‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 62 sur 129 · MALADIES TYPHOÏDES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

MALADIES TYPHOÏDES EN GÉNÉRAL

son qu’il s’agit toujours des lièvres rémittentes et des formes pernicieuses de l’impaludisme.

Le typhus a-t-il régné dans les armées des Grecs et des Romains? Les pestes d’Athènes (430 à 4:25 avant J. -G.), de Sicile (395 avant , J.-C.), sont pour Ilaeser des épidémies de typhus; nous aurons plus

I lard l’occasion de traiter cette question do pathologie historique j (voy. grandes épidémies, peste aniigue), mais nous pouvons dire dès à présent (jue les descriptions de Thucydide et de Diodore s’appliquent fort mal au ty|)hus e.xanthématique. Un passage de Végèce semble se rapporter au.\ conditions (pii engendrent le typhus dans les armées : Si diiiliusin üsdeni locis multum mulliludo consistât, aere corrupto perniciosissimns nascitur niorbus gnem prohibere aliter non potesl nisi freqnenti mutatione castrorum (l).

Celte absence de documents précis sur les maladies typhoïdes dans l’antiquité prouve qu’elles étaient rares sous le beau ciel de la Grèce ou de l’Italie, mais il ne faut pas se presser d’en conclure que ce sont des maladies nouvelles; les civilisations grecque et romaine n’éclairaient de leur llamheau qu’un petit coindu globe, tout le reste était plongé dans les ténèbres, et nous n’avons aucune idée des maladies qui régnaient sur les barbares, comme on disait à Rome.

Au moyeu âge et même à l’époque de la renaissance, on se cou lente de commenter Hippocrate et Galien, on s’etTorce, entreprise absurde, d’appliquer les descriptions de ces maîtres au.v maladies d’un autre climat; tout n’est que confusion, l’observation est délaissée, au lieu d'étudier la nature, les médecins se livrent à de frivoles discussions et bâtissent système sur système, de là le vide de cette longue période, vide qu’il faut presque toujours constater quand on bût riiistorique d’une maladie.

Le typhus apparaît en Italie au moment où les épidémies de peste 1 deviennent plus rares en Europe ; quelques auteurs ont voulu voir

l dans ce fait plus qu’une coïncidence, ils ont dit que la peste s’était

transformée et ([u’en se dédoublant elle avait enfanté le typhus et la

i fièvre typhoïde, le premier représentant les manifestations extérieures de la peste, tandis que la fièvre typhoïde correspondait à « ses localisations sur l’appareil lymphatique. Cette ingénieuse théorie

' est en complet désaccord avec les idées que nous avons sur la spé-

cificité des maladies; les faits lui donnent du reste le démenti le ' plus formel. La peste n’a pas disparu sans retour, et lorsqu’elle

i se montre (épidémies de Renghazi, de Mésopotamie, du Turkestan),

c’est avec tous ses caractères d’autrefois. La peste ne s’est pas ’dé-

(I) De re militari, lit, 2. Quemadmoditm sanitas (jubernelur exercilus.

doublée eu lyplius et eu lièvre typhoïde, mais il est certain qu’eu disparaissant elle a laissé le clianip plus libre à ces maladies jusqu’alurs restreintes dans leui' développement. Tel est le triste sort de riiumanité ; lorsqu’une maladie disparaît, c’est pour l'aire place cà une autre; on meurt du typhus ou de la fièvre typlioïde, au lieu de mourir de la peste; le résultat est le même.

C’est Cracastor qui le premier décrit bien le typhus exanthématique (1), il l’étudie à Vérone, sa ville natale, mais la maladie s’étend à toute l’Italie (15:24-1530) et ravage en particulier l’armée de Lautrec devant Naples assiégée (1528). Dans la deuxième moitié du xvi“ siècle, la France, les Pays-Bas, sont atteints, puis de nouveau l’ilalie. En 1557 une violente épidémie règne à Angouléme, Bordeaux, la Uoclielle; Coyttard, qui la décrit, paraît avoir observé un mélange de typhus et de fièvre typhoïde. En 15()3 les Anglais assiégés au Havre sont atteints de fièvre maligne et la transportent en Angleterre; en 1508 Paulmier observe une épidémie à Paris; en 1582 une nouvelle épidémie sévit à la Rochelle ; Poupart dans la description (ju’il nous en a laissée blâme les médecins qui confondent la fièvre pestilentielle avec la vraie peste (2).

Dès le XVII® siècle le typhus paraît s’attacher plus spécialement aux armées, il est décrit par Jordanus et la plupart des médecins militaires, mais la plus grande confusion continue de régner; avec le véritable typhus, le typhus pétéchial, on confond hon nomhre d’autres maladies, la fièvre typhoïde en particulier; môme confusion au xviii® et au commencement du xix® siècle.

En 1829 Louis tire du chaos des maladies typhoïdes une espèce morbide méconnue jusque-là ; la fièvre ty|)hoïde, si bien caractérisée par les lésions anatomiques dont il fait ressortir l’importance (3). C’était un grand pas; il était difficile aux médecins français d’aller plus loin, le typhus avait disparu de France pour se cantonner en Angleterre, en Silésie, en Pologne, ou, s’il apparaissait chez nous, c’était seulement à l’état de petites épidémies dans les bagues et dans les prisons (bagne de Toulon, 1829, 18i3, 1845; prison de Reims, 1839, etc.).

En 1837 l’Académie de médecine mit au concours la question de l’identité ou de la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde;

(1) De morhis conlagiosis. Vcnct., 1555.

(2) ILicscr, Lehrhuch (1er Geschiclite der Medicin und der epidemisch en Kranlili. léiia, 1851-1853.

(3) Louis, Recherches anat.-paUi. et Ihérap. sur la maladie connue sons le nom de lièvre hjphoïde. Paris, 182‘J.

MALADIES TYPHOÏDES EN OÉNÉRAL. 2“2:i

les mémoires de Gaultier de Claubry (1) et iMoiitault (“2), qui coiicluaieul : le premier, à l’identité, le deuxième à la nou-ideiitité, furent également couronnés; l’Académie refusait de se prononcer, et avec raison, car 1a cause ii’étaitpas suffisamment entendue.

Les médecins anglais, observant dans les mêmes villes, dans les mêmes bôpitaux, le typhus et la fièvre typhoïde, étaient très-bien placés pour juger la question : Graves, Jenner, i\lurcbison, ont continué l’œuvre de Louis.

Graves à Dublin avait rarement l’occasion de rencontrer la fièvre typhoïde; plusieurs passages de ses belles leçons cliniques (3) sur le typhus prouvent (pi’il ne confondait nullement ces deux maladies.

A riiùpital des fiévreux de Londres, .lenner observait en même temps le typhus, la fièvre typhoïde et la fièvre récurrente; aussi a-t-il pu comparer ces maladies et démontrer qu’elles diflereiit au point de vue symptomaticpie et anatomique aussi bien qu’au point de vue étiologique (4).

L’épidémie de Silésie et de Bohême (1847-1848) fournit aux médecins allemands l’occasion d’étudier le typhus; le typhus de Silésie s’accompagnait d’une éruption morbilliforme si abondante, (pie plusieurs observateurs purent croire tout d’abord à des rougeoles anomales. L’absence de lésions intestinales fut constatée, on reconnut qu’il s’agissait d’une maladie distincte de la fièvre typhoïde; malheureusement le mot typhus fut conservé pour désigner le genre, les auteurs allemands donnèrent cà la fièvre typhoïde le nom d’iléo-typhus, de là une confusion regrettable qui persiste encore.

En 1834 Forget décrivait une petite épidémie de typhus et insistait sur les caractères dilTérentiels de cette maladie et de la fièvre typhoïde (5) (é[)idémie delà prison de Strasbourg); ce travail n’eut pas de retentissement; les grands enseignements de la guerre de Crimée étaient nécessaires pour ruiner la doctrine de l’identité, qui comptait alors en France beaucoup plus de partisans que d’adversaires. Quelques auteurs français avaient cependant adopté dès lors les doctrines anglaises, et parmi eux je me plais à citer Boudin, qui dans son traité de géographie et de statistique médicales expose les idées de Jenuer et sépare complètement le typhus de la fièvre typhoïde. Quel-

(1) Mémoires de l’Acad. de médecine, 1838, t. VIII, p. 1.

(2) Mémoires de l’Acad. de méd., 1838, t. VH, p. 6U7.

(3i Graves, Leçons cUntques, Iradiicl., t. I, p. 1Ü7.

pl) De la non-idenlilé du lijplius el île la lièvre tijplioide, par Jenner, trailurt. de Verhaeg(!. Drnxellos, 18r>2.

