‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 84 sur 129 · BRONCHITE CAPILLAIRE ÉPIDÉMIQUE · texte numérisé non relu

BRONCHITE CAPILLAIRE ÉPIDÉMIQUE

Anatomie pathologique. — Le larynx, la trachée-artère et les 1 bronches sont remplis de inuco-pus analogue à celui de rcxpectoralion ;

I fjueh|uelbis ce liquide est tellenienl abondant qu’il reflue dans la houij che et les fosses nasales, il s’écoule au dehors au moindre mouvement ij (pi’on imprime au cadavre. Les poumons sont volumineux, emphyséij niateux; lorsqu’on les presse entre les doigts on a la même sensation I que donne un oreiller de ))lume neuf et bien rempli (Laënnec); sur les U surfaces de section du parenchyme pulmonaire on voit sourdre une r infinité de gouttelettes jaunâtres (pus remplissant les petites bronches);

I les muqueuses trachéale et bronchique apparaissent très-vivement injectées quand on les a débarrassées du pus qui les recouvrait. Les lésions de la pneumonie lobulaire viennent souvent se mêler aux

! précédentes.

Le cœur renferme des caillots blancs fibrineux, résistants, enchevêtrés dans les valvules et les muscles papillaires; ces caillots, dont la formation est évidemment antérieure à la mort, se prolongent dans les veines caves et les artères pulmonaires. Quelques auteurs, frappés de l’abondance de ces concrétions fibrineuses, ont voulu leur faire jouer le principal rôle dans la palbogénie du catarrhe suffocant, mais ces caillots peuvent manquer, et il est certain que lorsqu’ils se forment, c’est seulement à la dernière période, sous l’inlluence de la longue asphyxie que subissent les malades.

Les autres organes ne présentent aucune lésion constante.

Aature. — MM. Mabol, Bonamy, Marcé et Malherbe, dans un bistori([ue où ils confondent la bronchite capillaire épidémiipie avec la grippe, parlent de la coïncidence fréquente des maladies catarrhales et des fièvres éruptives (op. cil., [i. 1 f ), mais ils n’insistent nulle part sur le rapport bien plus étroit qui nous semble exister entre la rougeole et la bronebite capillaire de Nantes. Au reste, ces observateurs ne se prononcent pas nettement sur la nature de l’épidémie qu’ils décrivent, ils l’attribuent au froid, aux mauvaises conditions de casernement des corps plus spécialement frappés, aux fatigues de la route chez les recrues qui venaient d’arriver; conditions évidemment importantes, mais qui, suivaot nous, ne suffisent pas à expliipier l’apparition du catarrhe sulTocant épidémique. Les mêmes circonstances présidaient la même année dans d’autres villes au développement de la méningite cérébro-spinale; pourquoi ici la bronchite capillaire, là la méningite épidémique? — Le froid, la fatigue, l’arrivée des conscrits, l’encombrement, ne sont évidemment, dans les deux cas, que des circonstances adjuvantes.

Cette étiologie banale ne paraît jias suffisante à M. J. Bérier, qui regarde le catarrhe suffocant comme une maladie spécifique et cou-

MALADIES ET ÉIMDEMIES DES AlîMÉES.

tai^ieuse, mais non comme une rougeole des bronches. « Nous croyons, (lit-il, (|ue les alTeclions catarrhales sullbcantes doivent être rangties au moins à c(jl(i de la fièvre lyj)hoïde dans la classe des pyrexies (pii ont des caractères anatomiques et physiologiques constants, la question de spécificité cl celle de contagion étant réservées parce qu’elles demaudenl une longue observation et des faits nombreux (1). »

M. le docteur Brouardel a émis sur le catarrhe sudbcant une opinion fort originale, mais si peu d’accord avec l’observation des faits, avec la nature épidémique de la maladie, (juc nous ne croyons pas devoir y insister. M. Brouardel pense que le catarrhe suffocant qu’ila observé à Paris pendant le siège était dû à la paralysie a frigore du inieumogaslrique (mém. cité).

