‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 83 sur 129 · II. — .AFFECTIONS CO.NSÉCUTI VES TUISERCUI.EUSES · texte numérisé non relu

II. — .AFFECTIONS CO.NSÉCUTI VES TUISERCUI.EUSES

Aigoe.s. Tuberculisation forme fébrile, typhoïde 2 cas

2'> Subaiguës. Pleurésies avec tubercules 2 —

3'’ Chroni(|ues. Phthisie imimonairc -t —

(1) Mémoire sur la rougeole des adultes {Gabelle médic. de Paris, 18i7. p. 351- 37f)41 1).

1 cas

MALADIES ET lÎPIDÉMIES DES AlUIÉES,

Une observation pins prolongée aurait peut-être augmenté encore le nombre des airedions consécutives tul)erculcuses; tels rpiels, ces cbillrcs contirmenl l’opinion de V. lloll'inann, de Stoll, de P. Frank, de Rayer, île (îuci-sani, qui rangent lapblbisie parmi les complications tardives de la rougeole.

J’ai eu plusieurs l'ois l’occasion de constater que les individus tuberculeux avaient une certaine prédisposition pour la rougeole; peut-être l'audrait-il dire : la rougeole vient souvent compliquer la tuberculose et on accélérer l’évolnlion, au lieu de : bâ pbthisie est une des complications les plus Créquentes de la rougeole. Les faits observés par moi ne sont pas nondircux, et je ne veux pas en tirer une conclusion bàtive, mais cette façon nouvelle d’envisager les rapports de la rougeole et de la tuberculose me parait cligne de rattention des cliniciens.

Poursuivons l’étude des rougeoles anomales dans l’armée. En 1800, lors de l’épidémie observée au Val-de-Firâce, la maladie débutait par une fièvre rémittente accompagnée d’abattement des forces, quelquefois de diarrhée; l’éruption se produisait régulièrement avec plus ou moins de conlluence; les couqilications étaient rares au début; mais lorsque l’éruption arrivait à sa période de décroissance, « il se produisait des phénomènes gastro-intestinaux à forme cholérique, et plus souvent une lente asphyxie par un mucus bronchique très-abondant ou une production surabondante de leucocytes sur toute Pétendue de la muqueuse bronchique. Il semblait que. la réaction manquât aux convalescents; la faiblesse succédait cà la fièvre (1). » La bronchite capillaire, la diarrhée cholériforme, telles furent les causes de la gravité de cette épidémie.

Les phénomènes gastro-intestinaux ont compliqué les épidémies de rougeole ; en 183:2 à Berlin, en 1837 <à Hambourg, en 1841 à Dublin (Hirsch); d’après Morehead cl iMac-Gregor, ils compliquent souvent la rougeole dans les pays chauds. Dans les climats froids et tempérés, pour une épidémie dans laquelle ces symptômes sont signalés comme très-fréquents et très-graves, on en trouve dix où les complications thoraciques tiennent la première place.

Au mois de janvier 1859, la rougeole et la fièvre typho'ide régnent dans la garnison de Saint-Etienne; sur un ctfectif de 1009 hommes, tlG sont atteints de rougeole et 14 succomhenl; comme toujours, ce sont les jeunes soldats qui sont presque exclusivement frappés (2).

(1) L. Laveran, Des injUiences nosocomiales, etc., loc. cil.

(2) Efid. de f. Iijplioides rubéoliques, par MM. Sonricr cl Aspol {Dec. mém. méd. mililaire, octobre, 1862j.

r.OUGEOLE.

