OPHTHALMIE PURULENTE
dans ^équipement des troupes réclamées par les compressionisles n a pas arrêté en Belgique le développement de l'ophthalmie puru-
lej!a contagion joue évidemment le principal rôle dans la propagation de la maladie. ,
Du pus provenant d'une ophthalmie purulente transporte sur la conjonctiveduu œil sain détermine l'apparition d'une ophthalmie Deja on 1812 le professeur Jaeger (de Vienne) inoculait le pus ophlbalmique pour guérir le pannus; MM. Fallût, Hairion, van Roosbroeck en Belgique, Desmarres à Paris, ont employé avec succès cette méthode de traitement. .
On médecin militaire belge, M. Hupsch, a fait l'expérience sur luimême • une ophthalmie très-violente se déclara à la suite de l'insertion d'une goutte de pus entre les paupières, et M. Hupsch faillit perdre la vue Cliez les animaux on produit facilement des opblbalm.es de la même manière (Yasani, Decondé, Caron de Villard, Cbassaignac) : ; il n'est même pas nécessaire de prendre du pus provenant d'une ophtalmie purulente proprement dite. Le docteur Guillé ayant recueilli à l'hôpital des Enfants malades, à Paris, du mucus puriforme chez quatre entants affectés de conjonctivites puro-muqueuses l'introduisit entre les paupières de quatre autres enfants appartenant a l'institut des Aveugles : il se produisit chez tous quatre une conjonctivite puromuqueuse qui suivit sa marcbe normale (1).
il arrive souvent que des miiedn^s infirmiers, en pansant des malades atteints d'opbthalmie purulente reçoivent dans les yeux une goutte de pus et prennent ainsi des ophlhalmies très-graves. MM. Decourlnev, Desmarres, Florent Cunier, Lacauchie, ont été victimes de cet accident (2); sir Patrick Mac Gregor (3) et Decondé (4) rapportent de nombreuses observations d'inoculation accidentelle par le pus provenant de conjoclivites purulentes. Tantôt une infirmière faisant une injection dans les yeux d'un enfant malade, reçoit dans l'œil une goutte de pus mêlé au liquide de l'injection; tantôt on se sert par inadvertance d'un linge ou d'une éponge qui a servi à nettoyer les veux d'un opbthalmique.
La contagion à distance, par l'intermédiaire de l'air, n'est pas aussi l.ir^rT.WTionlrée que celle par c ontact médiat ou immédiat; plusieurs observateurs ont été jusqu'à nier qu'elle fût possible. Des ophlhal-
fl) Bibliothèque ophtalmologique, t. I, p. 81. Paris, 1820. Cité par Mackcnzio,
Op. cit., t. I, p. 660.
(4) L. Lavoran et Ltistrrman, îlém. cité, p. 37.
tZ) Cité p;ir JJacjyaiziç- jl H) DuUelin médical belge. Avril 1837.
■niques ont été souvent placés clans les hôpitaux à côté d'autres rnala-
cies dans des salles communes et la maladip no
(Vleminckx). ne S GSl Pas ProPaSee
En 182 i, M. Ducoudray a fait à l'hôpital de Gand l'expérience sui vante: (rente ophtalmiques et trente hommes convalescents d d e~ rentes alléchons, furent placés dans la même salle, il n'v eut au™ n cas de contagion (1). Nous avons vu quel' oph.hahnied'É.yp.e ^ pas propagée dans notre armée en 1801 et que l'opluhahnie d'Itéré n avait jamais ete importée en France
D'autres faits tendent à prouver que si la contagion à distance n'est ^nécessaire, elhaj^i^^ avons ^
Tdemie ^^Tm^^nTRôdenr, elle ne VSL
fnZrr ' C°,n,agi0n à diSta'1Ce' ^aûe de Ghelsea es tT intéressante a étudier au point de vue du mode de propagation de op ha m,e Le M.litary Asy.um de Ghelsea est une vaste fllî
' ■ , ]Z enfanlS dGS S°ldatS- Au c°™encement du mois
