MORVE
]nUhol., parue, p. 213.),J ’ai examiné plusieurs fois des granulations prises sur des chevaux abattus pour morve, et j’ai pu constater qu’elles se C()mposa.ent des mômes petites cellules à gros novanx qui constituent le tubercule chez l’homme; l’arrangement de's éléments est à peu près le meme, mais il m’a paru qu’il y avait à la périphérie plus d intlammation (développement vasculaire, exsudais) .lu’anlonr du tubercule proprement (ht. Les granulations morveuses, si constantes chez le clmval, sont rares chez l’homme; M.M.Cornil et Keisch n’ont rencontré chez les sujets dont ils ont étudié avec le plus grand soin les pièces anatomiques, que des lésions relevant de rinllammalion suppurative : d Si on s en rapporte à l’examen histologique, dit Keisch (loc. cil.), la morve hunuune d.lTère donc de la morve du cheval non-seulement par l’exisence de I ernplion cutanée, mais encore par ce fait que les lésions de la peau (les muscles, des muqueuses, des viscères, etc., constituent des infiltrations purulentes, des abcès et non des tubercules. »
M. le professiîiir Villemin a insisté sur la comparaison de la morve et de la tuberculose : « La morve, dit-il, est la maladie la plus voisine de la tuberculose (1). » Quelques vétérinaires, Dupuy, Filet entre autres ont été jusqu’à prétendre qu’il y avait non-seulement analogie de symptômes et de lésions entre la morve et la tuiiercnlose mais identité de nature. Cette dernière opinion est tout à fait insoutenahle; sans doute la morve, comme la tuberculose, peut jeter les malades dans l’état typhoïde; sans doute les tubercules de la morve equine ressemblent aux tubercules proprement dits; mais l’état typhoïde est un syndrome banal, commun à un grand nombre de maladies entièrement distinctes; mais la morve inoculée à l’homme produit la morve et non la tuberculose, et même elle ne donne pas lieu a ces granulations morveuses dont l’analogie avec les tubercules a servi de hase à la théorie de l’identité. Non, la morve ne devient pas I tuberculose chez l’homme, elle reste morve, de même que la tuber- I culose inoculée au cheval n’engendre pas la morve; ces maladies ne ‘ se transforment pas en changeant de terrain, ce sont deux espèces nosologiques parfaitement distinctes.
Traiteme.xt. Prophylaxie. — L’iode, le soufre, l’arsenic, ont été • préconisés tour à tour contre la morve aiguë ; M. le docteur Bourdon a employé avec quelque succès l’iodure de soufre; tous ces médicaments peuvent réussir dans la morve chronique, qui est susceptible, bien que dans des cas très-rares, de guérison spontanée, mais ils cchouent dans la morve aiguë; l’acide phéniqne à l’intérieur et en injections dans les fosses nasales (solution au millième) pourrait être essayé à l’occasion, suivant le conseil deM. le docteur Bouchut. Dans
(I3 Eludes sur la tuberculose. Paris, 18G7, p. -i3l.
A. LAVERAN. 3^)
la morve chronique il faut donner aux malades une alimentation tonique et reconstituante, et les placer dans des conditions hygiéniques aussi bonnes que possible.
Comme dans toutes les maladies incurables ou à peu près, la prophylaxie prime ici le traitement; depuis 1837, de nombreux progrès ont été accomplis dans cette voie, la morve chez l’homme est devenue beaucoup plus rare qu’autrefois.
Les chevaux qui présentent dans les régiments quelques signes de morve ou de farcin sont isolés aussitôt; mais çn n’abat, conformément au règlement, que les chevaux atteints de morve confirmée, c’est-à-dire présentai les Irois symptômes classiques ; jetage, chancrage, glandage ; on garde souvent pendant fort longtemps dans les infirmeries régimentaires des chevaux atteints de morve cbroniipie ; ces animaux, après avoir été pendant de longs mois une source d’infection pour les hommes chargés de les panser, sont pris enfin des accidents voulus pour autoriser l’abatage. On devrait, ce me semble, s’en rapporter davantage aux vétérinaires, et s’efforcer de faire disparaître aussi rapidement que possible tous les chevaux morveux ou farcineux ; ([uelques chevaux malades d’autres affections que la morve seraient peut-être sacrifiés, mais on n’entretiendrait pas la morve dans un grand nombre de régiments, et en somme il y aurait économie pour l’État, danger moindre pour les hommes.
Les hommes chargés de panser les chevaux morveux ou farcineux doivent être prévenus du danger qu’ils courent, afin qu’ils prennent les précautions nécessaires; toute écorchure faite sur un cheval morveux ou soupçonne de morve sera immediatemenf cauteiisee, soit avec le fer rouge, soit avec tout autre caustique actif qu’on aura sous la main; l’important est d’agir vite, car l’absorption est très-rapide; aucun cavalier ne couchera dans l’écurie des morveux; la litière souillée par le liquide du jetage sera détruite, et les couvertures qui auront servi aux chevaux morveux ne seront plus utilisées pour d’autres usages. Quand on découvre un cheval morveux dans un escadron, la place qu’il occupait est nettoyée et désinfectée avec soin, on ne saurait apporter trop de soin à cette importante mesure.
Un règlement de police ordonne d’enterrer les chevaux morveux et défend d’utiliser leurs débris, mais ce règlement est tombé en désuétude, et l’État lui-même vend aux équarisseurs les chevaux morveux provenant des régiments de cavalerie; il n’y a pas d’inconvénient à cela, à condition que les équarisseurs détruisent rapidement les cadavres sans en disperser les parties. Dans le chapitre suivant iioiisverrons qu’il est dangereux d’utiliser pour l’alimentation la chair des animaux morveux.