POPULATION CIVILE
Bagne de Rochefort 84 pour 100.
Aigues-Mortes 75
Royaume de Naples 46
Suède et Norwége 58
Moyenne 65 pour 100.
.Vnatomie pathologique. — Contrairement à la plupart des maladies épidémiques et contagieuses, la méningite cérébro-spinale s’accompagne de lésions anatomiques très-remarquables , presque coustantcs, et qui par elles-mêmes suffiraient à expliquer la mort.
Dans quelques cas de mort' très-rapide, on ne trouve à l’autopsie qu’une injection vive des méninges (Tourdes, Boudin), mais presque toujours des cxsudats purulents existent dans les méninges cérébrales ou spinales.
Lorsque le crâne a été ouvert et la dure-mère incisée, la convexité du cerveau se présente sous forme d’une masse grisâtre ou jaunâtre, opaque, sur laquelle se dessinent des lignes bleuâtres, des marbrures rouges dues à la réplétion desveineset àl’injectiou fine des capillaires. Des exsudais puruleuts déposés entre la pie-mère et le feuillet viscéral de l’arachnoïde expliquent cet aspect si caractéristique de l’encéphale ; on dirait qu’une couche épaisse de beurre a été étendue sur les hémisphères cérébraux (Tourdes), ou plutôt entre la pie-mère et l’arachnoïde viscérale ; lorsque la lésion est moins avancée, les exsudais ne forment pas une couche continue, ils sont disposés le long des vaisseaux dans les sillons formés par les circonvolutions cérébrales, et l’on trouve encore, çâ et là, des points des méninges qui ont conservé leur transparence habituelle. La consistance des-exsudats purulents est en rapport avec la durée de la maladie; â la première période, les globules de pus nagent dans un sérum assez abondant, plus tard, le pus devient de plus en plus concret.
Ces lésions, analogues à celles tle la méningite franche, sont beaucoup pins maiMinécs à la convexité ties hémisphères cérébraux rpie du | côté (le la hase; là les cxsiulats se déposent encore le long des nerfs i crâniens. lia snhstance cérébrale ne présente que des altérations cou- j séentives, secondaires à la méningite; les ventricules du cerveau contiennent souvent de la sérosité trouble, lloconneuse, quehjnefois du pus.
Les méninges rachidiennes oifrentlcs mêmes altérations, seulement leur disposition particulière amène (inehjues différences dans la distribution (les exsudats purulents. Au lieu d’élre, accolé à la pie-mère comme à la convexité des hémisphères, le feuillet viscéral de l’arachnoïde en est ici séparé ou du moins il ne s’y rattache que par des tractus fibreux très-lâches ; aussi le pus épanché dans celte cavité jonit-il de plus de liberté qu’au cerveau, les exsudats sont plus épais à la (ace postérieure de la moelle qu’à l’antérieure, et ils augmentent de quantité et d’étendue à mesure qu’on descend vers la (pieue de cheval, qui dans (juclques cas baigne complètement dans le pus.
Ces lésions peuvent se produire très-rapidement, 12 à 13 heures après l’apparition des premiers symptômes (L. Laveran); dans un cas observé par lourdes, le pus existait en grande quantité aiirès 24 heures de maladie.
A propos des complications, nous avons dit déjà combien il était fréquent d’observer des altérations des-autres séreuses : du péricanle, des plèvres, des synoviales, caractérisées par une injection vive de ces membranes et par des épanchements souvent purulents.
Le cœur droit est généralement distendu par des caillots blancs décolorés (caillots d’asphyxie); il existe de Tœdème et de rengouement pulmonaire.
Les amygdales sont quelquefois creusées de petits abcès (F. Villar,
L. Laveran); la psoi’entérie intestinale a été très-souvent notée'
(F. Yillar, Tourdes, Michel Lévy). La rate, le foie et les reins sont en général à l’état sain.
Nature. — Tous les observateurs s’accordent à reconnaître que les épidémies de méningite cérébro-spinale ne sont pas produites ]tar la réunion fortuite d’un grand nombre de cas de méningite simple, idiopathi(iue; qu’elles relèvent en un mot d’une cause spécifique.
«r L’inllammalion de la pie-mère, dit M. Lévy {loc. dt.), expliquet-elle la présence du pus dans les arüculalions, quelquefois dans d’autres séreuses?,Si rares que soient ces faits, ils veulent entrer comme éléments positifs dans la notion que 1 on se fait de la méningite; il en est de même des éruptions que M. Broussais passe presque sous silence : pétéchies, sudamina, taches lenticulaires, etc., et du
MI'MNGITE GI'UÉBRO-SriNALE. 133
développement de l’élément Iblliculenxde l’intestin dans les deux tiers des cas. » C. Broussais, (pie M. Lévy prend ici à partie, ne prétend nullement nier la spéciticité de la maladie, il dit au contraire (pie les circonstances banales invoipiées pour l’expbbpier (froid, fatigues, etc.), ne sont très-probablement que des causes prédisposantes, et que quelQue chose d'inconnu leur intprinie une vertu particulière.
