CHAPITRE XXIir
MALADIES d'alimentation.
Les premiers exemples authentiques de maladies d’alimentation dans les armées remontent aux croisades; en 1218 et 1219, les croisés eurent fort à souffrir du scorbut en Égypte, saint Louis lui-inèine en fut atteint ; mais c’est surtout la lèpre qui caractérise cette époque, sa fréquence est si grande qu’elle imprime comme un cachet particulier aux mœurs et aux institutions du temps; dans les chroniiiues, dans les lois, le lépreux lient une place importante, la société s’arme contre lui et le bannit de sou sein, mais en même temps elle lui fournit de nombreux asiles, l’Europe se peuple de léproseries.
Les croisés n’importèrent pas la lèpre eu Europe, elle y était signalée dès le vi'^ siècle, mais ils contribuèrent à la répandre, et euxmêmes furent atteints en si grand nombre qu’on fonda des établissements spéciaux pour recevoir les croisés lépreux et un ordre nouveau les lazaristes, pour les y soigner. C’est de 1000 à 1300 que la lèpre atteignit son apogée, puis elle alla en décroissant, et lorsqu’eu K)2G Louis XIII chargea les médecins David et .luste Laigneau de parcourir les léproseries de France, ces médecins ne trouvèrent plus dans ces asiles que de faux lépreux. Aujourd’hui la lèpre s’observe encore en Grèce, en Crète et dans les îles voisines, en Égypte, au Mexique (1), sur les rivages de la Norwége, où elle est connue sous le nom de spedalskeal ; à l’hôpital Saint-Louis (Paris) on peut presque toujours voir quelques spécimens de celte curieuse maladie fournis par les pays que nous venons de citer.
On décrit généralement trois formes de lèpre, qui sont par ordre de fréquence ; la forme léonine ou tuberculeuse, la forme antonine ou anesthésique, et la forme lazarine ou tachetée.
La lèpre tuberculeuse est aiguë ou chronique; au début, faiblesse générale, lassitude, mélancolie, troubles digestifs; toute la surface du corps se tuméfie et devient rouge foncé, surtout aux joues, aux
(1) Poncet, Üe la lèpre au Mexique (liée. mém. méd. militaire, 3» série t. \II p. 306^. ’ ’
lèvres, aux ailes du uez, à la poitrine, aux doigts el aux orteils, les malades accusent des douleurs poiigitives (pii vont des exirémilés au troue. Les tubercules se Ibriueut alors, ils sont disséminés sur toutes les parties du corps, plats ou liémispliériipies, plusgros aux exirémilés' (pie sur le tronc et au visage, leur lieu d’élection est autour des articulalions ; ils se réunissent souvent par des traînées noueuses cpii suivent le trajet des lympliali((ues. L’éruption se fait tout à coup et sans lièvre, ou bien lenlement, progressivement, et elle peut s’accompagner de fièvre hecti(|ue et de douleurs ostéocopes. Les tubercules se montrent aussi sur les miirpieuses de la bouche, de la gorge, du larynx (ce ipii oblige (piebpieCois à pratiquer la iraebéotomie), sur les paupières (opbtbalmie lépreuse), etc. La coloration cuivrée de la (ace, le gonlleuient des joues, l’épaississement du nez, des oreilles, des lèvres, l’aplatissement du uez, la chute des cheveux, des sourcils, des cils et de la barbe donnent au léjireux une physionomie particulière. Dans la plupart des cas la lè|)rc ariàve à son entier développement en deux ou six mois ; les tubercules, qui k la période d’état sont formés par une matière lardacéc, se ramollissent et suppurent; les ligaments articulaires sont détruits et parfois des portions de membres (doigts, orteils) se détachent (l'runer); la voûte du palais, la cloison du nez disparaissent, la cornée se crève et les yeux se vident; la maladie peut rester assez longtemps stationnaire à celle période (1).
