‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 93 sur 129 · SYPHILIS. MALADIES VÉNÉRIENNES · texte numérisé non relu

SYPHILIS. MALADIES VÉNÉRIENNES

sillie, sur 100 malades traités par Ch. Blanc, 90 au moins étaient syphilitiques (1).

Au.v Indes, la syphilis a pris une i>rande e.vtension. Edinonds calctde I que le chilTre des syphilitiques parmi les troupes de l’Inde s’élève par I an, en moyenne, à B2,l() pour 100 (Européens), et à 3,18 p. 10() (in-

i digènes); d’aiirès Kiiinis, dans la i)résidence de Bombay, les maladies ') vénériennes fournissent à elles S(udes le sixième environ des admis-

ii sions aux hôpitaux (2). La sy|)hilis est également très-commune à I Saigon; en Chine, sur 530 malades traités à l’iiùiiital militaire l'raiifais ) de Tieii-tsin (1801, l""' semestre), on comptait 90 chancres et 21 cas ) de syphilis (3).

Les maladies vénériennes sont, paraît-il, assez rares dans l’armée américaine (4).

Fréquence dans les armées européennes. — Il n’est pas lacile jl d’apprécier la fréquence de la sy[diilis dans les armées, et la faute en est aux nomenclatures (pii sont adoptées pour la slatistiipie; il est I, parfaitement reconnu aujourd’hui que les maladies vénériennes com- I prennent 1“ la blennorrhagie, 2“ le chancre mou, 3“ la syphilis; au ^ lieu d’admettre cette division si simple, si rationnelle, la nomenclature française des maladies (jui peuvent motiver l’entrée aux luîpitaux (5) est ainsi conçue : Titre lit. Maladies virulentes et contagieuses, (26) syphilis primitive, (27) syphilis constitutionnelle. Toute syphilis est constitutionnelle, d’autre part le chancre simple et la blennorrhagie, qu’on est obligé, faute de mieux, de ranger parmi les syphilis primitives, ne méritent pas ce titre.

ILa nouvelle nomenclature pour la statistique de l’armée (adoptée le 13 novembre 1874) échappe cà ces reproches (0), elle porte en elTet sous le titre l" (Malailies générales), § 10, chancre mou (simple et compliqué); § 17, syphilis (primitive, secondaire, tertiaire); la blennorrhagie figure parmi les maladies de l’appareil génito-urinaire (maladies locales, § 126, uréthritq simple et blennorrhagique). La syphilis primitive de la nouvelle nomenclature, c’est le chancre induré; la distinction entre les maladies vénériennes est donc parfaitement

(I) Ch. Blanc, op. vit. {Gazelle licbdom., 29 mai 1874).

(2i E. Lanccccaii.x, op. cil., p. 47.

(3) Armand, Lellres sur l’e.cpéd. de Chine el de Cochinchine. {Gazelle inéd., 1852, p. 577.)

(4i Rapport adressé à la commission sanitaire des États-Unis par Freeman et J. Bnmsti'ad. — ■ Evans, op. vit., p. 265.

I (5) Didiot, Code des oj'liviers de sanlé, p. 933.

L |6j liKtniction pour rc-Kéention de l'article 5 de la loi du 22 janvier 1851 portant

I crcalion de la slali^tiipin médicale de l’armée. {.Journal mililaire, 1874, p. 525.)

MALAKIKS l'.T ÏLPlDt.MIKS DK:; AHMKKS.

tracée pour la slalisti(|uc à venir, el dans (pichpies années on pourra se rendre un coin[)lc exact de leur fré(pience ndalive; dans l’état actuel des choses, tout ce qu’on peut faire, c’est de rechercher la rrétpience tics maladies vénériennes en général.

Aniii}(> l'mnçaine. — De 18(1:2 à 1809, sur 70900 i malades admis cluupie année aux hôpitaux, à l’infirmerie on à la chamhre, il y a en moyenne 10 003 hommes atleints d’ad'ections vénériennes, soit 30 pour 1001) niahules et 100 pour 10(X) hommes d’elfectif; sur 10 000 journées (h; malades il y en a 1900 pour maladies vénériennes (I).