(Iji Forget, l'reuves cUniqnes de la non-idenlilé du lijplius et de la fièvre hjphdide {Acad, des sciences, 9 octobre 18.')4j.

ques médecins défemlaienl une opinion mixte dont l’origine première remonte à Louis : pour eux la fièvre lyplioide ne dilVérait pas du typims des camps, mais elle était distincte du typhus lever des Anglais (1).

Tel était l’état de la question au début de la guerre d’Ürient; nous ferons plus tard l’iiistoire du typhus de Crimée, qu’il nous suffise de dire ici qu’après l’hiver de 1855-56 ])resquetous les médecins militaires français proclamaient la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde; les écrits de Laudens, Scrive, M. Lévy, Tholozan, F. Jacquot, sont unanimes sur ce point.

L’armée revenant d’Orient importa le typhus à Marseille et en plein Paris, au Val-de-Cràce, ou par une honne fortune scientifique snigulièie la maladie venait mourir, si j’ose ainsi dire, en se soumettant cà l’examen do nos maîtres. M. le professeur Godelier a décrit avec une précision et une concision admirables cette petite épidémie du Valde-Grace; comme les médecins do Crimée, il conchd que le typhus est une entité morbide bien différente de la fièvre typhoïde, et il démontre de plus que le typhus de Crimée est identique au typhus des Anglais, aussi bien qu’au typhus pétécliial de Borsieri et de Ilildenbrand (:2).

La plupart des observateurs reconnaissent aujourd’hui (pie la fièvre typhoïde, le typhus exanthématique et la fièvre récurrente sont des maladies différentes, quoique voisines; les partisans de l’identité, à la tète desquels se placentMM. Cazalas etMagnus Huss, voient de jour en jour s’éclaircir leurs rangs; nous discuterons avec plus de fruit les faits sur lesquels ils s appuient, quand nous aurons étudié séparément la fièvre typhoïde et le typhus.

FIÈVRE TYPHOÏDE

La fièvre typhoïde est une des maladies les plus fré([iienles chez le soldat; les recherches de mon père ont bien fait ressortir l’importance de cette cause de mortalité dans l’armée française pour la période comprise de 18. 12 a 1850. « La fièvre typhoïde, ipiicompte dans la population civile 12f décès sur 1000 à Genève, 150 en Angleterre, en moyenne 1.17, atteint dans 1 armée le chiffre 2.50, soit (pi’eiulémi- <pie comme a Paris, ou de petites épidémies s’ajoutent les unes aux antres comme les anneaux d’une chaîne, elle présente une moyenne

(1) Nallcïx, (înhle du næd. pral.

(2) Mémoire, sur te lijplius observé au I al-de-Grdce du mois de janvier au mois de mai 18r)(i {Gaielle méd. de ibiris, 1856;.

inÈVItli TYl'HOÏDK

annuelle à peu près constanle; soit que se proiluisanl à des intervalles variables dans les petites garnisons, elle einprunle à la rapidité (le ses coups, à la durée de son règne les caractères d’une petite épidémie allant ainsi, dans les variations extrêmes, de 0 décès à üOO sur 1000(1). »

Les variations annuelles oscillent, pour Paris(do 183^ à 1859), entre 45 et [“^O décès par fièvre typhoïde sur 1000 décès généraux; pour Metz (période comprise de 1840 à 1850), entre 70 et 340; pour Lunéville (période comprise do 185^ à 185G), entre 31:2 et 090.

D’après la statisti(jue médicale de rarmée, la fièvre typhoïde vient après la tuhercidose parmi les causes les plus l’réipientes des décès. Si l’on compare, comme l’a t’ait mon père, le cliitï're des décès par

fièvre typhoïde :

i celui des décès généraux

, on trouve :

Pour 1803

214 décès par lièvre typhoïde

sur lOUÜ décès généraux

Ce qui donne pour cette période une moyenne do 190 décès par fièvre typhoïde sur 1000 décès généraux, de beaucoup inlérieure à celle de 259 adoptée par mon père; il est vrai de dire (pie ce dernier chiirre avait été obtenu en ne tenant compte ipie des grandes villes (Paris, Metz, Lille, etc.), où la fièvre typhoïde est particulièrement fréquente, tandis ipie la statistique officielle porte sur toute l’armée; il n’y a donc [las de conclusion à tirer de chilTres qui ne sont pas rigoureusement comparables

La statistique nous fournit les chiffres plus précis de la mortalité par rapport à l’elfectil :

1863 Mortalité moyenne par lièvre typlio'ùle •. 1,83 sur lüOü lioin.

iStiU

Moyenne

(1) L. Laveran, Recherches sur les causes de la mortalité de l’armee servant à l'Intérieur, toc. cil.

A. LAVF.n.AX.

MALAltlES ET Él'IDÉMIES DES ARMÉES.

Le séjour ortlinaire de l’armée dans les villes e.xpliqne en parlie la fréquence de la fièvre typhoïde chez le soldat. D’après Dondin (1), la fièvre typhoïde donne on Angleterre pour lüüÛ hahitanîs;

0,9 i décès dans les campagnes; l,4() décès dans les villes.

Tous les jeunes gens (pie leurs études appellent de la province dans les grands centres sont sujets à contracter la fièvre typhoïde comme les conscrits (|ui ipiiltent leurs villages pour les casernes des grandes villes, il n’y a là rien de hien spécial à l’armée; l’état d’encomhrement presipie inséparable de la vie mililaire favorise la contagion et le dévelopiiement épidémiipie de la fièvre typhoïde.

Ce sont les jeunes soldats qui payent le plus lourd tribut; à :21 ans l’homme jouit encore, comme l’ailolescent, d’une prédisposition marquée pour la fièvre typhoïde; sur üOi militaires morts de fièvre typhoïde, mon père a trouvé 337 hommes âgés de 20 à 2f ans, 107 seulement au-dessus.

La statisti([ue pour 1 8G9 donne la répartition suivante de la mortalité par fièvre typhoïde d’a|irès la durée du service (2) :

Hommes ayant moins d’un an de service 206 décès.

— de 1 à 3 ans 40.") —

— de 3 à 5 ans 224 —

— de .') à 7 ans 51 —

— de 7 à 10 ans 2t —

— de 10 à 14 ans 18 —

— plus de 14 9 —

Le tableau suivant des décès de fièvre typhoïde pendant les trois années 18G4, 18G5, 18GG montre hien la prédisposition des jeunes soldats pour la fièvre typhoïde (3); il est très-intéressant à comparer au tableau analogue dressé pour la tuberculose (voy. luherculose), dans lequel la progression est inverse.

(1) Etat sanitaire et mortalité des armées de terre et de mer (Loc. cit.).

(2) Statistique niéd. de l'armée, 1869, p. 254.

(3) Statistique méd. de Vannée, 1866, p. 48.

FIÈVRli TYPHOÏDE.

DUnÉE DU SEUVICE.

EFFECTIF annuel moyen .

NO.MlîlîE lies décès ISlH-GS-tiO.

MOYE.NNE annnell ' (les décès.

PIlOPOlvriON

jionr

1000 hommes .

Sous-officiers et soldats ayant moins d’un an

De 1 à 3 ans

De 3 à 5

De 5 à 7

De 7 à 10

De 10 à 14

Plus de 14

Les corps dans lesquels l’âge moyen est le pins élevé (garde de Paris, aiijourd’luii garde républicaine) ont natnrcllcnient la plus faible mortalité par fièvre typhoïde, tandis que les infirmiers, plus exposés à la contagion, ont un chiffre de décès par cette cause supérieur à la moyenne. C’est ce ([ui ressort des chiffres suivants empruntés au mémoire de mon père ;

Garnison de Paris... 274 décès par fièvre typhoïde sur lOOÜ décès gén. Garnison de Metz... 208 —

Principales garnis . . 259 —

Garde de Paris 114 —

Infirmiers milit. . . . 397 —

Les influences saisonnières n ont pas une hien grande prise sur la fièvre typhoïde, les épidémies se développent en toute saison. Les 2743 décès relevés par mon père se répartissent ainsi qu’il suit (mém.

cité) :

Janvier 185

Février 228

Mars 2fi5

Avril 200

Mai 205

Juin 245

Juillet 228

.Août 298

Se|)tembi’e 293

Octobre 232

Novembre 192

Décembre 172

Total 2743

Les mois les plus chargés sont ceux d’août et de seplemhre; Marc d’Espine a trouvé que l’ordre des saisons pour la fréquence de la fièvre typhoïde était le suivant : automne, hiver, été, printemps; à

Londres (Mnrchison), à Zurich (rtricsiiiger), (hms l’Ariicriqne du Nord (Barücll, Flint), raiilomne est aussi rê[)0(ine à la(iuel!c la fièvre ly[)hoide règne avec le plus de rrcqucnce. En 187:2, la inorlalilé par fièvre typhoïde s’est repartie ainsi (pi’il suit (stalistique olficielle) :

Irr trimestre :

182 décès par fièvre

typliüïde. 20 0 0 des

Celte répartition par trimestre ne correspond pas tà la réparlilion par saison, il n’y a pas de conclusion ii en tirer.