La forme antonine ou anesthésique est caractérisée par une anesthésie du visage et des exirémilés, par la paralysie de quelques muscles (inlerosseux palmaires en particuliers) et la perte d’un certain nombre d’os. Les déformations consécutives à la destruction des os des mains el des pieds ont été très-bien décrites par notre collègue le docteur Poucet, qui a eu souvent l’occasion de les observer au Mexique ; il y a chez quelques malades absorption du tissu osseux sans suppuration, sans plaie, sans élimination d’esquilles ; les métacarpiens et les phalanges s’effilent, se perdent au milieu d’un tissu graisseux etlardacé; les os deviennent llexibles (Poucet, De la lèpre au Mexique, loc. cil.). Anesthésies, paralysies, rétractions musculaires, lésions de nutrition, état lisse de la peau {glossi/ skiu), atrophie des muscles, pemphigus leprosus, résorption du tissu osseux, etc., toutes ces altérations paraissent être sous la dépendance de lésions des nerfs périphériques, de périnévrites lépreuses (Virchow, Charcot). La lèpre antonine a une marche tout à fait chronique el cutraine rarement la mort par elle-même.
La forme lazarine ou tachetée est caractérisée par la présence sur
(1) l’runer, cité par llæsor, op. cil., p 77.
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les membres de taches douloureuses couleur de sang, qui doiineul naissance a des ulcères de mauvaise nature; elle est beaucoup plus rare que les précédentes.
La lepre telle que nous la connaissons n’est nullement contagieuse.
u moyen âge, la contagion était universellement admise; lorsqu’un individu était déclaré lépreu.x, l’Église récitait les prières des morts, on chantait le Requiem, puis les prêtres conduisaient le malade à la léproserie et lui jetaient une pelletée de terre sur les pieds; il était mort pour la vie civile comme pour l’Église, il ne pouvait ni tester ni hériter. Le lépreux avait un costume particulier qui permettait de e distinguer, le plus souvent une robe noire avec un chapeau garni d un large ruban blanc; pour surcroit de précaution, on lui interdisait 1 abord des églises, des moulins, des sources; on lui donnait des claquettes en bois à 1 aide desquelles il devait annoncer son approche, et un bâton avec lequel il touchait les objets qu’il voulait acheter (1).’ Beaucoup de ces mesures puériles étaient sans contredit le fruit de ignorance et de la crainte, mais il est difficile de croire qu’il n’y ait rien eu de vrai dans celte question de contagion; il est probable que sous le nom de lèpre on confondait plusieurs maladies dont quelquesunes étaient contagieuses; du temps de P. Forestus (xvF siècle), on déclarait encore lépreux tous les individus atteints d’une affection quelconque de la peau; P. Forestus attribue la fréquence de la lèpre en Hollande a 1 usage du poisson salé et avarié, opinion qui compte encore aujourd’hui un grand nombre de partisans; il est remarquable en effet que la lèpre se rencontre surtout an milieu des populations maritimes, qui font un grand usage de poisson salé.
Du IX» au xiii« siècle, en même temps que la lèpre règne le feu sacré ou mal des ardents, qui est aussi désigné sous les noms de feu Saint-Antoine, Saint-Martin, etc. ; Fuchs et Hæser ont parfaitement établi qu il s’agissait en général de l’ergotisme gangréneux. La confusion des maladies était si grande à cette époque, qu’on ne peut pas établir une assimilation parfaite entre les dénominations d’autrefois et celles d aujourd hui ; au moyen âge, lèpre et feu sacré étaient des expressions génériques qu’on employait à tout propos et hors de propos. L’ergotisme gangréneux régnait en particulier dans les Flandres, en Lorraine, en Aquitaine et dans le Dauphiné, on voyait des malheureux que la gangrène avait amputés des quatre membres. De temps à autre les rois de France faisaient transporter les malades dans les églises, et une alimentation qui n’était plus souillée par la pré.sence de l’ergot mettait fin aux accidents, les plaies se cicatrisaient ; on criait au miracle!
(1) Ilæscr, op. cil., p. 79.
Les hivers Irès-pluvieux favorisent le développement de l’ergot, qui forme parfois le tiers de la moisson ; c’est à la suite de 1a récolte que les accidents se produisent avec le plus de fréip.ence-, il ne faut lUs s’étonner de voir quehpies maladies d’alimentation se reproduire avec la régularité des maladies saisonnières, car ce sont les saisons qui règlent la végétation et par suite 1 alimentation.
