écorce de quinquina pulvérisé dans un demi-verre de vin; a[)i’ès avoir pris le médicament, chaipie homme reçoit un demi-verre de vin pur qu’il boit immédiatement. Onand le vin mampie à bord, on le remplace par de l’ean-de-vie étendne d’ean. « Pour démontrer les eiïets salutaires de cette nuisure, l’antenr cite les faits suivants ; « Vingt matelots et un officier devaient être envoyés à Sierra-Leoiu' pour y travailler pendant la journée; aux matelots on administra l’écorce de (piinqnina, l’officier refusa d’en prendre, ce fut la seule personne qui eut la fièvre. Pins tard on détacha deux clialonpes de \Hij(lra pour explorer la rivière Slierbo; elles restèrent absentes pendant une quinzaine; chaque jour les hommes prirent du (piinqnina dans dn vin conformément aux instructions (pi’ils avaient reçues. Pas un seul homme ne fut atteint de la fièvre, ([iioiqnc la ri'gion explorée passât pour une des pins insalnhres de la emte. L’équipage d’nne troisième chaloupe séjourna pendant deux jours seulement dans la même région, et à la même époque; les hommes n’avaient pas pris d’écorce de quinquina, tous furent attaqués, excepté l’officier qui commandait la chaloupe. »

(l) Rapport fi la commissiot^ sanitaire des Etats-Unis. F.vims, op. clt., p. 39.

(-1 Rapport de Van Duren. Evans, i>. S.").

Sur la proposition de M. Al. Brysoii, le siilfale de (piiiiiiie a été substitué au (piinquina en poudre dans les stations de la côte d Alri(pie. On verse une lorte solution alcooli(iue de sulbdc de quinine dans plusieurs luts de vin dans la proportion de 0=‘',:2r) de ce sel pour 30 grammes de vin; les rapports de MM. Sibbald, lleatl), ilenderson, K Iluppart, L.-.I. Ilayne, chirurgiens de la marine royale anglaise, sont très-lavorables à cette façon de faire (1).

La quinine et la cinclionine ont été employées à titre prophylactique pendant la guerre de sécession, lorsque des trou|)es étaient appelées a occuper des postes très-insaluhres, et, d’après Hammond, les faits ont conlinné ceii.v réunis par M. Van Buren.

Évidemment il ne saurait être question de donner du quinquina à toute une armée, a l’armée d’Afri(|ue par exemple; mais dans de pe- i tits postes très-insalid)res et durant la péiâode endémo-épidémi(|ue j on pourrait user d(î ce moyen pour prévenir les fièvres, on |)ourrail j aussi administrer du quinquimi aux hommes qui sont employés à des travaux de défrichement, de des.sécliement, etc.

A défairt de ([uinquina, il faut distribuer du café noir aux troupes appelées à séjourner dans les pays palustres; M. L. Colin donne même la préférence au café sur le quinquina; l’usage continuel (|ue les Orientaux font de cette boisson prouve bien son excellence dans les pays chauds (2).

înAiTEMENT. — Lcs fièvres palustres oïd été souvent appelées fièvres ci quinquina, dénomination très-rationnelle, car si un médicament mérite le titre de spécifique, c’est assurément le (|iiinquina dans le traitement de ces fièvres. Avant d’entrer dans les détails de la matière médicale, voyons comment on a expliqué le mode d’action du quinquina.

Torti et Pringle croyaient que le quinquina agissait directement sur le ferment de la lièvre; Pringle a fait le premier des expériences sur les propriétés antiputrides du quinquina (3).

(1) Cités par Van Buren. Voir aussi {même rapport) la lettre écrite par A. Smith, directeur général du départoinent médical de l’armée anglaise pemlant la g\ierro de Crimée, et les instructions données à rinspcclour de santé du corps expéditionnaire de Cliine.

(2) Les alcoolifpies sont nuisibles ; lors de la guerre des Ashantis on avait cru devoir délivrer aux troupes anglaises, pendant la marclic sur Cooinassie, une ration supplémentaire de rhum (80 centilitres de rhum); Parckes nous ap|ireiid {The Lancet, 1874) (pie les hommes ipii, faisant jiarlie d’une société de tempérance, ne touchèrent pas la ration supplémentaire, présentèrent une morbidité et une mortalité intérieures à celles des antres soldats (Anal, de M. le docteur Ziiher, in Ilev. tien SC. méil., 1874, t. IV, p. 7lt!).

(3) Pringle, op. cit., p. 139.

