‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 71 sur 129 · CORPS · texte numérisé non relu

CORPS

OliCÈS

sur

1000 liomnics d’cIVectif.

DÉCÈS

par malailirs spérilisur

1000 décès p:éiiéraiix

DÈCÈS

par maladies tulierr.

1000 décès jjéiiéi-aux

Garde de Paris

Sapeur.s-poinpiers

Infirmiers militaires

La statistique médicale de l’armée a confirmé cet excès de mortalité par phthisie dans la garde de Paris.

En 1809, la mortalité générale par phthisie dans l’armée française étant de "2. “27 sur 1000 hommes d’elfectif, 2.89, en ajoutant au chiffre des décès celui des sorties définitives pour phthisie, on a :

(1) Recueil mém. méd. mililaire, ISio, t. LIX, p. 43.

(2) L. Lnveiiin, Méin. cité (Ann. d’Iujg. puhl. et de méd. lerj., 186Ü, t. XIII, p. 28ij.

MALAHIKS KT ÉPinÉMIKS DES AMMÈES.

:îh2

Garde Impérial!' Mortalité ]>ar phthisie: 4 sur 1000.

Gorps spéciaux de la ville de

Paris — 4..00 —

Infirmiers militaires — ■ -4. 40 —

En I87i2, la nioflalilé générale par plilliisie étant de 2.0Gsiir 1000 — de 1.55 pour 1000, en ajoiitant le chiffre des sorlies définitives par phthisie, on a :

Infanterie de lig^ne .

Gavalerie

Gorps spéciaux de Ir

i ville de

l’aris

Inlirniiers militaires.

Sous le nom de corps spéciau.v de la ville de Paris, la statistiriue confond eu 1860 : la gendarmerie de la Seine, la garde do Paris et les sapcnrs-pompicrs; en 1872, la gendarmerie de la Seine, la gendarmerie mobile (résidant à Versailles), les deux légions de la garde républicaine et le régiment des sapeurs-pompiers.

On s’est appuyé sur les chiffres élevés de la mortalité par phthisie des gardes républicains et des infirmiers militaires pour soutenir la contagion de la tuberculose; la garde républicaine réside toujours à Paris, dans un foyer souillé de virus tuberculeux, c’est pour cela, a-t-on dit, qu’elle paye à la phthisie un tribut plus lourd que les attires corps; quant aux infirmiers, la théorie de la contagion expliquait encore mieux leur grande mortalité. Nous disculerons plus loin la théorie de la virulence et de la contagion de la luhercnlose, nous croyons devoir faire dès à présent quehpies remarques sur les chilfres précédents.

En 1869, l’excès de mortalité par phthisie dans les corps spéciaux de Paris est de 2.33, de 1.56 en 1872, voihà le fait; mais faut-il invoquer seulement le séjour à Paris pour l’expliquer?

Il est regrettable tpie la statistique ne donne pas séitarément la mortalité par phthisie dans la garde républicaine et dans les sapeurspompiers; ces corps résidant également à Paris doivent avoir la même moi'lalité par phthisie dans l’hypothèse des contagionnistes, tandis que si l’âge plus élevé et le mode de recrutement des gardes de Paris est pour (piehpie chose dans la fréciuence de la phthisie, les sapeurspompiers, composés d’hommes jeunes, agiles, petits, bien constitués, iloivcnt préseuleruneinortalité par phthisie moinsconsidérable, malgré leur séjour constant cà Paris. La statistiipie médicale iie nous permet pas de faire cette comparaison, mais mon père a prouvé, pour la

TUBERCULOSE

période de 1832 à 1859, que la morlalilé par plilliisie étail inoiiidre dans les sa|ienrs-ponipiers que dans les gardes de Paris.

La statistique présente une autre lacune regrettable, elle ne donne pas le ebiflVe des sorties définitives pour phthisie et par armes, or il serait très-intéressant de comparer ces chitTres dans la garde républicaine et dans les autres corps. Lorsqu’un soldat irinl'anterie on de cavalerie présente les premiers signes de la phthisie, on le reforme le plus rapidement possible, il n’eu est pas ainsi dans la garde républicaine. Ce corps spécial est composé d’hommes qui ont fait de la profession militaire leur carrière, qui souvent n’ont pas de famille où ils puissent se retirer lorsque la phthisie les atteint; on a de la peine à leur faire ahandouuer leur situation militaire avant 1 épotjiie de la retraite, on hésite à rendre à la vie civile des malades qui ont pris bien évidemment leur maladie au service, et qui une fois sortis de l’hôpital vont se trouvm" peut-être dans une situation difficile; c'est là une cause d’excès apparent de la mortalité par phthisie dans ce corps.

Autres causes : nous avons vu (pie le chilTrc de la mortalité par phthisie s’élevait progressivement dans l’armée avec les années de service, or les hommes n’arrivent dans la garde républicaine ([u’après avoir passé par d’autres corps, alors qu’ils ont déjà un ou deux ans de service, souvent davantage; enfin les gardes ne se rengagent pas, ils continuent à servir jusqu’à l’àge de la retraite, sans être soumis à la visite médicale, qui a lieu dans tous les autres corps au moment du rengagement et (pu constitue une deuxième sélection dont 1 effet est d’écarter les tuberculeux comme l’avaient fait une première fois les conseils de révision.

L’ex-gardc im|)ériale [irésentait à peu près le même excès de mortalité par phthisie (pie la garde de Paris. En 18G9, elle perdait 4 hommes sur lOüO par phthisie, les corps spéciaux de Paris, 4.0 sui 1000; cependant la garde impériale ne séjournait pas toujours a Paris, elle avait aux environs des garnisons dont la salubrité était parfaite; mais la garde impériale se recrutait comme la garde de Paris, dans les autres corps avec de vieux soldats; 1 armée anglaise, placée tout entière dans des conditions d’age à peu près analogues à celles des légions de la garde républicaine et de 1 anciênne garde de Paris, présente, comme nous Pavons dit, une mortalité excessive par maladies tuberculeuses.

La phthisie fait plus de victimes parmi les ouvriers des villes que parmi les habitants des campagnes; en Angleterre il y a, d après lîoudin (I) :

(t) Boudin, État sanitaire et mortalité des armées de terre et de mer, toc. cit.

MALADIIÜS ET ÉI’IDÉMIES DES ARMÉES.

n('‘C('S par plitliisifî sur lüOO liabitaiils.