I avril 1804 on amena à l'infirmerie deux garçons atteints de conjonctivite, a la fin du mois six autres enfants étaient pris. Pendant le mois de ma,, quarante-quatre garçons et cinq filles furent traités, soit à k chambre, soit à l'infirmerie, pour ophtalmie ; en juin, cinqnantehm garçons et trente-deux filles, plusieurs infirmières, furent frappés La femme d un officier d'étal-major vint à celte époque visiter l'asile elle e ait accompagnée de son fils âgé de cinq à six ans, qui joua avec les au res enfants; il contracta l'ophlhaimie ; quelques jours après sa sœur âgée de deux ans, puis sa mère, en furent atteintes. L'épidémie de Lhclsea continua à s'étendre pendant les mois de juillet et août « ious les enfants de cinq à six ans et demi, dit Mac Grcgor sont tonnes en une seule compagnie ; on remarqua que pendant le courant de ce mois (août) et de celui qui le précéda, la presque totalité de la compagnie tut atteinte d'ophlhalmie. La marche envahissante pouvait se suivre dans les dortoirs de lit en lit suivant l'ordre dans lequel ils étaient places, et cela jusqu'à ce que presque (ous eussent été pris. Les deux infirmières attachées à cette compagnie couchèrent toujours dans la salle et ce furent les seules de celles appartenant à l'institution, a part les infirmières de l'infirmerie, qui furent atteintes de la maladie (2). »
Lorsqu'en- Belgique on eut renvoyé dans leurs foyers plus de 4000 granulés, f ophlhalmie jusqu'alors limitée à l'armée se répandit
(() A. Decoudray, Coup d' œil sur l'ophlhaimie qui attaque plus particulièrement les militaires de notre armée. Cand, 18-27.
(2) Sir Patrick Mac Greyor. Cité par Mackcnzie, Loc. cit., p. G8I.
Ol'HTIlVLMIE PURULENTE. 6-1
dans les campagnes; il fallut revenir sur une mesure, dont M. le docteur Fallut avait indiqué de bonne heure tous les dangers. De nombreux laits ont été publiés à cette époque qui prouvent sans conteste que les militaires communiquèrent L'ophthalmie à leurs familles; presque tous peuvent se résumer ainsi : un soldat de tel bataillon, convalescent d'ophfchalmie ou atteint de granulations, est renvoyé dans sa famille; au bout de quelques jours l'ophthalmie se développe sur les personnes qui l'entourent, sur ses parents, ses frères et sœurs, etc. On peut et Ton doit en conclure que les soldats belges envoyés en congé ont transmis l'ophthalmie purulente; ces faits prouvent une fois de plus la contagion, ils ne démontrent pas qu'elle se soit faite à distance. Dans la promiscuité où vivent d'ordinaire les habitants des campagnes, qui peut affirmer qu'une même serviette qu'une même éponge n'a pas servi à laver les yeux sains et les yeux malades ? qu'un linge, qu'un mouchoir souillé par le pus de l'ophthalniique, n'a pas servi aux autres membres de la famille?
M. Decondé a placé des chiens atteints d'ophthalmie daris une même chambre avec des chiens non malades, l'ophthalmie s'est développée sur ces derniers (1); pour que l'expérience fût concluante, il aurait fallu attacher les chiens de façon à ce qu'il leur fût impossible de se communiquer l'ophthalmie par contact immédiat (2).
Nous avons vu, dit M. Gouzée, et cette expérience a été répétée bien souvent sous nos yeux, des régiments infectés d'ophlhalmies et d'autres qui ne l'étaient pas, occuper successivement pendant plusieurs mois des casernes d'ailleurs saines et spacieuses... Jamais la maladie ne se communiqua à ces derniers. » Cela prouve encore contre la contagion à distance, car on ne voit pas pourquoi l'ophlhal- ' mie ne se transmettrait pas d'un régiment infecté à un autre qui vient occuper la même caserne, à quelques heures d'intervalle, si le germe
existait dans l'air.
