‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 69 sur 129 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

TÜIÎEliCUI.OSE

Fréquence et causes dans l’année. — Prophylaxie.

La tuberculose figure en première ligne, avec la fièvre typhoïde, parmi les causes de inortalilè des armées européennes; nous ne ferons (pie rappeler les chiffres déjà donnés, et nous consacrerons la plus grande partie de ce chapitre à l’étiologie de la tuberculose; cela nous conduira à rechercher ([uelles sont les mesures prophylactiijues à prendre contre cette redoutable maladie, cpu lentement, silencieusement, continue sou œuvre de destruction, sans plus étonner personne, tant nous sommes haliitués à lui payer le lourd tribut d’existences cpi’elle réclame chaipie année.

Nous avons vu que de bonne heure on avait reconnu la fréquence de la phthisie dans l’armée; dès 184-5, le conseil de santé des armées mettait au concours l’étude des causes de la phthisie dans l’armée, et des moyens de la prévenir; l’auteur du mémoire couronné, M. le professeur Godelier, évalue tà G pour 1000 la mortalité par phthisie dans l’armée française (1).

Les statistiques anglaises publiées bien avant la statistique médicale de l’armée française, fournissaient des chiffres encore plus élevés; d’après ces documents, la mortalité par phthisie était de 10.2 sur 1000 hommes dans l’infanterie anglaise, de 13.0 sur 1000 hommes dans les gardes, la mortalité par cette cause dans la population civile ne s’élevant qu’à G. 3 sur 1000.

C’est en s’appuyant sur ces chilfres excessifs que M. le D'' Tholozan arrive aux conclusions suivantes (2) : 1° l’excès de mortalité dans l’armée doit être attribué à la fréquence de la phthisie pulmonaire; 2® la phthisie se développe sous l’inlluence des conditions d’cncomhrement, de vie en commun, particulières aux casernes, et peut-êü'e, dit M. Tholozan, faut-il ranger la phthisie parmi les maladies spécifiques, infectieuses; M. Tholozan est le précurseur de M. Villemin.

(t) Op. cil. (Recueil mém. de méd. militaire, 18-t5).

(2j Op. cil. (Gaietle tuédicale de Paris, 1859).

Mon père plans ses reclierclies sur les causes de la mortalité de l’armée servant à l’intérieur {loc, cil.), trouve à Paris 279 décès par plitliisie sur 1000 décès généraux, et après difiéreiites rectifications il est amené à conclure que dans l’armée française les décès par tnbercnlisalioir sont aux décès généraux dans le rappoi t de 1 à 3, c’està-dire (pie sur trois décès il y en a un par tuberculose.

La stalistiipie médicale de l’armée, en donnant le rapport des décès par phthisie à l’eU'ectif, permet aujourd’hui une plus juste appréciation de l’importance de cette cause de mortalité. Au chiffre réel des décès, il est de toute justice d’ajouter celui des réformes et retraites par phthisie, car les malades réformés ou retraités de ce chef seraient certainement morts très-raiiidement s’ils étaient restés sous les drapeaux ;

MOllTALITK PAIV TUDERCULOSE DANS (.'ARMÉE FRANÇAISE (1803-1872).

ANNÉES

DÉCÈS

suc IGOO liommes il'eflectif.

HÉEOK.MES.

RETRAITES sur 1 OOÜ lioiHines d'elTeclif

PERTES totales sur

lUÜO 11. il’eirerlir.

187ïJ

La mortalité si élevée de 1872 (L55 décès ou réformes par phthisie sur 1000 hommes d’effectif) lient sans doute à ce que l’innucnce de la guerre avec l’Allemagne se faisait encore sentir; beaucoup de nos soldats prisonniers entassés par un ennemi peu généreux dans des réduits insalubres,- mal nourris, mal vêtus, ont rapporté d’Allemagne les germes de la phthisie. 11 est à croire que nous reviendrons hientôl aux chilfres de 1869 et des années précédentes; pour la période de 1862-1809, en tenant compte des sorties définitives par phthisie, en tenant compte aussi des décès par méuingiie, péritonite et autres

TUlSliUCULOSE.

aiïeclions luberculouses, on a au minimum 3 décès sur 1000 hommes d’elTectir.