« De nombreuses bronchites déterminées par le froid de l’iiiver et surtout par l’atmosphère poudreuse de Saint-Étienne, disent MM. Sonrier et Aspol, devaient naturellement, par le degré d’irritation de la mu([ueuse trachéale, appeler l’exanthème morhilleux vers ce.s organes ; c’est en etlet ce qui est arrivé ; dans tous les cas sans exception nous trouvons la toux sèche, opiniâtre, avec expuition visqueuse, mucoqiurulente, survenant par quintes (toux lérine), râles sibilants et mmiueux dans toute la poitrine... Quand l’éruption s’inscrit en caractères énergiques et tenaces à 1a peau dans un état de moiteur continue, on peut prédire hardiment une terminaison heureuse; mais au contraire quand elle pâlit, disparaît pour revenir à peine marquée, il faut s’attendre à une complication des plus graves. » (Mém. cité.) Les crachats étaient puriformes, nummulaires, d’un blanc jaunâtre, visqueux, ou bien l’expectoration était séro- muqueuse, composée de pelotons volumineux, opaques, nageant au milieu d’une sérosité abondante légèrement trouble; il ne survenait pas de pneumonie franche; les poumons subissaient une sorte de carnification, sur la coupe ils présentaient des marbrures lie de vin et laissaient suinter une grande quantité de liquide sanguinolent, spumeux; dans le cœur on trouvait des caillots fibrineux volumineux formés de couches concentriques se prolongeant dans les gros vaisseaux.

A Saint-Étienne, la fièvre typhoïde régnait en même temps que la rougeole, mais nous ne saurions partager l’opinion de MM. Sonrier et Aspol, qui considèrent ces deux maladies comme développées sous l’influence de la même cause et qui les décrivent sous le nom de fièvres typhoïdes rubéoliques.

M. Ilobiquet, à Givet, a insisté sur la fréquence des complications thoraciques chez les soldats atteints de rougeole (1).

M. le docteur Vézien, dans un rapport sur une épidémie de rougeole observée à Dunken[ue (i), distingue le catarrhe ordinaire de la rougeole de la hronchite capillaire qui s’est présentée chez six de ses malades et qui a causé trois fois la mort; il n’hésite pas à attribuer à la rougeole un certain nombre de bronchites qui ne s’accompagnaient pas d’éruption. « Pendant la durée de l’épidémie, dit-il, nous avons reçu un certain nombre de malades atteints de bronchite plus ou moins grave que l’on doit également mettre sur le compte de la rougeole, bien que l’on n’ait pu noter aucune éruption cutanée apparente. La rougeur particulière de l’arrière-gorge et du voile du palais, l’as-

(1) De la pneumonie el de la rougeole {Dec. mém. méd. militaire, décembre 1862).

(2) Dec. mém. méd. militaire, octobre 1871.

MALADIES 1:T fiPIDKMIKS DKS AIUMKKS.

pect caractérisliqiic des cracliats, plusieurs lois la desquamalion de la face, de l’olorrhée (2 fois), des névralgies faciales (2 fois), nous ont semblé être des signes diagnostiques suffisants [)our attribuer la maladie à nue rougeole anomale dans laquelle l’éruptioii se serait bornée à la muqueuse respiratoire. Sur sept cas, trois ont été très-graves, l’un d’eux s’esl accompagné d’anasarque et d’albuminurie aujourd’hui passée à l’état chronique ; un antre a déterminé au quinzième Jour la mort d’un militaire atteint de tuberculisation pulmonaire.

Les lésions anatomi(iues chez les malades morts de bronchite capillaire pendant l’épidémie de Dunkerque étaient parfaitement conformes ci celles décrites par F. Villar à Versailles, M. Lévy à Paris, Sonner et Aspol à Saint-Etienne, parfaitement conformes aussi à celles qui se rencontrent dans la bronchite capillaire épidémique. « La muqueuse, dit M. Vézien, est rouge, tuméfiée depuis le larynx jusqu’aux dernières ramifications bronchiques; la rougeur est plus marquée à l’embranchement des grosses bronches. A la coupe du poumon, toutes les bronches laissent échapper un liquide muco-purulent, aéré et trèsabondant, surtout d’un côté (trois fois du côté droit). Les veines sont gorgées d’un sang noir demi-liquide. Ganglions bronchiques hypertrophiés... Le cœur a toujours renfermé du sang noir et coagulé dans les oreillettes; caillots fibrineux fermes et blancs dans les deux ventricules. Ces caillots se continuent dans l’aorte et l’artère pulmonaire en masses allongées solides, du volume du doigt... La coagulation fibrineuse du sang se prolonge en longs filaments que l’on retire des artères. » (Mém. cité.)