FIÈVRES PALUSTRES

Mais le qiiiiuinina est un médicament complexe qui se lu'ête mal à I l’analyse physiologique; l’action de l’opium n’est que la résultante de ( celle de ses alcaloïdes, ainsi du (jiiinquina ; MM. Pelletier et Caventou, I en isolant le sulfate de quinine (1820), ont rendu un grand service à I la science et à l’Iiumanilé. Comme la quinine est l’alcaloïde fébri- I luge par excellence, c’est son mode d’action que nous avons surtout i à étudier.

Les premières recherches physiologiques importantes sur le sul- ! fate de ([ninine sont dues à M. Briquet (I) : pour cet observateur, le sulfate de quinine agit directement sur l’axe cérébro-spinal; à petite dose il y a excitation, àforte dose sédation dn système nerveux, diminution de la force et de la fréquence du pouls, et consécutivement, abaissement de la température; .M. Briquet refuse toute action tonique au sulfate de quinine pour l’attribuer au (ininquina seul; le sulfate de quinine est un bypostbénisant du système nerveux et spé- ^ cialement du système nerveux ganglionnaire (jui préside aux fonc- I tions de circidation et de calorification. Celte théorie a été adoptée presque en entier par Trousseau et Pidoux (2), mais elle a rencontré des adversaires non moins autorisés.

D’après M. le professeur Gidder le sulfate de quinine accroit la tonicité du système nerveux en môme temps qu’il régularise son action; dans les alfections palustres, dit M. Gubler, la quinine n’agit pas en vertu d’un pouvoir occulte, elle n’est pas l’antidote du poison palustre, le spécili([iie de la périodicité, mais simplement le modéraleur 1 . de r (tel ion spinale ou le régulateur de l'innervalion vaso-molrice (3).

M. Delioux de Savignac ne veut pas non plus qu’on range la qui- I nine au nombre des bypostbénisants du système nerveux. La quinine I n’est, dit-il, qu’un sédatif indirect; c’est par ses propriétés décon- 1 gestives et non jiar une moditicalion immédiate de la molc.'.nle lier- I veuse qu’elle agit ainsi; ce n’est véritablement qu’à liante dose, à dose toxique, qu’elle devient stnpéliante en paralysant alors la sensibilité; c’est ce qui a lieu en particulier pour les organes des sens, dont elle annihile les propriétés (4).

D’après M. le professeur L. Colin, l’action hypotbermiqiie du sullate de (piinine est indépendante du système nerveux; cette action, plus directe et plus profonde, consiste (5) dans une diminution de la

(G ‘^loiiofirapliie du quinquina, 18.51},

(-) T/ailé de lliérup., I. H, p. 4.'Ji.

' (3j Comment, iltérai). du Code.v, p. 593.

(i) Art. Quinink, in l)icl. encijcloi). des sciences méd.

(.5) L. C.nlin, Klude sur les sels de quinine (üultelin de thérapeutique, 15 et 30 I juillet 187"2).

MALADIES LT LI'IDÉMILS DLS AliMfiLS.

liToiliuiiüii lie la clialeiii' au sein niciiie des (issus. A l’élal, nonnal les liémalies jouissent de la |»ropriélé de fixer une certaine (|uautité d’ozone, il sul'lit iruiic Irès-laible dose de sulfate de (|uiiiinc pour leur faire perdre celte propiiété (expériences d’Adam Scliullzç, Itansone, lliiiz, Keriicr) ; le sang ainsi privé d’oxygène éle.cirisé devient moins apte aux |)hénoinènes d’oxydalion, d’on rabaissement delà lempéra- Inre et la diminulion notable des produits de désassimilation. Si le snlfale de (piininc ne réussit pas toujours à abattre la fièvre, c’est (pie, introduit dans le sang d’un fébricitant, il se transforme au contact dos corps oxydants en un composé inactif ampiel Kerner a donné le nom de diliydroxybpiinine.

