‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 79 sur 129 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

à l’avance, le sort du malade dépend en général de l’énergie avec laquelle s’est imprimé en lui le germe contagieux, plutôt (pie des circonstances au milieu desquelles il subit son affection. Aurions-nous observé la même innocuité réciproque des malades, si, au lieu de varioleux, nous avions eu des typhiques ou des dysentéricpies?...

» D'autre part, le personnel hospitalier de Bicêire a été peu éprouvé par la variole, et s’il a réellement subi une iniluence morbide, cette influonce n’a rien eu de spécifique, se traduisant par les alTections (pie semblent engendrer les hôpitaux trop peuplés, n’importe la nature des affections ([u’on y traite; aussi, pendant leur séjour à Bicêtre, nos infirmiers ont-ils été atteints moins de variole (jue d’embarras gastrique, de diarrhée, de fièvre typhoïde; nous verrons que le même fait s’est produit à l’égard des sœurs de Charité attachées à notre hôpital...

» Quant à la population environnant Bicêtre, on verra que notre voisinage a été nuisible aux corps casernés près de nous et qui se trouvaient en libre communication avec l’bôpital ; telles étaient les garnisons de Villejuif, des Hautes-Bruyères et du Moulin-Sa([uet; tels étaient aussi tous les détachements casernés dans quelques maisons situées au-dessous de l’hospice, connues sous le nom de Kremlin, et à travers lesquelles cheminaient nos entrants et nos sortants. Nous indiquâmes à plusieurs reprises, dans notre correspondance, les inconvénients des rapports forcés de notre hôpital avec les diverses garnisons environnantes; il y eut là incontestablement une source de propagation de la maladie. Mais, en revanche, nous avons acquis la conviction que les germes de la variole sont loin d’être extrêmement dilfusibles et transportables par l’atmosphère; de tous les forts qui nous environnaient, le plus voisin était celui de Bicêtre, distant d’une centaine de mètres des bâtiments occupés par nos malades ; la garnison de ce fort était exclusivement composée de marins qui, ne relevant pas pour leur service de l’état-major installé dans notre hôpital, n’y venaient eux-mêmes que rarement; malgré ce voisinage, celte garnison n’eut guère plus de varioleux que celle des autres forts occupés par les marins sur les divers points de l’enceinte de Paris...

» Nous estimons, d’après les faits précédents, qu’il y a des limites fort restreintes à la dilTusion atmosphérique des produits virulents.

» Ce ne sera pas sans doute assez de la largeur d’une rue pour sauvegarder la population environnante, si l’on établit en ville des hôpitaux de varioleux; on ne peut et on ne doit pas installer de semblables hôpitaux au sein des quartiers peuplés, ni surtout dans des locaux contigus aux habitations du voisinage...

ï> Mais si l’on transporte ces établissements dans des quartiers peu habités ou en dehors de l’enceinte de la ville, il suffira d’une zone

d’isolement peu étendue, 80 à 100 mètres, pour enleverà ces foyers leur dangereuse iniluence sur les lial)italions du voisinage.

» G’esldans des conditions de ce genre qu’a été construit cà Londres le nouvel hôpital spécial, Small Pox hosintal, qui, élevé en 1850, n’a jamais transmis la variole aux quartiers avoisinants. » (L. Colin, op. cil., p. 3G-45.)

VACCINE

La pratique de l’inoculation était un premier progrès dans la prophylaxie de la variole, et nous devons croire qu’elle donnait d’assez bons résultats, car en Angleterre on inoculait encore en 1841, 40 ans après la découverte de la vaccine; Trousseau, qui s’était servi quelquefois de l’inoculation, dit qu’il n’hésiterait pas à y recourir encore si, à l’approche d’une épidémie de variole, il manquait de vaccin (1). Aujourd’hui la vaccine a détrôné l’inoculation dans tous les pays civilisés, quelques peuples barbares sont seuls restés fidèles à une pratitique qui était celle de leurs pères. Le D'' II. Blanc, dans ses notes sur l’Abyssinie, donne des renseignements très-intéressants sur la façon dont les indigènes de ces contrées dévastées périodiquement par la variole pratiquent l’inoculation ; une incision superficielle de 2 ou 3 centimètres de long est faite à l’avant-bras avec un rasoir, le barbier est généralement l’inoculateur, on frotte dans cette incision de la matière prise sur un cas bénin de petite vérole et avant que la lymphe soit devenue purulente.

Malsfré cet abandon de l’inoculation, il est intéressant de rechercher comment les choses se passaient autrefois, et de comparer les effets de l’inoculation à ceux de la vaccination; Stoll nous donne à cet égard des renseignements très-précis; il conseille l’inoculation avec la pointe d’une lancette, vers l’insertion du deltoïde, aux deux bras (2). Au 3' jour après la piqûre; il y a, dit-il, un peu de rougeur et un point induré; le4® jour, rougeur plus intense, démangeaisons, formation d une vésicule, le 5® jour la vésicule se transforme en pustule, elle est entourée d’un certain nombre de vésicules dont l’ensemble constitue la variole mère. Le 7® jour, la fièvre varioleuse première se déclare et dure les 8® et 9® jours ; au 10® ou 1 1® jour, l’éruption générale apparaît plus ou moins abondante, la fièvre cessantou s’adoucissant beaucoup; les 12®, 13® et 14° jours, une nouvelle fièvre (de maturation) a lieu avec

(1) Clinique, t. I, p. 37.