A. Vital insiste sur l’existence d’un état général antérieur à la méningite et sans leiiuel la méningite ii’aurait pas lieu: « A l’état général seul penveiit être rapportés, dit-il (1) : la fièvre qui apparaît au début de 1a méningite et alors que la pie-mère n’a pu subir encore d’altération; les pétéchies et autres éruptions qui se montrent quelquefois à la peau dans le cours de la maladie, phénomènes inobservés dans les méningites par cause externe et qu’on ne saurait rattacher à une affection locale. L’état général explique seul le caractère de généralité qu’affectent constamment ces lésions anatomi((ues, ces siqipuralions étendues ([ui tantôt infiltrées à la pie-mère et tantôt déposées à sa surface, se rencontrent chez tous les sujets dans le crâne et dans le rachis, et ces autres altérations qui, non toujours, mais assez souvent, atteignent le péricarde et la plupart des articulations.»
« La méningite cérébro-spinale, dit M. J. l'érier, est pour nous plutôt une fièvre qu’une pblegmasie (:2). »
« Les caractères épidémiologiipies bien tranchés de la méningite ne permettent pas d’attribuer la cause de son développement aux conditions atmosphériques, comme l’ont cru Vieusseux et Comte en se bornant à l’horizon limité de leur observation personnelle. L’extension épidémicpie de la maladie à presque toutes les régions de l’Europe, ses migrations en Algérie, l’événement considérable de son apparition en Suède, assignent désormais à la méningite une place parmi les maladies épidémi([ues (3)... »
La spécificité est manifeste, mais quel est l’agent spécifique capable de produire la méningite cérébro-spinale? C’est ici que les divergences commencent.
M. lourdes admet que la méningite épidémi(iue est due à un miasme analogue, mais non identique à celui du typhus; après avoir énuméré parmi les causes occasionnelles de la maladie, le froid, les fatigues, etc., après avoir montré que ces circonstances banales ne peuvent pas expli(pier le développement de la maladie, M. Tourdes ajoute : (( Bappelous en terminant que l’existence d’un miasme sui
(1) Clinhpte médicale de l'hôpHal deConstantine, 1837-1847, p. 40,
(2) Étude complémentaire sur Prinijle, p. 4-9.
(3) L. [.avccan, art. Mkx. cÉRÉimo-si'iN., Diction, encijelop.
A. LAVEliAN. -S
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MAUDITS ET EPIDEMIES DES AUMÉES.
genoria ayant son orii^ine dans rencoinhreinent constitue le fait capital, (pii domine l’étiologie tout enliècc » («yi. c//.). Nous avons montré plus liant (IvnoLOGiE) ipie la méningite se développait en dehors (le toutes les circonstances ipii constituent rencomhrement, nous n’y reviendrons p:us. Itoudin, |)lus explicite (pie M. lourdes, fait tout simplement de la méningite cérébro-spinale nue forme dn typhus, et voici les principales raisons ipi’il allègue à l’appui de cette o[)inion : 1® il y a des autopsies négatives, on n’observe pas dans tons les cas la suppuration dos méninges; la maladie est transmissible et importable;
elle est identique avec la maladie qui a régné en 1813 et 1814 sons le nom de typhus. Les deux premières propositions sont exactes mais elles ne pi'ouvent nnllernenl que la méningite épidémiipie soit de même nature ipie le typhus; rpiant à la troisième, qui conclut de la coincidence de deux maladies à leur idcidité, elle nous paraît inacceptable.
Michel Lévy, après avoir montré ipie, contrairement à l’opinion précédente, la méningite épidémiipie n’est pas un typhus, essaye de lui trouver une meilleure place dans le cadre nosulogiipic, et il la loge dans le groupe des maladies pyobémiipies à coté de la lièvre puerpérale et de riidcclion [mi ulento (mém. cité). M. le professeur Chauffard croit aussi (ju’il faut placer la lièvre purulente des soldats, née dans les casernes, à côté des lièvres purnlenles nées dans les maternités; il fait de la méningite cérébro-spinale une iiyobéiuie spontanée (1). Fia lièvre puerpérale, à laipielh! M. Lévy et .M. le professeur CbaulTard assimilent la méningite épidéini(pie, n’est pas dn tout une pyohémie spontanée, l’accouchée présente au poison se|)licémique une porte d’entrée tout comme le malade qui vient de subir une amputation, la fièvre puerpérale se comprend aussi bien que l’infection purulente, et la comparaison de la femme en couches au soldat ne nous paraît pas heureuse.
Pourquoi donc, si la méningite est une fièvre pyohémiipie analogue à l’infection purulente et à la fièvre puerpérale, poniajiioi ne la rencontre-t-on pas dans les salles des h(')[)ilanx et des maternités? La méningite épidémique ne s’est jamais développée dans ces milieux infectés, par contre on l’a vue naître dans des maisons bien aérées, chez des personnes placées dans d’excellentes conditions bygiéni(jues, et il ne faut pas oublier ipie si, en France, la méningite a sévi jires- (jue exclusivement dans l’armée, il n’en a pas clé de même dans les [lays étrangers, où les enfants, les adolescents, ont principalement soul-
(I) Considérai ions critiqius sur la naliire delà méningite cérébro-spinale (Gaiette hcbdom.f 13 juin 1873).
