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soldais, campés sur les rives du nouveau lac Maréolis, furent frappés d'ophtlialmie, et dans l'espace de deux mois et demi plus de 3000 hommes passèrent successivement dans les hôpitaux. » (Larrey, loc. cit., p. 217.)
Savaresy, Bruant, accusent aussi l'intensité de la lumière solaire, lé sahle brûlant du désert, la fraîcheur des nuits; les principales mesures prophylactiques indiquées par les médecins de l'armée d'Egypte sont : de ne pas dormir en plein air les yeux découverts, de ne pas s'exposer à la lumière trop vive du soleil, de se baigner souvent les yeux avec de l'eau claire; ii n'est pas question de mesures à prendre wmreja^mlagion, et de l'ait, lorsque l'armée rentra en France, les ophlhahniques guérirent assez rapidement sans propager la maladie dans les garnisons de l'intérieur. Il n'en fut pas de même pour l'armée anglaise, qui elle aussi avait contracté l'ophthalmie en Egypte i l); l'ophthalmie continua a sévir sur les soldats anglais, qui la transportèrent à Malte (1801), à Gibraltar (1802) et jusqu'en Angleterre.
Avant de poursuivre l'historique de l'ophthalmie purulente dans les armées, il importe de remarquer que l'ophthalmie n'est pas spéciale à l'Egypte. En Algérie comme en Égyple, l'ophthalmie purulente est endémique et naît probablement des mêmes influences de milieu; on la rencontre en particulier sur les populations de la Kabylie et des oasis. En Kabylie, il existe un aveugle ou un borgne sur 64 individus (2); en Égyple, 1 sur 50; dans l'Arba, presque tous les habitants portent les stigmates de l'oplilhalmie; la même observation a été faite à Tebessa (Mutel), à Laghouat (Ancinelle et Marit), à Biskra (Beylot et Caslaing); à Tuggurt (Baelen, Limayrac). Dans l'armée d'Afrique, d'après des documents recueillis par Michel Lévy, on compte en moyenne un ophlhalmique sur 29 malades dans le 1" trimestre; 1 sur 15 dans le 2me; 1 sur 12 dans le 3mc; 1 sur 13 dans ■ En 1839, plus de 200 hommes furent atteints d'ophtlialmie à Conslantine; en juillet, août et septembre 1839, elle régna sur les troupes logées à Philippeville dans des maisons mauresques ; en 1 846, sur la garnison de Batna; en 1846, 1847, 1851, 1852, sur celle dé Biskra; en 1810 il n'y eut pas moins de 158 malades à Biskra sur un effectif moyen de 380 hommes, et la population arabe fut encore plu- maltraitée. De juillet à novembre (1810), l'ophthalmie fut épidérniquc à Bône, et la même année M. le docteur Marit l'observait à Laghouat (3). Malgré la fréquence de l'ophllialmie en Algérie, mal-
(I; Vclcl), Traité des maladies de* yeux.
(1) Vertrennr:, liée. mém. méd. militaire, t. II.
(3) L. Lavcran, Art. Algérie, Diction, encyclopédique des Se. méd..
gré le continuel mouvement de troupes qui se produit entre la France et l'Algérie, nos soldats d'Afrique n'ont jamais importé l'oplithalniie dans les garnisons de l'intérieur.
Historique et fréquence de l'ophthalmie dans les armées européennes (1 ). Armée anglaise. — Nous avons vu que les troupes anglaises avaient souffert de l'ophthalmie en Égyple; en 1801, au moment du retour de l'armée, une épidémie d'ophtlialmie éclata à Malle dans le 6" de ligne; en 1802, le 52e et le 56° en furent atteints à Gibraltar; les militaires importèrent la maladie en Angleterre : une épidémie très-grave fut observée à l'asile militaire de Chelsea en 1804, 392 enfants furent atteints; à celte époque 2317 militaires étaient frappés de cécité absolue, un plus grand nombre avaient perdu un œil. Dans le 5° régiment, sur un effectif de 700 hommes environ, on en envoya 636 à l'hôpital pour ophlhalmie", de 1805 à 1806. En 1815, pendant la campagne de France, l'ophthalmie était épidémique dans les troupes anglaises; aujourd'hui elle a presque complètement disparu de celte armée, mais elle s'est étendue à la population misérable qui peuple les workhouses.
Armée italienne. — Les troupes italiennes qui tenaient garnison à l'île d'Elbe, à Gènes et en Sicile eurent de nombreux rapports avec les soldats d'Egypte, et peu de temps après, l'ophthalmie épidémique se montra dans l'armée ilaliennc.
