CHAPITRE XXXII
ACRODYNIK.
Au mois de juin 18-28 une maladie inconnue se mollirait à Paris dans un asile de vieillards, l'hospice Marie-Thérèse; Irente-six pensionnaires sur quarante étaient atteints et l'épidémie se répandait rapidement dans les arrondissements de la rive gauche de la Seine; le faubourg Saint-Germain, le quartier Saint-Marceau, ceux de l'Abbaye, de la cité, de l'Hôtel de Ville comptèrent bientôt de nombreux malades.
Chomel, qui avait eu l'occasion d'observer la maladie dans son service de la Charité, attirait le 26 août 1828 l'attention de l'Académie de médecine sur celte épidémie nouvelle; la maladie était caractérisée par des troubles, de la digestion, des douleurs vives aux extrémités, des érythèmes, d'où les noms : d'acrodynie extrémités, ttftm), douleur), d'érythème épidémique, qui lui furent donnés.
Au mois d'octobre 1828 le nombre des malades était de 40000 environ. Plusieurs casernes furent visitées par ^épidémie; à la Courtille, sur 500 hommes, on compla 397 malades; à Lourcine, 560 sur 700 (1); la caserne de l'Ave-Maria fut aussi très-éprouvée.
L'épidémie diminua pendant l'hiver de 1828 à 1829 pour reparaître avec une nouvelle intensité au printemps de 1829. On avait assaini et réparé complètement la caserne de laCourlille; au mois de mars 1829 les troupes vinrent occuper de nouveau cette caserne, qui était restée vide pendant plusieurs mois; aussitôt la maladie reparut, en quatre jours 200 hommes sur 500 lurent atteints, il fallut -de nouveau évacuer le bâtiment.
La maladie ne régnait pas dans les autres casernes de Paris, elle ne s'y montrait même pas à l'état de cas isolés; c'est évidemment dansdes circonstances locales particulières aux casernes atteintes qu'il nous faudra rechercher la cause de la maladie. L'acrodynie
(1) Ozanam, Op. cil-, t. IV, p. 233. — Dance, art. ACRODYNIE, Diction, de tfléd., m 30 vol.
disparaissait dès que les troupes quittaient les casernes de Lourcine et de la Courtdle et repara.ssait dès qu'elles y rentraient. Un bataillon quitte Lourcine pour aller occuper la caserne de la rue du Foin pas un homme ne tombe malade; au contraire des soldats qui passent de cette dernière caserne à celle de Lourcine, présentent bientôt les symptômes de l'affection épidémique (1).
Cette épidémie n'était pas née sous l'influence de conditions spéciales a la population militaire, elle avait débuté comme nous.avons vu dans la population civile et avait pris une grande extension dans les ouar tiers situes sur la rive gauche de la Seine; l'acrodynie s'étendit même autour de Pans : à Meaux, Saint-Germain, Noyon (1828)- à Cou-
.08^m,lr^.S^e",|Cllampen0iSe' M0ntmirail' P°adailt de 1829 en 1830 elle régnait encore à Soisy-sous-Éliolles (arrondissement de Corheil). A Paris l'épidémie disparut pendant l'hiver to re^ de 1829 à 1830, quelques cas furent encore observés en 1831 et loo2.
L'histoire de l'épidémie de 1828 a été très-bien faite par Genest (% llorve, de Chégoin (3) François (i), Monlault (5), Duparque 6), Cayol (7), Chomel (8), Chardon fils (9), Dezeimeris (10) et Dance (11
Etait-ce une maladie nouvelle ou bien l'acrodynie avait-elle ré-né deja sous un autre nom? C'est là une question assez difficile à résoudre, d autant qu'il s'agit d'une espèce morbide assez variable et incomplètement connue. Cependant on peut rapprocher de l'acrodynie de 1828 quelques épidémies antérieures (12).
