CHAPITRE X
FIÈVRE JAUNE
La fièvre jaune est eiulémique depuis fort longtemps sur la côte occidentale d’Afriipie et sur les bords du golfe du Mexique; la côte d’Or et le Mexique peuvent se disputer le triste privilège de l’avoir vue naître. Nous n’essayerons pas de résoudre ce problème historique, devant lequel a reculé M. Bérenger-Féraud (1); peu importe, du reste, au point de vue pratique, que la fièvre jaune ail été importée d’AtVniue en Ainéri(|ue ou d’Amérique en Afri(|ue, l’important est de constater qu’elle est aujourd’hui endémique à Sierra-Lcone comme à la Vera-Cruz.
De la cote d’Or la fièvre jaune est importée au Sénégal, à Corée, aux îles du Cap-Vert; les principales épidémies sont celles : de 1830 : à Corée, I Fi Européens sur 150 sont atteints; à Saint-Louis, sur une population de (350 individus, il y a 3“28 morts ; — de 1837 : à Corée, sur 1(»0 Européens, 80 sont atteints, iO succombent; — de 18-45, aux îles du Cap-Vert; de 1858 : à Corée, 122 personnes sont atteintes, 8ü meurent a 1 hôpital ; — de 18(30 : pour la petite garnisoii de Corée le nombre des malades est de 178, celui des décès de 83; — de 1807, Corée, Sénégal, Saint-Louis (Bérenger-Féraud, oj). ri/.). Chose curieuse, la fièvre jaune n’a jamais été importée des côtes d’Afrique en Europe.
Bu Mexique, qui est son centre d’opérations en Amérique, la fièvre jaune irradie sur les grandes et les petites Antilles, sur les États-Unis, sui 1 Amériipie du Sud (on 1 a observée on .Vmériijue de 35“ de bit. S., Montévidéo, a 40“ île lat. N., Québec); enfin c’est de là qu’elle est importée en Europe.
Quelques auteurs tout remonter à 1730 ou même à 1705 la première apparition de la fièvre jaune à Cadix; nous n’avons pas à làire ici rbistori(|uc complet de ces épidémies, qui ne nous intéressent
(I) De /a fièvre jaune au Sénégal. Paris, 187i.
FIÈVRE JAl’NE.
I qu’au point tie vue de l’élude étiologique de la fièvre jaune; qu’i I nous sulTise de dire, pour prouver leur imporlancc en Espagne, (pie I de 1800 à 18"23 la fièvre jaune fit dans ce pays 140000 victimes, ainsi qu’il résulte d’un tableau dressé par Deniaria et complété par Audouard (1).
: C’est de la Havane que sont partis la plupart des bâtiments qui ont
importé la fièvre jaune en Europe : épidémies de Cadix, 1800; de Livourne, 1805; de Cadix, 1819; de Marseille et de Barcelone, 1821; du port du Passage, 1828; de Gibraltar, 1828; de Lisbonne, 1857-58; de Saint-Nazaire, 18G1; pour toutes ces épidémies, ou connaît les noms des navires importateurs.
I Eu 1 823, lorsque la fièvre jaune se déclara dans le port du Passage, le 5“ corps de l’armée française faisait les sièges de Pampelune et de Saint-Sébastien; le maréchal de Lauriston craignait fort de voir la maladie se propager dans l’armée; Audouard, alors médecin en chef du 5“ corps, fut chargé de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le développement de l’épidémie; la junte du port du Passage avait fait brûler en pleine mer le vaisseau coupable, le Donoslkrra ; malgré cette mesure radicale, la maladie se propageait dans les maisons voisines du port; Audouard lit établir un cordon sanitaire et donna l’ordre de faire sortir les malades de la ville et de les établir dans les maisons de campagne envirouuanles; comme ou ne se pressait pas d’exécuter cet ordre, dit Audouard, je lis écrire à la junte du Passage que si dans le jour même tous les malades n’en étaient pas retirés, je demanderais (|ue la ville lut bombardée! La junte obéit à celte énergique sommation, et les mesures proposées par Audouard eurent le meilleur résultat, il iie se développa aucun cas de fièvre jaune dans l’armée française.
Nos navires de guerre ont eu souvent à soulfrir de la fièvre jaiiiic; mais la maladie n’a jamais pris naissance à bord, loin des foyers d’infection, elle ne s’est développée que sur des é([iiipages qui avaient ' séjourné dans des ports où régnait le vomito. J^e docteur Bertiilus rapporte le fait suivant : le 2 avril 1839, au moment où une alfreuse épidémie de fièvre jaune sévit à la Martinique, nous arrivons dans cettecoloiiie et nousy restons douze jours, pendant lesquels l’équipage, îi malgré de grandes fatigues, ne présente pas un seul cas de lièvre jaune. Le 1 1 du même mois nous embarquons des soldats coloniaux pour les transporter au Mexique; à peine en mer, un de ces hommes,
' qui avait la fièvre jaune, s’alite et meurt avec l’ictère et les vomissements noirs. Dès cet instant le mal devient épidémique, il passe des
il) Fièvre jaune el truite des noirs par Audouard. Paris,
MALADir.S ET ÈI'IDÉMIES DES ARMÉES.
