CHAPITRE XX
MÉNINGITE GÉUÉBUO-SriNALE.
Depuis 1837, la niéningile cércbro-spiiiale a donné lieu à un grand nombre d’épidémies remarquables par leur extrême gravité; en France, celle singulière maladie a régné presque excliisivemeiil sur les militaires, elle avait donc une place toute marquée dans cet ouvrage; parmi les principaux historiens des épidémies de méningite cérébro-spinale, nous citerons Faure Yillar (1), lourdes (2), C. Broussais (3), Boudin (i), L. Laveran (5), xM. Lévy (ü).
Historique. — Sous le nom de fièvre cérébrale ataxiipie, Yieusseux a décrit une petite épidémie observée au mois de janvier 1805 à (îenèvc; les caractères cliniques de celle fièvre correspondent bien à ceux de la méningite cérébro-spinale, cependant il est à remarquer que Yieusseux ne lait pas mention de la suppuration des méninges, si fréquente dans la méningite épidémique (7); en 181 i, des soldats venus pour la plupart de l’armée du Mont-Blanc furent atteints à (Irenoble d’une maladie que, d’après la description de J. B. Comte (8), on peut rapporter à la méningite cérébro-spinale; enfin Uampont, à Metz (9), en observa quelques cas bien caractérisés l’année suivante.
On a clierché à rallaclier à la maladie que nous étudions un grand
{]) liée. mém. niéd. mUilaire, 1810, t. XLVIII.
(2) Histoire île répiilémie de méningite cérébro-spinale gui a régné à Strasbourg en 1810 et 1811. ]>aris, 1812.
(3) liée. mém. méd. militaire, t. LIV, p. 1-115.
(i) Arcli. gén. de méd., 1810. — Du moine, Traité de geogr. et de statist. med. Paris, 1857, l. 11, p. 501. — Du moine, liée. mém. méd. militaire, t. IX, p. 1, 2“ série.
(5) Ilelat. de Tépid. de méningite cérébr.-spin. observée à Meli de 1817 à 1810. Travaux de la Sociéié des sc. méd. de la Moselle. Melz, 1810. — Du inèine, arl, Mkn’ingitiî CKUKim-siMN., in Diction, encgclop. des sc. méd.
(0) Gazelle médicale de Paris, 1810.
(7) Journal de mid. de Uorvisarl, 1. XI, p. 101.
(8) Dec. gén. de méd. de Sé-dillol, I. l.Vlll, p. 221. Paris, 1810.
lO) .Journal gén. de méd., l. LV, p. 10.
MÉNIMGITK CÉRÉBRO-SPINALE. ,jl5
I nombre d autres faits, on a voulu lui faire une généalogie en fouil- ^ lant dans les archives du passé, mais les rapprochements <|ui ont été [i taits par Ozanam en particulier ne résistent pas à. la critique.
Les petites épidémies observées par Vieusseux, J. B. Comte et ^1 Bampont seraient tombées très-probablement dans l’oubli avec tous M les faits qui s oflient a nous chaque jour et que nous ne comprenons ^ pas, sien 1837 et dans les années suivantes la méningite cérébrop| spinale n avait pas pris dans un grand nombre de garnisons un développement qui commanda l’attention.
La méningite épidémique est signalée par M. Lespès, médecin des épidémies à Saint-Sever, comme ayant sévi au commencement de 1837 à Bayonne, à Dax, à Moigron, à ïartas. En même temps, l’épidémie se développe dans la garnison de Bayonne (janvier 1837), et, avec des apaisements complets dans la saison chaude, se continue pendant les hivers de 1838, de 1839 et de 1840.
Bu loyer principal de son développement, l’épidémie jette des embranchements dans les garnisons voisines, Audi, Foix, Narbonne, qui ne présentent que des cas isolés.
Au nord, la maladie gagne Bordeaux (décembre 1837), la Bochclle (id.), Bochefort (5 janvier 1838).
A l’est et au sud, elle est signalée à Toulon en 1837, et elle éclate à Constantine le 17 décembre, sur les troupes qui ont pénétré de force dans la ville au mois d’octobre, et dont une partie arrivait des régions infectées ; le 20% de Perpignan; le 02% de Montpellier. En Algérie, la méningite épidémique établit son foyer principal dans la province de Constantine, s’étend en 1840 jusqu’à Séfif et Batna, en même temps qu’elle frappe mortellement, au camp de Douera, 10 hommes sur 17 du 17® léger, régiment ipii avait fait le siège de Constantine (Cuyon, Mém. de méd. milit., t. LIX, p. 179).