La fièvre lyphoùle prend souvent la fbrnie épidémique dans l’armée ; tantôt elh' se localise à une caserne, ou même à une partie d’une caserne, tantôt et jilus souvent elle atteint tons les corps faisant partie d’une même garnison. L’énumération de ces petites épiilémies serait longue si nous voulions remonter jnsipi’à colle qui régna en 1820 à la Flèche, on à celle de Vendôme décrite jiar le docteur Geiulron (1); l’histoire hanale de chacune de ces petites épidémies iirésentorait peu d’intérêt, nous nous contenterons de citer ((uelques e.vemples pris dans l’histoire de ces dernières années.

En 1808, la lièvre typhoido règne épidémiquemeni dans plusieurs garnisons, notamment dans celle de Metz; M. P. Molard, ipii décrit celte épidémie, accuse l’cncomliremenl momentané produit par l’angmenlalion de l’effectif de la garnison (2). En 1800, la lièvre lyphoide donne lieu à bon nombre de petites épidémies locales, comme l’attestent les cbilTres de mortalité très-élevés pour certains corps ; le 48“ de ligne à Marseille a 27 décès par fièvre lyphoide (12 pour lOOU); le 52“ de ligne à Perpignan, 22 décès (10 pour 1000); le 87“ à Monl[)ellier, 28 décès (13 pour 1000); le 100' à Clermont, 20(11 pour 1000); le 19“ d’artillerie à Valence, 10 (8 pour 1000), et le 15“ bataillon de cbasseurs à pied, 9,11 pour 1000 (3). M. Widal à Maubeuge (1809) décrit une petite épidémie remarquable par sa localisation (4). La même année, la fièvre typhoïde règne à Paris sur les troupes caseriiées au Prince-Eugène, à la Nouvelle-France et tà la Courtillc : celte épiilémie commence au mois de septembre sur des régiments qui rentrent du camp de Saint- Maur, et persiste pendant les mois d’octobre, de novembre et de décembre; à côté de cas très-graves on observe un assez grand nombre de fébricules typhoïdes, la maladie prend dans l’bôpital militaire

(1) Ozanain, 0/e cit., t. III, p. 276.

(2) Ilecueil rném. de méd. miülaire, septembre 186!).

(3) Slalislique. officielle de l’année pour 1860, p 47.

(4) Rec. niém. de rnéd. militah'e, décembre 1870.

FIËyilE TYPHOÏDE.

Saiiü-Martiii im caractère contagieux manifeste, |)lusicurs cas intérieurs se développent cliez des malades entrés pour d’autres affections et chez des infirmiers, si bien que l’on doit isoler les typhoïdes.

En 1870, pendant le siège de Metz, la fièvi'e typhoïde sévit avec intensité sur nos soldats; à l’hôpital de la caserne Cliamhière, je traite un très-grand nombre de malades atteints de lièvre typhoïde, et tons les antres services en sont également encombrés. Ces lièvres trèsbien caractérisées étaient remaniuahles seulement par l’adynamie profonde où tombaient les malades, cela s'explique de reste par les causes d’affaiblissement (jui minaient alors l’arniéé de Metz.

Au mois de juillet 1871, la fièvre ly[)boïtle éclate, à Paris peu de temps après la chute de la commune; tous les cor|)s fournissent de nombreux malades, sauf les sapeurs-pompiers, qui, n’ayant pas quitté Paris, u’oiil pas besoin de se réacclimater et qui comptent peu de jeunes soldats, tandis que les aulrcs corps en renferment un grand nombre. {Noies inédiles.)

Du mois de février au mois de mai 1873, la fièvre typhoïde est épidémique parmi les troupes du camp de Satory; la maladie atteint son maximum d’intensité au mois d’avril. Les formes abortives étaient fré(pientes, si bien qu’à l’ambulance de Jouy en Josas la mortalité ne fut ipie de i,^2 pour 100, à Piambouillet, de 11 pour 100; dans tous les cas mortels l’aphonie était complète pendant les derniers jours, et à l’autopsie on trouvait des ulcérations laryngées, ainsique des altéra lions intestinales très-étendues; la forme spinale fut observée dans quelques ciis.

Mon ami le docteur Viry, auquel j’emprunte ces détails (1), fait jouer un grand rôle à l’infeclion et à l’encombrenienl comme causes de cette épidémie; le plateau de Satory avait servi à de nombreuses exécutions, et le iloctcur Richard pense que rinfeclion du sol par les cadavres a contribué au développement du miasme typhoïde. {Comnutnic. orale.)

En 187i, lors de l’épidémie de fièvre typhoïde de Lyon, la maladie s’étend de la population civile, d'abord atteinte, à l’armée, et l’immense quartier de la Part-Dieu est un des |)lus éprouvés.

La même année, vers la fin du mois de juillet, une épidémie de fièvre typhoïde se déclare parmi les troiqies casernées au fort de \incennes et prend dès les premiers jours un tel développement qu’on esl obligé d’évacuer le fort, ce qui met fin à l’épidémie.

Mon collègue et ami le docteur Barfliélemv a bien voulu me commu-

M) Quelques considérations sur l'Iujqièjie des canips permanents (Tribune médicale, numéri) ilu 3 mai 187i).

no

niquer les rcnseignenicnls .suivatils .sur une épidémie de fièvre typhoïde qui a régné pendant l’été de 1871 dans la caserne de Gasscras à Monlauban. Celle casenie, située siir la rive gauche du Tarn, renlèrinail, au moment où l’épidémie commença, le 8® hataillon et le dépôt du '^0° de ligne, une compagnie du i l® régiment d’inlanleric el un escadron du train des équipages; de plus, on venait de recevoir un grand nombre do jeunes soldats de la 2® portion du contingent (I®® juillet 1871), d’où un surcroît d’encombrement; les salles mal aérées étaient infectées par les émanations provenant de lieux d’aisances dont l’installation était très-défectueuse. Le premier cas de lièvre lyphoidc se déclara le 8 août; dans l’espace de deux mois, 220 hommes ('uviron furent atteints et 85 succombèrent. L’épidémie ii’atleiguit pas la population civile du faubourg de Yillebourbon, où se trouve la caserne ilc Casseras, ce qui montre qu’il faut chercher dans des circonstances locales la cause de la maladie. L’encombrement et l’infection produite par les lieux d’aisances ont joué très-probablement un rôle important dans l’éclosion de la fièvre ly|)hoïde, qui une fois née chez des sujets (jui peut-être y étaient prédisposés, s’est ensuite répandue par contagion même après l’évacuation des locaux infectés; l’arrivée d’un grand nombre de jeunes soldats était bien propre à faciliter l’extension de la maladie.

Dès le début de l’épidémie, le médecin-major du 20® de ligne avait proposé d’évacuer la caserne et de faire camper les troupes en dehors de la ville; on se contenta de demi-mesures: les lieux d’aisances furent modifiés, on évacua les chambrées, mais au lieu d’aller camper on dehors de la ville, on dressa les tentes non loin des lieux d’aisances qui avaient été une des causes d’infection ; la fièvre typhoïde continua de sévir avec une grande intensité. Au mois de septembre, on se décida à aller occuper le camp de Pomponne, cà quelque distance de Monlauban; celte mesure tardive ne produisit pas les résultats favorables qu’on eût pu en attendre si elle avait été prise au début de l’épidémie, trop de soldats avaient emporté au camp les germes de la fièvre typhoïde. L’épidémie disparut au commencement d’octobre avec les premiers froids.

Après les granlles manenuvres d'automne, la fièvre typhoïde s’csl montrée avec une assez grande fréipience sur les troupes de la garnison de Versailles en 187 f; le mauvais temps avait obligé les hommes à s’enfermer sous leurs petites lentes, (jui s’étaient rapidement infectées; les fatigues peuvent aussi avoir agi comme cause prédisposante; les délachcments qui n’avaient pas pris part aux manreuvres ne furent pas atteints, ou le furent du moins dans une proportion beaucoup plus faible.

FlfcVHF. TYlMlOim;.

Vers la même épo(|uc, une pelile épidémie éclalait à Fonlainchleau sur des troupes du géide; comme à Yiiicenues, on (il évacuer rapidemeid la caserne et l’épidémie s’arrêta.