■2lMi
.''aidais aux personnes de récpiipage qui ont le plus de relalious avec les malades, frappe en trois mois 1 1(1 matelots sur 1 i>2, et s’éteint faute d’aliment au lazaret de Brest, où un forral est encore atteint. Bemlant ce lerrilde voyage, dilM. le docteur Jîertidus (1), nous jetons cadavres à la mer cl nous observons avec étonnenieul que la lièvre jaune apparaît sous i8“ de lal. N. avec tous ses symplômes palliognomoni(|ues et par une température de 10” à 1 1" II. — Autrefois on croyait que la lièvre jaune ne pouvait pas dépasser 13” de lal. N., elle a été observée en Angleterre par 51® de lal.
l’endant la guerre du Mexique, la lièvre jaune a régné jilus d’une fois sur la llotle (b‘ MasHi’iia, la Normandie, en rade de Vera-Cruz, I8lt“2), en méine temps (pie sur l’armée qui débanpiail <à la Vera-Cruz; malgré de continuels mouvemenls de troupes, rendémo-épidémie ne dépassa pas les Itu'rc's chaudes et ne parvint jamais à s’établir sur les hauts plateaux. Plusieurs fois la fièvre jaune fut transportée par nos soldats cà Soledad, tlamaron, Poso del Macho, Cordova; mais rallilude lui opposa comme en temps ordinaires une barrière infranchissable; elle ne dépassa jias, dit M. le docteur Puzier, celle de Cordova (003 mètres au-dessus du niveau de la mer); Orizaba, Piiebln, Mexico, situés au delà de Cordova, n’ont eu (pie des malades qui avaient pris la fièvre à la Yera-Cruz ou dans les lieux voisins (2).
■Mode de propagation. Contagion. Nature. — 11 n’est plus possible aujourd’hui de soutenir que les épidémies de Gibraltar, de Marseille, de Lisbonne, de Barcelone, etc., sont nées sur place; l’importation est démontrée pour toutes les épidémies (pii ont eu lieu en Lurope, nous n’avons à étudier que les voies et moyens de celle imjiortatiou. Les choses se passent presque toujours ainsi : nu navire arrive de la Havane ou d’un autre port infecté, il y a eu ([uchpics malades eu mer; à l’arrivée au port de destination, on néglige de prendre les mesures sanitaires dont nous aurons à parler à propos de la prophylaxie, et la fièvre jaune se développe chez les personnes (pii visitent le navire, ou chez les hommes eni|iloyés an décliargcmcnl, puis elle s’étend dans les ipiarliers bas des ports de mer. Chose remaripiable, ce n’est pas rhomme ipii joue le rôle principal, c’est le navire. L’histoire de l’épidémie de Saint-Nazaire, si bien faite par M. le docteur Métier, peut servir de ty|ie à ces importations (3).
(l i liQvluUis, De l’inipoiialidit (le la jievre jaune en Europe, cl<’. Tonton, 1810.
(2) ^■nzi('r, iVo/e aildilionnelle iiuhliée dans le traité des maladies des Européens dans les pays chauds, do Dnlronlnii.
i3i Délai, de la lierrejaunesurvenue à Sainl-Naiaire en 181)1.
FlfiVRf; J Al' NE.
Un navire, VAime-Marie, prend un diargement de sucre à la Havane, on régnait la fièvre jaune; di.x-sepl jours seulement après le départ de la Havane, des accidents se déclarent à bord; sur seize [lersonnes dont se compose l’équipage, il y a cinq malades, tout porte a croire qu’ils ont la lièvre jaune. A l’arrivée a Saint-Nazaire, comme dix jours se sont écoulés depuis le dernier accident, on admet le batiment à la libre pratique, l’équipage se disperse. Le commandant en .second reste seul à bord pour veiller au décliargement, qui est opère par dix-se|)t hommes décbargeurs de prolession. A peine les panneaux fermant la cale sont-ils ouverts, que les accidents les plnsfoimidables éclatent : un premier navire [ilacé dans le bassin a Ilot, a côté do V Anne-Marie a cinq bomnies sur cinq, frappés de mort (laits d’indret); un second en perd deux, un troisième et un quatrième, cbacuii un; les doux tiers des décbargeurs tombent malades, et il en meurt rapidement cinq ou six.
Au contraire, les matelots de rA/i/ic-iUun'c peuvent rentrer chez eux sans donner lieu à aucun accident.
Lvidemiiient le miasme spécifique (|iii produit la fièvre jaune n a pas besoin de l’organisme bnmain pour se développer, il trouve dans les quartiers bas des ports du Mexique cumme dans la coque des navires un milieu très- favorable ; la fièvre jaune est surtout une maladie infectieuse ; mais ne peut-elle pas se transmettre aussi par conta-
gion
Bon nombre do faits observés cà la Yera-Crnz au moment de l’expédition du Mexiipie semblent témoigner en faveur de la contagion ; généralement plusieurs personnes étaient atteintes dans la meme maison; presque tous les officiers malades ont eu leurs ordonnances attoints quelques jours après eux; trois médecins de I hôpital militaire sont morts dans la même maison a huit jours d intervalle; dans une maison habitée par dix officiers, se|il sont atteints, cinq succombent; le Ibjnillet 18fi“2, il y avait eu sur ipiaranto-six infirmiers débai'([ués dn 10 mars au 10 avril, quarante-trois malades et di.x-huit morts ; quatre infirmiers chargés successivement du transport des cadavres et dn service de la salle des morts succombèrent tous les quatre, et l’on fut obligé de les reni[dacer par des nègres de la Guadeloiqie et de la Martinique (1).
MM. Dntroulau, Fuzier, Grouillebois, B. Féraud, admettent que la lièvre jaune est transmissible dn malade à riioinme sain; mais les faits observés dans les foyers d’infection ne démontrent pas la con-
tl) Épidémie de fièvre jaune en 18G2 à ta Yera-Crui, par M. Croiiillobuij (/îec. mém. méd. mililaire, sério, t. X, p. 401).