L’ergolisme débute par des accidents du côté des voies dipstives ; vomissements, diarrhée, puis surviennent des gangrènes seches ou humides des extrémités, qu’on peut produire chez les animaux en les nourrissant de seigle ergoté. Parfois les phénomènes nerveux dominent: l’ergotisme convulsif a régné sous forme ep.dmnique aux XVP XV11“ et xvm“ siècles en Silésie, en Prusse, en Boheme, dans a liesse, la Lusace, la Saxe et la Suède; en 1741, puis en Suède (174>2-n54), dans le Hanovre(l i il), a Turin ( /89),
Milan (1795). Serine a bien décrit l’ergotisme convulsif qu d observait en 1736 dans le Wurtemberg; la maladie se manifestait tout d’abord par une sensation incommode de fourmillements et de brûlure aux extrémités inférieures, par des contractures des doigts, puis l’agitation, le délire, les convulsions, la roideur tétanique su™a‘em, et le coma terminait la scène; 300 malades sur oOO pe irent. En 1722 l’ergotisme convulsif fut observé dans 1 arinee russe ( ).
En même temps (pie l'ergotisme convulsit régnait dans le nord de rEui ope. la pellagre envahissait le midi ; elle est signalée i al oïd e Esnamie dans le district d’Oïicdo (1135), puis en llalte (1 ibOt, ou elle p°rend nue grande extension (hante Italie, Yéiiétie, l’ie.noiil); en mo seiilerneiir elle apparaît en France, dans et dans celui de l'Adour, dans la Gironde, dans les Landes et eiili eu Chamna"iie (M. Landouzy). La pellagre est une maladie c iioilile pZysIdiue, earactériie par un érytlième des parties decouvertes par des trouilles des voies digestives, et surtout p.ii des de. dres du système nerveux : douleurs le long du rachis, fai liesse musculaire plralysies, tremhlcincnls, ancsilicsics, etc., qui alioutissent a ia “ralysi) gl.éride et à la démence. Dans bon nomlire de cas on a
constaté elle;, les pellagreux rexislence d'une
ï P'UISOS de la pellagre sont bien moins connues que celles de .otol^ 1 P -in soutenir qu'elle se développe sous l'mnaence du mâls’ .âlttol ou rendu toxique par la présence du verde ou verderame la pellagre a été observée en effet dans les pays ou e ''“'s ineonnii, chez des personnes qui n'avaient “ J' ^
ment (2) ; si la polenta de mais lavorise la pioductio . I s
(1) L. Colin, art. Raph.vnie, Diclion. encijclop. des sc. vxédicales.
(2.) Landouzy, De la pellagre sporadique.
MALADIES D’ALIMENTATION
c’esl sans cloute parce cju’elle constitue un aliment très-pauvre en azote, très-peu réparateur; même clans les lieux où elle est enclémic|ue, comme clans la haute Italie, la pellagre n’atteint cjue les populations les plus pauvres, les plus misérables (1).
L’ergotisme et la pellagre sont des maladies inconnues clans les armées modernes, dont ralimentation, à défaut d’autres ciualités, est très-régulière et très-saine ; l’épidémie c}ui en 1828 sévit à Paris sur la population civile et sur la garnison, et ciui estconnue sous le nom d’acrodynie, ne peut être rapportée ni à l’ergotisme, ni à la pellagre. (Voy. Petites épidémies, Acrodynie.)
De toutes les maladies d’alimentation, la plus commune clans les armées est sans contredit le scorbut, nous lui ferons une large place; mais avant de commencer son histoire nous croyons devoir dire quelques mots des maladies qui peuvent être occasionnées par la mauvaise qualité du pain ou de la viande.
Le soldat français reçoit par jour 1000 grammes de pain, 300 grammes de viande, 100 grammes de légumes frais et 30 grammes de légumes secs; cette ration, très-bien comliinée au point de vue pbysiülogi(|ue, est suffisante, à une condition cependant, c’est que la ([uanlité de 300 grammes de viande allouée à chaque soldat passe de la théorie dans la pratique; trop souvent on ne trouve clans les gamelles de nos soldats qu’un os ou qu’un morceau d’aponévrose. Le gouvernement a fait de grands efforts pour améliorer cette situation; depuis le juillet 1873, on fournit aux corps de troupes la viande en nature comme le pain, mais avec cette grande différence ejue l’État fabrique lui-même le pain dans ses manutentions, tandis que pour la viande il passe des marchés avec des fournisseurs qui s’occupent beaucoup plus de leurs intérêts ciue de l’hygiène de l'armée. J’ai vu fonctionner ce nouveau système dans les régiments, plus d’un officier regrettait l’ancien. Non, il ne faut pas essayer de revenir au bon temps du caporal d’ordinaire, il faut faire un pas de plus clans la voie où l’on est entré, il faut c[ue 1 État achète les bêtes sur pied comme il achète la farine, qu’il ait ses boucheries au moins dans les grandes villes comme il a ses manutentions.