Dans l’armée belge, les épidémies de (lèvre typboïde sont aussi communes (pie clii'z nous; il sulïU pour s’en convaincre de teuilleler les archives belges de médecine militaire.

l^a maladie peut se localiser dans un seul bâtiment (épidémies observées par iMM. ^Yidal à Maubeuge, Uégnier a Courbevoie); ces épidémies de casernes, de maisons, ont attiré dans ces derniers temps l’attenlion des observateurs, mais il y a longtemps (pi’elles ont été signalées. Dès !8D),M. le docteur Gaslé notait à Metz ce caractère de la (lèvre Ivpbo'ide, et M. le docteur Dut’our([ rappelait I bistoire d une petite épidémie' ipii, eu 18i!2, avait frappé 18 personnes a Metz dans une mémo maison située rue Yincent-Uue, n® 9 (I). Sur itK? cas de fièvre typhoïde traités par Criesinger à l’Iiôpital de Zurich, il y en eut 1.15 pour lescpiels il fut constaté ipie les malades venaient de maisons ou plusieurs individus étaient atteints. « D’une seule maison nous eu reçûmes même 13; de deux, 7; d’une antre, (l; d’une, troisième, 4; d’une autre enfin, 3. Dans une fabriipie des environs de Zurich, sur près de trente ouvrières qui habitaient ensemble, vingt tombèrent malades; dans une maison située près de la ville, sur t21 habitants, 14 furent atteints et 7 moururent; sur 9 tilles de fabriipie ipii ne dormaient pas dans une même maison, mais qui y travaillaient tout le jour, 7 furent atteintes; un étranger cpii visita une malade dans cette maison et qui n’y resta qu’un quart d’heure fut atteint le jour suivant (2). »

Ktiologie. — La contagion de la fièvre typhoïde a été niée pendant longtemps, et de fait elle est difficile à démontrer dans les grandes villes. Mais est-il plus facile de suivre à la piste, au milieu du tourbillon humain qui s’agite dans nos grands centres, la variole ou la rougeole? Combien de varioleux peuvent dire à Paris ou et quand ils ont contracté leur maladie? Évidemlnent c’est le petit nombre, cependant personne ne conteste le caractère éminemment contagieux de la variole.

Les médecins des campagnes et des petites villes étaient bien placés pour étudier la propagation par contagion de la fièvre typhoïde; aussi, tandis que l’École de Paris niait encore la transmissibilité de la fièvre typhoïde, des médecins de [irovince, MM. Geudron et Pied-

(t) Hopporl fait à la Société médicale de la Moselle, par MM. riiibaut, Dcgotl cl Laveran Metz, 18t'J.

(2i Gricsinger, Op. cit., p. 187.

MAI-ADlIvS ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES

vaclic soilicnaioiil la doclriiie de la contagion par d’excellents argumcnls : des faits.

Pondant ciinj ou six ans M. Gendron n’olisei've pas de fièvres typlioidcs dans une petite localité; arrive do la ville voisine un individu convalescent de cette maladie, les personnes de son entourage prennent la fièvre typhoïde, ipu règne hientùt d’une i'a(,‘on épidèmiipie, les circonstances atmospliériipics et liygièniipics restant les mêmes que les années précédentes pendant lesquelles on n’avait [las observé un seul cas de cette maladie. M. Gendron remanjue ipie presque toujours plusieurs personnes sont atteintes dans la môme maison ; une fois, 10; une fois, 0; une fois, 7; 2 fois, G; 5 fois, 5; 5 fois, i; 7 fois, 3; 10 fois, 2 (1).

M. Ihedvache est témoin à Dinan de faits analogues; la fièvre typhoïde, qui est importée dans cette ville, atteint une fois 10 iiersonnes dans la même maison; une fois, 8; 2 fois, 7; 13 fois, 0; 14 fois, 5; 30 fois, 3; 4'.) fois, 2 (2).

•leu lier à Londres, Griesinger à Zurich, font remanpier de même que les typhoïdes proviennent souvent des mêmes maisons; ce fait seul ne prouve pas la contagion, attendu que les habitants d’une môme maison sont soumis aux mêmes conditions hygiéniques, exposés aux mêmes causes d’infection.

Des individus atteints de lièvre typhoïde peuvent transporter la maladie dans des localités jusipi’alors indemnes; l’exemple suivant, emprunté à A. Flint, nous a paru mériter quelques détails (3). En 1842, à North-Boston, petit village de l’Etat de NeM-Yorli, arrivait un jeune homme de l’État de Massachusetts, malade depuis plusieurs jours et atteint de fièvre typhoïde très-bien caractérisée, à laquelle il succombait après vingt-neuf jours de maladie; avant cet événement, la fièvre typhoïde était inconnue à North-Boston et dans le voisinage. Le malade fut soigné et mourut à l’auberge, où les sept familles composant toute la population du village se rendaient journellement pour se procurer le nécessaire; une seule famille, celle de Stearns, n’avait aucun rapport avec l’auberge, bien qu’elle ne demeurât qu’à 20 mètres de là. L’arrivée d’un étranger gravement malade était un fait intéressant pour tous les habitants; le jeune homme fut visité tous les jours plus ou moins souvent par les membres des diverses familles, à l’exception de la famille Stearns, brouillée avec l’aubergiste; bien entendu, les habitants de l’auberge avaient avec le malade les rap-

n) Épld. des petites IncaUtés {Journ. des conn. médic. cliir.. If» et 2» année).

(2) Mém. de l'Acad. de méd., 1850.

(3) A Flint, Résumé de recherches cliniques. Paris, 1854-.

FIEVRE TYPHOÏDE

porls les plus fréflueuls. Yiiigl-trois jours après l’arrivée de l’étranger,

2 membres de la famille de l’aubergiste avaient la fièvre lypboide et 5 autres peu aiirès. Dans toutes les familles, excepté dans celle de Stearns, il y eut des cas plus ou moins nombreux; en l’espace d’un mois, plus de la moitié des habitants Inrents atteints, puis la maladie disparut complètement.

Il faut noter ([uc A. Fliiit, professeur à l’imiversité de Louisville, ne confond nullement la lièvre typboide avec le typhus, (pi’il trace au contraire avec grand soin les caractères dilférentiels de ces deux maladies, et que chez les victimes de celte petite épidémie si intéressante il a pn constater rexislcnce des lésions intestinales caractéristiques de la lièvre typhoïde.

La transmission de la fièvre typboide n’est pas aussi facile que colle de la variole ou de la rougeole; on peut visiter sans grand danger un individu alleinl de lièvre typboide, le danger est surtout pour les personnes qui soignent les malades, qui respirent 1 aii souillé par leur respiration et par les exhalaisons des matières fécales, et encore les cas intérieurs sont-ils assez rares dans les bo|)itaux pour qu’il soit inutile d’isoler les typhoïdes, celte mesure ne devient nécessaire qu’en temps d’epiilémie. En 1870, a la caserne Cbambièie (Metz), il y avait un encombrement dé[tlorable de malades et de blessés, les fièvres typhoïdes étaient nombreuses, cependant il y eut très-peu de cas intérieurs, aucun de nous ne lut atteint, 1 exjiérience de Crimée permet de dire qu’il n en aurait pas été de même s il se fût agi du typhus.

Giell (1), Budd ("2), Murcliison (3), pensent que le contagium réside essentiellement dans les déjections intestinales, et que les malades atteints de diarrhée typhoïde peuvent Iransmellre la maladie comme ceux atteints de diarrhée prémonitoire transmettent le choléra; celle opinion, dit Griesinger (4), mérite toute considération; les linges souillés par les déjections des malades pourraient aussi êlie les agents de la dissémination. Les médecins anglais font jouer un rôle très-important aux eaux potables dans la propagation de la fièue typhoïde comme dans celle du choléra.

Quoi qu’il en soit des voies et moyens de la contagion, un fait est démontré : la fièvre typhoïde est une maladie contagieuse. Est-ce a dire quelle se transmet toujours, soit directement, soit indirectement

(1) Die Ursarhen der enterisch. Tijphm In München. Leipzig, 18Go.

(2) On lijplioid or intestinal fever (Brilish nied. Journ., 18G1).

(3) Treatise on continned fevers, 18G2.

(i) Griesinger, Up- cit., p. 183.

MALADIES ET EPIDEMIES DES AP.MEES.