En 1808 le docteur Laverine décrit l'ophthalmie épidémique qui sévit à Yicence sur le 1er régiment d'infanterie légère. Au mois d'août 1812 l'ophthalmie règne dans la 5e division militaire en Italie; la Faculté de Pavie, consultée à ce sujet déclare que l'ophthalmie est contagieuse et indique les mesures prophylactiques capables d'arrêter le développement du mal. Le 6° de ligne fut tout particulièrement éprouvé par l'ophthalmie; le rapport du major Ferru dit que l'ophthalmie régnait dans ce corps depuis sept ans, c'est-à-dire depuis l'époque où se trouvant en garnison à l'île d'Elbe, il avait reçu la maladie des prisonniers français venus d'Alexandrie. A Ancône un bataillon du 4e de ligne étant venu loger dans une caserne occupée par le 6e régiment fut attaqué de l'ophthalmie et eut ensuite plus de malades que lui. D'excellentes mesures furent prises pour arrêter le développement des ophthalmies, on isola les malades dans des hôpitaux spéciaux, on fit passer les convalescents par des dépôts avant de les renvoyer dansleurs corps, on suspendit l'incorporation dans les
(1) Rapport adressé au ministre de la guerre sur les faits recueillis au congrès ophlhalmoscopiquc de Bruxelles par MM. L. Lavcran el Lustreman. (Rec. mon. méd. militaire, série, t. XX.)
OIMITHALMIK PURULENTE. CI 3
régiments atteints, et l'armée italienne fui rapidement débarrassée de rophthalmie épidémiqué (I).
Armée prussienne. — En 1813 l'ophlhalmie épidémiqué prit une grande extension dans cette armée ; à Leipzig, à Mayence (1813-1819), pendant la campagne de France, les troupes prussiennes furent trèsmaltrailées par l'ophlhalmie, qui acquit une intensité extrême dans la plupart des garnisons en 1817, 1818 et 1819. Aujourd'hui encore le nombre des ophthaliniques est assez considérable dans cette armée; pour 1868, on en trouve 1)3.0 sur 1000 hommes d'effectif et 95.7 en
Armée austro-hongroise. — De 1817 à 1827 Pophihalmie a régné dans l'année autrichienne sans y prendre un très-grand développement; eu 1849, la garnison autrichienne de Florence fut fortement atteinte, 1001 militairesentrèrent successivement à l'hôpital ; en 1869, on trouve encore dans cettearmée63 ophlhalmiques sur 1000 hommes.
Année russe. — Pendant la campagne de France, elle eut près de' 5000 ophthalmiques; en 1817, 1818, 1819, l'épidémie sévit sur les troupes russes en Pologne. En 18-26 l'oplilhalmie règne à Cronstadt, particulièrement sur les matelots; en 1832, 1834, 1836 et 1837, à Saint-Pétersbourg, sur les troupes de la garde. De tout, temps rophthalmie s'est montrée endémique en Finlande et en Crimée.
Armée espagnole. — D'après le docteur Cervera, de 1852 à 1856, 20316 ophlhalmiques ont été traités eu Espagne dans les hôpitaux militaires, sur lesquels 2069 ont été réformés (effectif annuel moyen, * 70000 hommes).
Armée belge. — Celte armée a été sans contredit la plus éprouvée par l'oplilhalmie militaire; nous devons à nos confrères de l'armée belge un très-grand nombre de travaux importants sur le sujet (2).
On a prétendu que l'oplilhalmie avait été importée dans l'armée belge par d'anciens soldats revenus d'Egypte, incorporés en 1814 et 1815 dans cette armée, ou encore par des soldats anglais ou prussiens; ces assertions ne reposent sur aucun fait certain ; l'oplilhalmie ne se montra pas dans l'armée belge pendant la campagne de France (3); c'est vers la fin de 1815, et plus spécialement en 1816, qu'elle éclata dans différentes garnisons. La Belgique venait d'être réunie à la Hollande, et le prince d'Orange-Nassau procédait à la réorganisation de l'armée; M. le docteur Vleminckx a insisté beau-
(\) Oznnam, Op., il., I. N[, p. 14 18.
(2; Voy. Archive» belge* de rnéd. militaire, passim.
(3J Vleminckx, Rapport au minisire de la guerre sur l'ophlhalmie. des armées. ttmsM», 1831s,
coup sur ce fait que l'apparition de la maladie coïncida avec des modifications apportées dans l'uniforme des troupes.
En 1826, l'armée comptait 4159 oplitlialmiques sur 4-0000 hommes; après les événements de 1830, la maladie fit de nouveaux progrès.