.Alon i)ère, qui en 18i-0 avait eu l’occasion d’observer en même temps la rougeole et la broncliile capillaire à Metz, insistait, dans son cours du Val-de-Gràce, sur les rapports étiologiques qui existent entre ces maladies; MM. les professeurs L. Colin et E. Vallin ont adopté cette opinion ; nous n’aurons pas à la défendre longuement, car les faits que nous avons cités sont des arguments (jui valent tous les raisonnements théoriques. Nous avons insisté assez longuement sur les circonstances éliologi(iues de la bronchite capillaire épidémique i)our (|u’il soit superflu d’y revenir; partout la bronchite capillaire a régné à C(jté de la rougeole, dans les mêmes conditions où s’observent les petites épidémies de rougeole chez l’adulte, c’est-à-dire dans l’armée et sur de jeunes soldats depuis quelques mois seidement au service; la symptomatologie et l’analomie pathologique sont véritablement identiques dans le catarrhe suffocant épidémique et dans la rougeole compliquée de bronchite capillaire, les descriptions de F. Villar et de Michel Lévy font presque double emploi avec celles de M.M. Mahot, Bonamy et J. Périer, nous croyons donc pouvoir conclure que la bronchite capillaire épidémique n’est pas une entité morbide distincte, mais une rougeole anormale, une rougeole des bronches. Pour([uoi la rougeole prend -elle celte forme si grave, si insolite? C’est ici que le froid intervient, et voici très-probablement comment se passent le.s choses : la rougeole règne sous forme épidémique; un abaissement anormal de la température provoque un grand nombre d’affections catarrhales; la muqueuse des brouebes, irritée, enflammée chez les hommes qui contractent alors la rougeole, appelle les manifestations morbides, et l’éruption se localise dans les voies respiratoires, comme ou voit les pustules de la variole se développer de préférence sur les surfaces rubéfiées par un sinapisme; l’éruption cutanée avorte ou

(T) Elude comjilcin. sur Prhujle, p. 123.

lîRONCIlITE CAPILLAIRE ÉPIDÉ.MIQITE.

■lui

(ilit clôfaul. « La rougeole, diseat MM. Rilliet et Barlliez, ,se mauifoslc par une nuxion iiillammatoirc de la peau et des muqueuses; la marche normale de la maladie dépend d’un é([uili|jre conservé entre ces deu.x sortes de fluxions, celle qui se fait sur la peau doit en général dominer (I). » La rougeole sans exanthème est aujourd’hui admise par tous les auteurs. Trousseau a très-bien décrit le catairhe sullbcant, dans certains cas, dit-il, l’éruption exanthématique tout entière se porte vers les bronches, réruptioii cutanée peut manquer, le diagnostic étiologique est alors Irès-diflicile (2). Nous avons’ vu que F. Villar, M. Lévy, Vézicn, avaient observé des bronchites capillaires rubéoliques sans le moindre exanthème. La contagion de la bronchite capdlaire épidémique, inexplicable pour ceux qui ne voient dans celte maladie qn nue inllammalion franche des voies aériennes, s’expli(|ue au contraire très-facilement quand on admet qu’il s’agit d’un catarrhe spécifique, d’une rougeole des bronches.

Traitement. Prophylaxie. - -Dans la rougeole normale, l’cxpectalion, l’hygiène, suffisent pour obtenir d’excellents résultats, la nature se charge de la guérison. Les malades doivent être placés dans des salles bien aérées, non encombrées et chauffées convenablement les conditions de milieu sont plus importantes pour la rougeole qiu poui la \aiiole, à Nantes, au \al-de-Grace, les épidémies si graves di 1810 et de 1800 se sont produites dans des salles encombrées. « S l’on Jette un coup d’œil d’ensemble sur les maladies fébriles, on cou State que les unes, les fièvres de marais par exemple, s’amélionmt ]>ai le fait du séjour du malade à l’hôpital et subissent peu rinfluence dc.^^ conditions nosocomiales; d’autres, au contraire, notamment le choléra, la rougeole, la fièvre typhoïde, s’aggravent manifestement dam

le milieu ho.spitalier... 11 importe donc de surveiller plus activement dans CCS maladies que dans d’autres les conditions d’une bonne aération et tontes celles qui concernent la salubrité médicalement comprise du régime hospitalier (3). »

Iluxam a insisté sur le danger des refroidissements chez les malades atteints de rougeole; il ne faut certainement pas ensevelir le.< malades sous les couvertures comme on faisait autrefois, mais il est nécessaire qu’ils respirent un air suffisamment chaud; à Paris, pendant le siège, le défont de combustible a été une des principales causes de la gravité de la rougeole (L. Colin).