Dans les villes i,3(l

Dans les campagnes 3.50

DilVérence. . . . 0.86

Mais quand on songe à la dill'ércncc d’existence de l’ouvrier des villes et de l’hahitanl des campagnes, on s’étonne de ne pas trouver un écart plus considérable encore : ici, c’est le travail assidu dans des lahriques on des ateliers, au milieu d’un air vicié de cent façons; c’est une habitation malsaine, une nourriture falsifiée et insuflisaute, sans compter les babituiles vicieuses q\ii exagèrent ces causes de maladie; là c’est le travail en plein air, c’est la vie sobre et régulière du laboureur avec une nourriture saine et abondante (luoique grossière. Ces dillérences n’existent pas pour la population militaire, qui partout est soumise à une règle uniipie; babillement, logement, nourriture, exercices, tout esta trè.s-peu près uniforme, quelle que soit la garnison; dans les grandes villes seulement les corvées sont plus nombreuses, les fatigues plus grandes.

L’excès de mortalité par pbtbisic des infirmiers militaires s’explique par un recrutement défectueux et par le séjour des liùpilaux, dont rinfluence évidemment malsaine se traduit par un excès de mortalité générale dans ce corps qui perd environ deux fois plus d’bommes que les autres. Lorsqu’on demande des infirmiers dans les régiments, les chefs de corps se débarrassent assez volontiers de bmi-s non-valeurs; quant aux hommes qui sont recrutés directement et désignés par les officiers de recrutement, ce sont trop souvent les individus les moins forts de la classe. Qui de nous n’a entendu dire : Tel homme est un peu faible, mais on pourra en faire un infirmier? C’est là une profonde erreur, le service des intirmiers est fatigant en temps de paix, plus fatigant encore en temps de guerre, il demande des hommes vigoureux cthicn constitués; pour soigner les autres, la première condition est de n’avoir pas à se soigner soi-mèim'.

Etiologie de la rrnERcuLosE, causes de la fréquence dans l’armée. — Dans ces dernières années, la théorie de la virulence et de la contagion de la tuberculose a été défendue avec beaucoup d’éclat par M. le professeur Yillemiu ; c’est par l’examen de celte doctrine que nous commencerons l’étude des causes de la phlbisie; s’il était prouvé que la tuberculose est une maladie contagieuse comme la morve, il serait évidemment inutile de pousser plus loin, en dehors du virus tuberculeux, seul apte à produire la maladie, on ne pourrait trouver ipie des causes adjuvantes, prédisposantes.

^ irulmce de la tuberculose. Jnoculnlions. — Galien, Rhazès,

ïur.EUcri.osE.

I' Fracaslor, Morgagni, avaient rangé la plilliisio an noml)rc des maladies i contagieuses, mais les assertions sans prouves de cos auteurs avaient !) perdu tout crédit dans le monde scientilique, quand la médecine expérimentale vint leur prêter un appui inespéré.

Dans une première communication à l’Académie de médecine, M. le prolesseur Villcmin annonça ([uo les granulations grises étaient inoculables au lapin et produisaient chez cet atiimal des lésions multiples analogues à celles do la tuberculose généralisée chez riiomme; il fut reconnu bientôt que la malièic casceuse d origine tuberculeuse était au moins a\issi favorable aux inoculations (jue les granulations grises demi-transparentes (1).

Les faits annoncés par le professeur du Val-de-Grace eurent un grand relenlisseinont, et de tous côtés on se mit à l’œuvre pour ré|)éter ces expériences.

Nous n’avons pas à faire le long récit de ces recberebes, nous résumerons seulement les résultats obtenus et nous (diereberons a expliquer lies contradictions qui ne peuvent être qu a[qiarentes; comme l’a très-bien dit Cl. Bernard, les faits ne se contredisent jamais.

Parmi les nombreuses expériences instituées pour vérifier 1 inoculabilité do la tuberculose, on peut éliminer :

1« Celles où l’on n’a obtenu ([ue des résultats négatifs (expériences deChalvet, Feltz, Dubuisson, etc.), ces faits négatifs ne pouvant évidemment pas infirmer les faits positils;

S® Les expériences faites sur des animaux non susceptibles, d après M. le professeur Villemin, de contracter la tuberculose : oiseaux, ebien, chèvre, etc. ;

Les expériences faites par des procédés très-ditférents de 1 inoculation : injection de pus tuberculeux dans les veines, etc.

Après cette élimination, restent deux catégories de faits :

1“ Ceux où l’on a rendu dos animaux tuberculeux en leur inoculant du tubercule ou en leur faisant ingérer de la matière tuberculeuse, cas favorables à la doctrine de la virulence;

2'^ Ceux où l’on a produit la tuberculose expérimentale en inoculant tout autre chose que du tubercule ou de la matière caséeuse d oi igine tuberculeuse.

Un grand nombre d’expérimentateurs ont réussi à produiie chez ' des lapins et des cobayes la tuberculose en leur inoculant du tubeicule par le procédé de M. le professeur Villemin. On pratique h la base de l’oreille une incision de la peau, rasée au préalable, puis on fait elisscr sous la peau très-mobile de ces animaux un petit fiagment

(1,1 Villemin, Études sur ta tuberculose. Paris, 18üS.

lie la matière clioisic pour riiioculation. Simon, Clark, Sanilorson,* Fox, llüirmann, Lebert, Klebs, Mantegazza, Iléranl et Cornil, Verga et Hiffi lie Milan ont répété avec succès celte ex|)érience; moi-même j’ai produit ainsi la tnbercnlose expérimentale. William Marcet (1) a obtenu les mêmes résultats eii inoculant les cracbats de plitliisifjues, et il a une telle confiance dans ce procédé qu’il conseille de s’en servir pour le diagnostic de la pbibisie!

M. Cbauveau, pai'tisan comme M. Villemin de la virulence de la tuberculose, a cbercbé a prouver que l’absorption du virus ltd)erculeux pouvait se faire par les voies digestives. Dès ISfiS il publiait (2) des expériences à ce sujet : trois génisses qui avaient avalé de la matière tuberculeuse présentaient, au bout de cinquante-deux jours, des signes évidents d infection. conlirnu'S |)ar l’autopsie, tandis (pi’une quatrième , qui U avait pas ingéré de matière tuberculeuse, était épargnée par la maladie. Fn 1873, an congrès de Lyon pour l’avancement des sciences, M. Chauveau fit en public l’autopsie de plusieurs animaux aux(iuels il avait fait avaler de la matière tuberculeuse, mais, conire son attente, on constata des signes de tuberculose chez les animaux qui n’avaient pas pris de matière tuberculeuse comme chez les antres (3); M. le prolesseur Cbauveau attribue ce résultat à ce (pie les animaux buvaient dans la même auge (1); on est effrayé quand on songe à celle puissance de diffusion du virus tuberculeux... Heureusement, c’est une simple hypothèse.