-"8 MALADIES ET ÉI'IDÉMIES DES ARMÉES.
tagion; pourquoi donc, si la fièvre jaune est contagieuse, ne peut-elle pas régner à Mexico comme à la Vera-Cruz? 11 est dillicile d’admettre (pie la contagion possible ici ne le soit pas là. Quelques laits oliservés en dehors des foyers endémiques ou épidémi(pies semblent prouver que la contagion est possible, mais ces faits se réduisent à deux : à Southampton, un médecin iireiul la fièvre jaune auprès d’un malade qui en est atteint; M. Chaillou, médecin à Montoir, près Saint-Nazain', est appelé à soigner quelques-uns des hommes (pii avaient conlraclé la fièvre jaune en déchargeant V Anne-Marie ; après une visite prolongée à l’iin de ces malade's, (pi’il frictionne lui-même, M. Chaillou est pris de tous les accideiiLs de la fièvre jaune, fièvre, ictère, vomissements noirs, et il succombe rapidement. Comme le fait remarquer M. Mêlier, ce dernier exemple est extrêmement probant, il a toute la valeur d’une expérience qui serait instituée pour démontrer la conlagion; il n’en reste pas moins démontré (]ue le miasme spécial de la fièvre jaune se développe surtout hors de l’organisme et (jii’il donne lieu à des foyers d’infection soit dans les ports comme à la Yera-Criiz, soit sur les navires, bien plus redoutables que la contagion proprement dite, que la transmission par riiomme malade.
La fièvre jaune est une entité morbide parfaitement distincte des lièvres palustres. Sur le littoral du Mexique on observe, il est vrai, ces deux endémo-épidémies, mais là même leurs foyers ne se confondent pas. La Vera-Cruz est située sur le golfe du Mexique, entre la mer à l’est et (les collines boisées à l’ouest; ces collines de sable ou dunes ont arrêté l’écoulement des eaux vers la mer et donné lieu à la formation de marais qui sont des foyers très-actifs de malaria; la fièvre jaune ne règne pas de ce côté des dunes, mais sur le bord de la mer à la Vera-Cruz (Crouillebois, op. cil.)-, la fièvre jaune habite les villes; les fièvres palustres, la campagne; la lièvre jaune s’installe vidontiers à bord des navires; comme Antée la lièvre palustre perd toute sa force en quittant la terre.
Le miasme de la fièvre jaune a besoin pour se développer d’une température élevée, comme, le miasme palustre, mais c’est là nue condition commune à toutes les fermentations. Au Mexique, comme au Sénégal, la fièvre jaune règne surtout pendant la saison de l’hivernage. (X Le germe de la fièvre jaune, dit lléreiiger Féraïul, a besoin d’une température élevée pour être suflisamment transmissible et pour évoluer avec une grande vigueur, de sorte ipie dès que la saison fraiclie arrive, cette puissance diminue comme diminue par exemple la végétation dans les plantes. 1> {()p. cil., p.29l).)
Tous les auteurs qui ont étudié avec soin la fièvre jaune admellenl
FIÈVRE JAUNE
2oy
qu’elle est clue à un miasme spécifique parfaitement distinct du miasme palustre; c’est l’opinion de Dutronlau, de Fuzier, de Griesin- I ger, de Bérenger Féraud et de la plupart des médecins américains;
‘ M. le docteur Fuzier attribue la fièvre jaune à une fermentation
: spéciale des matières animales en décomposition; si l’iiypotlièse d’un
! miasme animé est admissible dans quebpie maladie, dit Griesinger, c’est assurément dans celle-ci (1).
La fièvre jaune présente certainement pins d’analogies avec le typbus qu’avec les fièvres palustres, et ce n’est pas sans quelque raison qn’on lui a donné parfois le nom de typhus mnaril ; comme le typhus, la fièvre jaune règne dans les quartiers bas et malsains des ville's, sur les vaisseaux; comme lui, elle est importable, transmissible; comme pour les maladies typhoïdes, une première atteinte donne l’immunité. Il n’est pas possible cependant de l’identifier au typhus ou à la typhoïde bilieuse, qui symptomati(|uement s’en rapi proche beaucoup : la fièvre jaune ne- règne pas à Mexico à côté du typhus, les deux maladies ont leurs empires parfaitement distincts, tandis que les maladies typhoïdes ont une gramie tendance cà se marier entre elles; la fièvre jaune ne donne pas l’immunité pour le typhus, pas plus que le typhus pour la fièvre jaune; enfin les lésions anatomiques sont hieu dilférentes dans les deux maladies.
/ L’immunité n’est pas seulement acquise aux malades qui ont eu des i attaques graves de fièvre jauue, une atteinte légère suffit, et même I l’immunité, quoique incomplète, s’étend aux individus qui depuis plusieurs années habitent les loyers endémiques sans avoir eu la maladie ; ce sont les inacclimatés, les étrangers, qui payent le plus lourd tribut. « Dans les années oiï la maladie sévit le moins, les cas dits sporadiques sont bornés aux étrangers; aux époques on la maladie plus intense ne règne cependant pas d’une manière assez générale pour prendre le nom d’épidémie, les cas graves ne se présentent que chez les personnes qui ne sont pas acclimatées. Dans les épidémies, les naturels et les anciens résidents sont souvent légèrement atteints parle lléau; mais il attaque la grande majorité des étrangers, ([ui ont à supporter toute sa violence et sa malignité. » (Bartlett, v. Evans, o/j. Ci7.,p. 2:10.)
Get acclimatement se perd quand on passe quelque temps hors des foyers; lors de l’expédition du Mexi(iue, les convois français venus d’Orizaba à la Vera-Cruz pendant l’épidémie éprouvaient } plus de pertes que la garnison de la Yera-Cruz; il en était de
ü même des détachements qui rentraient tà la Vera-Cruz après avoir sé-
(1) Griesinger, o;>. cit., p. 9'J.