Santo-Nicoletti fait mention d'une maladie singulière qui ré°na sur la garnison de Padouc en 4806 et à laquelle il donne le nom de pedionalgie. Ozanam résume ainsi cette épidémie : « Un grand nombre de militaires français et italiens furent tout à coup attaqués d'une douleur extrêmement aiguë sous la plante des pieds accompagnée d une chaleurlocale plus ou moins sensible sans rougeur ni enflure... »
(1) Miramond, Dissertation sur l'affection épidémique qui s'est manifestée à la caserne de la rue de Lowrcinedans le mois de septembre 1828. Thèse de Paris 1829
(2) Genest, Arch. gén. deméd., 1828, t. XVIII, p. 232, et t. XIX, p. 63 èt 351.
(3) Hervez de Chégoin, Journ. gén. de méd., 1828.
(4) François, Même rec, 1828.
(5) Montaull, Même rec, t. IX, 3» série, p\ 170. (G) Duparque, Nouvelle bibliothèque méd., 1829.
(7) Cayol, Revue médicale, 1830.
(8) Chomel, Bulletin de VAcad.de méd. Août 1828.
(9) Chardon fils, Revue médicale, 1830.
(10) Dezeimeris, Journal gén. des hôpitaux. Août 1828. f i l) Dance, art. Acrodyniiî, Diction, en 30 vol.
(12) Tholozan, De Vacrodijnie. (Gazelle médicale de Paris, 18G1.)
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La pédionalgie fat observée dans l'armée anglaise d'Espagne, particulièrement au siège de Burgos (1) et dans la 5° division de celle armée; les malades et les convalescenls se plaignaient de douleurs intolérables dans les pieds.
D'après Ballingall (2) la pédionalgie s'est montrée souvent aux Indes, surtout en 1830, 1831 et 183:2; à la fin de la première guerre de Birmanie, la maladie fut fréquente et grave parmi les troupes angla-indiènnes stationnées dans les circars du nord. M. Tbolozan, auquel j'emprunte ces détails, confond l'acrodynie avec le béribéri.
Depuis 18-28 l'acrodynie n'a donné lieu qu'à de très-petites épidémies; en 1844 et 1845, elle a été observée en Belgique, à Bruxelles, dans les prisons de Namur, de Gand et surtout parmi les détenus de la prison de Saint-Bernard (3).
D'après M. le docteur Tbolozan, l'acrodynie aurait régné sur nos troupes en Crimée; aux mois d'octobre et de novembre 1831 un grand nombre d'bommes entraient aux ambulances de Crimée et aux hôpitaux de Constantinople accusant des douleurs très-vives et des sensations de fourmillements dans les extrémités. Nous avons eu déjà l'occasion de dire que la plupart des médecins de Crimée revinrent rapidement sur le diagnostic d'acrodynie qui avait été porté tout d'abord, pour s'arrêter à celui de congélations, d'accidents à frigore. (Voy. maladies des climats. Congélations.)
Presque tous les soldats atteints de ces accidents accusaient comme cause de leur mal le froid humide qu'ils avaient éprouvé pendant les longues heures qu'il leur fallait passer dans la boue des tranchées ou dans la neige. Les douleurs siégeaient seulement dans les membres inlérieurs et ne s'accompagnaient pas d'érythèmes comme en 1828. Il est à remarquer que ces douleurs des extrémités coïncidèrent en Crimée avec un froid très-vif, tandis que la véritable acrodynie, celle de 1828, régnait seulement en été et disparaissait pendant la saison froide; le froid humide provoquait surtout ces accidents en Crimée : en décembre 1854, sous l'influence du froid humide, les cas de spharèle étaient rares, les acrodynies fréquentes; en janvier 1855, sous
il) Compte rendu des maladies de l'armée d'Espagne, par sir J. M. Gregor. Cité par M. Tholozan.
î Éléments 'le chirurgie militaire, 1855. Cîtd par M. Tholozan.