Au mois de décembre 1874, j’observai an Val-de-Gràce une petite épidémie de rougeole, il faisait très-froid, la neige était tombée en abondance, et les complications thoraciques étaient fréquentes. Un infirmier du service prit la rougeole, l’éruption se produisit assez régulièrement, mais disparut vite, la dyspnée était considérable; la face cyanosée, les extrémités froides, annonçaient une gène extrême de la circulation et de la respiration; de l’emphysème se montra à la base du cou du côté gauche et à la partie antérieure du thorax; en pressant la peau avec le doigt, on sentait la crépitation caractéristique <|u’on a souvent l’occasion d’observer à la suite des plaies de poitrine et des fractures de cotes; le malade succomba. A l’autopsie nous observâmes ce qui suit : les deux poumons étaient volumineux, engoués et emphysémateux, il y avait aux sommets quelques petites granulations tuberculeuses; des bulles d’air emprisonnées dans le tissu cellulaire du médiastin postérieur montraient le chemin qu’avait suivi l’air pour arriver sous les téguments du cou; la muqueuse bronchique était trèsvivement injectée, recouverte de mucosités abondantes, enfin les ca-

BlîONCIllTE CAPILLAIRE ÉPIDÉMIQUE. 333

i vilés du cœur renfermaient des caillots blancs fibrineux, résistants, )| ([ui se prolongeaient dans les vaisseaux.

Dans quelques épidémies, les complications thoraciques de la rou- )| geôle se sont montrées avec une (elle fréquence et ont si bien absorbé par leur gravité l’attention des observateurs, que la complication a été q prise pour la maladie elle-même; c’est ainsi que des épidémies de )t rougeole anomale ont été décrites sous les noms de bronchite capil- J lairc de Nantes, de bronchite asphyxique, de catarrhe sulfocant épidémique, de concrétions fibrineuses du cœur, etc. Ces petites épidémies, observées presque toutes dans l’armée, méritent d’autant plus de nous arrêter que leur histoire n’est pas faite et qu’elles sont en général assez peu connues. Dans le Dictionnaire encijclopédique des sciences médicales, c’est à peine s’il est fait meidion de ces formes si graves, si intéressantes pour le médecin militaire; l’auteur de l’article Bronchite dit simplement : « L’iniluencc épidémi([ue doit être également invoiiuée; MM. Billiet et Barthez l’admettent. Une épidé- •mie a été observée en 1810 et relatée par M.M. Mabot, Bonamy, Marcé et Malherbe. M. Fauvel reconnaît également cette influence. » Nous allons voir que l’influence épidémique qui a provoqué l’épidémie de Nantes était tout simplement la rougeole.

Bronchite capillaire épidémique. Historique. — La première épidémie de bronchite capillaire dont iiôus ayons une relation exacte (1) est celle de Nantes, 1810-1841. Dans le courant des mois de novembre et décembre 1840, la température devint froide et humide, et vers la même époque la rougeole et la scarlatine se joignirent à la variole qui n’avait pas cessé de régner depuis deux ans; vers •le milieu de janvier, les fièvres éruptives (rougeole, scarlatine) augmentèrent de fréquence, et les bronchites extrêmement nombreuses I commencèrent à revêtir des formes graves, le froid était alors sec et

I très-vif. Tantôt les bronchites étaient simples, tantôt elles prenaient les caractères du catarrhe suffocant, et se terminaient alors presque

II toujours par la mort; la réunion de la bronchite aux fièvres éruptives était très- commune, disent les observateurs de Nantes; c’est en février que la bronchite capillaire fit le plus de victimes.

