‹ Traité des maladies et épidémies des arméesChapitre 94 sur 129 · MO II VE · texte numérisé non relu

MO II VE

Historique. — Lu première observalioii de morve aigue cliezriiomme fut recueillie eu 1821 par Schilling, chirurgien de rcgiinenl à Berlin, ol puhliéo sous le nom iVénjsipèle gangréneux par la transmission d'un poison animal (1). Eu 1822, T. Tarozzi a puhlié l’idsloire loiT iutéressaute d’uue iietile épidémie de morve qui se déclara eu 181o dans une élahle de la commune d’Ostiaiio; trois vaches et deux chevaux, dont un morveux, étaient reulcrmés dans celte élahle, petite, mal aérée et aussi mal entretenue; onze personnes qui y avaient séjourné furent atteintes d’accidents dont Tarozzi nous a laissé la description, et dans lesquels il est impossible de méconnaître la morve; dix personnes sur onze moururent, une seule guérit (2).

En l823,Seidler rapporte un cas de morve aiguë bien caractérisée chez riiomme (3); en 1828, Elliotson publie sur la question un mémoire important dans lequel il cite trois observations nouvelles (-4). Graves, qui connaissait le travail d’Elliotson, parle dans sa cinquanteneuvième leçon de la transmission de la morve du cheval à riiomme comme d’un fait démontré et commun particulièrement en Irlande: (( De documents que j’ai pu rassembler il ressort, dit-il, que la morve humaine est très-fréquente en Irlande, si Iréqueule eu vérité que notre gouvernement devrait imiter la prudence de celui de Prusse et placer les chevaux morveux sous la surveillance immédiate de la police (5). » Graves rapporte dans cette leçon une observation de morve aiguë chez l’homme, et il insiste particulièrement sur le caractère des éruptions qui se fout à la peau.

(1) Rust’s magazin, XI® vol.

(2) Annali univendi di medlcma. (V. Rayor, De la morve et du farcin chez l'homme, p. lOS.)

(3) Ihid’s }nagaz'in, XV II® vol.

M) Tramactions médieo-chirurgicales, l. XVl, p. 1 ol 1/1.

(ô) Leçons de clin. »;«/., Iraduct. de Jaccoud, t. II, p. -i7;> )

-iôS MAI>AI)IKS KT ElMDKMIKS DLS Ali:Ml';i::S.

D’auli'es observations sont ducs à A. Niiinan, Ali'xander, lleidwi"^ F. Vogeli, AVoir, l'rin/., Ilardwicke, Eck, Ueiiiies, clr.

C’est à Uaycr (im; revient l’iionnenr d’avoir mis en lumière tons ces laits épars et d’avoir Ibnrni des i)rcuves certaines, irrérntables, de la contai^ion de la morve. Voici en (inebiues mots le fait (|iii fut le point de départ du mémoire de Uayer ; le 9 février IXdT, un palelrenier nommé Prost entrait à l’iiôpital de la Charité, le mabulo était tians un état de stupeur aualoi’ue à celui des typlioidcs, le diagnostic de üèvre tyi)lioule fut poi té d’abord, mais bientôt on re.maiapia sur dilléreids points du coi’ps une éruption pustuleuse, des pldyctèiies, des abcès sous-cutaués, une platiue gangréneuse sur le gland ; Payer se souvint des descriptions d’iélliotson, et n’bésita plus a reconnaitre la morve. On apprit ((ue le malade avait couché pendant plusieurs jours auprès d’une jument atteinte de morve aiguë; du reste, il ne s’idait jamais blessé, et ou ue trouvait à la surface, du corps aucune trace de plaie ni d’écorclinre. Prost succomba et l’anlopsie révtda les lésions caractérisli(pics de la morve : abcès musculaires, éruption pnstideuse sur les coniets dn nez et ilans le larynx, abcès des poumons analogues aux abcès métaslali(jucs. Avant la mort, on avait recueilli du bbpnde d’une pustule qui inoculé à une jument provoipiannc moi've aiguë (I).

La démoiislratioii était concluante, et les laits se chargèrent bientôt de la conrirmer; Littré, dans un article pid)liô en ISiO, pouvait rasseiobler 3 i cas de morve chez riiomme recueillis par dillérents observateurs de 1837 à 1840 (2).