Un grand nombre de médications ont été employées sans succès

(1) Traité des malad. des enfants, t. III, p. 264.

(2) Clinique, t. I, p. 149.

(oj L. Laveran, Ucs influences nosocomiales, etc., loc. cil.

A. LAVERAN.

MALADlliS ET ENDÉMIES DES ARMÉES.

conlre la hroncliile capillaire ruliéoliciuc ; les émissions sanguines, le tai'trc slihié sont contre-imli(iuos ; en 1800, au Yal-ile-Gràce, la saignée n’avail pour elTet (pie d’accroitre la laiblesse sans apaiser les accidents pidnionaires ; réniélique i)rovo(iuail des purgalions abondantes et allaiblissait également les malades sans prolit pour le calarrlic bronchique; en 1870-1871, M. le professeur L. Colin dut aussi rejeter complètement les préparations antimoniales, qui augmentaient, dit-il, la déqiression générale. Les affusions froides, si elïicaces dans les formes graves de la scarlatine, réussissent beaucoup moins dans les rougeoles anomales.

Les révulsifs, les dérivatifs, rendent de grands services; mais lorsque la dipbtbérile règne en même temps (juc la rougeole, comme en 1800, les vésicatoires sont conlrc-indicjués ; restent les sinapismes promenés sur toute la surface du corps et les ventouses sèches en grand nond^re. 11 faut s’efforcer de rappeler l’éruption vers la peau; l’urtication, recommandée par Trousseau, est un moyen un peu barbare, mais très-énergi(pie.

M. le professeur L. Colin recommande l’usage du café et du.(piinquina; il y aurait lieu d’essayer l’alcool à haute dose, qui donne de bons résultats dans la bronchite capillaire de l’enfance.

La rougeole est une malailie contagieuse, et même une maladie qui ne se développe jamais (pi'à la suitede la contagion; à Marseille, pendant une épidémie de rougeole, M. le docteur Cirard a pu suivre la liliation de tous les cas qui se sont offerts à son observation; la contagion peut se faire aussi bien à la période d’éruption, et même avant l’éruption, (pi’à la période de déclin, de desquamation ( I).

La bronchite capillaire est contagieuse aussi, mais beaucoup moins ((lie la rougeole; la bronchite asphyxique se composant de deux éléments, l’nn catarrhal, l’autre rubéolique, ne peut se reproduire avec les caractères qui lui sont propres que si un individu se trouve exposé en même tenijis aux deux inlluences dont elle est la ré.sullante.

Les malades atteints de rougeole, ou de bronchite capillaire épidémi((uc seront envoyés immédiatement àl bôjiital et isolés avc(’. soin; on choisira autant ((ue [lossible pour les soigner des hommes ayant eu la rougeole, ou à leur défaut dos in(irmiei-s ayant ((lusieurs années de service.

Lors((uc la rougeole règne épidémi(|uement dans une ville, il faut é.viter d’envoyer de jeunes soldats dans les corps qui y tiennent gar-

(1) Communie, de M. le docteur Cirard à la Soc. mcd. des liùp. (C’ni. hehdom., 1S69, p. ()03).

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nison. A Cordeaux, dit M. Larivière, il y avait presque tous les ans une petite épidémie de fièvres éruptives qui coïncidait avec l’arrivée des hommes de la réserve et qui les atteignait presque exclusivement (1). La nouvelle loi militaire aura pour effet d’amener chaque année de grandes aggloméiations de troupes à l’époque des grandes manœuvres, il est à désirer, au point de vue de l’hygiène et de la prophylaxie des épidémies, que ces réunions se fassent loin des grands centres de population.

(I) Rec. mém. méd. militaire, juillet 1807.

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