C’est dans les grandes villes (pie le nomhrc des vénériens est le plus considérahle ; pendant la période (piinquennale de 1801 à 1805, M. le docteur Didiot a trouvé (pie la moyenne annnelle des vénériens dans la garnison de Marseille était de 12i pour 1000 hommes d’ell'ectif ou de 1 sur 8 environ. M. le docteui’ Didiot a calculé que le traitement des vénériens revenait à plus d’un million par an; à cette perle d’argent il tant ajouter celle d’un giand nombre de journées de service, la durée du traitement est très-longue pour les vénériens (37 à 50 jours'en moyenne) (2).

l'in 1809, cette silnalion s’est un peu améliorée; mais on compte encore 95 vénéi'iens pour 1000 hommes d’elléctif, et en Algérie la propoi'liou s’élève à 150 sur 1000. Ce sont les villes de Dresi, Verdun, .loigny, Hesançon, Nancy, Caen, Lille, Uennes, ipii fournissent le pins de vénériens; pour Paris et Versailles, le chilfre s’élève à peine audessus de la moyenne (3).

En 1872, lastatisti(pie indiipie 91 vénérienssur 1000 hommes pour l’armée de rintérieur, 137 sur 1000 pour l’armée en Algérie; en moyenne, pour toute l’armée, 1 sur 10. En 1873, 88 pour 1000.

On peut admettre comme chilfre moyen des vénériens dans l’armée française celui de 90 à 100 sur 1000 hommes d’elfectif; combien y a-t-il de syphiliti(pies parmi ces vénériens? La statistique médicale de l’armée a été rédigée jusqu’ici de telle façon qu’il est inqiossiblc de répondre exactement à cette (piestion ; mais tons les médecins militaires conviendront que sur 10 vénériens on rencontre à peine deux syphiliti(jiies, sans com[)ter ([ue les mêmes malades nmirent souvent plusieurs fois à l’hôpital |)our syphilis (on devrait tâcher, dans la statistique à venir, d’empécher cette cause d’erreur). D’après les re-

(1) SIdlisl.. mrd. (le l’armée, I8(i9, p. (>"2.

(2) Elude stalisli(iue de lu aiipliilis dans la garnison de. .Varseille, p:ir le docteur Didiot. {liée. méni. méd. mililaire, H« série, t. XVIll, p. 42.J.)

(d) Slulisl. méd. de l'année, p. 3.5.

SVPIULIS. MALADIKS VÉNÉIÏIENNLS.

cherches île M. Vieiuiiichx (1), sur 100 alTeclions vénérieimcs ilaiis l’armée belge, il y a eu moyemic : 01,80 hleiinorrhagies (années 1808-1850-1800); en ajoutant au chillVe des blciuiorrhagies celui des chancres mous, on arriverait au minimuin au chiU're de 80 sur 100; nous pouvons donc conclure qu’il va tout au plus deux syphilitiques sur 100 hommes d’effectif.

La slalislique, de 1800 porte 0 décès par syphilis; celle de 187:2, 8 décès par syphilis primitive, 10 par syphilis constilutionnelle.

Arnuk’s clnwgères. — Dans l’armée anglaise, on compte 320 vénériens sur 1000 hommes d’effectif, ou, à très-pou près, 1 sur 3, tandis que chez nous il n’y en a que 1 sur 10 (2). Lotte fréipience des maladies vénériennes s’explique par l’ahsence en Angleterre des mesures proiihylactiipies adoptées dans tous les autres pays.

M. Yleininckx, dans un travail publié en 1802, arrive à cette conclusion (pie l’armée française compte une fois plus de vénériens que l’armée belge (3); mais M. Vleminckx se donne beau jeu : sous prétexte qu’en France les blennorrhagies sont traitées dans les infirmeries régimentaires, il compare le chilfre des vénériens des garnisons françaises à celui des vénériens des garnisons belges, sans comprendre dans ce dernier les blennorrliagies. Depuis la publication du mémoire de M. Vleminckx, la statistique a prononcé; pour les années 1808 et 1800, les vénériens sont, dans l’armée belge comme dans l’armée française, dans la proportion du dixième de l’effectif; de même pour l’armée portugaise (1801-1807), où l’on trouve 00 vénériens sur 1000 hommes.

Dans les armées austro -hongroise et prussienne, les maladies vénériennes sont moins fréquentes; en l’russe il n’y a que 5i. vénériens sur 1000 hommes (année 1807); en Autriche, 03 pour 1000 (année 1800) ( i).