A. I.AVEUAN.
MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES APiMÉES.
jüurné peiulanl (|uel([ucs seiiiaiiies sur des points où ne régnait pas la fièvre jaune; les Mexicains qui descendent des liants plateaux à la Vera-Cruz sont plus exposes ipie les Européens eux-mêmes; en 1802 l’armée du général Manpiey, descendue dePuelda à la Vera-Cruz, fui très-fortement éprouvée par la fièvre jaune (Crouillebois).
La race nègre ne jouit pas d’une immunité absolue, comme l’ont dit quelques auteurs; les nègres, dit Metcalf, peuvent être atteints de lièvre jaune et en mourir, mais ils y sont moins sujets <pie les autres races (l). Au Sénégal, en 1830, les nègres furent frappés dans une très-lorte proporlion (Calel, Galvé); dans les épidémies suivantes, et notamment eu 1800, les mulâtres et les noirs ont fourni seulement (|uebpics ilécès par lièvre jaune (Bérenger Féraud, op. cit.).
Les (piatre cent cin([uante-trois nègres du bataillon égyptien n’ont paseu,dil M.le docteur Fuzier, un seul casde lièvre jaune pendantuii séjour lie quatre ans à la Vera-Cruz. Lorsijuc le bâtiment ipii portait ces nègres arriva au Mcxiijue, le. typhus régnait â bord (voy.
M. le docteur Fuzier, qui aétudié cette petite éjiidémie, fait très-bien ressortir les caractères dillérenliels de la fièvre jaune et du typhus.
Descuiption GÉNÉRALE. FORMES. — La lièvre jaune s’observe trop rarement dans les armées pour que nous lui accordions une très-grande place dans cet ouvrage; nous nous contenterons d’indiquer les principaux caractères de la maladie, ses principales formes; les lièvres bilieuses sont communes dans les armées qui slationneid dans les pays chauds, leur histoire présente des obscurités, et il n’était pas possible de ne pas parler ici de la fièvre jaune, qui a été souvent confondue soit avec la rémittente bilieuse palustre, soit avec la typhoïde bilieuse.
Comme la plupart des maladies épidémiques, la fièvre jaune présente des formes légères, moyennes et graves, ipii, plus ou moins fréquentes suivant les temps et les lieux, expliquent ladillérence de gravité des épidémies.
A la Vera-Cruz, c’est cinqâ six jours après le débarquementiiue la fièvre jaune commençait à sévir sur nos soldats, ce (|iii indique que l’incubation de la maladie ne dépasse pas ces chitfres ; quant à la durée minima, les uns la fixent â (piarantc-huit heures, d’autres â trois ou quatre jours.
Eu général la maladie déhute brusquement; l’ascension thermiipie est rapide (2) et s’accompagne de frissonnements, rarement d’uu frisson unique violent comme dans la variole ou la pneumonie; les
(1) Rapport à la commission sanilaire des Elals-Uiiis. Evans, op. cil.
(2) Monographie, snr le type et la spécifwilé de la lièvre jaune, par le doclcur l'agel, de la Nouvclle-ürlcans, 1871.
FIÈVRE JAOIlfi
malades accusent une céphalalgie sus-orhitaire très-\ive, des douleurs lombaires (coup de barre), la face devient vullueuse, rougeacajou, les conjonctives s’injectent; la peau est sèclie, brillante, le pouls, la respiration, ont une grande fréquence; la langue estblaiicbe, la bo’ucbe amère, la soif très-vive ; des vomissements alimentaires d’abord, puis mmiueux et bilieux, se produisent; la constipation est constante; les urines, rares et colorées, contiennent souvent de l’albuinine dès le deuxième ou le troisième jour; chez quelques malades les articulations sont douloureuses, comme dans le rhumatisme articulaire aigu ; agitation, anxiété, parfois un peu de délire.
Cette période de réaction (stade inllammatoire, Dutroulau) dure de deux à trois jours, au bout desquels apparaît l’ictère. D’après Dutroulau, l’ictère est constant dans les cas moyens et graves, et cet excellent observateur ajoute (lu’ii priori il hésiterait à croire qu’un malade a succombé à la fièvre jaune si le cadavre ne présentait pas la teinte
ictérique. . . ,
Une rémission s’opère à la fin du stade inbammatoiro, mais 1 amelioration n’est souvent qu’apparente; c’est pour cela iiu’on lui a donné le nom de mieux de la mort.
Ce deuxième stade est caractérisé par l’ictère (d’où le nom de fièvre jaune) et par les vomissements noirs (d’où les noms de vomito negi-o, vomito pricto); les bémorrbagies peuvent se produire à la peau ou il la surface de toute autre muqueuse que la stomacale. Les vomissements noirs sont très-caractéristiques, le sang est toujours profondément altéré, on dirait de la suie délayée dans de l’eau ou du marc de café; cà peu d’exceptions près, riiématémèse est d’un pronostic fatal, elle indique en elfet une altération profonde du sang, comme font les hémorrhagies dans la variole, la scarlatine, etc. Les douleurs, l’anxiété de la première période disparaissent, les vomissements se font sans douleur, les malades ii’ont pas conscience de leur état; J. Mctcalf rapporte qu’on en a vu ([ui s’exerçaient à atteindre des mouches sur les murs voisins avec des jets du li([uide fatal ! Le sang extravasé dans le tissu cellulaire sous-cutané forme de larges ecchymoses qui peuvent occiqier tout 1 abdomen, la face mteiiie des cuisses, présages presque certains de mort.