L’alimentation insuffisante n’engendre aucune maladie spéciale, mais elle prédispose à toutes ; « elle place, dit Déclard, 1 inclixiclu clans un état de faiblesse et de prédisposition fâcheuse aux diverses causes de maladies. Les maladies épidémicjucs et contagieuses, en particulier, exercent sur les individus débilités par le mancjue de nouiriture des ravages désastreux (2). »
(1) Tli. Roussel, Traité de la pellagre et des pseudo-pellagres. Paris, 1866.
(2j Béclard, Traité de physiologie, p. 593.
maladies et épidémies des armées.
On peut rcproclier à l’ali.nenlalion du soldat son uniformité, nous
vons eu déjà l’occasion de nous exprimera cet égard. (Vov. Étiologie
DE LA TITIEUCULOSE.)
La qualité du pain dans l’armée française est excellente. Millon a soulenii auirelois (pi’on pourrait enricliir la France de plusieurs milliers d lieclohtres d’une substance alimentaire excellente en se servan de farine non blutée. En sa qualité de cbimiste, Millon n’a vu qu une c lüse, c est que [lar le blutage on enlevait au blé une grande pane de sa matière azotée; le médecin, lui, doit se demander si I organisme est susceptible d’assimiler sans fatigue et sans troubles cette maliere azotée qui n’est autre que le son. Il ne faut jamais ou- Jjber ip, on n est pas nourri par ce (|u’on ingère, mais par ce qu’on iligere, or I experience répond <pie cbaque fois qu’on a été obligé de recourir a la farine non blutée, comme à Paris et à Metz pendant la cleniiere guerre (1870-1871), on a produit un pain extrêmement indigeste; le son non assimilé est rejeté en grande partie avec les fèces et son introduction dans l’économie, loin d’être avantageuse, occasionne des entérites, des diarrhées interminables. Si Millon avait été oblige de manpr le pain qu’on fabriquait à Paris pendant le siège, il aurait renoncé bien vile à sa tbéorie économico-chimique. Encore \ aurai t-il beaucoup à dire sur l’économie qu’il prétendait réaliser; comme le lait remarquer Molescbolt, le son n’est pas perdu, on le donne aux animaux, qui se chargent de le transformer et de le rendre propre à la nourriture de riiomme (1),
En temps ordinaire, les viandes sont examinées avec soin avant d’être mises en distribution dans l’armée, et rejetées quand elles sont de mauvaise qualité, les causes de maladie sont donc écartées en grande partie de ce côté; en campagne il n’en est plus ainsi, dans les guerres de siège en particulier, on est souvent forcé à de dures nécessités, et le médecin militaire doit bien connaître les dangers inhérents à une alimentation par des viandes altérées ou provenant d’animaux malades.
1 iandes putréfiées ou mal conservées. Plusieurs faits démontrent que les viandes gâtées, putréfiées, favorisent l’éclosion de la fièvre typhoïde (voy. Fièvre typhoïde. Étiologie); les amateurs de gibier se régalent impunément de viande faisandée ou putréfiée, ce qui est tout un, mais il n y a pas de comparaison a établir entre un gourmet qui mange à son dîner un morceau de gibier faisandé et qui use en même temps de tous les toniques possibles, vins généreux, café, etc., et un soldat qui ne boit que de l’eau à ses repas. C’est assez dire qu'on
(1) De la circulation de la vie, traduct. du docteur E. Gazelles, t. II, p. 22'2.
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1) doit veiller avec soin à ce que la viande mise en distribution soit par- ,1 lailement fraîclie.