Ce n'est guère qu'en 1833 que le gouvernement belge s'émut de l'extension du mal. A celte époque les médecins militaires belges étaient divisés en compressionisies et contagionisles. M. Yleminckx, inspecteur général du service de santé de l'armée, prétendait, avec les premiers, que la maladie était le résultat de la compression exercée sur le front et le cou par le shako et le col nouveau modèle (rapport cité); MM. Fallût et Variez étaient à la tète du parti contagionisle (1). Le ministre directeur de la guerre institua une commission chargée de rechercher les causes de l'ophthalmie et les moyens de l'éteindre. Celle commission, qui avait été composée de médecins n'ayant jamais émis d'avis sur la question, ne réussit pas mieux à s'entendre et on fil venir de Berlin le docteur Jiinsken, qui proposa enlre autres mesures le renvoi des granulés dans leurs foyers ; la commission appuya celle proposition et demanda que plusieurs modifications fussent apportées dans l'uniforme des troupes afin de faire cesser la compression du cou.
En 1834, une circulaire ministérielle prescrivit d'envoyer en permission clans leurs foyers tous les hommes atteints de granulations des conjonctives ; 4494 granulés furent envoyés dansjeurs familles. Fallût, médecin principal à Namur, s'éleva inutilement contre une mesure qui allait faciliter la propagation de la maladie dans la population civile (2); un médecin autrichien, le docteur Éble, montra également les dangers du renvoi des malades dans leurs foyers (3). Ces prédictions ne tardèrent pas à se réaliser, l'ophthalmie diminua de fréquence dans l'armée, mais elle s'étendit dans les campagnes, qui jusque-là avaient été préservées; MM. Decondé et Groenendaels (4) publièrent en 1837 des faits parfaitement probants au point de vue de la contagion ; la clameur publique devint si générale qu'on revint sur les mesures adoptées, et cette fois les contagionistes eurent gain de cause; les granulés furent envoyés, suivant le conseil de M. Fallût, non plus dans leurs familles, mais dans des hôpitaux installés k cet elfet. A partir de ce moment (décision du 29 avril 1837), le nombre des
(1) Recherches sur les causes de Vophthalmie qui règne dans quelques garnisons de l'année des Pays-Bas.
(2) De la simulation et de la dissimulation des maladies. Bruxelles, 18db.
(3) Considérations sur la Uepkarophtlmlmie calarrhale des armées qui rogne parmi les troupes belges. Louvain, 1836.
(4) Bulletin médical belge, 1837, p. 54.
ONITHALMIE PURULENTE. 615 ophthalmiqucs alla progressivement en diminuant; en 1840,1e nombre des granulés était tellement réduit qu'on ferma les dépôts de Namur et d'Y près; on se contenta dès lors d'affecter dans chaque caserne une ou plusieurs salles au traitement des granulés; ces salles existent encore aujourd'hui, bien que le nombre des malades se restreigne de plus en plus (1).
Étiologie. Nature. — La première question qui se pose est celle <le savoir si l'oplithalmie épidémique des armées constitue une espèce particulière, si elle mérite le nom d'oplilhalmie d'Egypte ou bien s'il faut la confondre avec les autres espèces d'ophthalmie purulente.
Mackenzie, qui a très-bien décrit l'oplithalmie contagieuse, l'assimile complètement à l'oplithalmie catarrhale ; elle n'est pas, dit-il, le résultat d'un principe spécifique ou d'un virus importé d'Egypte (2). L'oplithalmie catarrhale devient facilement purulente, surtout ehez les jeunes enfants; elle règne souvent à l'état épidémique, elle est contagieuse; d'autre part l'oplithalmie militaire peut présenter seulement les caractères de l'oplithalmie catarrhale et l'on ne voit pas sur quels signes on pourrait établir un diagnostic différentiel entre ces deux affections. L'oplithalmie qui règne clans l'armée, dit Vleminclcx (i>/>. ril., p. 11), ne diffère pas de celle qu'on rencontre à l'état sporadique, elle se présente comme cette dernière sous plusieurs aspects : tantôt les conjonctives oculaire et palpébrale n'offrent qu'une légère congestion, tantôt elles sont enflammées et l'inflammation peut s'étendre à la cornée et à l'iris; l'oplithalmie purulente n'est que le plus iiaut degré de l'oplithalmie catarrhale. Sur 100 malades il y en. a 80 au inoins chez lesquels on ne rencontre tout d'abord qu'une congestion des conjonctives; il n'est pas possible d'admettre avec certains auteurs que les 20 autres cas se rapportent seuls à l'oplithalmie militaire, les premiers étant dus à l'oplithalmie catarrhale ou sporadique ; à chaque instant ces types se transforment l'un dans l'autre. La contagion de l'oplithalmie purulente des enfants est aussi bien prouvée que celle de l'ophllialmie purulente des soldats ; MM. Mackenzie (op. cil., t. I8', p. 659) et Gosselin (3) ont même démontré que la conjonctivite catarrhale était contagieuse comme rophlholmie purulente, bien qu'à un plus faible degré.