Dans l’armée hollandaise (1808-1800), il y a 105 malades vénériens sur 1000 hommes traités aux hôpitaux; mais ces chilTres ne sont pas * comparables à ceux des autres armées, beaucoup de soldats hollandais étant soignés hors des hôpitaux.

L’étude de la fréquence des maladies vénériennes dans les armées montre bien l’importance des meSures sanitaires et leur efficacité, les Anglais ont payé très-cher leur mépris pour la prophylaxie des maladies vénériennes, et ils sont en train, croyons-nous, de revenir de leur erreur.

1 1) Archlvea helaes de mécl. mililnire, I8G2, l. XXIX, p. 313,

(”2) Ely, iiiém. cilé. (liée. mém. méd. militaire, septembre 1860.)

(3) Du mal vénérien en Belgique. (Archivex belges de méd. militaire.) Loc. cil.

(i) Statistique méd. de l’armée four 1860, p. 5i-50.

MALADllôS ET ÉPIDÉMIES DES AllMÉES.

Pdophylaxie. — Aiilrd'uis, loiil malade vénérien était imni de 30 jours de consigne à sa sortie de rintirmerie on de rho|iital; on a dù renoncer à cette mesure qui ne donnait que de mauvais résultats : les vénériens, par crainte d’nne punition, cachaient leur maladie le plus longtemps [lossildc, épuisaient les remèdes, souvent très-dangereux, ([lie leur indiquaient des camarades, et aggravaient ainsi une adcction dont la cure devenait plus difficile.

De tous côtés on a été conduit à adopter les bases suivantes pour la prophylaxie des maladies vénériennes (1) :

1“ Forcer les hommes à déclarer leur maladie dès le début, en supprimant tonte punition pour ceux qui font spontanément cette déclaration et en punissant au contraire ceux qui cachent leur maladie.

Faire de temps à antre des visites sanitaires; examiner en particulier tous les hommes (pii arrivent dans les corps et tous ceux (pii en partent.

3" Envoyer immédiatement tous les vénériens soit à rinfirmerie, soit aux hôpitaux.

4" Forcer tout homme qui contracte une maladie vénérienne à d(îclarer où il l’a prise et signaler à la police la femme incriminée.

Ce sont ces principes qui ont dicté les sages prescri|»tions de l’arrêté suivant en vigueur dans l’armée française :

Art. — Tout militaire atteint de syphilis ou de gale doit immédiatement en faire la déclaration au médecin du corps; il n’encourt aucune punition s’il se présente spontanément et dès l’apparition des premiers symptômes de la maladie.

II. — Tout sous-officier, brigadier, caporal et soldat reconnu atteint d’nne affection vénérienne ou cutanée, dont la gravité révélerait ([ue l’apparition des symptômes primitifs remonte à plus de quatre jours sans ([ue le malade ait pu s’y méprendre, sera traité à la salle des consignés si son état le permet; il sera en outre puni, à sa sortie de l’hôpital, d’nn mois de consigne pour ne pas s’être [irésenté dès ’ le début de la maladie à la visite du médecin du corps, et pour s’étre rendu h charge tà ses camarades par un long séjour aux hôpitaux.

III. — Tout sous-officier, caporal ou brigadier (pii saura qu’un soldat sous ses ordres est atteint degale ou de syphilis, lui i-a|)pellera les dispositions dos articles 1 et 2 du présent arrêté; il sera tenu de le désigner au rapport le lendemain, dans le cas où le malade ne se

(t) Vliîiiiiiii kx, Des mesures luloptées et réalisées en Belgique contre la iirojtaijal. (les malad. vénér. — Iîa|ipoi-l d(j Ercemaii et J. Diiinslpad à la ('niiimiÿÿion saiiil (ti;s États-Unis, loc. cil.

SVI'IIILIS. MALADIES VENÉP.IENNES.

fi

serait pas présenté spontanémeiil au médeciii-major du corps. Eu cas d’infraction à celte disposition, le sous-oriicier, caporal ou brigadier, pourra encourir, suivant la gravité des circonstances, l’une des peines prononcées par les ordonnances du ^2 noveinlfre 1833 (service intérieur des troupes, iid'anterie et cavalerie) pour les fautes contre la discipline.