En même temps, le foyer du midi de la France s’étend, vers la fin de 1839, jusqu’à Nîmes et Avignon, où l’épidémie continue pendant deux hivers. A Perpignan, l’épidémie sévit du 12 octobre 1810 au mois d’avril 1841. A la même époque, elle se déclare à Grenoble et au Pont-Saint-Esprit. Elle éclate, le 24- novembre 1841, sur la population civile d’Aigucs-Mortes, et se continue jusqu’au 4 mars 1842, atteint 100 personnes et en fait mourir 120.
Au mois de décembre 1841, le 3“ bataillon du 02® de ligne, venant de Pont-Saint-Esprit, importe la maladie à Marseille.
En même temps que l’épidémie exerçait ses ravages dans les garnisons du Midi, d’autres centres de rayonnement éjiidémique établissaient leurs foyers an nord-ouest, au centre élan nord-est.
Vers la fin de 1837, le 18® léger quitte Bayonne pour Bochefort.
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MALADIKS 1:T fil'lDlÎMlES DKS ARMÉES.
Du 15 janvier 1838 au 8 iV‘vrior, 7 liomines «Iccc iv4,ûineulsont atteints de inéiiiiigile et O succoiuljeut. Le 1 i déceinl)re 1838, l’épidémie se niauiléste parmi les for(,'ats du hagiie. Dès le 31 décembre, li forçais et 5 gardes-cliiourme avaient été atteints et [)resque tons avaient snceombé : :2, avant leur entrée à l’iiopilal; i, une heure après; 8, vingt-ipialre beures après. Dans le cü\iraiit de janvier 1830, la mabulie frap[»e (>8 forçats, 13 surveillants, et 25 ouvriers et a\itres individus.
De même (pie répidémie de Hocliefort avait été importée par un régiment venu de Dayoniie, de même ce régiment la transmet à la garnison de Versailles. Dès le mois de février 1830, 0 hommes du 18“ léger, babitant la même chambre, sont frappés à peu de jours d’intervalle. A la fin de mars, ilen.v compagnies, détachées à Chartres, fournissent dès leur arrivée 2 malades, qui succombent avec tous les symptômes de la maladie.
De Versailles, la maladie s’étend à Saint-Cloud, à Uambouillct, à Laval (2() mars 1840), au Mans (id.), à Chàtcan-Gonlier, à Joigny (avril à juin 1841), à Caen (1840), à Cherbourg (1841), à Tours, à Dlois, à Poitiers (27 décembre 18 40 an 25 février 18 41), à Pérignenx, à Tulle, à Ancenis (décembre 1841), à Nantes (28 janvier 18 42).
A la môme époque, un dernier foyer épidémiipie éclate dans les garnisons du nord-est. A Metz, l’épidémie règne de novembre 1830 à la fin de mars 1840, atteint 40 hommes de la garnison et fait 22 victimes. A Strasbourg, elle commence en octobre et dure jusqu’en mai 1841, frappe 184 militaires et en fait mourir 108.
A Nancy, elle se prolonge de janvier au 0 août 1841, atteint 28 hommes, dont 8 mortellement.
De Strasbourg, la maladie s’étend à Donxwiller, à Illkirch et jnsiiu’à Wissembourg, en perdant de son intensité à mesure qu’elle s’éloigne de son berceau. A Wasselonne, lieu de passage continuel de trou|)cs, 8 habitants sont atteints. A llagnenan, l’épidémie é|)argne la maison centrale.
Schelestadt est atteint le 21 janvier; Colmar, en février 18 42; Toul, pendant l’épidémie de Nancy.
La méningite cérébro-spinale avait presipie complètement disparu pendant les années 1843 et 18 44, n’a|)paraissant que par cas isolés, lors(iu’elle apparut de nouveau en 18 45, pour se continuer jusqu’en 1851 , avec une extension plus générale <pie dans sa pnimière irrn|)lion. A la fin de 184 4, elle se développe dans la garnison de CiOnstantine, où elle se continue pendant les hivers de 18 45 et de 184C). Klle éclate le 24 décembre 1845 à Philippeville, sévit
MÉNINr.lTE CÉIIÉIÜ’.O-SPLNAIÆ. 417
presque exclusivemeiU sur les Mal!;iis, eu épargiianl la population arabe et la garnisuu.
Kii même temps, la maladie se déclare dans la province d’Alger : à Douera eu 181-.), à Alger en 18D3, cl dans la même année à Médéali, à Orléansville. Kn 1817, elle règne à Médéah cl se développe dans la popidalion indigène.
A Avignon, répidémie apparait en janvier 1845, cl, avec des apaisemcnls |)eiulant la saison cliaïule, se continue en 184G et 1817.
A Lyon, la méningite se manifeste vers la lin de l’été, reste limitée presque exclusivement au GD de ligne, caserné au fort Lamolte. Sur 5G malades, 23 appartiennenl à ce régiment. Los 14“ et 15® d’artillerie et la population civile sont complètement épargnés.