La maladie peut évoluer et aboutir à la mort sans qu’on observe de vomissements noirs ; la rémission du troisième jour est incomplète, la face reste injectée; il y a de la stupeur, de la somnolence, du subdélire; la langue se sèche, se leiulille, se lecoiuie de fuliginosités, ainsi que les dents et les Icvres; c est la foi me tjpboidc. D auties fois l’ataxie l’emporte sur l’adyuamie, et des convulsions violentes entraînent rapidement la mort.
maladies et ÉI'IDÉMIES des AliMÉES.
Plusieurs auteurs, Griesing-er entre antres, l'oiU jouer un grand rôle û rnréinie dans la jialtiogénie de ces accidents-, Griesinger suppose que les douleurs lombaires si vives de la première période (coup de barre) sont le résultat d’une néplirife aiguë, et il fait remarquer que les urines se suppriment parfois complètement à la fin de la période de réaction, l’urée s’accumule dans le sang, de là les convulsions éclamptiques, etc. Il n’est pas prouvé du tout que la présence d’un excès d’urée dans le sang puisse donner lieu à de pareils accidents; ne serait-il pas plus logique d’invoquer l’acholie, qui doit se produire par suite de la dégénérescence aiguë du foie?
Dans les cas légers, la maladie ne dépasse pas le iiremier stade, ou stade inllammatoire; vers le troisième jour, il se produit une épistaxis ou de 1 ictère, et les malades entrent en convalescence; dans ces cas on observe souvent des vomissements muqueux ou bilieux, jamais de vomissements noirs.
Dans les formes irrégulières et rapidement mortelles, les vomissements noirs surviennent de très-bonne heure, le malade tombe dans un état d adynamie profonde, l’algidité se produit rapidement, et la mort pont survenir eu 24 ou 48 heures.
On a signalé comme pour la fièvre tyjihoide une variété ambulatoire; les malades ne ressentent que du malaise, ils ne s’alitent pas, et leui état n inspire aucune inquiétude, ni à eux-mèmes, ni à ceux qui les entourent, quaiul tout à coup de graves accidents surviennent et les enlèvent en ([uelques heures.
Dans la grande majorité des cas, la mort arrive avant le huitième jour, presque toujours du troisième au septième.
La convalescence est lente et dilficile, les malades sont anémiés, et pendant longtemps dyspeptiques.
La mortalité varie beaucoup suivant les épidémies, ainsi que le montrent les chiffres suivants empruntés à Dutroulau (1) :
MORTALITÉ SUR lÜO MALADES.
Épiiléniic de 18A“2 (Giiadolouiic) UJ
— de 18.53 20,1
— de I8.5i 42,2
— de 1855 45^0
— de 185G 50,0
On ne saurait invoipier une différence dans le traitement, puisque ces chidres sont empruntés au même observateur; ces variations si considérables tiennent évidemment à ce que les formes bénignes
(1) Dutroulau, op. cit., p. t22;3
FIÈVRE JAUNE. 213
• dominent dans certaines épidémies (1852), les formes graves dans d’autres (1 851-1 855-1 856).
Anatomie pathologique. — La coloration ictériqiie est presque toujours plus manpiée sur le cadavre que sur le vivant; des sulfusions sanguines marbrent la (ace postérieure du tronc et des membres; la rigidité cadavérique s’établit promptement, ainsi que] ta puirélaclion. Le tissu cellulaire, les muscles, sont le siège d’iiémorrbagies interstitielles fréquentes surtout dans les muscles spinaux (Cronillebois); les fibres musculaires sont ramollies, dissociées; il est probable qu’elles subissent, comme dans un grand nombre de maladies aiguës, la dégénérescence granulo- vitreuse.
Les méninges cérébrales sont injectées et présentent souvent cà la convexité des points ecchymoti([ues.
Poumons : congestion h}’postati(pie, bémorrbagies interslilielles chez (piel(|ues sujets. Cœur : flasque, ramolli, pâle, se laissant déchirer facilement (Dutroulau); petites ecchymoses sous le péricarde, le long dés vaisseaux coronaires.
Le sang, fortement altéré, contient à peine des traces detibrine; la plasticité n’existe plus, les corpuscules du sang sont altérés, déformés (Blair, cité par J. Metcalf, loc. cif.)-, il est à noter que dans la variole et la scarlatine hémorrhagiques on a aussi noté la disparition presque complète de la fibrine. Quelques recherebes faites àl’bôpital de la Basse -Terre ont démontré la présence de Turée dans le sang; il serait bien plus intéressant, suivant nous, de rechercher la présence des acides biliaires, qui, introduits dans le sang en assez forte proportion, le décomposent, le liquéfieat et provoquent des hémorrhagies abondantes.
La dégénérescence du foie est la constante anatomique de la fièvre jaune; Louis le premier a signalé cette importante lésion (I), qui depuis a été étudiée par A. Clark, Bâche et Laroche, Figueira, Dulroulau, Bérenger Féraud, etc.
Le volume du foie est normal, rarement diminué, augmenlé seulement lorsque la fièvre jaune règne en pays palusire (Sénégal : Bérenger Féraud); tous les observateurs s’accordent adiré que le foie présente une coloration jaune-chamois ou vieux cuir; le parenchyme est sec, exsangue, friahle, on dirait (|u’il a suhi un commencemeni de cuisson. Au microscope on constate que les cellules hépatiques sont remplies de granulations graisseuses et l’on trouve même dans le parenchyme beaucoup de graisse libre (2). Celte dégénérescence
(1) Louis, Clicrvin et Ti'oussoau, Documenls recueillis sur la lièvre jaune à Gihrallar. Paris, 1830.