IV. — Les chefs de corps feront passer à la visite, conformément aux articles 50 à 01, infanterie, et 70 à 75, cavalerie, des ordonnances pi'écitées, tout militaire sonp(,;onné d’être alfecté de maladie vénérienne ou cutanée, et qui se refuserait à en faire la déclaration volontaire. Nonoljstant les dispositions qui précèdent, les chefs de corps conservent le droit de punir avec sévérité les hommes que leurs antécédents signaleraient comme plus particulièrement adonnés au libertinage.

V. — Quand un corps quitte une garnison, le commandant, avant le départ et le jour qu’il jugera convenable, fait passer à la visite des officiers de santé les militaires ([ui déclarent être atteints de gale ou de syphilis, et ceux qu’il serait convenable d’assujettir à celte visite dans la prévision des artiides 3 et i. Les militaires malailes sont immédiatement dirigés sur l’hùpital du lieu. Dans chacun des gîtes où la troupe doit séjourner, le chef de corps fait connaître par la voie de l’ordre, l’heure à laiiuelle les officiers de santé, dans le but indiqué par le précédent paragraphe, admettront les hommes à la visite. Dans toutes les places où il existe un hôpital militaire, cette visite pourra recevoir l’extension prescrite par le paragraphe 1" du présent article. Si le chef de corps le juge nécessaire. Elle devra être renouvelée dans cette même forme, et au jour le plus rapproché possible de l’arrivée dans la nouvelle place où la troupe doit tenir earnison. Les hommes atteints de maladies vénériennes ou cutanées

seront immédiatement admis dans les inlirmeries régimentaires ou les hôpitaux.

VI. i,es dispositions qui précèdent sont applicables aux détachements et aux compagnies formant corps. Dans ce cas, les visites sont faites et les déclarations sont reçues au départ et a l’arrivée par les ofliciers de santé militaires ou les médecins civils chargés du service de ces troupes. Les commandants de détachements ou île compagnies formant corps reçoivent, lorsiiu’ils sont en route, les instructions des fonctionnaires de rintendancc ou se concertent avec les maires pour la visite, par les médecins civils, des hoinmes qui se déclarent alTectés de gale ou de syphilis, et de ceux qu’on peut soupçonner d’en être atteints, et ils font surveiller jiisipi’à ce qu’ils puissent être admis à l’hôpital les hommes reconnus malades.

A. I.AVEilAN. -'J

.i')ü MAI.ADILS i;i' ÉPIDÉ.MIKS DKS AliMÉKS.

YII. — Les lionimcs altciiilsdesypliilis ou de gale, el dirigés sni les hôpitaux aiïeclés au traitement de ees maladies, pourrniil être logés dans les hospices civils des communes on ils devront coucher ou séjourner, si elles possèdent des étahlisscments do ce genre et si les maires le prélerent, ou être réunis dans un local commun qui leur serait alTecté.

A leur arrivée au lieu de destination, ils ne recevront sous aucun prétexte de billet de logement, et ils seront, autant (pie possible, conduits directement à l’hôpilal par un hoinmi' de garde. Après guérison, ils seront également conduits a la [lorte d(' la ville par un homme de

garde du poste de riiôpital, on par le sergent de planton.

YllI. — Tout brigadier, caporal et soldat partant de son coiqis, pour voyager isolément, sera soumis, avant son départ, à une visite sanitaire, à rell'el de s’assurer s’il ii’estattoint ni de maladie vénérienne ni de gale. Celte visite sera constatée par nn cerlificnl du inédeciii- 'lUüjoi' (pii sera visé |iar l’otlicier supérieur commandant et annexe a la rciiille de roule du militaire. Dans tous les giles d’étape on résidera un ronclioniiaire de rinlendance, l’homme voyageant isolément sera interrogé sur son étal, el il pourra être soumis à une visite >i, malgré sa déclaration négative, (U^,s symptômes extérieurs doniieiit lien de croire qu’il est atteint de gale ou de syphilis', s il est reconnu malade, il sera dirigé immédiatement sur l’hôpital.

IX. r— Pour le retour, la feuille de route ne sera jamais visée par

le fonctioiinaire de rinlendance près de qui le militaire devra se présenter au départ, sans que celui-ci ait été soumis à une visite. Usera procédé à son égard, sur la route, de la même manière (pi’il est lu'cscrit par l’article 8.

A son arrivée au corps, l’homme devra passer a la \isile le joui même où il se sera présenté.

X. — Les militaires en congé de semestre, en congé provisoire de libération, ou appartenant a la réserve, atteints de maladies \eiieriennes ou cutanées, seront admis au com[)le du dépailement de la

guerre dans les hôpitaux militaires el hospices civils.