Il se peut faire (pie ce soit là r(‘X|)lication vraie des propriétés anlipyréli(pies générales du sulfate de <piinine; c’est peut-être ainsi ipie | e sel agit dans la fièvre ty()boïde, dans le rbumatisme arlicnlaire | aigu, etc., mais l’efficacité du (piimpiina est tout autre dans les accidents d’origine iialiistre. Ici le sulfate de (piinine ne se borne pas à abaisser la température du corps, il s’adresse tout autant aux manifestations a|)yréli(pies de l’intoxication palustre (pi’aux lièvres proprement dites; il guérit la névralgie intermittente ou l’accès gaslralgi(pie aussi bien que la fièvre rémittente, ou intermittente; il ne S(‘ conlente pas, comme dans la fièvre typboïde par exemple, d’atténuer une des manifestations de la maladie, la clialenr fébrile, il coupe le mal, suivant l’énergiipie expression en usage dans le public. 11 y a là deux modes d’action bien ditférents. Nous avons vu que Pringle avait insisté sur les propriétés antiputrides du (piimpiina, le professeur Binz a défendu la même idée en rappiiyant de nombreuses j expériences. Il est prouvé que la ipiinine tue rapidement les orga- j nisnies inférieurs, qu’elle arrête les fermeiitalions etles pntréfaclioiis, , et nous sommes très-porté à croire avec Binz (|iie la (piinine guérit | les fièvres palustres eu tuant les organismes inférieurs (pii coiisli- tuent le miasme palustre. Bes expériences pbysiologiiiues sur les ani- I maux ou sur rbonime sain ne prouvent ici absolument rien; pour I tuer le miasme palustre, il est bien clair ipi’il faut ipie ce miasme i existe.

Si le mode d’action de la quinine est contestable, l’efficacité même de cette action est du moins hors de doute, c’est le principal.

Torti administrait 8 grammes de (piimpiina en une seule dose immédiatement avant l’accès dans les formes simples, mais il a soin de dire ipie dans les iieruicieuscs il faut donner le quinquina aussi loin (pie possible de l’accès, afin ipi’il ait le temps d’agir; Sydenbam prescrivait 'iï à 30 grammes de pomirc de (piinqiiina distribués de quatre en quatre heures par doses de 2^''. .ü à partir de la fin de l’accès.

l'ifA'HES PALUSTRES.

La découveiTe. du sulfale de quinine a beaucoup simplifié le mode d’admiiiisli’alion.

Le sulfale de quinine doit êli'C donné aussi loin (|ue possible de l’accès il vcuic dans les formes iulermiUoutes simples ou pernicieuses; malheureusement ou ne peut pas toujours se coiilormei a cette règle, et l’on est souvent obligé d’administrer le sulfate de ipiiiiiiie eu i)leiu accès pernicieux; dans la lièvre rémittente on cboisii.i les rémissions matinales pour taire absorber le médicament.

Dans les formes simples, l gramme de sullate de f|uiuiiie pendant deux ou trois jours suliit pour couper la lièvre; M. L. Colin a Home

n’employait guère que 2 à b grammes de sullate de quinine, puis il doumdl l’extrait de quiu([uiua pendant buil jours, enfin le vin de <iuinquiua. Dans les lièvres pernicieuses ou double les doses, ou donne 2 grammes de sulfate de quinine par jour ; S à. 12 giammes suffiseul pour une pernicieuse.

11 est souvent diflicile de faire avaler la solution de sulfale de <iuinine à des malades qui sont plongés dans le coma, le délii'o, ou ipii vomissent tout ce qu’ils prennent; on peut alors prescrire des lave- ■meuts (lui reufcrmeul ou 2s‘’ de sulfate de (piiniiie, ou bien em-

ployer la méthode hypodermique préconisée par M. le docteur .\rnould (1). La seringue de l'ravaz s’est tellement vulgarisée aujourd’hui, ([u’on ne peut pas reprocher à la méthode liy[)oilcrmi(iuc de nécessiter une instrumentation spéciale; les injections peuvent, il est vrai, déterminer quelques accidents locaux ; phlegmons, eschares au point de la piqûre; mais ces accidents doivent-ils entrer en ligiuMle compte ([uand il .s’agit de sauver la vie du malade? — M. C. Yiusou s’est très-bien trouvé dos injections hypodermiques dans la pernicieuse hémaluriquo (2); la solution suivante est facile à préparer :

.SulfiUo. ili' ([iiiiiina

Eau <lislilléc

Eau (l(i Ralicl ....

.Vdile tarti'iqiic. . .

Les doses de sulfate de (piiiiiiie injectées dans le tissu cellulaire doivent être beaucoup moindres que celles qu’ou fait absorber par les voies digestives; par la voie hypodermique 0.20 a 0.2.) de sullati lie (piiniiie peuvent anicmu’ l’ivresse quiirnpie.

Médical ions adjuvantes. — W est bon de commencer le Irailemenl des

10 gr.

1 gr.