La conta-ion de l'ophthalmie à distance est possible, croyons-nous, maTTrarc, «-1 le plus souvent la maladie se propage par contact médiat ; TréTTmges,' des éponges qui servent à plusieurs personnes, surtout dans les hospices d'enfants, expliquent la propagation de la maladie, sans qu'il soit nécessaire, dans la plupart des cas, d'invoquer la contagion àdistance, par l'intermédiaire de l'air; les enfants jouent entre eux, sotrilledtaveç le pus de leurs paupières lousles objets qu'ils louchent; ils se frottent les yeux, puis se caressent entre eux ou exercent leur
(I) nerondc, Annales de la Société de médecine d'Anvers, 1837-1838, p. 17, et Bulletin médical belge, 1837, p. 51.
fê] Warlomont cl Teslelin, in Traité des malad. des yeux. Mackcnsic. 1. 1, p. 719.
sens du toucher sur la figure de leurs voisins; il n'est pas étonnant que les ophthalraies trouvent dans ce milieu, très-rebelle à toute me sure prophylactique, des conditions favorables à leur développement Les individus atteints de granulations des conjonctives contrarleni très-facilement des ophthalmies aiguës, et c'est alors, surtout nue h maladie devient transmissible, parce que les produits de sécrétion morbide augmentent dans une très-forte proportion. D'après MM A Testehn et van Roosbroeck, c'est le globule de pus qui est le véritable véhicule du principe contagieux; il ne faut pas oublier qu'il existe des globules de pus dans les sécrétions morbides de la conjonctive bien avant qu'elles ne prennent un caractère franchement purulent
On a beaucoup accusé I^comWnLd'aggraver et de multiplier les cas d ophthalmie purulente; il favorise évidemment la contadonc est dans les milieux encombrés qu'on a observé des faits favorables a la cftnlag.011 à dislance : le pus desséché se répand en grande quantité dans l'air, souiTorme de poussière, il y a infection comme sur le Rôdeur ou à l'asile de Ghelsea; mais ces conditions d'encombrement ne sont pas indispensables au développement des ophlhalmies qui, en Belgique, se sont montrées souvent en dehors des casernes' sur des troupes cantonnées chez l'habitant ou dans les camps parli- A</\ culièrement au camp de Beverloo. '
Description générale. - L'ophlhalmie épidémique peut se présenter sous deux formes : une forme aiguë ou subaiguë caractérisée par la sécrétion d'un liquide purulent ou muco-purulent à la surface des conjonctives; une forme chronique caractérisée par la présence de granulations à la face muqueuse des paupières; du reste, ces deux formes se succèdent et se remplacent souvent chez le même malade; l'ophthalmie aiguë aboutit souvent à l'état granuleux des conjonctives et l'individu affecté de granulations est fréquemment pris d'ophlhalmie purulente aiguë; il n'y a pas là deux espèces morbides, mais deux variétés d'une même affection.
L'ophthalmie purulente aiguë présente des degrés très-variables au point de vue de l'intensité des symptômes et de la gravité du pronostic. Dans les formes légères le malade éprouve tout d'abord dans l'œil atteint une sensation de démangeaison, il lui semble qu'il existe des grains de sable entre les paupières et le globe de l'œil. Les conjonctives sont injectées, elles sécrètent un liquide muco-purulent peu abondant qui le matin agglutine les paupières. Bientôt la sécrétion augmente, le pus s'écoule le long des joues et les excorie, les paupières se tuméfient. L'ophthalmie peut persister à ce degré pendant des semaines entières, mais souvent aussi l'inflammation s'étend et s'aggrave. La conjonctive œdématiée et boursouflée forme une saillie qui
01MITHALMIE PURULENTE. . ^
s'avance sur la cornée (chéinosis) et la recouvre en parlie; les paupières par suite de la tuméfaction de leurs couches profondes ont de la tendance à se renverser en dehors (eclropion); un liquide puriforme s'écoule en abondance sur les joues excoriées et remplit toutes les anfractuosités que forme la conjonctive; la tuméfaction des paupières et de la conjonctive bulbaire est quelquefois portée à un tel dem-é qu'il n'est pas possible pendant quelques jours de s'assurer de l'état du globe de l'œil. Dans certains cas l'inflammation s'étend à la cornée el en détermine la rupture; tantôt la perforation présente l'aspect d'une petite l'ente assez nette, analogue à celle produite par un instrument tranchant, tantôt la cornée devient opaque et s'ulcère de la superficie vers la profondeur; d'autres fois, c'est un abcès de la cornée qui est cause de la perforation ou bien encore une parlie de la cornée se détache sous forme d'eschare; l'humeur aqueuse s'écoule et l'iris s'engage dans l'ouverture de la cornée (staphylome).^
Dans ces formes aiguës graves, les malades éprouvent d'ordinaire des douleurs extrêmement vives qui siègent soit dans le globe de l'œil, soit autour de l'orbite, et qui s'exaspèrent pendant la nuit. Les douleurs sus-orbitaires ou circum-orbitaires, dit Mackenzie, indiquent que l'inflammation s'étend à la sclérotique, à la cornée, à la eboroïde et à l'iris, tissus dont l'inflammation provoque toujours une douleur svmpathique dans le nerf de la cinquième paire (Op. cit., 1. 1, p. G70). C'est le globe de l'œil qui est le siège des douleurs les plus vives; il semble aux malades qu'on y enfonce des aiguilles, ou bien des battements extrêmement douloureux se font sentir jusqu'au moment où la cornée se rompt. Cette rupture peut se faire dès le deuxième ou troi- •me jour; le plus souvent c'est seulement vers le huitième jour qu'on voit cet accident se produire. Ces formes suraiguës de l'ophthalmie militaire ont une grande analogie avec l'ophthalmie blennorrhagique.