M EN 1 N G ITE CEP, EI511 0-Sl'lN A I.E .
IVrl ; M. lo professeur ('-liaunarù fait, doue jouer uii rôle trop important aux casernes dans la palliogénie (pi’il a imaginée. Poimpioi, s’il s’agit d’une pyoliemie spontanée, les séreuses seules sont-elles atteintes et ne ironve-t-on pas d’abcès métaslati(|ues dans le foie, dans les poumons? Pourquoi onlin eettt^ pyoliémie s’adresse-t-elle seulement à quelques catégories d’individus (jeunes soldats, enfants, adolescents)? L’infection purulente et la lièvre puerpérale n’ont pas de ces préféi'ences, tout leur est bon.
Dans son mémoire sur les causes de la mortalité dans rarmée servant à l’intérieur, mon père place la méningite cérébro-spinale après la scarlatine, et il écrit (Ivc. cit., p. 2(11) :
a La méningite appartient à cette classe de petites épidémies qui apparaissent comme des accidents d’éqiidémies plus |)ciananentes ; sortes de manifestations d’une même cause qui se produit sous des aspects dilférents, accusant la spontanéité de l’organisme an contact des causes n.oriiides. » Le pas.sage suivant, emprunté à l’article méningite (lu Dkiioinntire ninjrloprdiiiiiL’, est encore plus explicite : « En face de cette classe de maladies épidémitpies et contagieuses qui écbappent à la périodicité régulière des maladies épidémiques à virus fixes, apparaissant d’une manière impi'évue à de longs intervalles, subissant plus que les autres épidémies l’action des conditions atmosphériques, ou est entraîné à se demander si le type ordinaire des maladies éruptives, ne peut pas sidfir, sous rinlUience du milieu et de la part de la spontanéité de l’organisme vivant, des modifications ([ni en leur donnant une apparence nouvelle, leur conservent les caractères généraux de leur évolution épidémique. »
Nous avons montré (voy. Uougeoli-:) (juela bronchite capillaire épidémi(jue était une forme anomale de la rougeole, nous croyons que la méningite cérébro-spinale n’est aussi qu’une manifestation larvée de la scarlatine (1), mais nous avouons volontiers qu’ici les preuves sont moins nondu'euses, moins convaincantes; nous ne recherchons pas la vaine satisfaction de laire prévaloir une opinion personnelle, nous nous effoirous seuleuKuit d’arriver à la connaissance de la nature de la méningite épidémi([ue; notre hypothèse, si elle est loin encore d’une démonstration parfaite, rcjiose cependant, comme on va voir, sur des données très-sérieuses.
Presque partout la méningite cérébro-spinale a régné en même temps (|ue les fièvres éruptives; on ne peut pas nous demander de faire cette preuve pour toutes les épidémies de méningite, attendu que
(1) A. Ldveran, Delà nature de la ménhnjile cérébro-spinal'; épnl. Iiebdom.
(G mrii I87'îj.
MALADIES ET ÉI'IDEMIES DES AlîMÉES.
beaucoup d’auteurs ont nci^iigé dans leurs relations le cliapilrc des maladies concomitantes, mais pour les principales épidémies nous pouvons allirmer la coexistence des deux maladies. Les années 18-iO, 184(S, remarciuablcs par la fréipience de la méningite dans les garnisons de la France, le sont aussi par rexteusion éiiidénudiue des fièvres éruptives. A Versailles (1839-1810), la scarlatine règne en même temps (pie la méningite; à la mémo époijue, la rougeole et la scarlatine sont é|)idémiques à Paris; dans un certain nombre de cas, dit Houdet (1), ces maladies se manifestaient sans ipi’il fût possible d’apercevoir de traces d’éruption à la peau. G. Broussais, ipii a écrit l’iiistoire des épidémies de méningite cérébro-s|)inale de 1837 à 184:2, constate {lac. cil.) (pie presiine partout la rougeole et la scarlatine ont été observées en même temps que la méningite.
En 184.7-1848, la même coïncidence est notée dans la plupart des relations. A Strasbourg, M. Vaillant signale plusieurs cas de méningite avec pétéchies, en même temps que des scarlatines béinorrliagiques (2).
Pendant Pépidéinie de Metz (1847-1848), les maladies dominantes sont les lièvres éruptives, notamment la scarlatine et les inllammations des membranes séreuses. Le tableau suivant montre bien le rapport intime qui existait à Metz entre la méningite et la scarlatine; en été la méningite disparait, la scarlatine devient plus fréquente; en hiver, c’est le contraire; le chiffre total des méiungites est, du reste, à peu près le même que celui des scarlatines.