L'oplithalmie catarrhale a donné lieu très-souvent à des épidémies,
(f) Haekenzie, Op. cit. Traduction de E. Warlomout, et A. Testolin,t. I, p. 711, article additionnel des traducteurs.
(2) Mackenzie, Op. cil , 1. 1, p. C&l.
M) Oosselin, Mémoire sur l'origine par contagion des conjonctivites calarrlialcs. <An:h. gin.de méd. Avril 1809.)
dans des conditions qui ne -permettent pas d'admettre la contagion du prétendu virus rapporté d'Egypte par les armées française et anglaise.
Vers la fin de 1837, dit Ëairion, l'ophthalmie granuleuse apparut dans un pensionnat de jeunes demoiselles; l'une des élèves portait depuis quatre ans une blépharile granuleuse chronique, qui à celte époque s'éleva tout à coup à l'état aigu; c'est celte élève qui répandit la maladie parmi les pensionnaires qui couchaient dans des dortoirs étroits et manquant d'air. Le même auteur rapporte encore le l'ail, suivant : Une jeune élève d'un pensionnat du Hainaut ayant été prise dans le mois de mars 1853 d'une ophthalmic purulente aiguë après avoir été mouillée par la pluie, la maladie se répandit parmi ses condisciples et quelques jours après vingt élèves s'en trouvaient atteintes (1).
En 1839, à l'orphelinat de Malines, une orpheline âgée de douze ans contracte pendant une promenade une ophthalmie catarrhale qui passe rapidement à la purulence, la maladie se propage et s'étend bientôt à tout l'hospice (2).
En 183-2 une épidémie analogue s'était développée dans la maison de refuge l'ondée à Paris pour recevoir les orphelins du choléra; cent cinquante enfants furent atteints, ainsi que plusieurs infirmiers chargés de leur donner des soins, la maladie se propagea dans les ix° et xnc arrondissements.
Le fait suivant est donné par Mac Grégor et Mackenzie (op. cit., t. I, p. 680) comme un exemple de conjonctivite puro-muqueuse née des inlluences atmosphériques et contagieuse. Le vaisseau négrier le Rôdeur, parti du Havre le 24 janvier 1819 pour la côte d'Afrique, reprend la mer après avoir embarqué 160 nègres, qui sont entassés à fond de cale et dans l'enlre-pont; quinze jours après le départ des côtes d'Afrique l'oplilhalmie se montre sur les nègres et se propage à l'équipage. En mer le Rôdeur fait rencontre d'un autre bâtiment dont l'équipage était aussi maltraité par l'ophthalmie. La situation de ces deux navires était fort critique, un marin du Rôdeur fut heureusement épargné et put diriger les navires jusqu'en Amérique. On peut prétendre, il est vrai, quel'ophthalmie régnait déjà sur les nègres au moment de l'embarquement.
De nombreux exemples prouvent que l'ophthalmie épidémique a été observée en Europe de loul temps et qu'elle n'a pas éclaté pour la première fois après la campagne d'Egypte.
(1) Uairion. Cité par L. Loveran et Lustreman, Mém. cilê,j>. 28.
(2) Gouzée, Traité de l'oplilhalmie militaire.
OPHTIIALMIE PURULENTE. 0,7 Vn.atus Lusilanus rapporte que dé son temps l'ophthalmie épidéoùaue sévit à Lisbonne; en 1565, dit Fôrestus, il y eut en Hollande beaucoup d'ophthatmies, des familles entières en étaient attaquées. Rn leur» il v eut dans la liesse une ophll.al.nie épidémique Ires-rebcllc, de même à Berlin en 1696. A la fin de l'hiver froid et humide de 170--) une épidémie violente d'ophthalmie contagieuse atteignit les habitants de Ferrare. A Aurillac, en janvier 1746 l'ophthalràie épidémique fut observée sur les enfants; en 1772, desep.dem.es analogues aux précédentes se déclarèrent à Londres et a Pans (I).
En 1778 une ophlhalmie épidémique attaqua tout le voisinage de Newburg dans le Berkshire; elle régna en même temps dans les camps occupés par les troupes anglaises, ou la désignait sous le nom lYociilur lUscase (Mackenzie, op. cit., t. I, p. 658).
