‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 82 sur 129 · ROUGEOLE · texte numérisé non relu

ROUGEOLE

à la cliaml)re el envoyé à l’hôpilal alors seiilemcnl ([iie l’éruplion esl dans son plein; tlonze jours après son cntrécà l’hôpital, deux antres infirniiers, ses voisins de chambrée, sont atteints; la rougeole leur a été évidemment communi(piée par le premier, car ils n’ont en aucun rapport avec les malades venant de l’extérieur, ijui sont isolés dans nn service spécial; douze jours plus tard, un autre inlirmier entre encore à l’hôpital pour rougeole. A cette occasion, je note une fois de plus la prédis[)Osition des jeunes soldats: au Val-de-Gràce, les infirmiers atteints ont moins d’un an de service; je recommanile de ne placer dans la salle réservée aux morhilleux que des infirniiers pris parmi les anciens soldats, et aucun de ces derniers n’est atteint.

La rougeole normale est trop bien connue pour nous arrêter.

Tous les auteurs s’accordent à reconnaître que les principales complications se produisent vers les muqueuses bronchique ou intestinale.

L’histoire de l’épidémie de rougeole observée par Faure Villarà Versailles, eiv. 1838 (1), fait bien comprendre commentse développent les formes thoraciipies graves, elle mérite de nous arrêter. Déjà en 1837, à la suite d’un printemps froid et tardif, uneépidémiede rougeole avait régné sur la garnison de Versailles; du mois d’avril au mois de juillet, 8i- cas de rougeole traités à l’hôpital militaire avaient donné 4 décès. Pendant le premier trimestre 1838, l’elfectif des troupes (jui envoyaient leurs malades à l’hôpital de Versailles était de GiOÛ à 780D militaires, sur lesquels 4800 jeunes soldats;ces hommes avaient dû voyager pendant une saison rigoureuse pour rejoindre leur corps, les besoins du service exigeaient que leur instruction militaire fut poussée activement, et pendant de longues henresils restaient exposés aux vents froidsqni balayent en hiver les grandes avenues de Versailles. En décembre 1837, on reçut à l’hôpital militaire un grand nombre d'hommes atteints de bronchite et de pleurésie, dix cas de rougeole, dont quelques-uns déjà avec complications thoraciques graves ; aux mois de janvier et février 1838, le nombre des rougeoles s’éleva a 8G, la plupart se compliquaient d’accidents du côté des voies respiratoires, les pneumonies étaient fréquentes, dit F. Villar; ces pneumonies étaient bien plutôt des bronchites capillaires : il y avait absence de crachats visqueux et rouillés, la poitrine demeurait sonore a la percussion, mais laissait entendre partout du râle crépitant.

Le tableau que trace F. Villar des complications thoraciques de la rougeole pendant cette épidémie est tout à lait conlurme a ce que nous savons de la bronchite capillaire épidémique.

(i) Mémoire pour servir « l'histoire des complications de ht rougeole [ftec. mém. méd. militaire, 1839, l. XLVt, p. 21) i.

La gène respiratoire allait en augrneiUanl à mesure que l’irritation SC propageant vers la racine des bronches, rétrécissait de plus en plus le champ respiratoire et rendait l’hématose plus incomplète. « La voix s’affaiblissait en proportion, la frétiuencc du pouls s’élevait jusqu’à 100 pulsations; l’expectoration était de plus en plus pénible et finissait par déterminer l’asphyxie. Chez deux malades, le mucus hronchitpie était sécrété dès le principe avec une telle abondance qu’il sortait de 1a bouche par regorgement... la mort eut lieu le quatrième our chez l’un cl le sixième chez l’autre (1). » L’éruption n’était pas en rapport avec la gravité des complications, elle disparaissait presque toujours hrus([uemcnl du cinquième au neuvième jour, dans quatre cas elle fit complètement défaut, et bon nombre de malades n’en présentaient plus que des traces à leur entrée à riiôpital.