La statistique anglaise de ISry.) à 18GG n’indique pour le Royaume- Uni que '2.G'2 décès par phthisie pidmonaire sur 1000 hommes, mais il y a 5.20 sorties définitives pour la même cause, et en ajoutant ce chilTre à celui des décès, on trouve que les pertes annuelles par phthisie de l’armée anglaise servant à l’intérieur s’élèvent à 7.82 sur 1000 hommes d’efi’ectif.

Dans l’armée helge (18G8-18G9), les pertes par phthisie (décès, rélormes) sont de 3.32 pour 1000 hommes, la mortalité moyenne étant de 10.85.

Dans l’armée italienne (1870), la tuberculose donne lieuàun décès sur quatre environ.

Dans l’armée portugaise, la mortalité moyenne étant de 12.7 sur 1000 hommes, la tuberculose donne lieu à3.2 décès sur 1000 hommes, soit à peu près, comme dans l’armée italienne, au quart des décès.

Dans l’armée russe, la phthisie est très-fréquente; d’après les documents peu nombreux dont nous disposons sur les causes de la mortalité dans cette armée, la moitié des décès environ seraient dus à la phthisie (1).

La mortalité par phthisie est tà peu près égale dans l’armée française et dans la population civile de même âge (2), résultat peu favorable en somme, puisque les conseils de révision écartent non-seulement les sujets atteints de tuberculose confirmée, mais tous les individus faibles et malingres; la phthisie est plus fréquente encore dans les armées anglaise et russe que dans l’armée française, nous aurons donc <à rechercher les causes du fréquent développement de la tuberculose dans les armées.

Influe.xce de l’age, de l’arme, des garnisons. — Contrairement aux maladies spécifi(|ues, contagieuses, la tuberculose ne sévit pas spécialementsurlesjeunessoidats, ainsi quele montrelc tableau suivant (3).

M) De la morlalilé de l’armée russe de 1862 à 1871 (Anal, in Revue des sc. méd., t. lit, p. 795).

(2) Je n’ai psa pu mo('prociiror le chiffre de la morlalilé par [ihlliisie en France des honiinos de vingl à Irenle ans dans la popnlalion civile. M. le I)'' Marmisse a Iroiivé à Bordeaux (1858-1860) que la morlalilé par phlliisie sur 10000 habitanls, sans disliuclion d’il^e ni do sexe, élail de 33 sur 1000 ou 3.3 sur 1000. Dans le caulon de Genève, sur 10 000 habilanls de vingl à trente ans (des deux sexes), il y a 36 phthisiques ou 3.6 sur 1000 ; en Angleterre, sur 10 000 hommes de quinze à vingtcinq ans, il y en a 33 ou 3.3 sur 1000 (Bertillon, Eludes statisliques de géographie médicale, inAnn' d’Iigg. publ. eide méd. lég., 2® série, t. XVIID.

(3) L. Laveran, Recherches sur les causes de la mortalité de l'armée servant & l'intérieur, loc. cil.

;iio maladies et épidémies des armées

nKS MALADIES Tt UEIICl LEI SES l'AU UAl’l'OKT A L’Af.E.

DÉCÈS

généraux.

DÉCÈS

par malailies spéciûi|ues.

DÉCÈS par iiialailics •tu bcrcii 1 ou SOS.

Au-dessous de 24 ans

Au-dessus de 24 ans

La stalistulue métlicalc de 18G0 donne les chiffres suivants, relatifs à riiifluence de la ilurée du service sur le développement de la phthisie pulmonaire (1) :

Moins d’iin an de service 33 décès.

De 1 à 3 ans 137 —

De 3 à 3 ans 134 —

De 5 à 7 ans C7 —

De 7 à 10 ans -iH —

De 10 à 14 ans 104 —

Plus de 14 ans 31 —

Le tableau suivant (2) des décès phlhisi(iues pendant les trois années 1804, 1805 et 1800, montre bien raccroissement que subit la mortalité par phthisie avec la durée du service et avec l’àge; prestpie tous les hommes commençant à servir à 21 ans, la durée du service indique à très-peu près l’âge.

Page 1