A Orléans, du 1®*' décembre 1847 au 23 mars 1848, M. Corbin compte 50 malades.
A Metz, l’épidémie débute le 13 décembre 1847, pour se prolonger jusqu’au mois d’avril 1849. Elle frappe 12G militaires et quelques personnes dans la population civile. On compte GG décès dans la garnison.
A Saint-Etienne, du 11 juin 1848 au 30 octobre, sur une garnison de 2500 hommes, 107 sont atteints et 28 succombent. On ne compte que 3 cas dans la population civile.
A Paris, l’épidémie commence en décembre 1847 et se continue jusqu’au mois de mai 1849, sévit exclusivement dans la garnison et sur les détenus de la prison de la Force. M. Jac({uemin y compte 10 décès sur 12 malades. Une petite épidémie atteint en même temps la colonie de Petit-Bourg.
A la même époque, la méningite sévit à Nîmes, à Saint-llippolytedu-Gard. Du 4 au 27 novembre 1848, sur une garnison de2Gl hommes, on compte 14 malades et 18 décès.
X Cambrai, la maladie se déclare le IG mars 1849, après l’arrivée du 5® léger venant d’Orléans, et d’une compagnie du génie venant de .Metz; 2 liommes appartenant à ces deux corps meurent de méningite. La maladie s’étend au 9® cuirassiers. L’infanterie et la population civile sont épargnées.
Lille, la méningite éclate le l®® avril 1845 et se continue jusqu’au 12 juin. On compte 20 cas : 12 en avril, 7 en mai, 1 en juin ; 12 se terminent par la mort (le 57® donne 15 cas; le 74®, 4; le 9® hussards, 1).
.-V Lunéville, le 9“ régiment de hussards, arrivé récemment de Lille, présente 4 cas de méningite.
.V Dijon, le 14® de ligne, qui a été atteint à Verdun, envoie à l’hôpilal, du G septembre au 27 novembre, 3 hommes atteints de méningite. La maladie s’étend aux hommes du dépôt du 68®. Au 9® dragons,
A. LAVERAN. 27
un seul homme est alteinl. Dans la population civile, on compte
5 cas.
A Bourges, la maladie éclate an mois de février 1849 et se continue jusqu’au mois d’avril de la même année.
A Toulon, la maladie débute le 5 janvier 1851, chez un jeune soldat de la caserne du Mourillon, atteint rinfautcrie de marine le 25 janvier, les matelots le 1 février, la population civile le 4 mars. 116 malades et 55 morts :
L’armée complo
L’iiifaiiterie do marine
Les inat(dols
La poiHilation civile
Italie. Pendant la première irruption épidémique de 1837 à 1842, la méningilc cérébro-spinale régnait en Italie. Elle apparut pour la première fois pendant l’iiiver de 1839 à 1840 dans plusieurs localités du royaume de Naples, cl l’iiivcr suivant dans la Romagne, on l’épidémie parait s’être continuée jus(pi en 184;) (Hirsch, Ihi'udbuch der hisloriscli-geographisclion Palh., l. 11, p. 641).
Espagne. L’épidémie a été <d)servée pendant l’iiiver de 1844 à Gibraltar. Elle a sévi pres(iue exclusivement dans la population civile et fort peu sur les troupes anglaises.
Amérique du Nord. Nous devons égalemeiU à Hirsch la connaissance des irruptions épidémiques de la méningile dans r.\mérique du Nord. On l’y observa une première fois en 1842 dans le Tenessee et l’Alabama; de 1845 à 1847, dans l’Illinois, l’Alabama, le Mississipi, l’Arkansas, à la Nouvelle-Orléans; de 1842 à 1850, dans plusieurs parties de la Pensylvanie occidentale; en 1856 et 1857, à New-York et dans la Caroline du Nord; dans l’hiver de 1862 à 1863, dans la Caroline du Nord et plusieurs États de rUnion.
Eu Danemark, la méningite règne de 1845 à 1848; en 1846, elles© montre dans quelques maisons de correction en Irlande, puis à Dublin et à Belfast.
En Suède, l’épidémie prit, de 1855 cà 1860, une extension et une intensité qui méritent quelques détails {OfrersiglU af. heho ock Sjukrarden I Sverige, 1863, Stockholm).
Vers la fin de 1854, une maladie, jusque-là inconnue en Suède, se déclara inopinément sur les côtes sud-est. Cette maladie, appelée dans le langage vulgaire fièvre cérébrale, maladie de Calmar, de Westeras, localités primitivement atteintes, régna d’abord dans le Blekinge, puis s’étendit dans la province de Calmar avec une telle m-
5i malades et 21 décès