A cette époque la morve était observée fréquemmcid dans 1 armee, ainsi (pic l’attestent de nombreuses observations publiées dans le Ile- CAieil des mémoires de médecine mililaive (’3) et dans les Ai cliires^ belges de médecine îtti/tOnVe; grâce aux mesures propliylacliipies ipii ont été prises, ces accidents sont devenus rares, mais la morve est

(t) ne la morve et du farcin cha Vhotnme. (Mémoires de l’Académie royale de médecine, t. VI.)

(2) National, 15, 18 (>t 10 d.;ccml)ro 1810.

(.“)) Caljasse, Observalions d'abcès multiples, a^'eclious farciuo-morveuses. (Itec. mém. méd. militaire, 2'= s(5no, t. XVllI, p. 278.) - llirant, Observation de farcin citron, complhiué de morve aiyuë. (Mànin ivc., t. XAIII, p. 270.) Lacnniiipn . Observ. de morve aiyuë recueillie it l'hôp. militaire de Lille. i Mèaie rac., l. ^' '*0 p. 280.)— Dfniior, De la morve et du farcin cnmmuniiiués par infection méduile ou immédiate du cheval d l’homme de yuerre cl des moyens praliyucs propres u en diminuer la fréquence dans /'(nvaeV. (Même roc. 2>-' série, t. XIX.) J. Diilmis, Obse.'T.de morve farcineiise chronique communiquée par infection, (llâil., p. 18, lO ■) — Observ. de farcin, par M. lo ilüctcur J. I.acroiiiipie. {Dec. mém. méd. militaire, 2“ série, t. XIX, p. Gi.)

MOnVE.

loiijours cominuiie panni les chevaux de nos •régimeiils, et il ne fanl pas se départie d’uiic active surveillance.

Étiologie. Tuansmission du cheval a l’homme. — La morve penlclle SC dévelop[)cr chez le cheval sous l’acliuii de circonstances hanales : fatigues, mauvaise alimentation, aération insuflisaiite des écuries; ou hicii est-elle toujours Irausmisc des animaux malades aux animaux sains? Je laisse aux vétérinaires le soin de résoiujre cette grave question sur laquelle ils ne sont pas arrivés encore à se mettre d'accord; je constate seulement que la contagion, soit directe, soit indirecte par rintermédiaire d’écuries infectées, est démontrée, taïulis (pie le développement spontané ne l’est poin^du tout.

La morve, et c’est là surtout ce qui nous imjiortc, est toujours transmise des animaux à l’homme, et parmi les animaux susceptibles de [irendre la morve, c’est le cheval qui presque toujours est l’origine de la contagion ; aussi les vétérinaires, les soldats do cavalerie, les lialefrenicrs, les cochers, les charretiers, sont les victimes ordinaires de cette redoutable maladie.

La morve est transmissible à l’homme soit par inoculation, soit par contagion médiate, par infection; en d’autres termes, le virus morveux, comme le varioleux, est inoculable tout à la fois et absorbable par les voies naturelles. 11 faut, dit Uayer, classer les cas de morve aiguë eu deux séries, l’une comprenant ceux où une matière morveuse a été évidemment inoculée, et l’autre ceux où la morve paraît avoir été contractée par infection. Dans le premier cas, les accidents que l’on observe d’abord sont ceux d’uue angioleucite, d’une phlébite locale, d’uue inflammation diffuse du tissu cellulaire dans une région du corps, et le ])lus souvent dans l’un des bras, puis surviennent les symptijines et les lésions de la morve. Dans le second, au début, on ne remanpie pas ces symptômes locaux d’inoculation, mais tout d’abord se manifestent ceux d’uuc infection générale (1). » Uayer, dans son mémoire, cite même plus de cas de morve par infection que par inoculation.

La matière du jetage des chevaux morveux souille la paille, les crins, les couvertures, et dans bon nombre de cas c’est elle qui sert à la transmission; un soldat, dont M. le docteur Lacroinqiie rapporte l’observation, fut atteint de morve farciueusc aiguë [lour avoir garni ses sabots avec de la paille provenant d’une écurie de chevaux morveux; des hommes atteints d’écorchures aux mains se sont inoculés souvent eu pansant des chevaux malades. La matière du jetage desséchée se répand dans l’air sous forme de poussière et devient ainsi

(1) Uayer, iiiéin. ciU, p. 19.