1 Li3S préparations de charcuterie altérées, fermentées (boudins, sau- I cisses), ont donné lieu assez souvent à de graves accidents (bautu- ( lisme), surtout en Allemagne ; on sait que nos voisins sont grands amat teurs de charcuterie. Kerner à Tubingue, Weiss, Gessler, Ollivier d’An- ^ décrit ces empoisonnements qui se sont souvent terminés
I par la mort. Quel est le principe, toxique? Pour les nus, c’est l’acide cyanhydrique, l’acide pyroligneux ou l’acide oxyacétique, (lui se pro- [ duisent par la fermentation ; pour les autres, c’est l’acide gras du bou- ) din (?). On dira que ce sont là des empoisonnements, non des maladies 1 d’alimentation ; il me paraît tout à fait impossible de tracer une li-
Imite exacte entre les empoisonnements et les maladies d’alimentation ; les empoisonnements par les substances alimentaires ne sont que des maladies d’alimentation à l’état aigu ; pourquoi ranger, par exemple, l’empoisonnement par les champignons dans une autre classe que l’ergotisme, qui, lui aussi, est produit par un champignon, l’ergot? L’alimentation du soldat français se compose exclusivement de pain, de viande (bœuf, mouton) et de légumes, nous n’avons donc pas à passer ici en revue toutes les maladies d’alimentalion, le bau- , tulisme en particulier n’est pas à craindre chez nous; cependant on a fabriqué dans ces derniers temps des saucissons analogues à Verbsuursf (saucissons aux pois) des Allemands, et il serait à désirer qu’avant d’adopter cette préparation pour les troupes en campagne, on s’assurât qu’elle ne peut pas subir des décompositions qui la rendraient toxique.
Alinienlalion par la viande d'animaux malades. En temps de guerre on est souvent obligé de manger des animaux atteints de maladies infectieuses ou virulentes, il est indispensable de savoir à quoi on P! s’expose et par quels moyens on peut prévenir les dangers d’une telle
I alimentation. Quelques partisans des causes finales ont pu prétendre que le suc gastrique corrigeait toutes les propriétés toxiques des viandes, nous allons voir qu’il ne faut pas se fier entièrement à lui; la bonne nature n’a pas été jusqu’à prévoir que l’homme en arriverait à se nourrir de chevaux m orveux et de chiens enragés.
I Parmi les maladies infectieuses ou virulentes qui atteignent le plus ^ souvent les animaux utilisés pour l’alimentation, il en est qui sont É! transmissibles à l’homme, d’autres qui ne le sont pas; parmi lespre- L mières nous citerons le charbon, la rage, la morve ; parmi les se- Iti confies, le typhus des bêtes à cornes, la clavelée, la maladie aphtheuse.
(1) Arch. gén. de méd., t. XXII, 1830.
Mi
Les expériences de Renault (d’Alforl) font bien voir riinporlance de celte distinction; de ces expériences, très-nombreuses et très-bien conduites, il résulte en edet :
1“ Que les animaux ne sont susceptibles de prendre une maladie par ingestion ([ue lorsipi’ils appartiennent à une espèce sur laquelle règne celle maladie; que le porc et le chien, par exemple, peuvent se nourrir impunément de la chair de clievau.x morveux, tandis (jue • le cheval devient morveux quand on lui (ait ingérer ces mêmes débris.
2'’ Que la viande crue a seule des propriétés virulentes, la cuisson, , pourvu qu’elle soit complète, détruisant complètement ces pro- • priélés. I
Par analogie on peut conclure :
1® Que l’homme peut se nourrir sans danger de viande provenant i d’animaux atteints de typhus, de maladie aphlheuse ou de clavelée, mais î qu’il y a danger pour lui à manger des animaux enragés, charbon- lieux ou morveux ;
2® Que même dans ces derniers cas les accidents seront assez rares, , attendu que l’homme civilisé ne se nourrit guère que de viande j cuite.
C’est aussi ce qui ressort d’un grand nombre de faits.
En 18U, les troupeaux qui suivaient l’armée alliée introduisirent en France une épizootie typhique (typhus contagieux des hèles à cor- nés), tout Paris s’alimenta impunément avec de la viande provenant de ces animaux; en 1815, la garnison de Strasbourg ne se nourrit que de bœufs atteints de tyidius, il n’y eut aucun accidenl. En 1870, , l’armée allemande a encore introduit en France le typhus des hôtes a i cornes, il n’y a pas eu plus d’accidents qu’en 181iell815. En 18IU, . 1835, 1839, la maladie aphllieuse a sévi sur les hostiau.'C à Paris et ài Lyon, tout récemment elle a régné dans le nord de la France (1873), on n’a rapporté aucun fait tendant à prouver que la viande eût des: propriétés toxi(}ues pendant ces épizooties; on a accusé le laiti d’être nuisible aux jeunes enfants, mais sans fournir aucune preuve) d’une action loxi)iue; sans doute le lait et la viande provenant d’aiii-maux malades perdent une partie de leurs propriétés nutritives, mais: il n’y a aucun danger à les utiliser pour l’alimentation; de même pouri la clavelée.