Le diagnostic de la perforation de la cornée n'est pas toujours facile; la conjonctive boursouflée recouvre en parlie la cornée, l'inspection du globe de l'œil présente de grandes difficultés : on ne peut pas se guider sur l'état de la vision, car la cornée opacifiée par l'inflammation, mais non rompue, fait souvent obstacle à la vision, tandis que, après rupture de la cornée, certains malades distinguent encore les objets qui les entourent; généralement, au moment où la perforation se produit, les malades éprouvent la sensation brusque d'un liquide chaud qui s'écoule le long de la joue, c'est l'humeur aqueuse qui S'échappe; à la suite de la rupture les douleurs vives disparaissent.
Sous l'influence d'un traitement approprié, ou bien spontanément, h- gonflement, l'injection des paupières diminuent, le chémosis s'af-
i>H . MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
faisse, la sécrétion puriforme se tarit peu à peu; à la face interne des paupières, on trouve alors des granulations qui persistent fort longtemps sans causer aucun trouble apparent. Ces granulations ont cependant une très-grande importance dans l'histoire de l'ophllialmie purulente : tant qu'elles existent, les malades sont sous le coup d'une récidive de l'ophllialmie aiguë qu'un refroidissement, un écart de ré- 4 gime, suffisent à provoquer. Circonstance plus grave encore, ces V g hommes qui semblent guéris peuvent transmettre la maladie, ainsi y qu'on a eu trop souvent l'occasion de l'observer en Belgique.
État chronique. — Granulations. Granular conjnucliru, etc. — Les auteurs s'accordent à distinguer deux variétés principales de granulations. Tantôt, dit Mackenzie, les proéminences granuleuses sont extrêmement nombreuses, légèrement saillantes au-dessus du niveau de la conjonctive à laquelle elles donnent l'aspect d'un morceau de peau de chagrin; tantôt elles sont relativement peu nombreuses, molles, sujettes à saigner, et souvent aussi nombreuses que de» grains de chènevis [op. cit., t., I p. 692). Decondé divise les granulations en charnues et vésiculeuses (1) ; MM. Warlomont et Testelin, les savants traducteurs de l'ouvrage de Mackenzie, adoptent cette division (2). M. Decondé attribue beaucoup plus d'importance à la granulation vésiculeuse qu'à la granulation charnue dans le diagnostic de l'ophthalmie épidémique des armées.
L'histologie confirmant la distinction des granulations en vésiculeuses et charnues,, a montré que ces productions n'avaient pas la même origine, le même point de départ anatotriiq.il e. Les granulations charnues tiennent au développement exagéré des papilles, elles ont reçu les noms d'hypertrophie papillaire (Stelhvag de Carion), d'engorgement hyperlrophique des papilles (Siebel fils); les granulations vésiculeuses (Decondé, Hairion) ou trachomes proprement dits des Allemands, dépendent d'un engorgement des cellules lymphoïdes (3).
Dans la première forme (hypertrophie papillaire), toute la surface de la conjonctive palpébrale est recouverte par une masse de petites élevures qui ressemblent à des bourgeons charnus en miniature, leur couleur est d'un rouge plus ou moins vif, une sécrétion muco-purulente, visqueuse, peu abondante, s'accumule surtout vers le grand angle de l'œil. Souvent rien à l'extérieur ne décèle cet état morbide et il est indispensable de renverser les paupières pour constater l'existence des granulations; d'autres fois il existe du prolapsus de la
(1) Archives belges de méd. militaire. Année 1849, t. II.