MALADIF, S Fl' FI'IDFMIES DFS AIIMFFS.

l’a^CMl elo lii coiilagiüii par les voies iialurellcs; mais le virus morveux u’a pas iK'ureusemcul la même puissance de (liHusiou q\ic le virus varioleux par exemple ; les individus (pii cüutracleiil la morve par iii- Icclioii sont siirloul des palefreniers, des cavaliers ipii pendant plusieurs jours oui couché à côté de chevaux morveux et se sont servis souvent do couvertures destinées aux animaux, les vélérinaircs qui ne demaurent pas près des chevaux morveux ne prennent la morve •pie par inoculation.

La morve de riiomme est inoculahle au cheval et à l’homme, un externe de Hérard contracta la morve eu pansant un malade ipii eu était atteint.

Les cadavres des animaux morveux ont servi souvent à la transmission; d('s élèves vétérinaires se sont inoculé maintes fois la morve en disséipianl des chevaux morts de celte maladie. .M. le docteur Lacroni([ue ra])porte (I) rcxcmple d’uii douanier qui se hlessa eu cherchant à dépouiller un cheval morveux, et qui succomha à une morve farcineiise aii;iië. Des peaux, des crins provenant d’animaux malades ont transmis qüehpiefois la morve aux ouvriers ipii les travaillaient.

IncuiîAtion. — A la suite de l’iiioculation, les accidents se produisent assez rapidement, au bout de deux à huit jours d’après Rayer; la durée de rineuhation est plus difticile à apprécier dans la morve par infection ; les malades ayant sf'journé pendant nu certain temps il côté des chevaux morveux, il est difficile de dire à ipiel moment la transmission s’est faite; quelques auteurs pensent que l’incuhation peut être très-longue dans ces cas, il est très-prohahie qu’elle est à peu près la même, quelle que soit la porte d’entrée du virus.

For.MES. — Morve aiguë. — Rayer décrit quatre formes (pii correspondent à celles qui sont admises par les vétérinaires : morve aiguë, farcin aigu, morve chronique, larcin chroni(pie; la phqiart des auteurs ont adopté cette division.

La morve et le farcin relèvent du même virus, le farcin se transforme facilement chez le cheval en morve aiguë, les lésions farciueuses sont inoculables et peuvent donner naissance soit à la morve, soit au farcin ; l’absence de jetage chez les animaux farcineux c.xpli'pie pounpioi cette forme est moins contagieuse que l’antre.

l’oui'quoi deux noms pour désigner une inèim* maladie? Nous ne décrirons (pie deux formes : la morve aiguë et la morve chronique.

Dans la morve aiguë inoculée, après une période d’ineuhation de deux à huit jours, il survient de la douleur, de la chaleur, de la tuméfaction au point d’insertion du virus, plus tard nue traînée rouge

(I) liée, méin.mél. mililairf’, 1856.

I due il la lympliile el une adénite eorrespoudaiile. Ces accidcnls locaux I soûl accompagnés de fièvre, de céphalalgie, de nausées; parfois ils I prennent une grande intensité; on voit survenir des phlegmons dif- I lus avec plaques gangréneuses, rougeur érysipélateuse de la peau, I phlyclèiies; d autres lois ils semblent vouloir céder lorsque les acci- I dents généraux éclatent.

Dans la morve par infection, le début de la maladie est maripié par de la lièvre, des frissons, des douteurs articulaires qui simulent un rhumatisme; la température s’élève souvent à 40% l’état typhoïde se prononce de plus en plus, si bien que la morve aiguë a été confondue maintes fuis avec la dothiénentérie. Mais des symptômes plus caractéristiques viennent bientôt s'adjoindre aux précédents; ce sont : des abcès multiples sous-cutaués ou intramusculaires, une éruption pustuleuse, variulifornie, enlin un écoulement par les fosses nasales, un véritable jetage.

Les abcès sous-cutanés apparaissent sur dilférents points du corps, souvent la peau rougit un peu à leur niveau, mais sans douleurs vives; le contenu des abcès est sanieux, sanguinolent, parfois francbemeiit purulent, pblegmoneux; d’autres abcès se développent dans les muscles.