Au contraire, les viandes d’animaux charbonneux, enragés ou inor- | veux, ont donné lieu maintes fois à des accidenis graves. Fodéré, j Enaux et Cliaussier,Paulel, .1. Levin, Delafond, Verheyen, ont ciléun^^ grand nombre de faits attestant le danger des viandes charbonneuses; > d’après Sauvage et Fournier, la chair des moulons atteints de sang ) de rate vendue furtivement en Languedoc, aux habitants des campa-
MALADIES D’ALIMENTATION
giies, leur communique souvent le charbon (1); en 1803, au Pérou, des nègVes nourris avec des animaux morts de la rage succombèrent en grand nombre (^2); à la vérité, M. Üecroix, vétérinaire militaire, a pu avaler de la chair provenant d’un chien enragé sans contracter cette maladie, je ne conseillerais à personne de recommencer cette dangereuse expérience.
Un grand nombre de faits négatifs ont été cités pour prouver l’innocuité des viandes dont nous parlons; Morand rapporte que deux bœufs atteints de charbon furent mis en distribution à l’bôtel des Invalides, et qu’il n’en résulta aucun accident, bien quejes deux bouchers chargés de dépecer les animaux eussent pris la pustule maligne (3) ; pendant la révolution, plus de 300 chevaux morveux abattus à Saint-Germain furent mangés par les pauvres de cette ville, de même à Yincennes quelques années après (4). Ces exemples prouvent que la cuisson enlève heureusement à ces viandes leurs propriétés toxi([ues, mais il n’en reste pas moins démontré (ju’on n’en doit pas permettre l’usage; dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, lorsqu’on manquera d’autres aliments (villes assiégées), on pourra les utiliser en surveillant attentivement le débit des animaux malades et en prescrivant de ne manger la viande qu’après une cuisson parfaite et prolongée.
Viande souillée par la présence de parasites, cijsticerques, trichines. La viande de porc, la plus dangereuse au point de vue de ces maladies parasitaires, n’entre pas dans l’alimentation ordinaire des troupes; mais tes cysticerques du teenia solium peuvent se rencontrer chez le bœuf aussi bien que chez le porc; en Abyssinie, la viande de porc est bannie de l’alimentation; cependant il n’y a pas de pays on le tænia soit aussi frécjueut, presque tout Abyssinien est atteint de tænia (5), et cela s’explique par la coutume nationale de manger de la viande de bœuf crue {hrindo) \ en Algérie et en Syrie (G), les médecins militaires ont en fréquemment l’occasion d’observer le tænia. De 1840 cà 1851, 184 cas de tænia contracté en Algérie avaient été signalés au conseil de santé des armées, et M. le docteur Judas écrivait à ce sujet ; « L’endémie, et les documents établissent qu il s’agit du tænia solium, semble donc incontestablement démontrée;
d) L. A. Raimbcrt, art. Charbon, Nouv. Diction, de rnéd. et dechir.
(“2) Bouley, De l'étiologie de la rage {Journal des savants, mars 1873).
(3) Mém. de l’Acad. des sciences, 1866.
(4) Miclicl Lévy, Traité d’hygiène, 4" édit., t. II, p. 711.
(5) II. Blanc, op. cit. (Gazelle hebdom., 29 mars 187-i).
(6) Communications de MM. Chadourne, Denoyer, Desmorcts, Clievassu, Latil, Charlier [Rec. mém. méd. militaire, mars 1862).
elle s’étend à toute la surface de nos possessions, qui se trouvent sous ce rapport dans des conditions semblables à celles des autres régions de cette vaste presqu’île d’Afrique (1). »
Les cysticerques, au lieu de se transformer en tamia dans l’intes lin, |.euvei,l émigrer dans Ions les lisses et produire la ladrerie, dont
. V l.aiiecreausa cile dans ces dei-iiicrcs années un Ircs-liel exein-
pi6
Les iriebines sont connues depuis assez longtemps, elles ont été décrites par Hilton (1832), H. Owen (1835), Dujardin et Iseboldvuclienmeister et Leuckard les regardaient comme des larves de tncbocepbales, erreur facile à concevoir, car la trichine est le seul entozoaire enkysté qui ne soit pas une larve.