D’après M. le professeur G. Colin, on peut impunément alimenter des animaux avec des débris tuberculeux, à condition qu’on s’abstienne de les leur faire avaler de force, opération qui expose cà faire pénétrer des parcelles de matière dans les voies aériennes et à provoiiuer des pneumonies caséeuses (5).

Les vaches sur lesquelles expérimente M. Cbauveau deviennent très-facilement phthisiques ou pommelières, ce qui est tout un; c’est là le triste sort de presque toutes les vaches lailièi’es des grandes villes, il n’est pas nécessaire pour cela de leur faire avaler du tubercule.

On conçoit facilement l’importance de celle question; s’il était démontré, comme l’annonce le D"" F. Kebs (fi), que le lait peut être la

(I) Médic. chirurgical trausact. Lomlon, 1867.

(!2) Gaiclle hebduniadaire, tl novembre 1868.

(a) Guielle hebdomadaire, !2!) août 1873.

( i) Congres de LU le pour l'arancement des sciences (Dullelin médical du Nord, 187i, t. XIV, p. 1Ô8).

(5) Acad, des sciences, séance du 5 niai 1873. — Acad, de médecine, séance du 27 mars 1873.

((i) Amd. in Archires gén. de médecine, 1874, p. 3il.

TUBERCULOSE

I voie lie la Iransiiiissioii iiiiaiid il provient d’uiie vache poiinnelièrc, il laiulrait craindre le lait des vaches de Paris à l’égal d’un poison. M. le prolesscnr Chauveau admet aussi que le lait peut transmettre la tul| herculose de la vache à l’homme, mais seulement lors(pie les ma- I nielles des vaches laitières sont le siège d’ulcères tuherculeu.v (1). j De cette première série d’expériences se dégage un lait aujourd’hui l| bien démontré; en inoculant à certains animaux (lapins, cobayes) de la I matière tuberculeuse, on développe chez eux,au bout de quelque temps, des productions analogues aux tubercules de l’homme; l’ingestion de matière tuberculeuse produit peut-être le même effet chez la vache.

Faut-il conclure de là, avec MM. Villemin et Chauveau, (pie la tuberculose est une maladie virulente, contagieuse? Cette conclusion, ipii parait découler des faits précédents, est fortement infirmée par ceux ipii suivent ;

Clark a produit la tuberculose expérimentale par l’inoculation de cancer et de pus non tuberculeux (i2); Waldenhurg (3) a inoculé avecsuccès des produits ipii avaient séjourné dans l’alcool ou ipii avaient été soumis à la cuisson ; Sanderson et Simon (4) ont obtenu les mêmes effets de matière tuberculeuse et de produits variés non tuberculeux; en provoquant une irritation mécanique prolongée à l’aide de sétons simples, ces auteurs ont vu se développer chez les animaux en exjiérience des lésions semblables à celles de la tuberculose expérimentale.

Fox (5) a réussi cà développer la tuberculose : à l’aide de pus non tuberculeux (7 succès sur 17 expériences), avec des produits d’inflammation cbronbpie (4 succès sur 14 cas), avec des bis chargés de lymphe vaccinale (i succès sur i), avec du muscle altéré (4 succès sur 5), enlin avec des sétons simples. D’après cet observateur, les inoculations seraient suivies d’une infection septique du sang qui déterminerait une irritation de tout le système lymphatique.

M. Empis (0) a expérimenté les matières cadavériques les plus diverses recueillies chez des sujets non phthisiques, et dans de nombreux cas il a obtenu une éruption grannlense; M. \ul|)ian (7) a lait naître la tubercidose en inoculant des fragments de poumon atteint I de pneumonie au troisième degré; Lebert (8) a réussi, avec les produits de la mélanose du cheval et avec du cancer, a développer des

(t) Hullelin médical du Nord, 187i, loc. cit.

(2) Med. Times and Gaielle, 1807.

(3) llerliner, Klinik Wochenschrift, 1807.

fl) Bril. med. Journal, t808.

(5) liril. med. Journal, 1868.

(Oj Comjrés médical de Ihiris.

(7) Société de hitio<jie.

(8) Arch. (jén. de méd., 1807, t. U, p- 0/0.

:il8

granulations luhorculouscs; un cliien auquel il avait |)rati(jué une fistule paneréatique est tievenu tuberculeux.

Kn 1870, j’ai l'ait avec deux de mes collègues des expériences qui confirment les précédentes; sur des lapins et des cobayes, nous avons obtenu exactement les mêmes résultats; 1® en inoculant des produits tuberculeux par le procédé de M. le professeur Villemin ; ''2“ en passant sous la peau du cou un séton treni])é dans du pus non tuberculeux; 3® en passant sous Ig peau du cou de sim|)les sétons en drap. Autour du point d’inoculation ou bien autour du séton il se forme une masse indurée, caséeuse, qui parait être le point de départ de l’infection; les ganglions lympbati<pies du cou sont pris les premiers e! subissent la transformation caséeuse (1).

MM. Yillemin, Verga et Ilifli (2) n’ont jamais pu, il est vrai, dévelop[)er la lidjcrculose expérimentale avec des matières non tuberculeuses; nous avons dit en commençant que les faits négatifs ne prouvaient rien contre les positifs, nous les avons écartés quand ils semblaient lémoigner contre l’inoculabilité de la tuberculose, ici nous les écarterons de même.

On a dit que les animaux inoculés avec toute aulre substance (pie du tubercule devenaient tuberculeux parce qu’ils étaient jilacés dans de mauvaises conditions d’bygiène. Cela n’est pas exact pour tous les faits cités, nos animaux en particulier étaient parfaitement logés el nourris; mais cette objection fùt-elle vraie ne serait pas heureuse dans la bouche des partisans de la virulence. Comment, vous admettez qu’il suffit d’enfermer des animaux, de les priver d’air el de lumière, de leur donner une nourriture insuffisante pour les rendre tuberculeux? Est-ce ainsi que se produisent les maladies virulentes? CertainemenI non, et le moyen le plus sûr pour les éviter est d’isoler les animaux.