("2) Oriesinj'cr, op. dt., p. 11.
MALADIES ET ÈDIDEMIES DES ADMÉES.
graisseuse aiguë du foie, comme l’appelle Griesiuger, se ])roduit ticsrapidemeiit, trois jours de maladie suffisent (Alvareiiga), loiscpiclle n’est pas trop avancée, elle parait aussi pouvoir se ré^parer en peu de temps; clicz des sujets qui après avoir présenté tous les symptômes d’une lièvre jaune très-grave avaient succombé accidentellement pendant la convalescence, du vingtième au vingt-cinquième jour après le début de la maladie, ou a constaté à plusieurs reprises que le foie avait repris son aspect normal.
Dutroulau dit ne pas avoir vu manquer cette altération une seule fois sur plus de cent autopsies (1), et tous les autres observateurs sont aussi aftirmatifs sur son caractère de conslaiicc.
Cette dégénérescence ressemble évidemment à celle de l’ictère grave; il existe cependant quelques différences, sur lesquelles ont insisté MM. Cbarcot et Dccliambre ("2) ;
1“ Dans la fièvre jaune le foie conserve son volume normal; il est atrophié dans l’ictère grave; toutefois l’atrophie n’est pas constante dans cette dernière maladie.
2° Dans la fièvre jaune le tissu du foie est sec, anémique; dans l’ictère grave, le parenchyme est parfois humide comme gorgé de bile.
3“ Enfin dans la fièvre jaune les cellules hépatiques se llétrissent, se remplissent de granulations graisseuses, mais persistent, tandis que dans l’ictère grave elles se déchirent et disparaissent.
La vésicule biliaire contient de la hile tantôt normale, tantôt poisseuse et épaissie; il n’en faut pas conclure que le foie continue à sécréter, la bile peut persister dans la vésicide alors que depuis longtemps elle ne s’écoule plus dans l’intestin, c’est ce qui se voit dans le choléra par exemple, les matières .alvines ne sont plus colorées par la hile, la sécrétion du foie est arrêtée comme celle des reins, cependant à l’autopsie on trouve de la hile dans la vésicule.
La dégénérescence graisseuse aiguë du foie doit évidemment amener l’acholie dans la fièvre jaune comme dans l’ictère grave, comme dans la cirrhose arrivée à sa dernière période alors que presque tous les éléments glandulaires ont été éiouffés et détruits pour ainsi dire mécaniquement; l’acholie, comme nous avons eu déjà l’occasion de le faire remarquer, explique bien mieux que l’urémie les accidents de la dernière période.
La rate est normale (Dutroulau), fait très-important à constater et ipii montre une fois de plus que la fièvre jaune n’a rien de commun avec les fièvres palustres. M. Dérenger Feraud a trouvé au Sénégal
(1) Dutroulau, thèse de Paris, 1842.
(2) Fièvre jaune et ictère grave {Galette ftcMom., 1858, p. 114)
FIÈVIIE jauni:.
comme poids moyen de la raie 40() gr. chez les individus qui avaicnî succombé à la fièvre jaune; mais cela lienl, comme le fait observer Jl.B. Féraud lui-même, à ce que, le Sénégal étant un pays essentiellement marécageux, la plupart des individus qui riiabitent depuis un certain temps sont impaludés et ont dos rates volumineuses.
L’estomac renferme presque toujours un li(iuide brun-noir analogue à celui des vomissements; sa muqueuse est parlois ramollie, marbrée, parsemée d’ecebymoses; la muqueuse intestinale est saine le plus souvent.
Nous n’avons pas de renseignements bien précis sur les altérations des reins; Alvarenga dit avoir constaté plusieurs fois une dégénérescence graisseuse de ces organes; c’est une quesîion à revoir.
Diagnostic. — La fièvre jaune présente d’incontestables analogies symptomatiques avec la rémittente bilieuse palustre, la typhoïde bilieuse et l’iclère grave; c’est bien ici le cas de rappeler que les manifestations morbides sont limitées, ([ue la nature réagit souvent de la même manière sous l’action de causes dilférontes. Quoi de plus opposé que la chaleur et le froid? Cependant ces deux agents produisent sur nos tissus des lésions complètement analogues; le Iroid extrême peut donner lieu comme la chaleur élevée à des pblyctènes, à des eschares plus ou moins profondes de la peau; il y a des asphyxies par le froid comme des asphyxies par la chaleur. Nous l’avons déjà dit, de l’analogie des symptômes on ne doit jamais conclure à l’identité de nature des maladies.
Quebpies auteurs ont donné le nom de fièvre jaune à l’ictère grave de nos pays (Amiral, Monneret); on comprend à [leine qu’on ait pu assimiler une maladie rare, toujours sporadi((ue, toujours mortelle, jamais transmissible, à une maladie transmissible, à foyers bien limités et qui présente des cas légers en très-grand nombre à côté de ces cas mortels qui ont été comparés à l’ictère grave. L’empoisonnement par le phosphore ressemble à la fièvre jaune, pourquoi ne pas le confondre aussi avec elle? Au point de vue étiologique, la fièvre jaune diffère autant de l’ictère grave que de l’empoisonnement pbospboré.
On a confondu souvent la fièvre jaune avec la typhoïde bilieuse et avec la rémittente bilieuse palustre; nous avons montré plus haut que ces maladies étaient parfaitement distinctes au point de vue étiologique; il nous reste à dire quelles différences les séparent au point de vue anatomique et symptomatique.