<1 DD individu inalado à du individu sain, comme la variole, la sypliilis? (|u elle n est pas snsce|)liljle de se dév(‘loppcr sponlanémenl de toutes pièces, sans être engendrée par une (ièvi'e lyphuide préexislanle ! La contagiosité n exclut pas plus le développement spontané pour la lièvre typhoïde que pour le typhus, rinrection purulente, la lièvre puerpérale, l’érysipèle.

Parmi les causes susceptibles de provoquer la fièvre typhoïde il faut ranger en première ligne les émanations ipii |)roviennent de cloaques, de ruisseaux infects, d’égouts mal entretenus, etc. Toute léseive laite de la propagation par contagion, dit Murchison (o/i. cil.) et de riniluence des causes prédisposantes, la cause excitante de la mal.idie, le poison spécifique doit être recherché dans les émanations gazeuses dos égouts et des fosses d’aisances mal entretciiues; dans quehpies cas ces émanations n’agissent pas directement, elles souillent I eau des réservoirs et des fontaines, qui devient ainsi l’agent d’inlection. lîarker (1), (’iriesinger, citent des faits favorables à celte opinion, peiulaiit 1 aiiloinnede 18(34, dit Griesinger, sept personnes tombèrent malades dans une même maison après avoir été soumises pendant ciiK| jours aux émanations infectes d’un cloaiiue (op. cil., p. 193).

D après notre collègue le docteur Régnier, la fièvre typhoïde se développa dans la caserne de Gourhevoie en 1874, sous riiillnence d’un égout qui longeait les murs du casernement le plus éprouvé; de(|uatre corps de troupes caseriiés dans la même enceinte, trois jouirent d’une immunité complète, tandis qu une épidémie des jilus graves atteignait le dernier (104“ de ligne) (4).

L’épidémie du fort de Vincennes (1874) a été allrihiiée à l’ingestion et aux émanations de l’eau crou|)issante des fossés, la fièvre typhoïde cessa de régner parmi les troupes dès qu’elles eurent évacué le fort.

M. Bribosia (3) a rapporté deux épidémies observées, l’une dans un pensionnat voisin de Londres, l’autre au séminaire de Namur, éj)idémies (pii s’expliquent, dit-il, par le voisinage et la construction vicieuse d’égouts remplis d’immondices au point d’en être presque obstrués; le curage de ces égouts mit fin aux deux épidémies. A cette occasion, M. Bribosia fait remarquer que la fièvre typhoïde sévit sou-

(l) Malaria and miasinata, 1803.

f:2) ItO^'iiicr, lielalion de l'épidémie de. fièvre tiiphoide.quiréqna au 102^ à Courbevoie, du 13 août au 0 septembre 1871 (travail inétiil onvové au conseil de santé des années). — Rapport de M. le docteur E. liesnier si/r /e.v ■/n(ï/(n//e.9 régnantes (Idiion médicale, 3 février 1871).

(3) Eonnnuiiic. .A l’Acad. roy. de inéd. de Bruxelles (Bulletin, 1871, n» 4, p.3o7).

FIÈVRE TYPHOÏDE

vent h la campagne dans des localités peu considérables placées en apparence dans de très-bonnes conditions bygiéni(iiies, et que, dans ces cas, les causes locales irinfcclion ; l'iuniers, losses non étanches,elc., exijliqiienl seules l’apparition de la maladie.

Les égouts ne doivent pas faire négliger cependant la propagation de la fièvre typhoïde par contagion. M. Perroud, qui a donné dans le jAfon médical (1874) un aperçu de la fièvre typhoïde de Lyon, attribue te rôle étiologique principal à rabaissement des eaux dans le Ulnme cl la Saône et par suite dans les égouts; si l’épidémie a sévi en particulier sur les quartiers riches, c’est, dit-il, ([ue les égouts longent les princiiudes artères de la ville. On ne voit pas bien comment les égouts de nos villes modernes, si bien construits, si i)rolondeinenl placés sous le sol pavé des rues, peuvent devenir le point de départ d’émanations pernicieuses. J’étais a Lyon au moment ou celle épidémie de 1874 éclata, et il me semble qu’elle s’explique bien mieux par la coutagioii (|uc par l’abaissement des eaux du Rhône et de la Saône. La fièvre typhoïde débuta au lycée de Lyon an moment des vacances de Pâques; les élèves, dont plusieurs étaient d('ja malades, rentrèrent dans leurs familles [)our y passer leurs vacances, cl beaucoup tombèrent malades peu de jours après avoir quitté le lycée ; les premiers cas dans la population civile furent observes siu les paieuls des collégiens malades, dans bon nombre de familles plusieurs personnes furent successivement frappées. Comme les élèves dn lycée appartienucnl aux meilleures tamilles, il est tout naturel que 1 épidémie se soit localisée tout d’abord aux quartiers riches. La population militaire fut atteinte après la population civile; c’est vers le milieu d’avril (pie la fièvre ty[)boïde se montra parmi les troupes casernées à la Part-Dieu, les premiers malades ([ue j’eus à envoyer a 1 hôpital étaient des ordonnances qui logeaient en ville; dès lors les cas se multiplièrent rapidement ; an 10 mai il y avait à l’bôpital militaire 2^24 cas lie fièvre typhoïde en traitement, dont 86 très-gra\cs, Oa- giaves et 74 légers (l).

Gricsinger admet (lue l’eau d’un puits communiipianl avec des fosses d’aisances ou avec une fosse à fumier, que des aliments en décomposition peuvent être causes de la fièvre typhoïde. « L exemple le plus remanpiable de celle espèce, dit Gricsinger, est celui d Audeltiugeu dans le canton de Zurich; cim; ou six cents personnes se trouvaient dans une fête où l’on servit de la viande de veau corrompue, celles (pu en mangèrent furent alleinlcs de typhus, il y cul un liès-giand

(1) Sociélé médic. des hôp. de Paris. Séance du 22 mai 1874- Note lue par M. E. Besnier.

î'IAF.ADIKS et ËPlDl'MIES DES ARMËES.

nombre de febrienla et im grand nombre de fièvres lyplioïdes assez gia\cs (jiii cillent la vcrificalion de 1 autopsie » (1). .le n’anrais pas lappoitc ce (ait singulier si Griesingcr ne lui avait [las prêté la grande autorité de son nom.

Le docteur V. (nmtliier a communiqué le l'ait snivant à la société médicale de Genève ("2) : an mois de juin IHTS, quatorze personnes dinent dans une maison de campagne située sur la rive droite du lac Léman, près de Itolle, et boivent de l’eau souillée (larla présence de matières organiipies provenantd’nn l'umier; sur ces (piatorzepersonncs, neiil soi.l prises de lièvre ty|)lio'iile peu de temps après ce dincr; M. (laiitlner n hésite pas à attribuer cette petite épidémie à la mau- \aise qualité de I eau. La conclusion de M. Gautliier est passible de quelques objections, et ce fait intéressant est bien loin d’être complètement dénionstratir.

11 y a évidemment encore plus d’uneinconnue dans celte question; les laits jirécédents tendent à montrer que des foyers locaux d’infection peuvent être l’occasion d’épidémies de fièvre ty|)lioïde; pourquoi donc les émanations des losses d’aisances ou des matières animales en décompoiîition ne produisent-elles pas la fièvre typhoïde chez les vidangeurs et les équarisseurs qui s’y exposent pins que personne? IV 1 ent-Duclialelet a constaté (3) que ces hommes jouissent souvent d’une véritable immunité quand la fièvre typhoïde règne épidéiniquement. Faut-il admetlre avec Gricsinger (op.cil, p. 194) qu’ilyachez eux accoutumance, (jiie 1 organisme familiarisé avec les émanations putrides devient réfractaire au poison? Du moins devrait-on observer la fièvre typhoïde avec unegrande fréquence chezles individus qui ont embrassé depuis peu les professions dont nous parlons; or, il n’en est rien.

La putréfaction animale, les émanations provenant d’égouts, de fossés mal curés, ou de fosses d’aisances mal entretenues, ])euventelles créer de tontes pièces la fièvre typhoïde, comme le pensent Murchison et Griesingcr, ou bien les foyers inlectieiix sout-iissiinpiement le réceptacle des germes spéciliipics, et leur rôle se borne-t-il à oiïrir à ces germes un milieu favoralde?

« Dans la généralité des cas, dit M. le professeur L. Colin, les foyers de décomposition animale nous paraissent plutôt agir en sollicitant l’affection, en y prédisposant qu’en la transmettant ou la constituant de toutes pièces (4). »

(1) SchtnitU'.i Jahrbücher, 18tl. Danrt, XXXI, p 3i. (Griesingcr, Op.cil., p. 193.)

(2) Gazelle hebdomadaire, 25 septi'inbre 1871.