<?,, Vfaninckx, Bnpporl sur la convulsion épidémique. (Bulletin de l'Acad. de méd. de Belgique, t. V, 1845-1846.) — E. Vidal, ai l. Achooynie, Dictionnaire encgclop des se. méd. — L. Colin, art. RAEHAWE, Dictionnaire eiicijclop. des se. méd. D'après M. le professeur !.. Colin la maladie observée dans les prisons de Belgique su rapproche de la raphanie (convulsio cerealis, ergotismo convulsif, etc.), bien pins que de l'arrodynie.
l'action d'un froid plus vif et de la neige, les cas de gangrènes des extrémités devinrent plus fréquents, les douleurs et les fourmillements plus rares; les congélations passaieut tout de suite au 3° degré. Nous croyons, avec Baudens, Scrive, Fauvel, Marmy, Quesnoy, que l'acrodynie véritable n'a pas régné en Crimée, et qu'on a décrit sous ce nom des douleurs qui s'expliquent par le froid ou par le scorbut.
M. le docteur Barudel a observé en 1859 trois cas d'acrodynie chez des militaires détenus dans la prison de Lyon; les observations de ces malades rentrent assez bien dans la description des faits observés à Paris en 1828.
) En somme, l'épidémie de 1828 a été la principale manifestation de l'acrodynie, c'est sur elle que viennent s'étayer quelques autres épidémies plus ou moins authentiques et des cas sporadiques qui ne suffiraient pas, par eux-mêmes, à définir une espèce morbide si nous n'avions pas les observations nombreuses recueillies en 1828 et 4829 à Paris par un grand nombre de médecins; c'est l'épidémie de Paris qui nous fournira les éléments d'une description de l'acrodynie.
Description générale. — Le début de la maladie était souvent marqué par des troubles des voies digestives; chez les uns il n'y avait que de l'anorexie jointe à un sentiment de pesanteur à l'estomac, tandis que chez d'autres il survenait de la diarrhée et des vomissements; dans les cas les plus graves des évacuations sanguinolentes avaient lieu par haut et par bas (Dance); de tous ces symptômes le plus opiniâtre était la diarrhée, qui se prolongeait quelquefois pendant plusieurs semaines.
En dehors de ces troubles gastro-intestinaux qui pouvaient manquer, tous les autres symptômes se rangeaient sous trois chefs :
1° Troubles de sensibilité;
2° Troubles de molilité;
3° Troubles de la nutrition et des sécrétions.
Troubles de sensibiliié. Les malades ressentaient dans les mains et dans les pieds des engourdissements et des fourmillements que Genest compare à ce qu'on éprouve dans le petit doigt quand on se heurte le coude au niveau du nerf cubital. Les douleurs en général plus fortes la nuit que le jour, dépassaient rarement les malléoles pour les membres inférieurs et les poignets pour les supérieurs (Dance); quelquefois cependant elles s'étendaient sous forme d'élancements dans les autres segments des membres et jusqu'au tronc et au cuir chevelu. Les douleurs des pieds étaient celles dont se plaignaient le plus les malades. La sensibilité dans les parties atteintes était diminuée ou pervertie. « C'était au début un sentiment de froid et plus tard de chaleur brûlante qui forçait les malades à tenir les pieds hors du lit
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pour se soulaecr; parfois une exaltation telle de la sensibilité que la moindre pression ou le moindre contact exercés sur ces parties ne pouvaient être supportés. Si ces malades essayaient de marcher, le sol leur semblait hérissé d'épines ou de petits cailloux; à d'autres il paraissait plus mou, comme si les pieds eussent élé garnis de colon et que la terre se tut enfoncée sous eux. Le tact et le loucher étaient également lésés, au point que certains malades discernaient à peine les objets qu'on plaçait entre leurs mains. On en a vu qui marchaient sur le carreau sans s'apercevoir qu'ils venaient de perdre leur chaussure, ou qui, étant occupés à la couture, et laissant tomber par mégarde leur aiguille, continuaient sans s'en douter les mouvements nécessaires à ce travail. Quelques-uns ne pouvaient palper les
corps même les plus polis sans les trouver parsemés d'aspérités »
(Dance, loc. cit.)