(t) Uullelindp Ihiirapeuliiiiie, 1805.

rii Gdzptteliehdom., lOoToliro 1871.

fièvres iiilermiltenles ou rémilleiiles par un éméfo-calliarlitiue. Nous sommes loin du temps où le fantôme de la gastrite faisait trembler les médecins; ou peut sans crainte administrer un éméto-cathartique le matin, et le sullate de (piiniue le soir; ([uand on voit un malade |)our la première fois le soir et qu’on craint un accès grave pour le lendemain matin, il ne laut pas hésiter à commencer le traitement par le sulfate de (piinine, iputte à revenir ensuite à l’éméto-catliarlique (L. Colin). — Dans l’accès comateux, des sangsues appliquées aux apophyses mastoïdes peuvent empêcher la formation de lésions secondaires. Dans 1 accès algide ou prescrira des boissons chaudes et stimulantes, de 1 acetate d ammoniaque, des frictions sèches; — dans l’accès choléri(pie : des révulsifs, de la glace, des boissons gazeuses, de 1 opium; dans la lorme hématurique, du pcrchlorure de fer, des acides minéraux, etc.; en résumé, donner du sulfate de (luiuine à un individu atteint de fièvre ou d’accès pernicieux, c’est remplir la première indication, mais cela ne dispense pas d’un traitement symptomatique.

Parmi les nombreux médicaments qui ont reçu le nom de succédanés du quinquina, nous ne parlerons (pic de l’arsenic et du sullate de cinchoiiine; « le reste ne vaut pas riionneur d’être nommé ».

Boudin, qui a préconisé l’arsenic dans le traitement des lièvres intermittentes, ne l’a jamais présenté comme un succédané parfait du quimpiina, ainsi qu’on a essayé de le faire après lui. « Notre médication, dit-il, ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales à la quinine, mais bien dans une médication complexe dans laquelle l’arsenic est secondé par deux puissants moyens : les vomitifs et le régime alimentaire. Les vomitifs combattent l’embarras gastrique et bâtent le retour de l’appétit; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et les accidents consécutifs multiples qui se lient à l’appauvrissement du sang (1). »

Voici les règles posées par Boudin :

1“ Faire vomir le malade au début.

2“ Donner l’arsenic à dose fractionnée, c’est-à-dire en plusieurs [irises, dont la dernière doux heures au moins avant l’accès à combattre.

3“ Proliter de la tolérance qui existe au début pour administrer la dose la plus forte possible d’arsenic, et diminuer graduellement la dose à mesure (pie la tolérance baisse.

4° Prendre le médicament pendant les phases d’apyrexie aussi bien ([lie les jours de lièvre.

(1) Trailé de géographie el de slalislirjue médicales.

l'IfcVRES l’ALUSTRES.

2ül

5“ Coiililuier le traitement pendant un temps proportionné à l’ani cienneté de la maladie.

0“ Faire usage d’une alimentation substantielle et très-abondante, Il de vin généreux, etc.

Houdin faisait usage de la solution suivante, qui porte encore son [ nom (liqueur de Boudin) :

10 grammes renferment 0^.01 d’acide arsénieux. Boudin en donnait jusqu’à 50 grammes dans les 24 heures ! dose qui expose certainement à de très-graves accidents.

L’arsenic n’est pas du tout un succédané du sulfate de quinine, il agit en vertu de ses propriétés touiipies et reconstituantes, il peut rendre des services dans le traitement des lièvres intermittentes rebelles ipii s’accompagnent d’anémie et d’nn commencement de caebexie; mais son emploi est formellement contre-indiqué dans le traitement des lièvres graves, de première invasion, surtout si ces fièvres s’accompagnent d’accidents pernicieux (1).

Le sulfate de cinebonine ne peut pas remplacer davantage le sulfate deijninine, ainsi que le prouvent de nombreuses expériences faites dans les hôpitaux militaires par MM. L. Laveran, Goze, Waliu, Barby, Rouis, Folie Uesjardins, \'ital, Maigneii, Mayer (2), Michel Lévy (R).

A Blidah,88 malades traités par l’expectation ont donné 235 accès, eu moyemie 2.58; — 50 traités par le sulfate de quinine, 50 accès, 0.0 eu moyenne; — avec le sulfate de cinebonine, la moyenne des accès a été de 2.45, c’est-à-dire à peine inférieure à celle de l’expectation pure et simple. « L’action du sulfate de cinebonine, dit mon père, m’a paru d’autant moins efticace, que les fièvres étaient et plus récentes et plus intenses. Pendant la saison épidémique, son défaut ' d’efficacité ressortait de la simple observation, et était d’autant plus ' frappant, que je me suis abstenu de le donner dans les accès graves I où le caractère pernicieux était imminent (4). »

Le quiuium s’est montré encore moins actif dans ces expériences;

il) Rapport lie ][. Moulard-Marlin sur tin travail de M. Sisladi (Acad, de niéd., .séance du l“2 mai I87A).

(2) Voir le résumé île ecs travaux iii Rec. mém. méd. miiitaire, 3« série, t. II.

(3) Rec. mém. méd. militaire, 3® série, t. lit.