(3) Dea chantiers d'é(iuarrissa(ie de la rille de Paris (Ann. d’hyg. puhi. et de méd. légale, 1832; i™ série, I. Vlll, p. 5).

li) Ann. d’Injg. piibl. et de méd lég., janvier 1875, I. XUII, p 92.

FIËVRE TYPIIOÏOE.

Evidemment ce ne sont pas les émanations putrides elles-mêmes I (pii produisent la fièvre typhoïde, ce n’esi ni rammonia(|ue, ni le gaz I hydrogène sulfuré ; mais les partisans de la spontanéité peuvent pré- L tendre que dans les foyers d’infection il se forme des germes, des ferments, ipii ;ï leur tour agissent sur l’organisme humain. C’est là la seule manière de comprendre la spontanéité de la fièvre typhoïde et le rôle des matières animales en putréfaction. La discussion entre les contagionisles et les spontanéistes n’est [>as encore close, de nouvelles observations sont nécessaires, mais dès à présent deux faits sont démontrés : 1" la fièvre typhoïde est contagieuse; 2® les foyers locaux d’infection favorisent le développement épidémique de la maladie.

. A cela se résume ce que nous savons de certain louchant l’étiologie de la fièvre typhoïde; nous devons cependant consacrer quelques lignes à la théorie défendue par Pcltenkofer dans ces dernières années.

D’après l’ettenkolèr, les eaux potables ne jouent pas dans l’étiologie de la fièvre typhoïde le grand rôle qui leur a été attribué par les auteurs anglais, c’est la nature du sol qui est l’élément important à considérer (1 ); quand les résidus organiques enfouis dans le sol sont baignés par les nappes d’eau souterraines, la putréfaction s’arrête et ces matières jouissent d’une innocuité parfaite ; au contraire, quand la nappe d’eau baisse et met à nu les débris organiipies, la putréfaction devient très-active et le miasme filtre au travers des couches superficielles du sol jusque dans les maisons; plus le sol est poreux, perméable, plus il laisse passer avec facilité les émanations délétères qui sont arrêtées par un sol dur et argileux; c’est en somme la théoriedes marais souterrains appliquée à la fièvre typhoïde. Quelques faits témoignent en faveur de celte hypotbèse ; de 1850 à 1807,1e nombre des fièvres typhoïdes à Munich a toujours augmenté avec l’abaissement de la nappe d’eau souterraine, c’est cette observation qui a servi de base à la théorie de Petlcnkofer; .lessen à Kiel, Thomas à Leipsig, Van der Corput àBruxellcs (2) (1809) ont noté des faits analogues.

La doctrine allemande, qui donne le grand rôle à la nature du sol,

I à son plus ou moins de perméabilité, ne me semble pas du reste contradictoire à la théorie anglaise de l’infection par les eaux potables (3).

(1) Zcilfich. f. Biol., t. IV et V.

(2) Ue iélioloijie de la fièvre typhoïde, par Marliny (Arch. belges de méd. mililaire, 1871, t. XIV, p. 87.)

(3) Med. Times ami Ganetle, 1870, p. 1028.

Ne peiit-011 pas admellrc (pie suivant les cas il faut accuser les eaux ou le sol? que h? miasme peut souiller les eaux, être absorbé par les voies digestives, ou se répandre dans l’air et s’introduire par les voies respiratoires? que lîucbanan n’a pas toujours raison et que Pcttenkoler n’a pas toujours tort? Cette théorie éclectique est la seule, du reste, (|ui s’accorde avec tous les laits connus.

Outre les causes d’infection exlernes, ipiebpies auteurs, Sticb en particulier, admettent des causes d’infection inlernes. Le contenu de l’intestin, l’cxlialation pulmonaire pourraient devenir le point de départ d’un empoisonnement autogénique, et nous porterions toujours avec nous une cause de maladie et de mort; à l’état normal, les produits putrides seraient rapidement neutralisés on éliminés, et ils ne deviendraient nuisibles (pie sous l’inlluence de causes perturbatrices capables d’augmenter leur absorption ou d’empêcber leur élimination; cette ingénieuse théorie ne repose sur aucun fait précis (1).

Formes, fébricule typhoïde. — La marebe de la fièvre typhoïde, sa symptomatologie, sont parfaitement connues, je me bornerai à dire quelques mots de la thermométrie et à établir l’existence des formes abortives qui aujourd’hui encore est contestée par quelques observateurs.

D’après Wunderlich, la fièvre typhoïde se présente sous deux types principaux : dans le premier la fièvre dure trois semaines environ, dans le second la période de défervescence est précédée d’un stade assez long, de grande intensité fébrile et d’oscillations tliermi(pies étendues, la maladie se prolonge pendant quatre ou huit septénaires. Ces deux modes d’évolution correspondent (Wunderlich) aux lésions anatomiques : la forme brève se présentant dans les cas où il n’y a dans l’intestin que des plaques molles, l’autre, au contraire, dans les cas où les plaques de Peyer sont conlluentes et infiltrées de dépôts abondants; dans la forme brève la régression est facile, dans l’autre l’élimination des exsudais est suivie d’ulcérations dont la guérison peut être plus ou moins lente (2).

Ilamernyk (3) distingue une phase d’évolution des lésions intestinales, une phase d’élimination, de suppuration, à peu près comme dans la variole, et cette division a été adoptée par un grand nombre d’observateurs.

Wunderlich et Ilamernyk font évidemment jouer un rôle trop important aux lésions intestinales; l’intensité, la durée de la fièvre, ne

(1) Charité amwlen, 1853, 2 Ilcft. (Giïesingcr, Op. cil., p. J95.)

(2) Wunctciïicli, De la température daufi les maladies.

(3) llanieniyk, Frayer Vierteljulirschrift. Baïut X,

l’iEVUE TYI’llOÏDE.

;i sont pas en rapport direct avec le nombre des plaques ulcérées; l’au- I topsie ne révèb; souvent que des lésions très-peu considérables : trois , ou quatre phupies de l'eyer ulcérées, parfois une seule, qui n’expli- I qnent ni la grande élévation de la température, ni la mort; c’est pré- I cisément ce défaut de rapport entre les lésions anatomiques et la I fièvre qui a fait rejeter l’idée d’une entérite folliculeuse.

Ce qu’il y a de vrai dans les théories de Wunderlich et de Ilamernyk, c’est (jne la fièvre typhoïde qui évolue régulièrement, a une durée de vingt et un jours en moyenne, et que des complications peuvent empêcher la défervescence; ce sont ces complications (pii donnent lieu au stade irrégulier, amphibole (Wunderlich); elles peuvent se produire, du reste, du ciïté de l’appareil pulmonaire ou de tout autre, aussi bien que du coté de l’appareil digestif.

Wunderlich a posé des lois trop absolues relativement à la marche de la température dans la fièvre typhoïde; la pratiipie de la thermométrie montre vite que l’évululion de la fièvre n'a pas celle i'égula- , rité mathématique, que le type normal présente des déviations nombreuses. Loin de nous l’idée de déprécier la thermométrie clinirpie, c’est un excellent procédé d’investigation qui permet mieux (jue tout autre de suivre l’évolution d’une maladie; les lois absolues formulées par quehpies auteurs la déprécient bien pins que ces criti(pies; dès qu’on a été induit par elles en erreur, le Ibermomètre devient suspect, on l’abandonne et l’on a tort; le thermomètre est un excellent instrument qui nous fournit toujours des données exactes, c’est à nous de les interpréter, mais pour cette interprétation il faut tenir compte de la spontanéité de l’organisme humain, tel individu réagit vivement, tel autre faiblement sons l’influence d’une même excitation.

Les irrégularités dans la marche de la fièvre sont très-variées; la fièvre peut avorter au huitième ou au dixième jour, (pielquefois plus tôt; j’ai vu plusieurs fois dans des fièvres typhoïdes parfaitemenl'confirmées, la température descendre /ws(/n’à la normale au onzième ou I douzième jour de la maladie, pour remonter ensuite; la défervescence définitive se faisait du reste régulièrement vers le vingtième jour.

I Chez un malade atteint d’une fièvre typhoïde parfaitement caractérisée (symptômes nerveux"et abdominaux, taches rosées nombreuses), la température du matin resta normale pendant tout le cours de la maladie (observation prise dans mon service au Yal-de-Gràce, septembre 1(S74). M. le professeur E. Vallin a rapporté deux cas de i fièvre typhoïde apyrétique, dont un avec autopsie (I).

I (l) Vallin, Gazette hehdumadaire, 187J, p. 8:21.