Zenker, à l’époque où il poursuivait ses recherches sur les altérations des muscles dans la fièvre typhoïde, rencontra plusieurs fois des trichines au heu de la dégénérescence cireuse ; la trichinose avait etc confondue avec la fièvre typhoïde chez les malades dont il examinait les muscles, les deux maladies peuvent en effet présenter dans quelques cas de grandes analogies symptomatiques.
^ Les kystes ellipsoïdes qui renferment les trichines mesurent de /s a '/a de millimètre dans leur plus grand diamètre, ils contiennent demi à deux individus, rarement trois; la trichineaau maximum A milhm. de long, elle est tordue en spirale; on a pu constater chez ces entozoaires rexistence d’une bouche nue et d’un œsophage. Virchow a fait d’intéressantes recherches sur les migrations des trichines; lorsqu on fait avaler à des lapins de la viande contenant des trichines, on observe que peu d’heures après l’ingestion, les trichines se trouvent libres dans l’estomac, les kystes ayant été dissous par le suc gastrique: de l’estomac les trichines passent dans l’intestin, où elles se développent; dès le troisième ou quatrième jour, les sexes sont devenus distincts, on trouve des œufs et des cellules spermatiques, bientôt les œufs sont fécondés, de jeunes entozoaires se développent dans 1 intérieur des femelles, car la trichine est ovovivipare, puis ils sont expulsés par l’orifice vaginal situé à la moitié antérieure du ver. Alors commence l’émigration; Virchow a trouvé les jeunes trichines en tiès-grand nombre dans les glandes mésentériques et surtout dans les cavités séreuses (péritoine, péricarde), il n’a pas pu en découvrir ilansie .sang. Les trichines progressent dans le tissu cellulaire; dans les muscles on les trouve surtout au niveau des insertions tendi-
(L i\ouveaux Üoeuments sur la fréquence du taenia en Algérie, par A. Jinlas {Rec mém. méd. militaire, 1854.). - Voy. aussi les Enlowaires à l'Iuip. militaire de Lonstanline, par M. Vital (Qaiette tnéd. de Paris, 6 juin 1874).
(-) Arch. gén. de méd., 1872, t. II, p. 543
MALADIES D’alimentation. 4^7
^ ncuses, ,|,.i a,Tèle„l sans douln leur marche eu avanl; clés la ciu-
li ciuicine semaine l’cnlijslemenl commence.
J, fois la trichinose a donné lien en Allemagne à de petites
.épidémies : ep.demies de Rugen (Poméranie), 18G3, de Buri près
letlslœ 11 (1803), la maladie prit dans plusieurs cas les apparences i une cholenne, l.)8 personnes furent atteintes, il y eut 27 décèsilurant cinq etes consécutifs, de 1858 à 1802, plus de 300 personnes ;iiient alteinles a Mcagdebourg (1). Nous n’insisterons pas davantage air une maladie qui n’a pas été observée en France jusqu’ici.
Outre le pain et la viande, nous avons dit que le soldat français reevait par jour 100 grammes de légumes frais et 30 grammes^ de lé- ■iimes secs; c’est là une partie indispensable de la ration ; malbeiireuemen , en campagne, dans des pays dévastés par la guerre ou dans es villes assiegees pendant de longs mois, les légumes verts font raemenl defaut; nous allons voir que la suppression des végétaux ais est une des principcales causes du scorbut.
irè,mtr“ mém. méJ. mili-
■ La palliolo^ie historique ne sur rauciennelé et sur le ilével maladies épidémiques à iraver suite d’épidémies serait faire a dans quelles circonstances s’est à différentes époques, afin d’art
de sa nature, tel doit être le ques; à ce point de vue, l’iiii Icine d'enseignements, elle est j ;tiologie. Nature.
Le mot scorlmt, en latin l)ai ' anois schorbert ou du mot holh autre ulcère de la bouche, et nilie tranchée; les douleurs a •op rare du scorbut pour qu e eut-éire aussi le mot scorbut ' ;clavon srorb, qui veut dire n ^ ngtemps endémique en Uuss V aurait rien d’étonnar.t a ce t
On ne irouve dans li'* an'™' , nscorl«il;cVsllaca<l.osini«
ésigne |«r les mois
rnilf Iles mis, ,
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dise tiré del'l
[ P nassave sni'anl. 1 ^ ^