(2) Mackenzie, Op. cit., t. I, p. 731.
(3) Sichel fils, Étude sur les granulations de la conjonctive. [Arch. gén. de méd. Septembre 1874.)
OPHTHÀLMIE PURULENTE.
paupière supérieure et de l'ectropion de l'inférieure, la sécrétion est assez abondante et les malades accusent quelques symptômes subjectifs : douleurs, picotements, sensation de corps étrangers, irritabilité exagérée de l'œil à la lumière; il est toujours indispensable, pour confirmer le diagnostic, de renverser les paupières.
Dans la deuxième l'orme (granulations vésiculeuses, engorgement des cellules lymphoïdes), eu renversant la paupière supérieure, on observe à la surface de la conjonctive de petites taclies blanches, arrondies, peu saillantes; dans leurs intervalles, la muqueuse est injectée et un peu tuméfiée; à une période plus avancée, ces petites taches s'accroissent, deviennent saillantes, on les a comparées' alors à îles grains de tapioca cuit. Par la suite, ces granulations prennent une teinte jaunâtre, leur contenu devenu caséeux s'échappe en donnant lieu à une petite ulcération qui se cicatrise. . Les symptômes subjectifs sont à peu près les mêmes que pour les granulations charnues; la photophobie et la sensation de corps étrangers roulant sous les paupières sont seulement plus communes et plus intenses.
Dans l'une et l'autre forme la cornée peut être envahie consécutivement par l'inflammation, des vaisseaux en plus ou moins grand nombre se développent à sa surface (pannus tenuis, crassus).
On rencontre souvent chez le même malade des granulations charnues et des granulations vésiculeuses; on a donné à celte forme le nom de trachomes mixtes.
La marche des granulations est essentiellement chronique; si l'on n'intervient pas a l'aide d'une médication active, la conjonctivite granuleuse peut persister pendant des années, de temps en temps il se fait une poussée aiguë, puis la lésion redevient latente.
Le diagnostic de l'ophtbalmie purulente est facile, celui des granulations ne l'est pas moins quand on a soin de renverser les paupières et d'inspecter avec soin les culs-de-sac conjonclivaux. Nous n'avons pas à l'aire le diagnostic différentiel de l'oplitbalmie militaire, épidérnique, et de l'ophlbalmie calarrhale; de l'aveu même des auteurs qui pensent que ces maladies sont de nature différente, la symplornalologie est la. même; « au point de vue phénoménal, disent MM. Wariornont etTestelin, il n'y a pour nous aucune différence en- Ire les oplitbalrnies dites catarrhalcs et l'opbtbalmie des armées. » {loe. rit.). Vous avons vu qu'au point de vue étiologique ces affections n'étaient pas davantage séparables.
Prowiy/.axik. Traitement. — Les médecins militaires belges ont en fréquemment l'occasion d'étudier la prophylaxie de l'ophthalmie épidémiqne; ces recherches ont abouti, non sans de nombreux
A. I.AVKflA!». in
tâtonnements, à un ensemble de mesures excellentes qui sont encore en vigueur dans l'armée belge. MM. Warlomont et Testelin résument ainsi qu'il suit les règlements belges relatifs à l'opblbalmie (1) :
\° A l'arrivée des recrues au dépôt de leur corps, les bommessont visités avec soin par le médecin dirigeant le service du régiment, et ceux qui sont porteurs de granulations, à tous les degrés, sont pris en traitement et dirigés immédiatement sur la salle des granulés d'où ils ne sortent qu'après guérison complète.
2° Dans les régiments, une visite sanitaire générale est faite tous les samedis par le médecin de service, en présence des- officiers de semaine, et les hommes momentanément empêchés de subir cette visite sont vus le lendemain de façon à ce qu'aucun n'y échappe. Tous ceux qui sont reconnus atteints de granulations sont immédiatement dirigés sur la salle des granulés.