Au mois de mai 1792 quelques bataillons des troupes du duc de Modènç se rendirent à Beggio pour y faire cesser les troubles; après une nuit passée sous les spacieux portiques d'un couvent situe au nord, près des fossés de la citadelle, un grand nombre d'entre eux furent pris d'une violente ophthalmie calarrhale (2).
L'ophthalmie militaire ne diffère pas de l'ophthalmie calarrhale, elle peut prendre naissance en Europe comme en Egypte, a Pans comme au Caire; les auteurs qui ont voulu faire dériver tous les cas d'ophthalmie militaire observés depuis 1800 de l'ophthalmie contractée en Egypte par les soldats anglais ou français sont tombes dans une erreur opposée à celle des anti-contagionistes. Il faut faire bien des hypothèses hasardées pour démontrer que dans toutes es armées européennes le virus rapporté d'Egypte a été le point de depart de ïophîhalmie purulente.
.Nos soldats si fortement atteints par l'ophthalmie en Egypte guérirent rapidement, la maladie ne se répandit dans aucune des garnisons de l'intérieur; les troupes françaises ne peuvent pas être accusées d avoir disséminé I'ophihalmie, sauf peut-être en Italie. L'importation de la maladie dans l'armée belge par des soldats revenant d'1-gvpte, ou encore par dès soldats anglais ou prussiens au moment de la campagne de France, est une hypothèse. Il y a plus : on a trouvé à Gand une charte de 1330 qui témoigne de l'existence à celle époque d'une ophlhalmie contagieuse; les partisans de 1 origine égjptienrie de l'ophthalmie ne se sont pas embarrassés pour si peu, ils ont admis qu'il y avait eu une première importation au
(\j Ozanam, Op. cil., t. lit, p. 7.
(S, A'snlini, Manuale di cltiruryia, parte II, p. 117. Milan,
temps des croisades (1)! Certainement l'ophthalmie d'Egypte a été importée par les troupes anglaises à Gibraltar, à Malte eten Angleterre, el l'expédition d'Egypte a été une des causes du grand développement épidémique de l'ophthalmie purulente dans les armées au commencement de ce siècle; mais l'ophthalmie d'Egypte n'était pas une maladie nouvelle, spécifiquement distincte des ophthalmies épidémiques qui avaient régné antérieurement sur différents points de l'Europe.
Los causes de l'ophthalmie purulente ont été très-bien indiquées I par Larrey, Dcsgenettes, Bruant, Savaresy, Assalini; tous s'accordent à accuser l'influence des nuits fraîches et humides succédant h des journées très-chaudes, l'action d'une vive lumière, le sable du désert; en Algérie on a observé que les ophthalmies se développaient souvent chez les hommes qui cmichahmt en dehors de leurs lentes et qui s'exposaient directemenTliu^rapmûIiff^ noclurne. En Europe on a vu souvent des refroidissements produire le même effet; l'épidémie des orphelins du choléra (Paris, 1832) éclata à la suite' d'une averse qui mouilla les enfants. Il est probable que l'épidémie des armées alliées, en 1813 et 1815, fut due en grande partie à la nécessité de bivouaquer la nuit sur la terre froide et humide, après des marches fatigantes et des combats incessants (2). M. Van Roosbroeck a vu souvent des ophthalmies purulentes se déclarer sur des paysans qui pendant la moisson s'exposaient à des refroidissements alors que le corps était tout couvert de sueur (3).
M. le docieur Vleminckx recherchant pourquoi l'ophthalmie était, si fréquente dans l'armée belge, si rare clans l'armée française, est arrivé à cette conclusion qu'il fallait placer chrn^JT^qiujiement du sojdjiUjelge et en particulier dans la compression de la tête el dûTcTu les causes de sa prédisposition aux ophthalmies (rapport cité). Je ne m'explique pas l'aclion du shako sur l'ophlhalmie; la compression des jugulaires par le col militaire trop serré peut déterminer une congestion des paupières, mais de cette congestion passive à l'inflammation purulente il y a encore loin. M. Vleminckx, qui dans son rapport réclame pour les troupes belges un uniforme analogue à celui des troupes françaises, oublie que pendant le premier empire nos soldais avaient un col bien autrement gênant que celui en usage dans l'armée belge, cependant, malgré l'importation de l'ophthalmie d'Egypte, l'armée française fut épargnée; l'adoption des modifications
(1) L. Laveran et Lustreman, Rapport cité, p. 19.
(2) L. Laveran el Lustreman, Rapport cité, p. 29.
(3) Van Roosbroeck, Cours d'ophlhalmologie.