Ceux d’entre eux qui ne se présenteraient pas à la visite dès le début de la maladie el dans les délais prescrits par l’article '2, seront traités à la salle dos consignés, sibnirétal b' permet, sans préjudice des punitions mentionnées à l’article 897 du règlement (lu 1" avril 1831.

Les chefs de corps veilleront, avec une sollicitude éclairée, a 1 execution des visites iirescrites.par les ordonnances du 2 novembre 1833

(art.')!) à ül, infanterie, et 70 à 75, cavalerie), dans rinlérét de la

santé du soldat, non moins ipie dans nn intérêt d’hygiène imbliipie, et ils tiendront rigoureusement la main aux mesures déterminées pai

SYPHILIS. M.AL.YHIES VÉNÉIUEN.NES .

loi

le présent arreté. (Arrêté du 10 mai I8i'2, ndatifaiiY mesures sanitaires propres à empêcher les proi>rès dans l’armée des affections syphilitiques et cutanées.)

Les ordonnances du 2 novembre LS33 (art. 7.'), cavalerie) prescrivent de faire, tons les mois au moins, en présence des officiers de semaine, une visite individuelle des brigadiers et cavaliers, pour reconnaître les maladies vénériennes et cutanées; le médeciii-major prend, à cet effet, les ordres dulieutenant-coloneJ.

Ajoutons* que tout homme atteint de syphilis doit, sous peine de punition, donner le nom et l’adresse de la femme avec laquelle il a contracté sa maladie (1).

Ces mesures prophylactiques ont diminué sensiblement la fréquence lies maladies vénériennes dans l’armée; mais il ne faut pas oublier qu’elles ne valent que par la rigoureuse application (pii en est faite.

J’ai déjà dit qu’il était nécessaire d’abandonner l’ancienne nomenclature des maladies vénériennes pour la statistique; la nomenclature des maladies et infirmités qui rendent impropre au service actif ou armé, laisse aussi à désirer, ce me semble. Je trouve au n” 3 de l’instruction du 3 avril 1873, parmi les maladies qui c.vcmptent de tout service militaire, « les accidents secondaires ou constitutionnels delà syphilis ». Ainsi, un homme qui se présente au conseil de révision avec une roséole syphilitique ou dos plaques muqueuses est c.vempté de tout service, on ne le place môme pas dans le service auxiliaire pour lequel on accepte des individus atteints de claudication, de scoliose et de goitre, taudis qu’un autre homme, porteur d’un chancre induré, est déclaré bon pour le service. Quelle dilTérence y a-t-il entre ces deux hommes? Ils ont la même maladie, seulement le premier a été infecté quelques nnns avant l’autre, dans (pielque^ semaines ou quelques mois les accidents secondaires se produiront chez le deuxième comme ils se sont produits chez le premier. II y a là une inégalité flagrante, il faut ou bien prendre les conscrits atteints d’accidents secondaires comme ceux atteints de chancre induré, ou bien les rejeter également. On dira que le diagnostic du chancre infectant n’est pas toujours facile; en général, on peut se prononcer; dans les cas douteux, on a la ressource d’ajourner les malades.

Je crois, pour ma part, qu'on doit éloigner tous les syphilitiques, et c’est là l’esprit, sinon la lettre de l’instruction pour les conseils de révision, au lieu d’inscrire ; les accidents secondaires ou constitutionnels de la syphilis, il suffirait de mettre : la syphilis. Le conscrit affecté de syphilis est un embarras pour les corps, une dépense pour

(I) Difliot, Code des officiers de sanlé, p. 837.

i5-2 MALADIKS KT l'A’lDÉ.MlES DES Al'.MÉES.

]’Élal,et de plus SOU iiislnictioii militaire est souvenl Irès iiicomplèle, parce (pi’il passe plus de temps à riiùpilal (lu’à la caserne, llicord cl A. Fournier admellenl (pie la guérison de lu syphilis exige plusieurs années de traitement; avec la durée actuelle du service militaire, on aurait à peine le temps de guérir les malades. Les syphilitiques pourraient être rangés du reste dans le service auxiliaire.