Les conjonctives étaient souvent le siège de sensations analogues à celles des extrémités : picotements, élancements accompagnés ou non d'injection, de photophobie et de larmoiement.
Troubles de la motilUé. Les malades avaient des tressaillements dans les membres, des crampes douloureuses, plus rarement des soubresauts de tendons. « De ces diverses altérations dans la motilité résultait ordinairement une impossibilité de fléchir ou d'étendre complètement les doigts et de la douleur quand on cherchait à augmenter ces mouvements. Lesmalades avaient même peine à s'habiller, à nouer leurs chaussures ou attacher leurs boutons ; la marche en conlractaitun caractère particulier-, elle ne s'exécutait qu'en traînant le pied par la pointe et l'appliquant à plat sur le sol, sans l'y cramponner à l'aide des orteils qui étaient tenus relevés. Enfin, dans les cas extrêmes, tous les mouvements étaient abolis, les membres restaient passivement étendus dans le lit, et retombaient comme des masses inertes lorsqu'on les soulevait. » Dance op. cit. L'acrodynie pouvait donc amener une paralvsie complète, une paraplégie par exemple, mais c'était là un l'ail extrêmement rare; les troubles de la motilité avaient dans la plupart des cas beaucoup moins d'importance que ceux de sensibilité: la dilficullé d'étendre et de plier les doigls, de s'habiller, de marcher, peut très-bieu s'expliquer par les désordres de la sensibilité.
Troubles de la nutrition cl des sécrétions. On observait assez souvent de l'amaigrissement des membres, mais les troubles de nutrition les plus fréquents consistaient en œdèmes et sueurs partiels, en éruptions de nature variable, en érythèmes suivis de desquamalion.
« Un œdème le plus souvent partiel, mais quelquefois général survenait ordinairement dès le début chez la plupart des malades (les deux tiers environ;. Il se remarquait principalement à la face, sur les lèvres
el les joues, aux pieds el aux mains, quelquefois sur les parois abdominales ou même dans toule l'habitude extérieure du corps, produisant alors une sorte de bouffissure générale. Cet œdème était ordinairement peu douloureux, peu considérable, ne conservait pas l'impression du doigt et faisait peu varier la couleur de la peau, si ce n'est dans certains cas, où elle semblait plus pâle el comme tachée par les ecchymoses.
t> Celte membrane devenait, au reste, dans le cours de l'affection, le siège de plusieurs phénomènes de coloration très-remarquables. Aux mains et aux pieds c'était une rougeur érylbémaleuse apparaissant quelquefois dès le début et s'élendant sous forme de plaques à l'une et à l'autre lace de la main, tandis qu'aux pieds cette rougeur en circonscrivait insensiblement les bords jusqu'aux orteils, à commencer par le bord externe, gagnait ensuite peu à peu vers la plante et cessait brusquement là où la peau change de structure pour recouvrir le dos du pied, en formant en ce point une sorte de liséré rouge; sur d'autres parties du corps et sur les jambes en particulier, c elaient des taches d'un rouge plus ou moins vif, semblables quelquefois à des ecchymoses. Assez souvent enfin la peau prenait une teinte brune ou noirâtre, comme si elle eût été recouverte de crasse, notamment sur l'abdomen, au. cou et aux plis des articulations, rarement celle teinte superficielle et comme épidermique s'étendait à la face.