La fièvre typhoïde normale a une durée minima de dix-neiil a vingt jours qui comprend ; le stade des oscillations ascendantes ((piaire jours), le stade des oscillations stationnaires (dix à douze jours), le stade des oscillations descendantes (cinq h six Jonrs). L’évolution de la fièvre typhoïde peut être plus rapide; quehpies auteurs (.leuiicr, Murcliison) ont l'ormè une classe spéciale de la l'ehricule dans hupielle ils contbiident les cas légers de ty|)hus et de fièvre typhoïde; toutes les fièvres essentielles ont leurs Ibrines hénignes et leur l'ormes graves, leurs formes brèves et leurs formes longues; la varioloide qui ne donne lieu qu’à quehpies pustules est de même espèce que la variole conlUieute, personne ne songe à séparer ces deux variétés, il n’y a pas plus de raison pour disjoindre de l’élude de la fièvre typhoïde celle de la fébricule typhoïde.

I.ouis fixe à quatorze jours la durée miiiima de la fièvre typhoïde; à propos lie plusieurs cas de lièvre typhoïde latente terminés par des perforations intestinales, Louis fait remaniuer que la lièvre typhoïde ne s’élail révélée dans ces cas que par des symptômes très-peu caractéristiques, ce qui, dit-il, doit faire naître des doutes légitimes sur les affections fébriles sans siège déterminé (1).

Griesiuger, un des premiers, a affiriné l’existence de la fièvre typhoïde ahortive et l’a décrite sous le nom de tmihns levissinius. V La dénomination de levisdmiis se rapporte moins, dit-il, au caractère léger de l’expression symptomatique qu’à la courte durée de la maladie. Le développement incomplet du processus, caractérisé par celte marche abrégée de l’affection, est le caractère essenliel de ces cas (2). » Griesinger, après avoir décrit brièvement le (ijijhus Icvissimus, ajoute : « Cette manière générale de considérer les formes des maladies que nous venons de décrire comme une alléclion typhoïde, n’est pas acceptée aujourd’hui d’une manière générale, c’est là un fait connu. On craint de se séparer de la descriiilion ordinaire de la maladie et de l’anatomie palhologi(|uc en appelant lypluis nue alTecliou quelconque, et l’on n’est pas encore habitué à se rc|)résenter ipie tonies les maladies infectieuses ont leurs formes les plus légères ; ces maladies, ou les retrouve dans les épidémies, mais ou les sépare artificiellement des cas confirmés, cl on les appelle, nni- (piemeiil à cause de leur courte durée, des catarrhes aigus de l’estomac, bien que les symptômes principaux du catarrhe gastrique fassent défaut cl que la rate soit tuméfiée, ou bien on les considère comme une. fièvre gaslriipie ou rhnmalismale. »

(1) Itc.r.liprr.lK’s sur lu fièrir lijphohlu, t. Il, p. -57.

(2) Truité des uialudies infectieuses, p.

FIÈVRE ÏYl'llOÏDE.

!2il

Deux élèves de Griesinger, Wegeliii (1) et Sclimidt (:2), ont défendu les idées de leur maître sur le typliiis levissiinus. Lebert (3) a décrit aussi la nèvre typhoïde abortive sous le nom de typhus aborlif, mais sa ileseription oITre plus de prise à la critif|ue que celle de Griesinger, il range parmi les cas de tyi)bns abortif des tièvres ayant vingt et nn à vingt-trois Jours d(! durée, (,‘l l’on peut prétendre (pi’il a décrit tout simplement des lièvres typhoïdes très-légères, mais de durée normale.

Niemeyer (4) signale l’exislence tie lièvres ty[)boïdes de très-courte iliirée, il leur donne, à l’exemple de Lebert, le nom de typhus aborlif, beaucoup d’alfections ([ue l’on appelait autrefois des lièvres gastriques ou des fièvres muqueuses doivent, dit-il, être comptées parmi les cas de typhus abortif.

Lu 180'J j’ai eu souvent l'occasion d’observer la fièvre Ivphoïde abortiv(‘, sur des malades de riiùpilal militaire Saint-i\larlin, la durée de la mabulie était de dix à onze jours eu moyenne (5); vers la même époque ces formes légères étaient signalées dans les hôpitaux civils; M. le D" E. Desnicr, dans un de ses excellents i-appoi ls sur les maladies régnantes, disait (b) : « M. Gnyot (médecin à l’hôpital Saint- Antoine) appelle l’attention sur un fait cpie nous avons tous pu constater, à savoir ([lie certains malades ont un ensemble de symptômes, y compris de nombreuses taches rosées (|ui peuvent faire supposer ([u’ils sont atteints de lièvre typhoïde, tandis que après quelques jours lie traitement ou peut leur donner des aliments et (juo bientôt la guérison est complète. »

D’après M. Jaccoud, l’asccusion tbermi([ue se fait dans la fièvre typhoïde abortive comme dans la fièvre typhoïde régulière, c’est-à-dire (ju’elle est progressive (période des oscillations ascendantes) ; mais ce caractère n’a pas au point de vue prati([ue une bien grande importance, attendu ([u’on assiste rarement au début de la maladie, ce ([u’il faut retenir, c’est (pie la fièvre ne commence pas par un frisson unique, violent, comme les maladies à ascension lbermi(jiie rapide. Gontrairement à la règle posée par Wundcrlicb, la température, le soir du ([ualrièine jour, peut être inférieure de queb[ues dixièmes de degré à 31D,Ü. Le stade d’étal très-écourté fait bientôt place aux

(1) Disserlalio. Zurich, 185i.

(i) Ueber Tijphas levissiinus. Z(uïch, I8G2.

(8) Prayer Vierteljahrschrift, lid. LVI, 1857.

(i) Trailé île paUioIogie. Tradiict. de Cidmann et Sengel, 18(Î6.

(5) A. Laveraii, De la fièvre typhoi'de aboiiive ou fébricule Itjpitohie (.Arch. gén. <le niéii., a\ril 1870).

(6j Société méd. des hôp 28 janvier 1870.

A. LWERAN.

oscillations descendantes. La fébricule typhoïde se termine trèsrarement en 4 ou 5 jours, plus souvent en (1 ou 7, la durée moyenne est de 10 ou 1 1 jours.

Dans ces formes légères, les symplômes de la dolliiénenlérie sont réduits à leur minimum d’intensité : les malades accusent de la fatigue, de la faiblesse générale, il y a un peu de bronchite et de diarrhée; 1a véritable nature de la maladie peut très-bien être méconnue. Les taches rosées constituent un signe d’une grande valeur, en I8ti0 nous les avons rencontrées di.v fois sur cas, elles survenaient alors que la température commençait déjà à tomber, et on les trouvait encore chez les malades en pleine convalescence; la douleur à la pression exactement localisée dans la fosse iliaque droite et la tuméfaction de la rate ont aussi une grande importance pour le diagnostic.

Malgré la bénignité apparente des symptômes et la courte durée de la lièvre, la convalescence est presque toujours longue; dans les cas que nous avons recueillis, elle était de quinze jours en moyenne, et plusieurs malades qui avaient essayé de reprendre leur service rentrèrent bientôt à riiôpital pour faiblesse générale, la longue durée de la convalescence indique bien (|ue l’organisme a été impressionné proiondémciit, qu’il y a eu « maladie générale ».

Le typhus levissimus s’observe surtout pendant les épidémies de fièvre typhoïde, c’est ce qui eut lieu en 18GU à Paris, et en 1873 au camp de Satory, mais en temps ordinaire il est bien probable qu’il passe souvent inaperçu, et c’est à lui qu’il faut rapporter la plupart des fièvres synoques, miujueuses et catarrhales.

La fébricule typhoïde est une variété naturelle, c’est-à-dire que par le traitement le plus énergique on ne peut pas transformer une lièvre typhoïde normale en fébricule; pouvons-nous davantage faire avorter une variole confluente et la réduire à l’état de varioloïde?

Il peut y avoir dans la fébricule typhoïde comme dans la fièvre typhoïde normale, rechute ou récidive, mais ces cas n’ont rien de commun avec le typhus à rechute frelapsing fever) que nous décrirons plus tard. Il n’y a récidive que dans les cas où, le malade étant entré en convalescence, la fièvre typhoïde recommence et parcourt à nouveau toutes ses phases, les rechutes sont heaucoup plus communes que les récidives. Louis, Bouillaud, Forget, Trousseau, Grisolle, ont cité des cas de rechute et de récidive. « La fièvre se rallume, dit Trousseau, les taches exanthématiques de la peau reparaissent, et la dothiénentériesemblerecommencer surde nouveaux frais(l). » Uilliet

M) Trousseau, Clinique, t. I, p. 289.