Tiiaiïement de la svtMiiLis. — Les allaipies qui ont été dirigées dans CCS dernières années contre le mercure n’étaient pas les prei.dères, le mercure a subi vicloriousement [dus il’iin assaut de ce Heure. Dès le xvi" siècle, il eut dans le gaïae un rival souvent préféré; Fracaslor, dans son poème sur la sy[)hilis, dédié au cardinal Demho, secrétaire du pape Liion X, chante ainsi les vertus du gaïae : a Divin gaïae, ce fut l’Espagne qui cul le hoidieur de t’accueillir la |)remièresur notre continent... Salut à toi, arbre sauveur, à la cime luxuriante, àlaséve généreuse! Salut à toi, orgueil du nouveau monde, l’eul-êlre une muse porlcra-l-elle ton nom jusiju’aux oreilles deBemho sur les bords du Tibre, et ce sera là, pour elle, la plus douce récompense de ses labeurs (l). » Le livre du chevalier LIricb de llutlen contribua puissamment à mettre ce bois sudorifique à la mode, mais cette période d’engouement passa bientôt et l’on revint au mercure.

En 1817, Thompson et U. Gulhrie, en Angleterre, démontrèrent la possibilité de guérir la syphilis sans mercure ; mais à celle époipieon confondait la syphilis avec le chancre simple, non infectant, voire même avec la blennorrhagie, ce qui enlève à ces recherches, ainsi (|u’a celles de Harris et Stevens, une grande partie de leur valeur. En France, l’école physiologique fit au mercure une guerre acharnée; Broussais, Jourdan, Dubled, Desruelles, Devergieainé, défendirent tour àtourle traitement de la syphilis sans mercure (E.Lancereaux, op. fit.)-, le mercure a survécu à la doctrine physiologiipie.

En 1867, nouvelle attaque, dirigée cette fois à la Société de chirurgie par MM. Desprès et Dolbeau ; mais le mercure trouve de nombreux défenseurs parmi les([uels il nous sullira de citer Lullerici, \elpeau, MM. Perrin, L. Le Fort, Xerneuil, Vulpian, Depaul, A. Guérin, pour montrer que les forces n’étaient pas égales, aussi cette discussion at-elle tourné tout à l’honneur du traitement mercuriel. M. le docteur Desprès ne s’est pas laissé convaincre, et dans un livre inlilulé Trailélliéori(iup. elpraliqtie delasuphilis oaiufeclion punilenle syplnliliqne (Paris, 1878), il a formulé sa conception nouvelle de la syphilis. D'après M. Desprès, le virus syphiliti.jue ne produit ni lessyphilides, ni l’irilis ni les périostéites, ni les caries; c’est le mercure ([ui est le

(l) Enicaslor, Poenie sur ta sijpliilis. tiaducl. il(î A. l'oiiniici

SYPIIIUS. MALADIES VÉNÉRIENNES.

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grand coupable, c’est lui qui occasionne la plupart des accidents dits sypbililiqnes; la syphilis est une maladie infectieuse analogue à la pyohémie, et le trailement Ionique. peut seul lui convenir! A la vfrilé, M. Desprès, qui veut proscrire le mercure, fait grâce à Tiodure de potassium, mais il lui refuse toute vertu spécifique, et s’il le conserve, c’est uniquement comme toni([ue : l’iode se dégageant dans l’économie, <a une action analogue à celle de la moutarde, il excite l’aiqiélit et la nutrition se fait mieux!

Dans certains pays, hienque le mercure soit inconnu, les périostéites, les caries syphilitiques sont plus communesencorc que chez nous(l); en France même, n’ohserve-t-on pas souvent les gommes, les périostéites, les caries syphilili([ues, chez des malades (pii n’ont jamais lait usage du mercureV — Non, le mercure n’est pas responsable de ces accidents, c’est une chose jugée, il n’y a plus lieu d’y revenir.

11 y a quelque chose de vrai dans la doctrine des antimercuristes, c’est que la syphilis peut guérir spontanément sans même donner lieu aux accidents tertiaires. S’il était possible de distinguer les syphilis fortes des syphilis faibles, on pourrait se contenter de traiter les premières, et épargner aux antres maaldes l’ennui d’un traitement prolongé; malheureusement nous n’avons aucun moyen de reconnaître si une syphilis sera forte ou faible, et par conséquent, comme le dit M. A. Fournier, « la plus simple prudence nous oblige à nous tenir en garde dans tous les cas, à conseiller, dans tous les cas, un traitement propre à atténuer, s’il est possible, les effets de la diathèse dans le présent et dans l’avenir (:2) ».