3° Chaque corps ou fragment de corps détaché dispose d'une salle exclusivement réservée au traitement des granulés et le médecin dirigeant le service a celle salle sous sa surveillance; il applique aux granulés les remèdes qu'il juge appropriés, et lient des notes exactes des malades entrants et sortants et du traitement qui a été appliqué à chacun d'eux.
4° Ces salles sont aussi éloignées que possible de celles occupées par les hommes bien portants, de façon à ce que les granulés n'aient avec ces derniers aucune espèce de contact. Lorsque les locaux le permettent, il est toujours infiniment préférable que les salles de granulés soient complètement en dehors de la caserne.
5° Les médecins chargés du traitement de ces malades désignent pour participerai! service ordinaire, ceux d'entre eux qui se trouvent dans des conditions favorables pour ne rien laisser craindre, soit comme transmission de leur mal à d'autres, soit comme aggravation de leur état.
G0 La surveillance disciplinaire des granulés est confiée k un sousoflicier ou à un caporal qui est chargé de la police. 11 accompagne ceux qui sont exemptés de tout service aux promenades et aux sorties qui sont jugées nécessaires, et veille à ce qu'ils n'aient aucun contact avec les hommes bien portants.
7° Chaque homme, qu'il appartienne ou non à la salle des granulés, a pour se laver un bassin en fer-blanc et des essuie-mains qui lui sont propres.
8° Les salles de granulés des corps ne peuvent recevoir ou conserver que les granulés proprement dits. Du moment que leur
(1) Mackenzie, Op. cit., t. I, p. 71 "2.
0PHTHALM1E PURULENTE. fâï
affection vient à passer à l'élut aigu ou subaigu, ces malades sont envoyés à l'hôpital de la garnison.
9° Tout homme au moment de quitter le corps, soit pour aller en permission, soit pour retourner définitivement dans ses foyers, doit être scrupuleusement visité par le médecin de service. Son dépari ne pont êlre autorisé que pour autant qu'il aura été reconnu qu'il ne porte aucun germe apparent d'une affection oplithalmique.
A leur retour au corps d'une absence quelconque, les hommes sont également visités par le médecin de service.
On voit que ces dispositions, analogues à celles qui s'appliquent chez nous à la prophylaxie des maladies vénériennes, sont basées sur l'idée de contagion, de transmissibilité de l'ophtlialmie militaire. M. Siebel fils se trompe quand il dit que l'ophtlialmie est entretenue dans l'armée par les recrues qui arrivent au corps avec l'ophtlialmie et quand il propose de licencier pendant un ou deux ans les armées où règne la maladie, puis de les recruter de nouveau en ayant soin d'éliminer tous les hommes ayant des conjonctives douteuses (1). L'expérience a été faite, le licenciement des granulés a . donné en Belgique de très-mauvais résultats, c'est à la suite de celte regrettable mesure qu'on a vu l'ophtlialmie se répandre dans les campagnes où antérieurement elle était inconnue. Il faut isoler les ophlhalmiques et les granulés, mais sous prétexte de préserver l'armée on ne peut pas exposer la population civile à la contagion. Grâce aux dispositions énumérées plus haut, les Belges ont réussi à se débarrasser presque complètement de l'ophtlialmie purulente; si l'oph- Ihalmie ealarrhale devenait épidémique dans une de nos garnisons, il y aurait lieu de prendre des mesures analogues.
Il esl très-imporlant de renseigner les malades sur la transmissibilité de leur mal et peut-êlren'a-t-on pas assez insisté sur la fréquence de la contagion par les linges, mouchoirs, essuie-mains dont les hommes se servent souvent en commun. « Les essuie-mains communs à toute une chambrée, dil Mackenzie, sont un moyen constant de contagion, chaque homme doitavoir le sien. j> (Op. cil., 1. 1", p. 690.)
En campagne, sjiilxmJl^dajis Je^ que des nuils
fraîches succèdent à des journées très-chandes, il faut empêcher les hommes de dormir en dehors de leurs lentes. On a beaucoup parlé flans ces derniers temps de supprimer la lente dans l'armée française, il faudrait en tout cas la laisser à l'armée d'Afrique, car ce lambeau de toile fixé sur deux piquets protège très-efficacement nos soldais contre la dysenterie et contre les ophthalinies ; dans les pays lem-
'!< Archive* gen. île méi., 187i. (Luc. cil.)
pères la tente n'est pas aussi nécessaire, à condition de cantonner souvent les troupes et de ne les Taire bivouaquer que lorsque les nécessités de la guerre l'exigent.