» Des éruptions de nature fort diverse venaient encore altérer l'aspect et la couleur de la peau : ici c'étaient des élevures de forme papuleusc ou de pelils boulons rouges et coniques; ailleurs des pus- Iules, des phlyclènes, des taches cuivreuses ou même des furoncles. Ces éruptions se remarquaient principalement autour des pieds et des mains et là aussi s'opérait un travail successif de desquamation qui, favorisé par des sueurs locales, abondantes, irrégulières, et quelquefois périodiques, finissait par amincir l'épiderme et mettre le corps muqueux de la peau entièrement à nu, d'où résultait une rougeur et une sensibilité des plus vives des parties subjacenles. Celte desquamation se renouvelait quelquefois à plusieurs reprises dans la même partie, à mesure qu'elle se recouvrait d'un nouvel épidémie; quoique moins apparente, elle s'observait d'ailleurs également sur les autres régions du corps. M. Chomel a vu l'épiderme du mamelon se détacher sous forme d'une pelile calotte. Dans les parties où ce dépouillement ne s'opérait point, il en résultait quelquefois un épaississéroent marqué de l'épiderme, surtout au niveau des articulations des pieds, épaississement qui formait assez souvent entre l'ongle et la pulpe du doigt un bourrelet allongé et douloureux. » (Dance, loc. cit.)
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l/érythème, trè^marqué au niveau des phalanges, accompagne parfois de Unnéfaction, présentait, dit Genest, une rougeur analogue e des engelures-, les auteurs qui ont décrit les érythemes eonsécuSs aux lésions irritatives de la moelle et des ner.s, comparent de même ces rougeurs à celles des engelures, et certainement en fa sanl cette comparaison ils ne songeaient, ni à L'acronyme, m a la description de Genest, qui est cependant conforme a la leur
L'ervthème est une des altérations de nutrition qu'on observe le plus souvent a la suite d'irritations de la moelle épinière et des Ws; Lalé pour la première fois par Paget (1), cet erylheme d o ig.no nerveuse a été rencontré, en Amérique, 19 fois sur 50 cas c e lésions partielles des nerfs (2). A la suite de lésions irritâmes c e la moel e ou des nerfs on a vu survenir aussi toutes les autres altérations de nutrition signalées chez les acrodyniques : œdèmes partiels sueurs locales, atrophie des muscles, épaississement de l'épiderme, desquamation (3), etc. ... .
En BeMque, l'açrodynie s'accompagnait de cyanose avec algiditc de extrémités, et même de gangrènes partielles; ces symptômes rapprochent l'açrodynie de la maladie décrite par M. Maurice Raynaud, <ous le nom d'asphyxie locale des extrémités; en 1874, je voyais à l'ambulance de Jouv-en-Josas trois militaires appartenant au même régiment, campé à Salory, qui présentaient les symptômes de cette dernière affection, et plusieurs de mes collègues avaient porte le diagnostic d'acrodynie. -.
Lant les travaux qui nous ont fait connaître les troubles de nutrition nue provoque l'irritation de la moelle, plusieurs auteurs avaient expliqué l'açrodynie par une irritation spinale. Celle opinion, dit Dance, « sans mieux préciser la nature de l'affeCtmn, a du moins nour elle quelque chose de spécieux sous le rapport physiologique a cause de l'altération profonde dont la sensibilité, la motihté et même la nutrition des membres étaient le siège. »
« U paraîtrait, dit Ozanam, que cette affection morbide est due a une irritation de la moelle épinière transmise aux 32 paires de nerfs «ni président au mouvement : ce serait une véntable (Op. cit., t. IV, p. 239.) Telle est aussi l'opinion émise par M. h. Vidal
II! SSS îSo^een, àunikot ivouM, an* otker injuries of^es. Phi-
*ÊffS^*m m le* mM. du «* nervew, 1872. - Mo»fieot thèse de JLJ ,8(;7 Oouvl.a, Des troubles ironiques wnsécutiffi aux lésions traumatises de la moelle et des ne,fs. - W. Mitchcll, Des lésions des nerfs.