Au temps où l’on soumettait les malades au supplice delà salivation entretenue, le mercure pouvait être un juste sujet d’effroi, il n’était pas rare de voir survenir des carie.s des maxillaires, cl ceux-là s’estimaient heureux qui enélaientquittcs pour la perledcquel((ues dents; mais avec 1e mode d’administration du mercure qui a heureusement prévalu, aucun accident de ce genre n’est plus à redouter; en surveillant attentivement les malades, on arrête la stomatite à son début avec quelques doses de chlorate de potasse (A. Fournier, loc. cil.).

11 suffit d’avoir assisté à la transformation rapide que subissent les lésions syphilitiipies sous l’influence du traitement spécifique, pour être convaincu de son efficacité; qui n’a vu des ulcérations syphiliti <iues dont la nature a été méconnue, et qui résistent depuis longtemps à tous les traitements imaginables, qui n’a vu, dis-je, ces ulcérations se transformer en quelques jours sous l’action du mercure? le

(1) Abys.sinio. — Cli. lU.tiic, loc. cil.

(-) Du trailement de la sijphilis. {Gaictte hehlom., t.STJ, p. 107.)

MALAOIKS KT ÉIMDlvMIKS DhS AllM^KS.

l'oiul (les ulcères se délcrgc, so recouvre do bourgeons cliariius de belle apparence, les bords s’aflaisseiil et la cicalrisalioii coiiimence sans qu’il soit besoin d’employer aucun topique -, (pii n’a vu encore des accidents graves dus à la compression du cerveau ou de la moelh^ ('pinière par des exostoses, des gommes, se dissiper comme par enclianlement sous l’inlluence du mercure et deriodure de potassium? Pour ma part, j’ai éti? trop souvent témoin de ces cui-es si heureuses, si satisfaisantes au point de vue tbérapeutique, pour ne pas proclamer bien haut refficacitc du mercure.

M. le docteur A. Fournier, dans ses excellentes leçons sur le traitement de la syiibilis, trace ainsi le parallèle de la vérole traitée et de la vérole non traitée ; « Chez les syphilitiques traités, les accidents sérieux ou graves de la vérole sont chose rare, très-rare. On ne compte certainement pas 5 malades sur 100 qui, en dépit d’un traitement convenable, méthodiipio et prolongé, soient rudement maltraités par la diathèse. Fl c’est là même la raison (pii rend la vérole que nous voyons en ville si différente do celle que nous observons à l’bùpital. A l’impilal, la vérole est afl'reuse, iminoiide; ici les manifestations que nous apportent souvent nos malades a leur cadrée dans nos salles sont vérilableinenl hideuses, révoltantes, et souvent aussi plus ou moins graves. La vérole de ville, celle de la clientèle privée, a une tout autre physionomie, elle se présente sous un aspect cent fois plus bénin. » (Lac. cit., p. 160.) La raison de cette diiïérence se devine aisément, les malades de la ville se traitent dits le début, tandis (pie ceux qui forment la clientèle ordinaire des hôpitaux liiisseni dUer le mal comme M. Desprès voudrait que tout le monde le fit; M. le docteur A. Fournier affirme, avec l’autorité de sa grande expérience, (pie les conséquences de l’expectation appliquée a la vérole sont désastreuses, et il en donne de nombreux exemples. (Leçons ib'jà citées.)

[jC mercure ne guérit pas toujours la vérole, c’est vrai, et, maigre un traitement prolongé, on peut voir survenir des accidents; mais le sulfate de quinine guérit-il toujours la lièvre inlermillenle? n observe-l-on pas souvent des rechutes même après 1 emploi méthodique de ce précieux spécili(iuc? Les rechutes de syphilis ne doivent pas plus faire proscrire le mercure, que les rechutes de lièvres le sulfale de quinine.

11 faut donc donner du mercure aux syphilitiques, mais aux syphi-

lili(pics seulement, el, bien entendu, on ne prescrira ce médicament ni dans la blennorrhagie ni dans le chancre mou.