Le traitement est nécessairement très-variable, suivant qu'il s'agit des formes aiguës ou des formes chroniques.
La méthode antiphlogislique échoue complètement contre l'ophthalmie aiguë; ce ne sont pas des sangsues et des cataplasmes qu'il faut à ces conjonctives boursouflées, enflammées, mais des irritants, des caustiques. Cela prouve une fois de plus qu'en thérapeutique il ne faut pas sacrifier toujours aux indications symptomatiques; la dysenterie nous en a déjà fourni un exemple. N'est-il pas rationnel de donner à un malade qui souffre de tranchées horribles (lormina), qui va sans (rêve ni repos de son lit à sa chaise, n'esl-il pas, dis-je, rationnel de lui donner de l'opium, des astringents, de couvrir son ventre de sangsues et de cataplasmes? L'expérience s'est cependant prononcée contre cette thérapeutique ; les purgatifs, le calomel, l'ipéca, voilà les véritables spécifiques de la dysenterie.
Pendant une épidémie d'ophlhalmie purulente à Florence (1848), les médecins italiens s'obstinèrent encore à employer les antiphlogistiques : 6 ophlhalmiques perdirent, les deux yeux; 9 un seul œil; 20 eurent, la vue plus ou moins compromise, les derniers n'obtinrent qu'une guérison temporaire ; des médecins militaires autrichiens ayant été chargés de diriger le service, la cautérisation fut pratiquée hardiment, dès le début, et sur 800 nouveaux malades pas un ne perdit la vue (L. Laveran et Lustrcman, rapport cité).
Nous nous occuperons surtout des formes très-aiguës, véritablement purulentes ; les formes légères, subaiguës, sont curables par les mêmes moyens que les ophlhalmies çatarrhales vulgaires.
Il faut d'abord empêcher, le pus de séjourner à la surface île l'œil malade, à cet effet on emploiera une éponge douce et bien propre qui ne servira qu'au malade; plusieurs auteurs recommandent l'emploi de la seringue et sans contredit le liquide de l'injection poussé avec force dans les replis de la conjonctive doit nettoyer parfaitement l'œil, mais cette petite opération est fort dangereuse pour ceux qui la pratiquent, et souvent elle a donné lieu à de graves accidents.
On peut cautériser directement la conjonctive avec le crayon de nitrate d'argent pur ou mitigé; le crayon est passé rapidement sur la paupière inférieure, puis sur la supérieure, et avant de remettre en place les paupières qu'on a dû renverser, on verse sur les parties cautérisées une solution de chlorure de sodium qui neutralise le nitrate d'argent en excès; à l'aide d'un pinceau trempé dans une solution de nitrate d'argent on pénètre facilement au fond des culs-de-
OPHTHAI.MIE PURULENTE. °v2i) sac de la conjonctive sans avoir besoin de renverser les paupières, manœuvre souvent difficile et douloureuse, le pinceau pénètre bien mieux que le crayon dans les replis de la conjonctive tuméfiée. Mackensie recommande une solution contenant 0,50 de nitrate d'argent pour o'2 grammes d'eau distillée.
Lorsqu'il est impossible de renverser les paupières et même de pénétrer avec le pinceau entre les paupières et le globe de l'œil, on prescrit un collyre au nitrate, d'argent qu'on instille plusieurs fois par jour dans le grand angle de l'œil malade en ayant soin, lorsque le collyre est fort, de faire suivre chaque instillation d'une lotion avec Peau salée. On a, du reste, exagéré les dangers de l'application du nitrate d'argent en solution sur la cornée, de nombreux faits démontrent que lorsque l'a cornée est saine, on peut sans crainte la toueber à l'aide d'une solution assez forte de nitrate d'argent.
Dau-; les cas où le ebémosis est très-considérable, il est bon de pratiquer des scarifications qui partant de la circonférence de la cornée se dirigent vers la périphérie de l'œil, ou même d'exciser des replis de la conjonctive, l'Jrémorrhagie qui se produit contribue au soulagement des malades.