I L’épidémie porta presque exclusivement sur la garnison de Nantes, 1 qui se composait d’un bataillon du 20“ de ligne, du 72“ de ligne I et de deux escadrons du 8“ lanciers. Le bataillon du 20“ de ligne

(1) Relation d'une épidémie de bronchite capillaire observée à V Hôtel Dieu de Nantes, j)ar MM. Mahot, Bonamy, Marcû et Mallieibe.

élait logé dans une ancienne ralïinerie où les soldais se Irouvaienl exposés à toutes les vicissitudes atmosphériques, le caseniemeut dii 7:2“ de ligne n’était pas heaucoup meilleur. An commencement de riiiver, le 20“ et le 72“ de ligne reçurent un grand nombre de conscrits (|ui avaient été obligés de faire de longues marches par un temps all'reux; les escadrons de lanciers, dont le dépôt était à l’ontivy, ne reçurent pas de recrues ; aucun lancier ne succomba à la bronchite capillaire, tandis que les conscrits du 20“ et du 72“ de ligne furent très-fortement éprouvés.

Les circonstances dans lesipielles s’est développée celte épidémie de Nantes vont se reproduire pour toutes les autres; on peut les résumer ainsi :

1“ Fréquence des lièvres éru[)lives et spécialement de la rougeole.

2“ Fré(|uence des bronchites développées sous l’influence d’un hiver très-froid.

3“ Arrivée des conscrits.

La même année (18 i-0), la bronchite capillaire règne sous forme épidémique à-Metz, à Saint-Omer et à Lyon.

A Metz, en même temps que des rougeoles nombreuses, on observe des bronchites rapidement snppurées, à forme asphyxiciue, à marche rapide et trop souvent mortelle, frappant comme la rougeole les re crues nouvellement incorporées (1).

En 18i0, 10000 hommes environ avaient été réunis à Saint-Omer pour la formation des dix bataillons de chasseurs d’Orléans; ils étaient répartis entre les casernes de la ville et des bara(iuements situés à l’est de Saint-Omer; pendant l’automne, l’état sanitaire fut très-satisfaisant, mais l’hiver, très-rigoureux, amena un rapide accroissement dans le nombre et la gravité des maladies. «Vers la lin dedécembre, dit M. .1. Périer (2), apparurent en plus grand nombre des alVeclions aiguës du poumon, et pendant le mois de janvier la rougeole sous ■ forme épidémique scjoigiutà ces diverses maladies (|ui la compliquaient souvent. Pendant la première moitié de janvier, la rougeole se montra; souvent simple et bénigne; c’est pendant la deuxième moitié de ce' mois que parut le catarrhe suffocant simple ou accompagné de la lièvre éruptive régnante, cette dernière condition était la phis ordinaire. Les deux affections sévissaient indistinctement sur les chas- • seurs du camp et sur ceux de la ville, sans cependant qu’elles se; soient étendues aux habitants; les officiers jouirent de la même immunité. » ^

(t) L. Laveran, Recherches sur les causes de morlaUlé de l'année servant à Vinléi'ieur, Inc. cil.

(2) Elude complémentaire sur l'rimjle, p. tl3.

ItRONCIHTb; CAMLUIRE ÉPIDÉMIQIE.

A Lyon, la bronchile capillaire régnaau mois de novembre 1840, elle ntleignit snrloul les jeunes soldats, an nombre de 000, qui venaient d’arriver dans celle garnison; la maladie a été décrite sons le nom singulier d’épidémie de concrétions librineuses du cœur, bien lait pour dérouter les épidémisles (1).