(2) Stoll, Aphorismes, traduct. Mahon, p. 180.

VACCINE

liorripilatioii, par l’élévation, l’inflammalion et la suppuration des pustules, dit Sloll; enfin, le 15° jour, le mouvement fébrile s’apaise et les pustules se dessèchent. — Eu somme, les malades inoculés avaient des varioles le plus souvent discrètes qui ne différaient des varioles non inoculées que par l’existence de la variole mère; (juelquefois réru|)lion était confiuente, en tout cas les individus inoculés pouvaient transmettre ta variole, dont on entretenait le i;erme à l’aide des inoculations faites chaque jour; aussi cette pratique, tout en conférant l’immunité à un j;rand nombre de personnes, eut-elle pourelfet de rendre plus communes les épidémies de variole; avant l’inoculation, la petite vérole était épidémique à Londres comme 4-2; pendant l’inoculation, elle le fut comme 54, et depuis la vaccine elle ne l’est plus que comme 14(1).

On avait remarqué depuis longtemps, dans quelques comtés d’Angleterre, (pie les femmes qui avaient pris le cow-pox en trayant les vaches étaient il l’abri de la variole; dès 1774, un fermier du Gloceslersliire, B. Jesty, inocula le cow-pox à sa femme et à ses fils; cette hardiesse pensa le faire lapider. Jenner fit ses premières vaccinations en 179ü; s’il ne fut pas le premier à inoculer le cow-pox, il eut le grand mérite de comprendre l’importance d’une découverte qu’il contribua puissamment à vulgariser. La vaccine fut importée d’Angleterre dans le Hanovre, en Allemagne, puis en France.

On crut d’abord (pie la vaccine conférait une immunité complète, à vie ; il ne pouvait pas en être autrement ; pendant les premières années qui suivirent la découverte de [Jenner, on n’observa aucun cas de variole après vaccination, il fidlut attendre 14 ou 15 ans pour ({ue l’action pi’opliylactiipie de la vaccine s’épuisât chez les premiers vaccinés; en 1822, la variole présenta une recrudescence épidémique, et ne respecta pas toujours les individus vaccinés ; alors seulement on comprit la nécessité des revaccinations.

Dès 1881 on commença à revacciner les troupes dans le royaume de AYurtemberg, les revaccinations réussirent dans le tiers des cas environ; on pouvait légitimement en conclure ((ue chez le tiers des hommes l’action préservatrice de la première vaccination s’était épuisée; en 1833, mêmes résultats dans l’armée prussienne. Sur près de 20 000 revaccinations pratiquées dans l’armée danoise, de 1843 a 1847, plus de la moitié donnèrent un succès complet.

(1) Rapport d la commission sanil. des Etats-Unis, F. G. par Smith et Stile, Evans, op. cit.

MALADIliS ET ÉPIDÉMIES DES ADMÉES.

Les heureux cfTcts (ie celle pralique ne se firenl pas alleiuire.

De 1833 à 1837, hieu que la pelile vérole eùl élé iiu portée 10 fois dans divers régiiuents Avurtemhergcois, il n’y eut, sur 1138 i- soldats revaccinés, (pi’un cas de varioloïde. Dans l’année prussienne, pendant les 10 années antérieures à 1831, les cas de pelile vérole après vaccination augmentaient de nomhre et de gravité; il y avait chaque année plusieurs milliers de varioleux ; dès qu’on eut adopté la revaccination, la moyenne annuelle des décès par variole tomha de 101 à 2. Depuis 1813, la revaccinalion est ohligaloire dans l’armée bavaroise; de 1813 à 1857, il n’y a eu dans celle armée aucun décès par variole; dans les armées suédoise, danoise et hadoise, les résultats n’ont pas été moins lavorahles.

Eu France, les revaccinalions furent prescrites en 1857, sur l’avisdu conseil de santé des armées :

« Tous les jeunes soldats arrivant au corps, soit eu contingent, soit isolément, et à ((uelque litre que se soit, devront, avant d’être soumis aux exercices ou assujettis à aucune espèce de service, être mis à la disposition du médecin pour être vaccinés, qu’il existe ou non chez eux des traces de vaccine. » Note ministérielle du 31 décembre 1857.

Il est intéressant de comparer les résultats des revaccinalions dans les différenlesarmées, le tableau suivant (Smith etStilé, loc. cil.) donne ces résultats pour les armées wurtemhergeoise, bavaroise, prussienne et anglaise ;

ADMÉES.

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