M. Damascliino, dans son excellente thèse sur l’étiologie de la tuberculose (3), après avoir parlé des expériences précédentes, ajoute : « Que devient, en présence de ces résultats, l’idée de spécificité de la tuberculose? Si un fil d’argent passé dans le tissu cellulaire, un fragment de caoutchouc abandonné dans la cavité péritonéale suffisent à provoquer l’éclosion tuberculeuse, où sont les propriétés virulentes de la granulation? C’est là, nous l’avouons, une objection très-grave. » On est parvenu, dit M. Lancereaux (4), a produire artificiellement des

(1) Recherches expérimentales sur l’inoculation du tubercule, par MM. Ed. Papillon, A. Lavoran cl Nicol (Gai, hebdom., 1871).

(2) Gaz. méd. Lonibarda, n» II.

(à) Tliè.se d’agréjjalion, 1872.

(i) De la maladie expérimentale comparée à la maladie spontanée. Thèse d'agi'ôgalion, 1872.

TUHERCULOSE

lésions soml)lal)lcs à celles de la tuberculose spontanée, tantôt par irritation du parencliyme pulniouaire, tantôt par la débilitation ou le conliueiucnt d’animaux que l’oii faisait suppurer, mais il ii’est nullement prouvé que la tuberculose soit une maladie virulente.

La tuberculose, dit M. Pidoux (1), n’est pas une maladie virulente; (Ml elfct, 1° il faut une certaine ([uanlité de matière tuberculeuse pour inoculer un lapin, tanilis (pie les virus agissent à dose impalpable; ”2“ la matière inoculée i)roduit des aiigioleucites et des adénites successives, il n’y a pas infection d’emblée de l’organisme comme par les virus; 3" la tuberculose inoculée ne ressemble |>as à la phthisie spontanée dans son évolution morbide; 4° on développe la tuberculose à l’aide de produits organiques étrangers au tubercule ou même de produits inorganiques; 5“ l’inoculation de matières mélaniques morl)ides ou même pigmentaires physiologiques, par exemple celle de la cboroide, montre (jue ces éléments vont se multiplier dans les ganglions lymphatiques et dans les viscères, les poumons en particulier, ces éléments ne sont pas virulents cependant.

C’est en déterminant la formation de foyers caséeux chez le lapin et le cobaye ([u’ou arrive à les tubercidiser, peu importe du reste le procédé employé pour créer ces foyers de suppuration chronique; en faisant ingérer de la matière tuberculeuse, en plaçant sous la peau un séton ou un morceau de caoutchouc, on arrive au même résultat; l’iiurestiou de matière tuberculeuse irrite les voies digestives, détermine la formation d’ulcères intestinaux, les ganglions mésentériques se prennent, puis la tuberculose se généralise. Les ganglions voisins du foyer de siqipiiration cbroni((ue sont toujours les premiers atteints, sans nul doute il y a propagation par les lymphatiques, comme l’a dit M. Colin (d’Alfort) (2), mais cela ne suffit pas pour rendre compte de la généralisation de la tuberculose.

MM. Leberl {loc. cil.) et Bébier admettent l’existence d’embolies capillaires, mais ces auteurs comparent à tort l’inoculation d'une parcelle de matière tuberculeuse à une injection de substances putrides dans les veines.

M. Cliaulfard croit qu’il y a prolifération par incitation des éléments du tissus conjonctif, fécondation de ces éléments pai les pioduits tuberculeux, explication dont se coutcuteraient parfaitement les partisans de la virulence (3).

{\) Éludes générales el pratiques sur la phlliisie,

(2) llapporl sur les mémoires de M. Villemiu (/Icad. de mei/., séance du 16 juillet 1867).

(3) Bullelin de l'Acad. deméd., 1807, 1808. Discours de M.M. Chauffard, l'uloux, Hérard, Piorry, Urii|uet, Béliicr, Bouley, Hardy, Colin, Guérin, Bouillaud.

MALADIKS KT fAMDf.MIKS DES AliMÉES.

D’après Iliiulllciscli, la matière caséeuse pénètre |)ar très-petites particules dans le système sanguin ou lymphatique el engendre ainsi la tuherculosc miliaire (1).

En inoculant de la matière pigmentaire on peut pi'oduire une infection générale de l’organisme (Virchow). Or, ([u’arrive-t-il dans ce cas? Les granulations de pigment s’introduisent tians les glohules blancs, et ces globules rentrant dans la circulation générale transportent le pigment dans toute l’économie; il est possible (pic la matière caséeuse détermine de la même manière rinfeetion de tout l’organisnie (4). Cette idée se trouve en germe dans la thèse de Damaschino ; après avoir parlé de la tuberculose expéi'imcntalo, ipii succède à des lésions inllammatoircs , l’auteur ajoute : l’eut- être les globules blancs du sang sont-ils les agents de dissémination des matières instantes.

Conlagiün. — Les preuves de la contagion de la phthisie sont encore [dus discutables ipie celles de l’inoculabilité. Sans doute la phthisie est fréipiente dans les grandes agglomérations d’hommes : villes industrielles, armées, couvents, prisons; mais il n’est pas nécessaire d’invoipier la contagion pour expliquer ce fait. 11 est assez naturel, nous l’avons déjà dit, que l’ouvrier des villes paye un plus loui'd tribut (pie l’habitant d(;s campagnes; quant au développement si liahpient de la phthisie parmi les prisonniers, nous ne voyons pas qu’il soit favorable à l’idée de la virulence : la prison cellulaire devrait être le meilleur ■préservatif contre la contagion de la phtliisie, or c’est le contraire (pii arrive.

La géographie médicale de la tuberculose ne prouve pas davantage la contagion, elle démontre seulement (pie la phtliisie est plus commune dans les pays chauds qu’on ne le croyait il y a quehpies années, (juant à ces pays ([ui autrefois indemnes de phthisie auraient été contaminés par les Euro[)éens, rien n’est moins démontré; la géographie médicale estime science toute moderne, et pendant longtemps on a vécu, en Europe, dans une ignorance complète des maladies qui régnaient sur les autres points du globe.

Comme le dit très-bien M. l’idoiix, si la phthisie était contagieuse, c’est aux Eaux-Donnes surtout et dans les autres stations du Midi ou

(1) Trailé d'Iiislologle pallwl. Tr;uhicl. de (’.ross, p. lü'J.

(2) Les rcm:in]iiablos travaux do M. le dorleur r>ativi('r sur le tissu conjuiiclil nous |)cruieüeut d’assimiler cumplél'uueut ce tissu aux cavités séreuses et aux sacs lvm|dialiii\(cs de la grenouille; or, lors(i(('ou introduit nue matière coloraute liiiemeut jiulvérisée, du vermillon par exemple, dans le sac lymidiati(iue dorsal d'une grenouille, les cellules lymplialiii((es s’eu eniparcut et la transpuiteut au loin.