FIÈVUL TYPHOÏDE.

et Barllicz citent trois cas de récidive cliez des eidaiits convalescents de fièvre typhoïde, il y eut pour chacun des enlants deux éruptions de taches rosées; Ililliet et Barthez pensent qu’il y eut aussi deux éruptions successives dans l’intestin, mais les trois enfants ayant u:uéri, les preuves anatomiques ont manqué (1). Griesinger à Zurich a observé 0 fois sur 100 cas de véritables récidives, Mnrehison 7 fois sur 100, lluman 8 fois sur 100 (2); Buhl, sur 500 autopsies, aurait trouvé 15 fois des processus de récidive.

,T’ai observé pour ma part assez souvent des rechutes, deux fois j’ai vu des récidives complètes, les malades guérirent; d’après Griesinger, les fièvres typhoïdes de récidive sont généralement plus légères que les fièvres de première invasion (3).

Les formes ataxiques, adynamiques, spinales, thoraciques, abdominales de la fièvre typhoïde ne sont que des variétés caractérisées par la prédominance de tel ou tel ordre de symptômes; elles sont trop bien connues pour nous arrêter, nous ne décrirons pas davantage les lésions anatomiques de la fièvre typhoïde, il nous suffira de constater que depuis le jour où Louis a appelé l’attention sur l’importance des ulcérations des plaques de Beyer comme caractéristique anatomique de la fièvre typhoïde, il y a de cela i i ans, aucune exception n’a été signalée à la règle qu’il avait posée.

Moutalité. — La mortalité de ta fièvre typhoïde varie beaucoup suivant les épidémies ; c’est ce qui explique, bien mieux que la dilTérence des méthodes thérapeutiques, l’écart très-considérable qui existe entre les cbilTres fournis par tes dilférents auteurs. Louis, sui’ 138 cas de fièvre typhoïde, note 20 décès, soit une mortalité de 36.23 pour 100; Chomel, Forget, trouvent une mortalité de 34.29 et de 23. 15 pour 100; Delarroque, avec les purgatifs répétés, n’a que 10 décès sur 100 cas ; Grisolle, dans deux séries d’observations, obtient des résultats bien ditférents de la même médication; dans la première série la mortalité est de 14.27 pour 100; de 50 pour 100 dans la seconde. Boni' apprécier la mortalité moyenne de la fièvre typhoïde, il ne faut pas s’en tenir aux chiffres d’un seul observateur, ni à ceux qui ont trait aune même période, il faut réunir le plus grand nombre possible de statistiques bien faites, et prendre la moyenne, les épidémies légères compensent alors les épidémies graves. Jaccoud a trouvé ainsi que 49.027 cas de fièvre typhoïde avaient donné 9752 décès, soit 19.89

il) Traité des maladies des enfants, t. tl, p. 691.

("2) Griesinger, Op. cit., p. 296.

(3i Voir an sujet des rechutes et des récidives dans ta fièvre typlioïde une discussion à la Société méd. des liôp., déccinlire 1869. Voyez aussi Mabboux, These de Strasbourg, 1866.

MALADIES ET ElMDÈM[ES DES AllMÉES.

pour 100 (I); Murcliison, Griesiiigcr, assignent à la fièvre typliokle une niorlalité de 18 cà 20 pour iOO. La stalislicpie de l’armée donne la même i)roporlion ; il faut se rappeler que c’est la une moyenne générale, et que le plus souvent dans les épidémies de fièvre typhoïde la mortalité sera tantôt inférieure, tantôt supérieure à ce cliilTre.

PnoPHYLAXiE. ÏUAITEMENT. — La fièvre typhoïde, nous l’avons dit, peut naitre de toutes pièces, sous l’inlhience de causes d’infection locales ; la contagion est 1a cause ordinaire de l’extension des épidémies; rencoinhrement des hommes dans les casernes favorise à la fois le développement spontané et la propagation par contagion. Ouand ou a fréipienlé les chambrées de nos casernes, respiré leur atmosphère nauséabonde, circulé au milieu de ces lits, serrés à ce point les uns contre les autres qu’ou a quelque peine à se glisser dans leurs interstices, on s’expli(iue facilement que la fièvre typhoïde trouve là un milieu favorable à son éclosion. Nous aurons plus d’une lois l’occasion de signaler rencoinhrement des casernes parmi les causes de maladie que l’hygiène devrait supprimer; au risque d’être monotone, nous ne cesserons pas de répéter que la quantité d air allouée à chaque homme n’est pas sulfisante et qu’il y aurait lieu de modifier à cet égard les prescriptions réglementaires. Le séjour dans les grandes villes est une des causes de la Iréquence de la fièvie tjphoide dans l’armée; on a établi dans ces dernières années des camps permanents qui n’ont pas échappé a la fièvre typhoïde (épidémie du oampde Satory, 1873), les camps s’infectent comme les casernes, plus vile peut-être, (luaiid ils sont perinaneuts. Les tentes ne sont pas plus à l'ahri de l’infection que les baraques; pendant le siège de Metz, des tentes avaient été dressées sur l’Esplanade dans une situation magnifique, c’est de la ([ue nous vinrent les premieis cas de pourriture d’hôpital; on avait serré ces lentes les unes contre les autres de telle façon qu’il était impossible de les déplacer. Ni casernes monumentales dans les grandes villes, ni camps permanents, mais des casernes spacieuses et bien aménagées dans les petites villes, telle est la formule qui nous parait résumer l’expenence de

ces dernières années.

Parmi les circonstances locales capables de donner naissance à la fièvre typhoïde nous avons cité ; les égouts mal construits et mal entretenus, les fossés mal curés, les cloaipies remplis d'immondices, l’eau souillée par des matières animales en putréfaction; le médecin militaire doit signaler à l’autorité les dangers de ces causes d’inlection et prendre l’initiative des mesures hygiéniques quelles coin-

(1) .laccoud, Clinique médicale, tS73, p. '73.

i'if:vuK typhoïde.

2ir.

niaiuloiit sans sc laisser surprendre par une é[)uléniie de fièvre lyplioïde.

Lorsque la lièvre lypltoïdc a éclalé dans une caserne, dans un ' camp, il l'aul rechercher avec soin s’il ii’y a pas une cause locale d’infeclion, donl la suppression sérail la première indicalion. Les I honunes alteinls seronl envoyés à l’hùpilal le plus lût possible, car I h'iir présence dans les chambrées ou à l’infirmerie favorise la con- I laÿion si bien établie de la fièvre typhoïde. A l’iiôpital l’isolement 1 des malades n’est commandé qu’en temps d’épidémie, mais en tout I temps il faut désinfecter les matières fécales; celle mesure est d’anf tant plus nécessaire que les malades sont trop faibles pour aller au.v cabinets et ([ue les matières restent souvent pendant des journées entières dans les chaises percées; le moyen le plus simple consiste à verser au fond dos vases, chaque fois qu’on les rapporte dans les i salles, une solution de sulfate de 1er, les selles sont ainsi désinfectées aussilùt après leur émission.

' Lorsqu’une épidémie résiste aux mesures ordinaires et qu’elle menace de prendre une i>rande extension, il ne faut pas hésiter à demander l’évacuation des locaux infectés; on a réussi plus d’une fois à arrêter ainsi des épidémies menaçantes (épidémie de Vincennes, 187 i); il sera bon tle faire camper les trouj)CS atteintes, suiioul si l’on est dans la belle saison, et de déplacer le camp do temps à autre.

Le traitement doit être basé sur ce principe ipi’il n’est pas possible de faire avorter la fièvre lyphoiile, de la jui’uler comme on disait anlrelbis, ce sont les formes abortives fini ont fait le succès des méthodes abortives (.laccoud); la fièvre lyi)hoïde apiiarlicnl à ces maladies à évolution régulière dans le traitement desquelles le médecin doit se contenter d’être ininisler el iitlerjn'es nalarw.

Dans les formes légères on peut se dispenser de tonte médication aelive, pcrlurbalrice : l’hygiène, le repos au lit, une boisson fraîche et abondante, la diète et un purgatif au début, [dns tard une alimenlalioii légère suffisent pour conduire à guérison le malade.

Dans les cas moyens et graves, la médication doit être dirigée surtout contre la fièvre et contre les symptômes nerveux exagérés (adynamie ou alaxie); la fièvre est un danger par elle-même lors(|n’elle se maintient sans rémissions notables à des degrés élevés, les grandes osciliations sont d’nn pronostic favorable cl rendent presque inutile l’emploi des anlipyréliijues.

Toutes les médications antipyréliijues ont été appliipiées au Irailemenl de la fièvre typhoiile; on a préconisé tour à lour les saigntM's (Droussais, Douillaud), les purgatifs (Delarroqne), la digitale (Traube

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