En 1841, l’établissement des l'orlificalions de Paris avait nécessité la réunion d’un assez grand nombre de troupes à Paris et dans les environs; an mois de novembre, sous l’intluence d’un froid vif et de pluies abondantes, on vil se dessiner nettement, dit M. .1. Périer (:2), une constitution catarrhale riche en bronchites et en Ilux abdominaux. « A la suite de nombreuses bronchites qui s'observaient à cette époque, apparurent quelques cas de rougeole; les premiers, disséminés, passèrent comme inaperçus à cause de leur peu d’importance; mais bientôt les cas devinrent nombreux et graves, et en moins de trois jours indiquèrent la présence d’une sérieuseépidéinie. » (J. Périer, /oc. c/E) C’est alors ipie se montrèrent les bronchites ca[)illaires; le 4' de ligne, campé à llomainville, fut particulièrement éprouvé et la maladie sévit surtout sur les jeunes soldats qui venaient tl’arriver au corps.

En 1854-185G, M. J. Périer observe encore la bronchite ca|)illaire qui règne sur les troupes réunies au camp de Boulogne, les jeunes soldats étaient nombreux, le temps humide et froid, la rougeole régnait, car M. .1. Périer dit : « Si la rougeole complique le catarrhe, au ünoment où l’exanthème parait, les accidents fébriles semblent parfois -se calmer » (3).

Une petite épidémie de bronchile capillaire a été observée par M. le .docteur Widal à Milianah, épidémie peu importante par le nombre des ■cas, mais intéressante parce qu’elle nous montre que le catarrhe sufifocaut s’est montré en Algérie dans les mêmes circonstances (lu’à Nantes, à Metz, à Paris, à Lyon, cà Saint-Omer, à Boulogne.

L’hiver est des plus rigoureux et comme de mémoire d’homme on ui’cn avait pas observé à Milianah, pluies torrentielles, neiges abondantes au mois de mars; — les bronchites sont si fréquentes que ,pres(|ue pas un des militaires de la garnison n’est épargné ; dans l’es- (pace de trois mois, 143 malades sont soignés à l’hopilal militaire pour bronchite ; — la rougeole règne à Milianah, quatre fois sur huit larou- :geole et le catarrhe suffocant coexistent; — enfin l’épidémie ne sé-

(1) nec. mém. méd. militaire, 1812. — Armand, thèse de Montpellier, 23 juillet 11814.

(t) Elude complém. sur Pringle, p. 117.

(3) Histoire médicale du camp de Boulogne, 1854-185G, par M. J. Périer (Rec. i-tném. méd. militaire, 185C).

M.U.ADILS ICr KPIDKMIKS Î)KS AI'.MÉES,

vit que sur im régiment, le 87% et dans ce régiment eile frappe surtout 1 les jeunes soldats récemment arrivés de France (1).

En 1870-1871, la broncliitc capillaire a régné sur la garnison de Paris pendant le siège, c’était bien évidemment la même maladietpi’à Nantes, à Saint-Omer, etc. « Vers le milieu île décembre, dit M. le docteur Prouardel (:2), on amena des mobiles, des soldats qui étaient atteints d’une aphonie presque complète. Leur état ne semblait pas alarmant, la lièvre était peu intense, les forces seules étaient dans un gi’aiul état de prostration, mais riiabilus extérieur ne rappelait pas l’appai’ence typlio'ide. Après un séjour de quebpies heures, (|uelquefois d’un jour ou deux à l’hôpital, les poumons des malades étaient tout à coup envahis par une sécrétion bronchique dont l’abondance était telle qu’une spumcécumeuse sortait parles narines et la bouche.