La typhoïde bilieuse, forme grave de la fièvre récurrente, s’accompagne bien plus rarement d’bématémèses que la fièvre jaune, mais.il doit être très-difficile de faire le diagnostic de ces deux maladies ; (piand la fièvre jaune jircnd la forme dite typhoïde, on ne peut guère
se guider alors que sur l’épidémicilé de l’uiie ou l’autre de ces affec lions. La lyplioïde bilieuse règne souvent en même temps que le typhus et la fièvre récurrente simple; elle a donné lieu à des épidémies en Irlande, en Ecosse, à Sainl-rétershourg, c’est-à-dire sous des latitudes où l’acclimatement de la fièvre jaune est impossible. C’est à la typhoïde bilieuse qu’il faut rapporter l’épidémie de Dublin, 182G, décrite par Graves sous le nom de fièvre jaune des des Britanniques; l’épidémie n’avait pas été importée, et Graves, croyant avoir affaire à la fièvre jaune, en concluait (pie celle-ci pouvait naître en Europe sans importation, que c’était seulement une fièvre bilieuse grave (Graves, Ciinifiue, t. I, p. 350).
Les lésions anatomiipics si différentes dans les deux maladies suffiraient seules à les distinguer : dans la typhoïde bilieuse le foie est rarement altéré, la lésion principale porte sur la rate, ipii, hypertrophiée, distendue jusipi’à se rompre, présente une hyperplasie remarquable des corpuscules de Malpigbi avec suppuration dans les cas avancés; — dans la fièvre jaune, la rate est normale, et le foie subit constamment une dégénérescence graisseuse aiguë.
M. le docteur F iizier, ipii a eu l’occasion à la Vera-Crnz d’observer les fièvres palustres à côté de la fièvre jaune, a parfaitement fait ressortir les caractères distinctifs de ces deux espèces morbides ; voici les principaux signes auxquels il reconnaissait l’origine palustre (1) :
1“ Efficacité du sulfate de quinine;
2° Hypertrophie de la rate;
3° Petit nombre de décès relativement à la violence apparente des symptômes;
4° Absence d’hémorrhagies autres que des épistaxis;
5® Absence d’albumine dans les urines;
6® Lésion anatomique constante, rate très-volumineuse et ramollie;
7® Pas d’ictère, pas de matière noire dans l’intestin, pas de coloration jaune du foie ;
8® Les habitants de la Yera-Cruz sont atteints par ces fièvres, bien qu’ils jouissent de l’immunité contre la fièvre jaune; les soldats de la garnison déjà atteints de fièvre jaune ne sont pas non plus épargnés ;
D® Des officiers nouvellement débarqués ne sont pas atteints ou du moins ils jouissent d’une immunité relative.
iM. le docteur Bérenger Féraud a parfaitement tracé le diagnostic di-
(I) Coïncidence de la fièvre jaune à Vera-Crtn avec des fièvres intermillenles (Rec. méin. méd. militaire, Ramier, 18G5j.
FIÈVRE JAUNE
férenticl de la fièvre jaune et de la fièvre inélanurique des pays cliaiids (1) :
Fièvre jaune : la maladie débute au milieu d’une santé parfaite, souvent chez des individus qui n’ont eu aucune atteinte de lièvre palustre ;rictère n’apparait que le troisième jour, il manque quel((uefois si la maladie est légère; la fièvre est continue pendant trois jours, puis survient une rémission et enfin la deuxième période caractérisée par les hémorrhagies, etc.; faciès vultueux, couleur acajou au début de la maladie, douleurs lombaires Irès-caractéristiipies; — à la deuxième [lériode, vomissements noirs tachant le linge en hiun, urines rouges simplement lébriles, souvent anurie complète un ou deux jours avant la mort; la fièvre n’est pas justiciahle du sulfate de quinine; « la transmission d’homme à homme est tristement et terriblement fréquente » ; la récidive est un lait extraordinairement rare.
Fièvre bilieuse liématurique ; la maladie survient chez des personnes depuis longtemps dans les pays chauds et qui ont eu de nomhreux accès de fièvre palustre; fictère apparaît d emblée et ne manque jamais; la marche de la lièvre est inirermitteiite ou rémittente d’abord; on n’observe pas au troisième jour une rémission complète comme dans la lièvre jaune; la face n’a pas la teinte acajou, mais une coloration jaunâtre dès le début, les conjonctives ne sont pas injectées; les l’égions hépatique et épigastrique sont sensibles au toucher, mais il n’existe pas de douleurs lombaires vives; vomissements bilieux pendant tout le cours de la maladie, tachant le linge en vert clair; urines noires dès le début, généralement abondantes et fré(iuentes; — les accès du début peuvent être enrayés par la quinine;. — la maladie n’est pas transmissible; les récidives sont très-fréquentes et de plus en plus fortes.
La lièvre jaune n’est pas une lièvre à quinquina, et une première atteinte ebonne l’immunité; ces deux caractères suffiraient à l’exclure du groupe des affections palustres.
Prophylaxie. Traitement. — Lorsque des troupes sont envoyées dans un pays où la fièvre jaune est endémique, il laut veiller à ce qu’elles n’arrivent pas pendant une période épidémi([ue; 1 arrivée d’un grand nombre d’étrangers dans une de ces régions inhospitalières est déjà par elle-même une cause de recrudescence épidémique; les troupes séjourneront le moins possible dans les villes du littoral qui sont les principaux foyers d’infection ; pour taire le service
(1) Étude sur le. diafjnoslic dijjérenliel de la j'ièrre bilieuse mélanurique et de la fièvre jaune (Acad, de méd., 20 janv. I87 li. — Ùu inùinc : De la fievre inélanurique des pays chauds. Paris, 187 i, p. 307.