Le traitement doit être modifié quand la cornée est atteinte, une des premières indications consiste alors à prévenir la rupture et le slapbvlome. Quelques opblbalmologistcs voudraient proscrire complètement le nitrate d'argent dans ce cas. C'est là une exagération, le nitrate d'argent doit être manié avec une grande prudence, employé sous forme de solutions faibles, mais il reste le véritable anlipblo- -is'.iquc delà conjoncLivile, tandis que d'autres moyens s'adressent à la kératite et à la menace de perforation.
La pupille sera dilatée à l'aide de l'atropine en collyre ou de la pommade bellaJonée. Des émissions sanguineslocales soutindiquées on appliquera des sangsues à la tempe ou au grand angle de l'œil, on pourra entretenir l'écoulement sanguin pendant 12 ou 24 beures. L'évacuation artificielle de l'bumeur aqueuse a donné souvent de bons i .sultals ; sir Patrick Mac Gregor ne craint pas de dire qu'on aurait pu sauver la vue de bien des malades en pratiquant en temps opportun cette petite opération.
Contre les douleurs orbitaires ou circum-orbitaires Mackenzie recommande les fomentations avec une décoction ebaude de tètes de pavots, l'opium à l'intérieur uni au calomel (0,10 decalomel avec0,0l à 0,00 d'extrait d'opium en pilules, toutes les deux beures ou trois fois par jour, ou seulement au couclicr, suivant les circonstances, jusqu'à ce que la bouclie s'entreprenne). (Op. cil., t. 1", p. 080.)
Le malade doit garder le repos dans une salle bien aérée, mais ob-
scure; les purgatifs seront prescrits au début (purgatifs salins, calomel et jalap, émétique en lavage).
Quand un seul œil est atteint dans le principe, il faut s'efforcer de préserver l'autre de la contagion.
Granulations. — Ici encore les caustiques donnent de bons résultats, mais il faut les manier avec une grande prudence, on ne doit pas chercher à détruire rapidement les granulations ; des cautérisations trop énergiques et trop souvent répélées détruisent la muqueuse, il se forme un tissu de cicatrice, les paupières deviennent dures, rugueuses à leur face interne et au lieu de protéger le globe de l'œil, comme à l'état normal, elles l'irritent et l'enflamment.
Le sulfate de cuivre est très-utile, il donne lieu à peu de réaction et on peut y revenir souvent; on a aussi employé le nitrate d'argent mitigé et le sulfate de zinc.
M. Buys a préconisé dans le traitement des granulations l'acétate de plomb pulvérisé ; on l'applique a l'état de poudre, à l'aide d'un pinceau, sur les paupières, en ayant soin qu'il forme sur leur face muqueuse une couche égale et continue. Au lieu d'employer la poudre sèche comme M. Buys, ce qui exige une assez grande habitude du procédé, il est plus simple de mettre l'acétate de plomb, fraîchement pulvérisé, dans un godet et de le délayer dans l'eau; la pâte ainsi formée est facilement appliquée sur bas conjonctives, avec un pinceau. (Gouzée, Warlomont et Testelin.)
A la suite de cette application la sensation de corps étrangers disparaît, toute sécrétion est devenue impossible et par suite la maladie perd temporairement son caractère contagieux. Il ne faut répéter les applications d'acétate de plomb que lorsque le malade se plaint de nouveau de la sensation de corps étrangers, ce qui indique que la couche métallique a été enlevée dans une partie de son étendue.
M. Buys touche avec l'acétate de plomb pulvérisé non-seulement la conjonctive granuleuse, mais les ulcères de la cornée, il prétend même par ce moyen prévenir le pannus. D'après MM. Warlomont et Testelin, auxquels nous empruntons ces détails, l'application de l'acétate de plomb neutre en poudre réussit surtout dans les granulations non sécrétantes, non accompagnées de larmoiement; dans les autres cas le sel plombique est entraîné rapidement par les larmes ou le pus. (Mackenzie, op. cit., t. J, p. 752.)
Dans les cas d'engorgement des cellules lymphoïdes M. Siebel fils recommande l'emploi du crayon de nitrate d'argent mitigé par l'addition, dans la proportion de deux sur un, de chlorate de potasse; ce crayon, beaucoup moins soluble que le nitrate d'argent pur, permet de limiter la cautérisation aux seuls points malades.