La face, le tronc, les membres, se cyanosaient, le pouls était faible et fréquent, rinlelligence intacte jusqu’aux derniers moments, et le malade succombait quelquefois en quelques heures, d’autres foiseu2iou 48 heures. Ces accidents sulfocants survinrent paifois au décours d’une rougeole. »

Dès le mois de novembre, dit.M. le professeur L. Colin (8), apparurent quebiues cas de rougeole, puis cette affection devint de [ilus en plus fréquente jusqu’au commencement de janvier 187 1 , pour diminuer rapidement en février; sous rinllueuce d'un froid très-vif, la rougeole prit des formes graves et se compliqua dans bon nombre de cas de bronchite capillaire; à ré|»oque où l’épidémie atteignit son maximum de gravité, l’éruption morbilleuse était légère, fugace, mal caractérisée, mais elle manquait rarement d’une façon complète. M. le professeur L. Colin, témoin de ces faits, ne s’y est pas trompé, il a reconnu la bronchite capillaire de Nantes; à Paris, comme dans toutes les autres épidémies, dit-il, la bronchite capillaire s’est développée sous l’action de trois causes : froid intense, constitution médicale exanthématique caractérisée par la prédominance de la rougeole, agglomération exceptionnelle de recrues et de jeunes soldats.

Il est à remarquer qu’en dehors de ces épidémies, le catarrhe suffocant est rare chez l’adulte, on eu trouve une observation dans la clinique d’x\ndral (4), il s’agit précisément d'un malade atteint de rougeole.

(1) Elmlea sur diverses épidémies et parliculièremeni sur une épid. de catarrhe suffocant, p.ir M. Widat (Rec. mém. méd. 7niHtaire, février 1806).

(2) Les Maladies pendant les sièges de Paris et de Met%, (Revue des cours seientif., ' 1872).

(3) La Variole et la Rougeole pendant le siège de Paris, 187''-187t. i

(■i) Andrat, Clinupie. Maladies de poitrine, t. t. p. 235.

BRONCIIITK CAPILLAIRE ÉPIDÉMIQUE.

Description générale. — Au début, la broncliile s’accompagna '1 d’une fièvre rémittente comme celle de la rougeole et de IVissonnc- II inents répétés; une toux opiniâtre fatigue les malades, l’expectoration

■ i est généralement facile et très-abondante. Les crachats, d’un blanc a jaunâtre, opaques, pesants, arrondis, non aérés, adhèrent au vase ou il nagent dans un liquide limpide, salivaire; ils sont formés de mucus et il de pus en proportions variables; à Nantes, la partie purulente dominait Il presque toujours, la sécrétion bronchique était si exubérante qu’im- II médiatement après l’excrétion d’une grande quantité de mucosités, les

conduits aériens s’obstruaient do nouveau, quelquefois les crachats étaient striés de sang.

La dyspnée, toujours considérable (d’où les noms de catarrhe suffocant, asphyxique), n’a pas les mêmes caractères que dans la pneumonie ou dans la pleurésie; dans ces dernières maladies, les mouvements respiratoires sont précipités, mais incomplets, la dilatation latérale du thorax est imparfaite à cause de la douleur qui accompagne chaque mouvement d’inspiration; dans le catarrhe sutfocant, il n’y a pas de point de coté, rien n’arrête le développement du tliorax, toutes les puissances inspiratrices sont mises en jeu, la poitrine se dilate largement, mais en vain; il semble que les malades assis dans leur lit et luttant contre l’asphyxie soient placés dans le vide ou dans un milieu irrespirable. L’orthopnée s’accompagne d’angoisse précordiale avec teinte cyanique de la face, refroidissement des extrémités et tendance à la syncope.

La sonorité du thorax est souvent exagérée par l’emphysème; â l’auscultation on trouve le murmure vésiculaire affaibli, des râles sibilants et muqueux dans toute l’étendue de l’appareil respiratoire, le râle sous-crépitant domine; « le râle soiis-crépitant, disent les observaleursde Nantes, fut véritablement le râle de l’épidémie ». (Mém. cité, p. 89.) A Bicètre (1870-1871), la pneumonie lobulaire compliquailassez souvent le catarrhe suffocant (L. Colin). Les battements du cœur sont

■ précipités, sourds, petits, irréguliers, par suite de la formation de cail- R lots fibrineux.