L’éruption de la morve a été comparée à celle de la variole, com- [laraison très-juste si elle s’adresse aux pustules prises isolément, l'histologie elle-même n’a pas pu découvrir dedilTérence notable entre ces deux ordres de pustules (1), mais l’éruption morveuse est toujours discrète, les pustules se coiiipleul à la surface du corps; quelquefois elles dcvienuenl volumineuses et ressemblent à de l’ectliyma ou bien à de petites pblyctènes.

D'après Rayer, l’éruption a lieu vers le douzième jour de l’infection; elle est queb[uefois plus tardive; la face, les bras, les cuisses, la partie antérieure du tronc, sont le siège ordinaire des pustules, qui se développent aussi sur la muqueuse des voies respiratoires. La muqueuse des fosses nasales ulcérée devient le point de départ d’un écoulement sanieux, sanguinolent, fétide (jetage). Des pustules (Rayer) ou des ulcérations (Elliotson, Youatt, Alexander) ont été souvent rencontrées sur la muqueuse laryngée, ce qui explique pourquoi la voix est souvent altérée, éteinte chez les malades.

L’engorgement des ganglions sous-maxillaires, si constant chez le cheval morveux (glandage), est rare chez l’homme, il est probable que I cela tient à une disposition spéciale des lymphatiques de la muqueuse I nasale.

(I) Coniil, Gaielle des hôpitaux, 1808

i6'2 MALADIKS ET El'IDÉ.MIES DES AIîMIÎES.

La respiration est souvont accélérée, rcxpecloralioii puriformc, riialcine l'élido.

Supprimez du tableau de la morve aiguë par iiioculalioii les manifestations du coté des iinupieuses respiratoires, et vous aurez la description de ce qu’on appelle ordinairement le farcin aigu ; cette variété ne mérite pas d’être décrite à part.

Morve chronique. — La morve clirouique, caractérisée surtout par <les ulcérations des fosses nasales, est fiaMpiente chez le cheval, rare chez l’homme. Rayer n’a pu en réunir (|uc trois cas, et dans les trois cas l’apparition des phénomènes morveux avait été précédée de celle du farcin chronique; sept observations do farcin chroni(juc réunies ]>ar Rayer ont tontes été recueillies sur des élèves vétérinaires qui s’étaieiit inoculé la morve en dissé(iuaut des chevaux morveux.

Les accidents de la morve chroni(jue par inoculation sont analogues cà ceux qui suivent les [dqùrcs anatomiques, lymphangite, adénite, abcès; le diagnostic est souvent diflicile au début, mais bientôt quel(|ues symptômes généraux se produisent ; abcès multiples sur dilférents points du corps, douleurs musculaires et articulaires, ulcérations de la muqueuse nasale; ce- dernier signe i)eul manquer, et c’est à ces cas (lu’on réserve ordinairement le nom de farcin chronique; on n’observe pas chez l’homme les cordons farciueux qui relient, chez le cheval, les abcès multiples sous-cutanés.

Diagnostic. — La rareté de la morve fait (pi’elle est souvent méconnue là son début, le malade a une lièvre vive, des symptômes typhoïdes, des douleurs articulaires, on pense à une lièvre typhoïde ou à un rhumatisme articulaire aigu; l’éruption pustuleuse, les abcès multiples, mettent sur la voie du diagnostic, on s’informe, et l’cnquéte démontre que le malade a pansé des chevaux morveux ou qu’il a couché dans une écurie, une étable qui en renfermait; lorsque la maladie a été inoculée et qu’il existe des accidents locaux, le diagnostic est plus facile.

L’éruption varioliforme et phlycténulairc, les plaques gangréneuses de la peau, les abcès sous-cutanés et intramusculaires, l’éruption pustuleuse du pharynx, l’écoulemeut purulent des fosses nasales, sont d’excellents signes de la morve aiguë, mais il ne faut pas s’attendre à les trouver toujours réunis. Le jetage fait défaut bien plus souvent chez l’homme que chez le cheval, ce (|ui tient sans doute en partie à ce que l’homme étant couché, les mucosités tombent dans la gorge; il faut avoir soin de laire moucher les malades.

La morve chroni(|ue caractérisée par des ulcérations de la gorge, du larynx et des fosses nasales peut être confondue avec la scrofule, la tuberculose ou la syphilis; dans ces différents cas, l’aspect des

Page 1