(4) L. Laveran, Éliide.s sur l’action comparée du sulfate de quinine, du sulfate de I cinchonine et du quiniiun dans le traitement des fièvres intermittentes d Afrique I (Gaiette médicale de Paris, 1856).

Acide arsénieux Eau distillée...

MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES AliMÉES.

30 nialiules alteiiils (.l’accès récents et traités par le (ininiiim ont eu 75 accès, ou 2.50 en moyenne, rapport Irès-peu cloii,Mié de celui l’onmi par l’expeclation.

Kn 1<S72, M. Ilriqnct, tout en reconnaissant (pie le snlfale de cinclio- . nine ne pouvait pas remplacer le sulfate decpiinine dans le Iraitemenl j, des lièvres des payscliauds, a proposé de nouveau, à titre d’économie, ;i d’employer le sulfate de cinclioninc pour le trailemcnt des fièvi'cs t de France ( 1). Voici les rèi>les qu’il pose pour son emploi: i

1® IJonner le sel en solution, ou, si on le donne en pondre, faire prendre aussil(')l l’inifestion un verre d’une boisson acidulée.

2° Toujours fractionner les doses et les faire prendre en 5 ou d | fois d’Iieure en heure.

Laisser entre la dernière prise et l’accès futur un intervalle de (S à 12 heures.

[je tannale de quinine a aussi occupé, dans ces dernières années, , l’attention de l’Académie; ce sel très-peu sohdjle a une action lente | et incertaine, il faut 3 heures au moins pour (juc la quinine ajipa- raisse en Irès-faihlc quantité dans les urines, tandis que le sidfate de quinine s’y trouve 3ü minutes après l’ingestion.

Nous possédons par hasard un spécifi(pic dont l’elïicacilé est merveilleuse, unanimement reconnue, et les médecins s’ingénient à lui i substituer des préparations infiniment moins actives; c’est à n’y | pas croire! Fst-il donc à craindre que le sulfate de (piinine s’é- • puise et que la terre ([ui produit le mal vienne à nous refuser le re- ' mède? Non certes; le quinquina est cidlivé avec soin, et il se vend trop bien pour que l’industrie ne cherche pas à multiplier une plante aussi précieuse, (’.’est par économie qu’on veut substituer l’arsenic i ou le sulfate de cinchonine au sulfide de quinine; siqiprimez donc d’abord tous les autres médicaments inutiles des pharmacopées! Kn tout cas, la raison d’économie ne doit pas peser dans la balance pour i l'armée, l’Klat ne peut pas marchander des médicaments au soldai.

Dans la cachc.vie palustre, le (inin([uina, en raison de ses propriétés toidques, l’emporte sur le sulfate de (punine lui-même; l’arsenic à petite dose et coidinué pendant longtemps donne aussi de ■ bons résultats; une idimentalion Ionique et réparatrice est aussi nécessaire, et ce n’est pas là la partie la plus facile du traitement, car le cachecti(pie a souvent un dégoût profond pour la viande, l’appétit est capricieux, et nos h(')pilaux militaires n’otVrent pas sous le rapport de raliim'iilalion toutes les ressources nécessaires.

L’hydrothérapie agit bien contre les engorgements des viscères ■

(Il Ac;ul. iL' inril., scanec ilii l'"'' oclobrf IKT-2.

l'IKVRES PALÜSTUKS.

iibdonnnawx, mais les douches IVoides réveillent souvent les accès de lièvre- il l'aiit proscrire l’emploi de l’iiydrotliérapie dans les pays ,hands pendant tonte la durée de la période endémo-épidémi(pie II. Colin); les eaux de Vichy réveillent aussi les accès de lievre; mais chez les cacliecli(ines .lui depuis assez longtemps n’(.nl pas en de fièvre, elles donnent de hoiis résultats.

Silos malades no se rétahlissent pas dans les pays palustres, il laul se hâter de les faire changer de climat; c’est là un moyen héroi(iuc(iui réussit presipie toujours quand ou n’attend pas trop longleinps pour le prescrire; lors de l’occupation de Rome, on renvoyait rhaque année en France un grand nombre d’hommes atteints de ca- <'hcxie palustre, presque tous guérissaient; de même pour les malades de l’armée d’Afrique; ceux qui ne ponvent pas rentrer dans Ioiiin familles avec des congés de convalescence, sont envoyés au dépôt de Poiapierolles. Ces cachectiques sont exposés à contracter des compli- 4-ations graves sons rinfiuence d’un climat trop froid, il faut donc s’clforce'r de ne pas les renvoyer en hiver dans les régions du nord.

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