La plupart des malades présentent des énqitions morbilleuses plus ou moins régulières, mais les taches souvent rares et pâles peuvent passer inaperçues, la gravité de la complication thoracique absorbant l’attention du médecin comme celle du malade. Banni les observations qui figurent dans le mémoire de MM. Mahot, Bonamy. Marcé et Malherbe, on en trouve plusieurs (obs. Il, VI, par exemple) où la bronchite capillaire s’accompagnait d’une éruption morbilleuse type; mais les médecins de Nantes ne voient lâ ([umia coïncidence; d’autres fois l’éruption étaitmoins bien caractérisée : «On vit quelquefois, dans le cours d’une

broncliile capillaire, apparailre chez un malade des ladies rubéolif[ues souvent bornées à une seule partie du corps, sans ipie cctle éruption eût été précédée par aucun des prodromes ordinaires.» (Mém. cité., p. 140.)

A Metz, à Sainl-Oiucr, à Paris, à Boulogne, à Milianab, la coïncidence du catarrhe sull'ocant et de l’éruption morbillense est notée dans un grand nombre de cas. «A Bicétre, ditM. L. Colin (ep. cit.,\). lob), l’éruption a [iresipie toujours apparu, le plus souvent légère et fugace, à tel ou tel moment de raiïcction; c’est à partir de l’époipic où l’épiilémie atteignit son maximum de gravité que l’exantbème liit le moins bien caractérisé ; mais il mampia rarement, et chez plusieurs malades entrés à une |)ériode avaucéi', nous pûmes constater des taches brunâtres eccbymotii]ues ([ni persistent babituelleinenl sur le tronc lurs(iuc l’éruption rubéoli(|ue a p:\li. »

Parmi les complications les plus ordinaires de la bronchite capillaire, comme parmi celles de la rougeole, on a noté les parotides, l’otite, la dipblbérile, cette dernière survenant [irincipalement dans les salles encombrées comme l’étaient celles de l’Iiopilal de Nantes en 1810 et celles du Val-de-Gràce en I8b0.

Le diagiwstic est facile, d’autant ])lus que le catarrhe suffocant se présente très-rarement à l’état sporadique, et que l’on est guidé par les circonstances qui ont présidé à son développement ; fré(|uencc des maladies catarrhales et de la rougeole, arrivée récente de jeunes soldats. A Nantes, disent MM. Mabot et Bonamy, lorqn’on avait vu un seul de ces malades, on reconnaissait ensuite la bronchite asphyxique sans avoir besoin d’interroger les sujets qui en étaient alfectés. La dysjuiée extrême, l’expectoration si caractérislifiue, les râles sous-crépitants disséminés dans toute l’élendue de la poitrine, sont les principaux signes diagnostiques; il faut rechercher dans tous les cas cl avec le pins grand soin s’il n’existe pas d’éruption morbillense, ou du moins (|uelques taches brunâtres, derniers restes d’un exanthème en voie de décroissance.

Le pronoslic du catarrhe sull'ocant est extrêmement grave. Los médecins de Nantes ne donnent pas le chilfre de la mortalité par bronchite capillaire, qui a (In être très-élevé si l’on en juge par celui de la mortalité générale â l’hôpital de Nantes pendant l’épidémie; au mois de février, sur 298 fiévreux, il y a 88 décès, soit 1 sur 8; au mois de mars, 27 décès sur 247, soit 1 sur 9. A Boulogne, M. J. Périer a, sur 91 cas, 40 décès, soit 42.55 sur lOO (1); â Milianab, M. Widal perd b malades sur8; enfin, â Bicétre, sur 457 malades atteints de rougeole ou de catarrhe suffocant, ilenmeuri lb8,soit85.7bpourl00(L. Colin, op. cit.).

(I) J. Relier, Élude coiiiplein. sur Prinyle, p. 1”25.

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