TUr.EUCUI.OSK.

cliaquo hiver vicnueiil s'ciilasscr les plilliisiqiies que les faits de contagion devraient se produire, or, depuis douze ans ([u’il exerce aux Kaux-lîünucs,M. l'idoux ii’a pas observé un seul exemple de contagion.

I La plupart des faits cités parles contagionnistes ont trait à des conjoints dont 1 nu a été pris do phthisie après avoir cohabité longtemps avec I le premier atteint, évidemment il n’osl pas sain de vivre dans la mémo chaud)re qu’un phthisique, do respirer l’air souillé par ses exhalations, de coucher dans le même lit tout imprégné de ses sueurs;

. ajoutons à cela les inquiétudes morales, les privations inséparables ; d’une longue maladie, et l’on s’cxpliipiera facilement poimpmi la I plithisie enlève queh[iiefois la femme après le mari ou le mari après la lemmo. (c 11 ne s agit pas, dit Pidoux, de fuir un phthisi(|ue comme I ou fuit un varioleux ou uu morveux, mais d’éviter de se saturer de . ses exhalations dans une cohabitation longue et intime. » (Op. cil.,

I p. 2â0.) 11 ne faut pas oublier d’ailleurs que la phthisie est une des causes de mort les plus lré(|ucnles, et qu'il n’y a l’ieu de surprenant

II a voir deux personnes vivant dans les mêmes conditions v succomber ■ coup sur coup.

Lorsipie eu 18117 Rayer eut démontré que la morve était une maladie : virulente, transmissible du cheval à riiomme, les faits à l’appui se pro- I duisireiit en grand nombre; dès 18-iO, Littré, dans un article de jour- I liai, en réunissait vingt-quatre cas parfaitement authentiques; depuis qu’on a signalé la prétendue contagion de la tuberculose, on n’a pas 1 publié uu seul fait de transmission chez l’homme, or les médecins i s’exposent certainement [ilus à contracter la tuberculose que les vétérinaires à contracter la morve. Laënnec, s’était inoculé du tubercule t eu sciant la colonne vertébrale d’un phthisique, il mourut, il est vrai, I de tuberculose, mais vingt ans après cet accident; Albers déposa ^ sur la peau dénudée des parcelles de tubercule sans produire autre fi chose qu’une inllammation locale; Lepelletier s’inocula sans résultat ( la sérosité d’un vésicatoire provenant d’un phthisiiiue, Goodlad renoui' vêla sans succès la môme expérience; un médecin militaire du Gros- ! Gadiou a tenté aussi inutilement de s’inoculer du tubercule.

11 n’y a pas do virus tuberculeux, il est impossible de ranger la tii- •I herculosc à côté de la morve et de la syphilis, la contagion n’est rien V moins que démontrée, par conséquent, nous sommes obligés de nous I remettre à la recherche des causes de la phthisie et de sa fréquence dans les armées.

Causes de la phlhisie. — « La phthisie, dit M. Godelier, n’est ■■ pas une maladie produite par un agent spéciliiiue, miasme ou virus,

I que l’on puisse détruire en l’empêchant de se propager, que l’on I puisse annihiler en lui opposant un agent antagoniste comme la vac-

A. LAYER.ViN. 21

cine il la variole;... elle provioni iriine altération "éiiérale et profonde de la constitution, altération originelle ou acquise, développée ou créée le plus souvent par rinduence prolongée de mauvaises conditions dans les modificateurs généraux des grandes fonctions de nutrition et d’hématose (1). » Comme causes de la phtliisie dans l’armée, M. le professeur Godelier indiipie : l’air confiné des cliamhrées souillé par l’évaporation aqueuse et l’exhalation do vapeurs animales, le mauvais emplacement des casernes, l’iiniformité et rinsulfisance de l’aliinentalion. Il y a dos maladies qui relèvent d’une cause spécifique une et toujours la môme, il y en a d’autres qui sont la résultante de plusieurs causes qui, (luoiiiuc dilférentes, convergent à un même hul; il est facile de démontrer (|ue cliacune de ces causes prise séparément n’expliipie pas la maladie, mais il est impossible d’en rien conclure contre l’ensemhlede ces causes; autant vaudrait soutenir,dit.l.Liehig, que le piédestal d’une colonne ne supporte pas la colonne, sous prétexte qu’on peut retirer séparément chacune des pierres de ce piédestal ('2).

Toutes les causes générales déhilitantes favorisent l’éclosion de la tuberculose, parmi les plus puissantes nous citerons: la misère, l’alimentation insuffisante, l’encombrement dans des locaux mal aérés, le défaut d’exercice, les excès de toute sorte, les passions tristes; l’hérédité joue aussi un rôle évident, il n’y a de discussion possible que sur le plus ou moins de fréquence de la phthisie héréditaire.

La statistique démontre l’inlluence puissante de la misère, de l’alimentation insuffisante; à Londres, la phthisie fait deux fois plus de victimes parmi les enfants pauvres que parmi les riches. « Le remède spécifique de la tuberculose, dit M. Pidoux, serait non pas un vaccin, mais l’amélioration physique et morale du sort des masses. » {Op. cil.) Les diabétiques à la dernière période, les malades atteints de rétrécissement de l’oesophage, les aliénés qui refusent de se nourrir, meurent presque tous de phthisie, ne sont-ce pas là autant de preuves que la phthisie est une maladie d’inanition et de misère?

Les faits qui se sont produits cà l’asile militaire de Ghelsea, près de Londres, sont un exemple mémorable des effets fiicheux de l’encomhrement et des bienfaits de l’hygiène. La mortalité par phthisie chez 1 es enfants réunis dans celte école s’élevait au chilTre de 9.7 sur 1000; sans augmenter la ration alimentaire, en variant seulement le mode de préparation des aliments, en ventilant avec soin les dortoirs, en espaçant convenablement les lits, on arriva, dit le docteui Lalloui,.! réduire à i.8 pour 1000 la mortalité par phthisie (3). Ces mesures

(1) Mém. cilé. Recueil mém. de méd. mililaire, 1845, t. LIX, p. 77.

(2) Cilé par M. Godelier, uiém. cilé.

(3) Tliolo7.au, mém. cilé.

TUBERCULOSE

j générales n’étaient pas dirigées contre la contagion de la phthisie,

I elles avaient pour but et eurent pour ell'et d’améliorer la constitution J des enfants de Chelsea, les accidents scrofuleux devinrent bien plus rares en même temps cpie diminuait la mortalité par phthisie; le nombre des exemptions du service militaire par suite de maladies scrofuleuses tomba de 12.4 à 4. G sur 1000.