Les sypliilili(pies doivent être envoyés aux hôpitaux, bien que le règlement autorise aujourd’hui les médecins de corps a traiter a riulirmerie loutes les maladies vénériennes; le Irailemenl de la sy-

SYPHILIS. MALADIH5 VflNfHtlEiNNES.

pliilis est Iri's-loii^', et le séjour de rinfinnerio débilite les malades (>1 eidrave la ffiiérison; les infirineries régimentaires ne soûl laites ([lie pour garder des hommes dont les maladies sont faeilemeiil et rapidement curables; les hommes ([iii s’y trouveid u'oiil pas la ressource de la cour et des jardins des hùpilauY pour se promener, nu séjour trop [u'oloiigé dans ces es[)èces de [irisons les alïaihlit et les étiole.

Le mode d’administration du mercure a heaucoipi varié; les frictions sont aujourd’hui abandonnées en tant que méthode générale; ('Iles sont d’une application difficile, et de [dns elles [irovoqucul facilement la salivation, il faut les réserver [lour les cas ou il iin[)ûrte d’agir ra[iidement. Les injections hypodermi([ues ne peuvent être aussi ([u’uue méthode d’exception, elles ont le grand inconvénient de [irovoquer des douleurs locales extrêmement vives, des indurations li'ès-loiigues à se dissiper, [larfois meme des eschares.

Reste la méthode par ingestion, et ici ou a le choix entre un grand nombre de pré[iarations ; Van Swiéten ne voulait [las qu’on eut recours à autre chose qu’au sublimé, et la lii[uenr ([ui porte encore son nom est eu elfet un médicament très-actif, Irès-lidèle; malheureusement le sublimé est souvent mal supporté. Le [irotoiodure de mercure n’a pas le même inconvénient et il ne [irovoqne [las non plus la salivation aussi facilement que les [lilules de Sédillot. On donnera (•|ia([ue jour 1 à 4 [lilules de proloiodurc de 0=,05.

Oiielle doit être la durée du traitemeiit? « Six mois de traitement mercuriel, dit liieord, aune dose journalière qui iniluence les accidents à combattre et ([ui indi([ue, a[irès ([u’ils ont été détruits, ([ue le médicament agit encore par ses elfets physiologiques connus; [mis, trois mois d’uii traitement ioduré, destiné à [irévenir les accidents éloignés de la diathèse, telle est la médication ([ui donne les cures les [dus soutenues, ([ui réussit dans l’énorme majorité des cas à neutraliser vérilablenieut le virus toxique, je dirais volontiers a guérir la vérole au moins dans la majorité de ses manilestations (1). »

M. le docteur A. Lournier a insisté sur la nécessité d nue médication^ mercurielle longtemps [irolongéo, en même temps ([u’il moidrail le désavantage de la médication mercurielle continue, la continuité d visage créant pour le mercure, comme [lour hqdupartdes médicaments, une accoulumanoe qui alfaiblit ses [iropriétés thérapeutiques. Partant de ces deux [iriucipes, M. A. Fournier recommande la méthode à laquelle il a donné le nom de méthode des traitements successils ; un malade se [iréscule avec des accidents sy[ihililiques, syphilides.

M) Leçons sur le chancre, 'i.'' éitil., l'aris, 180(3.

plaques muqueuses, elc., ou lui prescrit ü,0r> à 0,10 de proloiodure à prendre peiidaul deux mois; au bout de ce temps ou suspend le traitement pour un mois au minimum, puis on recommence, que le malade ait eu ou non de nouveaux accidents; ce nouveau traitement dure de six semaines à deux mois; cela fait, on peut accorder trois mois de répit; traitement de six à huit semaines, nouvelle interruption de (piclques mois suivie d’un -i® traitement, et ainsi de suite. En moyenne, dit M. Fournier, le traitement doit durer deux ans (dix mois de traitement et quatorze mois de repos) ; de plus, Bl. A. Fournier pense (lu’un traitement ioiluré doit succéder au traitement mercuriel. Dans l’armée, les sy|)hiliti([ues (pii ne présentent plus d’accidents sont renvoyés à leur cor|)s et on ne recommence le traitr',ment (pie si de nouveaux accidents se produisent; il y aurait sans doute avanta!>e à ne pas attendre ces accidents et à renvoyer à l’in;)pital les sypliiliti(pics à des époques réglées, qu’ils aient ou non des accidents; quant à faire poursuivre le traitement au corps, c’est une mauvaise méthode, chez des hommes soumis à des fatigues incessantes, à des refroidissements, etc., le mercure amène rapidement la stomatite et une débilité générale, et l’on est obligé de faire interrompre sditle traitement, soit le service.

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