Les lésions anatomiques signalées par L. Villar sont celles de la bronchite capillaire. « Chez tous les sujets, les bronches contenaient un mucus abondant, (luelqucfois blanc et aéré, le plus -souvent puriorme, teint de satig, privé de viscosité et facile à détacher. La membrane mu([ucuse était d’un rouge vineux plus ou moins prononcé depuis le larynx jusqu’aux dernières ramifications des bronches... La coupe des poumons présentait une couleur rose vif et laissait dans (pielques cas suinter des gouttelettes de mucus purulent provenant des ramifications bronchiques divisées... Dans presque tous les cas le cœur contenait des concrétions polypiformes considérables, dues sans doute à l’embarras extrême de la circulation durant les derniers jours de la vie. v) {Lac. vit., p. :281.)

Sur 1 IG cas de rougeole il y cul 38 décès, soitSl pour 100 ; les :27®, 30® et Gd® de ligne fournirent un plus grand nombre de malades que les autres corps, la presque totalité des décès portait sur de jeunes soldats incorporés depuis trois ou quatre mois; la cavalerie, qui n’avait reçu que très-peu de recrues, fut presque complètement épargnée, nous verrons que la môme chose arrivaà Nantes pour la bronchite ca pii 1 aire é pi d é m i q u e .

Celle épidémie de Versailles pourrait servir de transition entre les épidémies de rougeole normale et celles de lu’oncbile capillaire dont nous parlerons plus loin. Ce n’est pas tout, F. Villar nous apprend qu’en 1838 la scarlatine succéda à la rougeole dans la garnison de Versailles, or c’est pendant l’hiver de 1830 à 1810 qu’éclata, dans celte garnison, l’épidémie de méningite cérébro-spinale si bien décrite aussi parF. Villar; les mêmescauses qui pendant l’iiiver del837 à 1838

(1) F. Villar, iiiéni. cité, loc. cit., p. 271.

r.our.KOLK.

avaioiil tloiiné lieu aux rougeoles anomales, protluisireiil pemlaiil riiivx'r de 1830 a 1840 des scarlalines anomales.

G. Broussais, en parlai! Ides causes qui imprimentsouvenl un caractère do maliguilc aux épidémies de rougeole, note eu première ligue la broucliile capillaire asphyxiante (méim ire cité).

M. l.évy, dans sou mémoire sur ta rougeole des adultes, rapporte plusieurs observations de rougeole avec brouebite capillaire suivie de mort. « Il arrive, dit-il, que réruptiou inorbilleuse se propage dans toute l’éteudue de l’arbre broiicliiipic. De là, dès te début de la rougeole, la coïncidence des symptômes de la bronchite profonde avec ceux de rexantbème, 0 de nos malades nous en ont olfert des exemptes frappants ; la scène devient alors inquiétante... Coloration \iolacée de la lace et surtout des orifices mu(|ueux, fréquence extrême du pouls et des mouvements resiiiratoires (120 à 140 pulsations, 48 à 00 inspirations par minute); ronebus à distance, râles vibrants et sous-crépitants dans toute la poitrine, toux opiniâtre, par quintes, stridente, suivie de l’expectoration laborieuse de mucosités vis([ueuses et tenaces en petite ipiantité oud’une mousse blancbâtreet écuineuse, anxiété croissante et délire final, voilâle S[)ectacle cpie présentent ces malades et ipii, sans le secours de l’art, tendraitpromptementâ l’asphyxie. » (Lor. cil., p. 355.)

Dans le même mémoire, M. Lévy signale la fréquence des complications thoraciques consécutives dans la rougeole; à Metz,M. Lévy put suivre pendant une période de treize mois les hommes qui 'avaient eu la rougeole; 16 sur 120 rentrèrent à l’bôpital militaire; les nialadies qui les y ramenaient sont ainsi classées :

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