Le défaut d’exercice, le conlinement dans une atmosphère trèslimitée, sont des causes d’alTaihlissement de l’organisme, et par suite des causes prédisposantes de la tuberculose. Laënnec cite l’exemple d’nn couvent dont toutes les religieuses furent atteintes de phthisie, à l’exception de la tonrière, qui par ses fonctions était appelée souvent à sortir du couvent {Trailé d'auscuhalion). La phthisie est extrêmement commune dans les prisons, et, chose remarquable, elle fait plus de ravages dans les prisons auxquelles on applique le système de l’isolement et du silence (Goindet de Genève, Michel Lévy) (1). A Millhank penilentiary, la mortalité par phthisie est de 13 sur 1000 (Baly); elle est presque aussi considérable dans les prisons et les pénitenciers de France (2). Les prisonniers arabes, dit M. de Bietra-Santa, furent décimés par la phthisie dans l’ile Sainte-Marguerite, mais ici le changement de climat compliquait l’aclion du conlinement; les nègres et les singes transportés dans les pays froids ou tempérés meurent presque tous de phthisie. Les vaches laitières qu’on fait venir dans les grandes villes et qui vivent conlinées dans des étables trop petites ne tardent pas à devenir pommelières.

M. le professeur Godelier a insisté sur l’inlluence favorable des exercices; il a trouvé (mém. cité) que la mortalité par phthisie était moindre parmi les chasseurs d’Orléans (pie dans l’infanterie de ligne; à celte époque les chasseurs d’Orléans (aujourd’hui chasseurs à pied) étaient soumis à des exercices bien plus variés, bien plus nombreux que les autres corps de l’armée; aujourd’hui ces différences ont disparu presque complètement, les chasseurs à pied reçoivent la même instruction que les soldats de l’infanterie de ligne, mais ils sont mieux recrutés, on n’envoie dans ce corps d’élite que des hommes vigoureux, bien musclés, bien organisés pour la marche et la course.

iNous avons cherché à expliquer |)lus haut pourquoi les gardes de Paris avaient une mortalité par phthisie plus forte que celle des autres corps, plus forte que celle des sapeurs-pompiers, qui cependant séjournent toujours à Paris comme eux. (.( En général, dit mon père, les hommes vigoureux, d’une taille peu élevee, présentent moins de

• (1) Traité d’hijgiéne, 4-“ édit., t. I, p. 701.

(2| Annales d’hijg. puhl. et de méd. légale, 1861.

MALA[)li:S KT ÉPIDÉMIES DES AIIMÉES.

clisposilion aux maladies tuberculeuses (|ue les hommes cliélifs, que les hommes dont la taille est élevée. Les sapeurs-pompiers, pelils, vigoureux, exercés aux fatigues, donnent moins de maladies tuberculeuses que les gardes de Paris; cependant les premiers vivent au milieu du méphitisme des salles de spectacle et de la caserne, pendant que les seconds supportent au dehors les intempéries atmosphéri- ([ues (1). »

Une alimeutatiou parfois insuffisante et toujours trop uniforme doit aussi avoir pour efl'et de multiplier les cas de tuberculose dans l’armée ; la ration esl la même pour le fanlassiii qui mesure I mètre 54- ceutimèlrcs et pour le cuirassier de 1 mètre 70 cenlimètros, cela expli(pic pourquoi la |)hthisie est si commune chez les hommes de grande taille; rannée 1847, caractérisée par une épidémie de scorbut, résultat trime alimentation vicieuse et insuffisante, esl, d’après les recherches de mou j»èrc, celle cpii a présenté le plus de décès par phlhisie peudant la période de 18:1:2 à 1850.

Dans un grand nombre de cas, des foyers anciens de matière caséeuse paraissent èlrc chez l’homme le point de départ de la tuberculose (lirdil, Nicmeyer, llindlleisch, Cohnheim), absolument comme chez les lapins inoculés; nous avons dit plus haut comment nous compi'enions cette généralisation. La pleurésie et les adénites suppurées, si fré- ([ueiitcschcz le soldat (2), sont souvent les causes provocatrices de la tuberculose; dans un tiers des cas environ, ilit .M. Tholozan (mém. cité), des signes évidents de tuberculisation se montrent aussitôt après la résorption des épanchements pleurétiques. M. Bucquoy pense tpie la médication débilitante appliquée aux pleurétiques est pour beaucoup dans la tuberculisation consécutive, parlant de là il préconise la Iboracentèsü (3); M. Cbaulîard, au contraire, croit que le traitement ordinaire de la pleurésie et les révulsifs tpi’on applique sur le thorax mettent bien mieux que la thoraceulèsc à l’abri de la tuberculose consécutive (4); quoi qu’il en soit, il est certain que la tuberculose succède souvent à la pleurésie, alors même que celle-ci s’était présentée avec tous les caractères d’une maladie infiammatoire simple.

Ces causes locales ont évidemment d’autant plus d’efficacité pour provoquer le développement de la tuberculose (pi’elles se rencon-

(t) L. Laveran, iiK'iii. cité, in Ann. d’Iujd. puhi. et de méd. légale, 1860, t. XIII,

(2) H. Larrey, Mémoires de l’Acad. de méd., t. XVI.

(3) De la pleurésie aiguë comme phénomène initial de la phthisie pulmonaire tGa&elte hebdom., 1871, p. 176).

(1) Acad de méd., 30 avril 1872.

TüDEncci.osi;.