, MALADIES ET l'iPIDflMIES DES ARMÉES.
dans les ports de iTier, dans les hôpitaux, on se servira autant fpie possible d’individus acclimatés ou ayant eu la lièvre jaune, de nègres, comme on l’a fait à la Vera-Cruz pendant la campagne du Mexique.
La fièvre jaune u’a jamais dépassé Cordova (itOll mètres), au Mexique ; à Guadeloupe le camp Jacoh, quoitiue situé à une allitude moindre ! (550 mètres), a toujours été préservé, bien que la maladie y ait été im-
f- portée plusieurs Ibis (Dutroulau); les bauteurs Iburniroiit doilc en
; temps d’épidémie un très-précieux refuge M. Ilérenger Féraud con-
seille de disséminer les troupes dès ()ue la fièvre jaune est signalée.
Tandis (pi’il faut renouveler souvent les garnisons dans les localités dévastées par la malaria, on doit, là ou la lièvre jaune est endé- ‘ i>ii(|ue, éviter les mouvements de troupes et laisser dans les fovers
1 d infection (.eux (|ui y sont acclimates, ils y courent moins de dangers
que ceux qu’on enverrait pour les remplacer.
La prophylaxie individuelle doit se borner à éviter les excès de ,, toute SOI te et par-dessus tout les excès alcooliques; l’insolation, les
; écarts de régime, lesfatigues,sontde.s causes occasionnelles fréquentes
♦F* Laut faire connaitre à tous les intéressés.
La lièvre jaune étant une maladie essentiellement importable, il appliquer très-rigoureusement les mesures (juarantenaires, chose facile en Europe, car la fièvre jaune ne |)eut être importée que Au point de vue des mesures quarantenaires à prendre,
■ on peut distinguer sur un navire : 1° les passagers, i2“ les mareban-
^ dises, 3“ le vaisseau lui-même; il est parfaitement prouvé que
■, dans la fièvre jaune c’est surtout le vaisseau qui est à craindre; les
V passagers peuvent être admis à la libre prati(|ue, s’ils ne sont pas
malades, ceux qui sont atteints de fièvre jaune seront isolés pour plus de sécurité; il n est pas nécessaire de mettre les marchandises ^ en quarantaine, à moins que par leur nature elles ne soient essen-
;! tiellement infectables; c’est le vaisseau qui doit être désinfecté et mis
quarantaine dans un endroit isolé. On a coulé parfois en pleine r 'lier les navires avec leur cargaison ou bien on les a brtilés, c’est là
un moyen excellent sans doute, mais par trop radical. A Saint-Nazaire,
M. Mêlier fit pratiquer sur V Anne-Marie le sabordement; après cette » opération, l’eau de mer pénètre à chaque marée dans le navire, elle
’ infiltie le bois, qu il n est plus possible de sécher, et le navire est
pour longtemps une habitation trè.s-malsaine ; il vaut mieux se servir du chlorure de chaux, dont on lit usage aussi à Saint-Nazaire avec grand succès (chlorurage ascendant, descendant (M. Mêlier, loc. r<7.), ou bien promener la llamme du gaz sur toutes les parois internes du ' navire après l’avoir déchargé en prenant les précautions indiquées par M. Mêlier. *
FlfcVr.E JAUNIi.
Touf, bâtiment provenant d’un port infecté doit être tenu pour suspect, qu’il y ait eu ou non des malades à bord (1).
Traitement. — L’inelticacité du sulfate de quinine est attestée par tous les médecins qui ont eu à combattre la fièvre jaune; l’expérience a fait renoncer aussi aux saignées coup sur coup. M. Berenger beraiu s’est bien trouvé de pratiquer une large saignée au début, pendant les premières heures ipii suivent l’invasion; plus tard les emis.sions sanguines sont contre-indiquées. Dutroulau recommande, à la première période, les boissons diapborétiques, les révulsifs, l’iiuile de rien ou les lavements purgatifs, un ipéca au début lorsque les symptômes d’embarras gastrique sont très-prononcés; l’émétiiiue provoque quelquefois les vomissements noirs, il doit être rejeté du traitement de la fièvre jaune. M. Bérenger Féraud préconise ; 1“ les purgatifs, 2“ les bains tièdes excitants; 3» des rubéfiants (sinapismes, vésicatoires).
« A la Vera-Griiz, le spécifique adopté contre la fièvre jaune a etc d’abord l’huile d’olive mélangée au suc de citron; c’est maintenant l’huile de ricin pure ou mélangée aussi au suc de citron; l huile de ricin a passé delà pratique des médecins à celle des commères et est maintenant d’un usage à peu près général. » (Crouillebois, op. ciL) Les purgatifs répétés ont donné de bons résultats à la \era Lruz pendant l’épidémie de 18G2; à l’hôpital de la marine on prescrivait aux malades ; diète, huile de ricin GO-''; eau froide sur la tetc; frictions fréquentes sur les reins et les membres inférieurs avec le baume opodeldocb, sinapismes promenés sur les membres inférieurs, tisanes diapborétiques chaudes; les résultats ont été très-salisfaisaiits (Crouillebois). J. Metcalf recommande les affusions froides pendant la période fébrile.
A la deuxième période, la glace, les boissons effervescentes, seront prescrites contre les vomissements; le froid, les acides, le percblorure de fer, contre les hémorrhagies; levin, le quinquina, les révulsifs, contre l’adynamie ; c’est surtout pendant la première période que la médication doit être active, c’est alors seulement qu’elle est vraiment
efficace.
(1) Voy. Métier, op. cit.; — L. Colin, art. Qu.vrantaines médic. — A. Proust, Essai sur rhijyiéne inlematioiiale. Eéraucl, loc. cil.
, Diction, encijclop. des sc.
Paris, 1873; — Béraii-er
CflAPfTRE XI