Ireiit clicz des sujets débilités déjà par les causes générales dont nous avons parlé plus haut.

iS'ous croyons pouvoir conclure de ces considérations sur l'étiologie de la tuberculose :

1“ Que la tuberculose n’est pas une maladie virulente et qu’elle ne se propage pas par contagion dans rarmée;

Que la tuberculose peut se dévelop[)or on bien sous riidliience de causes locales : foyers de matière caséeuse, pleurésies, adénites suppurées, etc., ou bien sous rinflucnce de conditions générales (jui toutes ont i)our caractère de débiliter l’organisme; parmi ces causes, les principales sont ; le séjour dans un local insuflisant, encombré, le défaut d’exercice, le conlinement, l’alimentation uniforme et iiisuflisante, une faiblesse native (jui confond son inOuence avec celle de l’hérédité.

l’iioeiiVLAXiE. — Si la tuberculose était une maladie virulente, contagieuse, la seide mesure à prendre serait d’isoler les phthisiques comme on fait des chevaux morveux; cet isolement se fait naturellement dans l’armée : dès qu’un homme présente les premiers signes de la tuberculisation, on le réforme ou on l’envoie à l’hôpital, on trouve dans les régiments trèsq)cu de phthisiques capables de semer la Inberculuse avec leurs crachats; malgré cela, la phthisie règne continuellement et uniformément sur tous les corps de la même arme, c’est-àdire placés dans des conditions analogues d’hygiène et de recrutement. Ce ne sont pas là les allures des mahulies contagieuses; lorsque la morve règne dans un régiment de cavalerie, elle y fait de gi-aïuls ravages, tandis ipi’im régiment placé à peu de ilist;mce du premier [leut èire complètement épargné.

l.a prophylaxie de la tuberculose dans l’armée est une question d’hygiène et de recrutement. Les conseils de l’évisioii doivent écarter les hommes faibles, mal constitués, à poitrine étroite, (pii évidemment sont prédisposés à la tuberculose. Ces conseils s’attachent souvent à recevoir lopins d’hommes possible, on craint de mampier d’éipiité en exemptant du service militaire des jeunes gens dont la faiblesse n’est pas apparente à tous les yeux; un juste sentiment de l’éipiité doit engager bien plutôt à n’admettre au service militaire que des individus doués de fortes constitutions. « Si l’obligation du service militaire est commune à tous les citoyens, dit M. le professeur Codelicr (I), la société, en demandant à ceux (pie le sort désigne de consacrer (piebpies années de leur jeunesse à la défense de la patrie, n’a pas exigé d’eux lesacriüce de la vie même, si ce n’est au jour des combats; et si, par

(t) Loc. cit., Recueil, 1815, t. LIX, p. 8t.

le fait seul (lu métier des armes, l’existence de certains d’entre eux se trouvait compromise, serait-il juste de leur laisser coui’ir pres([ue certainement le risque de la vie là où les autres u’inigageraient que leur temps seul? » A cette question si bien posée, la réponse n’est pas douteuse.

Malheureusement l’examen des hommes devant les conseils de révision se fait très-rapidement et dans des conditions qui ne permettent pas d’appliquer avec rigueur tous les moyens d’exploration; le temps et le silence nécessaires à l’auscultation font également défaut, on ne peut percevoir dans ces conditions que des bruits anormaux très-intensesqui n’existent pas au début de la tuberculose. C’estTliabilus général du conscrit ([ui décide le plus souvent de son sort, de de là vient (pie tant d’hommes sont exemptés pour faiblesse générale et si peu pour phthisie pulmonaire. La mensuration du thorax constitue un excellent critérium dans les cas douteux. D’après Seeland(l), qui a fait dans l’armée russe un très-grand nombre de mensurations, on doit rejeter de l’armée tout individu dont le périmètre thoracique ne dépasse pas la demi-taille d’au moins 2 cenlimèires, si l’individu a plus de 1 mètre 60; de 3 c. si l’individu est au-dessous de 1 mètre GO. L’instruction autrichienne de 1867 enjoint aux médecins de refuser tous les hommes dont le périmètre lhoraci(pie ne mesure pas au moins 2*= ’/a déplus que la demi-taille; le même principe est admis en Prusse depuis 1855, en Russie depuis 1870 (2). L’instruction française sur les infirmités qui rendent impropre au service militaire laisse beaucoup plus de latitude à l’appréciation du médecin, nous aurions mauvaise grâce à nous en plaindre, mais cela nuit peut-être à l’unité des opérations de recrutement, chaque médecin ayant à ce sujet sa manière de voir.

Une fois le soldat incorporé, il faut s’appliquer à éloigner de lui toutes les causes débilitantes qui préparent si bien le terrain pour la germination de la tuberculose.

L’hygiène des casernes laisse encore beaucoup à désirer; la ration d’air allouée à chaque homme par le règlement (12 mètres cubes) est insulTisante ; ce chiffre a été établi à une époque où l’hygiène était dans son enfance; l’hygiène a progressé, le règlement reste. La ventilation, l’aération bien entendue des chambrées, pourraient remédier dans une certaine mesure à l’exiguïté de l’espace accordé à chaque homme, mais on en est encore à trouver un moyen simple et

(1) Mémoire sur la 7nensuralion de la phthisie el le poids des recrues, Irailucl. (le Saiiiewski, in Dulletin de la Itéunion des officiers, 1873, p. 11.

(2) Morache, art. IIyg. militaire, Diclionn. encijclop.

TUBERCULOSE

pratique de ventiler les casernes, et l’on a toutes les peines du inonde à faire aérer convenablement les chambrées.

Des exercices continuels en plein air empêchent le confinement des hommes et exercent une inlluence très-favorable sur la santé des troupes. Nous avons vu ([ue M. le professeur Godelier attribuait la faible mortalité des chasseurs d’Orléans à ce que ces hommes, lors de leur formation, étaient soumis à des exercices bien plus nombreux que les autres corps d’infanterie. Ici nous n’avons rien a nîclamer; depuis la guerre de 1870-18/1 et 1 application de la nouvelle loi de recrutement, la vie du soldat est devenue aussi active que possible.il ne faudrait pas exagérer cette heureuse réforme du passé en imposant aux hommes des fatigues excessives, les moyens de réparation dont ils disposent sont limités, et la ration n’augmente pas en proportion de la longueur des exercices et des manœuvres.

La ration du soldat français est suffisante, à la condition qu’elle ne soit pas une ration Ihéorûiue; les 300 grammes de viande alloués à chaque homme par le règlement se réduisent souvent a bien peu de chose dans la prati([ue; la ration devrait être augmentée dans les régiments de grosse cavalerie, composés d’hommes de haute taille.

En 18 k"), M. le professeurGodelier demandait déjà qu’on introduisît un peu de variété dans le régime du soldat : « Quoi ! la soupe et le bœuf tous les jours, matin et soir toute l’année! 11 est cependant reconnu aujourd’hui ([u’il ne suffit pas que le régime soit composé de substances saines et nutritives, mais ip/’il faut encore (pi’il soit varié (1). » Queh[ucs efforts ont été faits dans ce sens, mais ils ne pourront aboutir ((ue lorsqu’on aura modifié l’installation si délectueuso des cuisines dans les casernes.

Lors/pi’im homme présente dos signes manifestes de tuberculose, il faut le réformer aussitôt que possible, dans son intérêt autant que dans l’intérêt de l’État; la plithisie n’.esl pas curable à l’aide des ressources thérapeuti([ues dont nous disposons dans les hôpitaux, et ne le sera probablement jamais ilans ce milieu; il faut donc chercher à placer le phthisique /lans des conditions meilleures, et ces conditions il les trouvera seulement dans la vie civile, s’il jouit d une aisance suffisante.

Lorsque le début de l’affection est évidemment antérieur à l’incorporation, la réforme est de droit (réforme n® 2), et 1 on n a pas a s’occuper de la position qui va être faite au malade par une affection qu’il avait avant son entrée au service, on répare une méprise du conseil de révision qui l’a accepté, voilà tout. Si la[)hthisie a débuté après

(1) Godelier, loc. cit , p. 67.

1 incorporation, le malade adroit tout au moins à un congé de réforme n" 1 ; en effet, en admettant qu’il ait un frère plus jeune quelui (seul cas on le congé de réforme n“ 1 puisse lui être utile), il est de toute justice que le malade qui tombe à la charge de sa famille exempte ce frère comme s’il mourait sous les drapeaux.

A chacpie instant on accorde des gratifications renouvelables et des pensions de retraite à des hommes qui sont attends d’infirmités visibles : I

de taies sur la cornée, d’otite avec ])erforation de la membrane du tympan, etc., etc., tandis (pi’on en refuse à des soldats affectés de phthisie, de maladies du cœur, iidirmités qui diminuent bien davantage leur aptitude au travail. Pourquoi cette inégalité, je pourrais dire cette injustice? Le voici : riiomme atteiid do kératite ou d’otite se fait donner un certificat d’origine dans le(piel trois témoins déclarent que le mal a débuté tel jour, à telle heure, alors (pie le militaire était eu service commandé. Il en est (pielquefois ainsi, sans nul doute, mais le malade qui prend une kératite ulcéreuse dans ces conditions I y était tout aussi prédisj)Osé que celui (jui prend une jdiibisie pulmonaire. Ou bien il ne faudrait accorder de certificats d’origine que pour les affections qui relèvent bien évidemment d’accidents arrivés dans un service commandé (traumatismes) et qui sont tout à fait indépendantes de la constitution et du tempérament des malades, ou bien on devrait eu accorder aussi aux phthisiques, aux individus atteints d’endocardite rhumatismale, etc., ([uandees affections peuvent se rattacher aux fatigues du service (l).La loi sur les peiisious de rctraite de l’armée assimile expressément aux blessures qui donnent droit à la pension de retraite : les infirmités graves et incurables (pii sont reconnues provenir des fatigues et dangers du service militaire (:^). La phthisie, les maladies organiquesdu cœur, rentrent tout au moins dans la sixième classe de l’échelle de gravité des infirmités donnant droit à la pension de retraite : Blessures ou iufinuilés qui melteul le soldai hors d'état de servir et de pourvoir à sa subsistance.

Il est une dernière catégorie de malades qu’il faut bien garder dans les luipitaux, parce (pi’ils ne sauraient où aller si ou les réfor-

(1) Le ceitilicat d’origine en est arrivé, dans certains corps, à n’èlre plus ciu’unc simple formalité, on en fabrique après coup dans tous les cas où les lionnnes en ont besoin; dans d'autres corps on se montre bien plus sévère, de là une cause d’inégalité.

(2j Le titre II de la loi sur les pensions de l’armée de terre dit ; « Les blessures donnent droit à la pension de rclraitc lorsqu’elles sont graves et incurables etqu’cllcs proviennent d’événements de guerre on d’accidents éprouvés dans un service com- ,| mandé; les infirmités donnent le mC*me droit lorsqu’elles sont graves et incurables et qu’elles sont reconnues provenir des fatigues ou dangers du service mililairc. » (Journal mi’Uaire officiel, 1831.)

TUBEUCULOSE.

mail même avec une gratification renouvelal)le ; ce sont les liommes qui ont plusieurs années de service, dont la maladie est évidemment postérieure à l’incorporation, et qui n’ont pas de famille pour venir à leur aide. A ceux-là l’État doit ses soins; il devrait y avoir pour eux un a.sile spécial dans le Midi, un asile, non pas un hopilal, le plitliisique a besoin d’air, d’exercice, et nous l’enfermons jusqu’à son dernier jour entre les quatre murs d’un lu)[)ilal.

Sans doute nous avons la station d’Amélie-les-llains, mais peu de malatles arrivent dans cet hôpital où les places sont comptées, et lorsque le pauvre phthisique a obtenu d’y faire une saison, il faut te mettre en route en plein hiver, dans un wagon de 3® classe, ou bien la saison thermale finit avant te retour du printemps, et le malade, en rentrant dans un climat froid après un long voyage, perd tout le bénéfice de la saison qu’il vient de passer à Amélie; enfin les eaux d’Amélie ne conviennent pas à tous les degrés delà phthisie, ces eaux sulfureuses s’adressent bien plus à la bronchite qui accompagne la tuberculose qu’à la phthisie elle-même, et lorsque les phthisiques sont arrivés a la 3® période, lorsipi’il existe des cavernes volumineuses, les eaux d’Amélie sont contre-indiquées. Que faire des malades arrivés à cette période? On les garde dans des hôpitaux militaires, ils ne peuvent pas sortir pour respirer l’air pur dont ils ont si grand besoin, et souvent le sort leur assigne un hôpital du nord de la France. Un asile d’hiver situé sur un point favorable du littoral de la Méditerranée présenterait de grands avantages, les malades pourraient sortir, se promener, et ne seraient pas condamnés à respirer jusqu’à leur dernière heure l’air malsain de nos salles d'hôpital; de là on enverrait à Amélie les hommes qui auraientunréel besoin de.ceseaux. Qu’on n’ohjecte pasla dépense, les malades coûteraient probablement moins cher dans cet asile que je propose de faire très-modeste, ipie dans nos grands hôpitaux; il est bien entendu, du reste, qu’on y cnvcrrinl uniquement les tuberculeux de notre dernière catégorie.

M. le professeur Godelier pensait, eu 1815, que l’Algérie pourrait donner asile aux phthisiques, on a reconnu depuis que les pays chauds exerçaient une influence très-fàcheuse sur la marche de la tuberculose, et aujourd’hui les médecins anglais des Indes renvoient les phthisiques eu Angleterre; sous le ciel des tropiques, dans le sud de l’Algérie, la tuberculose prend une marche bien plus aiguë que dans nos climats; ipielqucs points du littoral algérien, Alger par exemple, sont seuls favorables aux phthisiques durant 1 hiver.

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