dans son article aerodynîe du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
L'anatomie pathologique juslifie-t-elle cette localisation' Les autopsies ont été peu nombreuses à Paris et les résultats que nous possédons sont très-incomplets. Les observateurs de 1828 déclarent bien à plusieurs reprises que la moelle des acrodyniques était normale mais il est parfaitement reconnu aujourd'hui qu'une moelle qui présente à l'œil nu des caractères normaux peut être altérée dans ses éléments les plus essentiels. En Belgique, plusieurs médecins ont note, chez les sujets morts d'acrodynie, des lésions du système nerveux; sur 10 autopsies faites à la prison de Saint-Bernard, le docteur Tosquinet a trouvé trois fois des signes irrécusables 'de l'inflammation, de la pie-mère et de l'arachnoïde spinales; le docteur Camberlin, à laprison de Nainur, a constaté deux fois des lésions de la moelle et de l'arachnoïde. (E. Vidal, art. cité.)
Marche. Durée. Pronostic. — La maladie épidémique de 1828 n'avait rien de fixe dans sa durée, elle disparaissait au bout de quelques semaines ou se prolongeait pendant plusieurs mois ; il y avait souvent dans ces derniers cas des inlermissions après lesquelles les symptômes reparaissaient avec toute leur intensité première.
Cayol admettait, deux périodes, la première de 3 à 15 jours caractérisée par les troubles digestifs et l'œdème de la face; la seconde de durée variable, marquée par les troubles nerveux.
A Paris l'acrodynie ne fit guère de victimes que parmi les vieillards ou les individus affaiblis par des maladies chroniques; à l'hospice Marie-Thérèse, où l'épidémie avait débuté, 18 vieillards sur 40 succombèrent, épuisés presque tous par une diarrhée incoercible.
Etiologie. Nature. — Nous avons montré que les principaux symptômes de l'acrodynie s'expliquaient par une irritation de la moelle épinière; quelle était la cause de celte myélite ou de cette irritation spinale épidémique?
Les faits observés à Paris en 1828-1829, sur les troupes casernées à la Courlille et à Lourcine, montrent bien qu'il faut rechercher la cause de l'acrodynie dans des circonstances spéciales aux localités atteintes et non clans les modificateurs généraux, bromatologiques ou atmosphériques, qui étaient les mêmes pour toute la garnison de Paris. Évidemment on ne saurait accuser une adultération du pain; la manutention militaire fournissait le même pain à toutes les troupes de la garnison de Paris, et celles qui étaient casernées à la Ccurlille, à Lourcine et à l'Ave -Maria furent seules atteintes. Les régiments qui quittaient les casernes précitées étaient à l'abri de l'acrodynie,
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tandis que l'épidémie sévissait sur ceux qui y arrivaient et donnait lieu dès les premiers jours de l'occupation à un très-grand nombre de cas. L'évacuation complète pondant plusieurs mois et la désinfection delà caserne de la Couriille n'empêchèrent pas la maladie de reparaître dès qu'on y envoya de nouvelles troupes. On ne. saurait non plus accuser l'encombrement, la viciation de l'air, l'acrodynie n'a pas régné dans les casernes les plus malsaines, les plus encombrées; elle a épargné les soldats casernés dans la rue du Foin et dans la rue Mouffelard, tandis qu'elle sévissait avec intensité sur les troupes pla- - à Lourcine dans des conditions hygiéniques bien plus satisfaisantes: à la caserne de la Courtille, les chambrées qui fournirent le plus de malades furent souvent les mieux exposées, les mieux aérées.
A l'hospice Marie-Thérèse on changea les boulangers et les autres fournisseurs, l'épidémie n'en attaqua pas moins de nouveaux sujets, tandis qu'elle respectait des personnes du voisinage qui se nourrissaient d'aliments pris chez les mêmes fournisseurs.
Les conditions météorologiques doivent être mises aussi hors de cause Jamais elles ne donnent lieu à des épidémies de maisons ou de casernes, leur influence se fait sentir sur toute une population, elle ne se localise pas dans un quartier; les vieillards de l'hospice Marie-Thérèse, si fortement éprouvés par l'épidémie, étaient à l'abri des variations atmosphériques; en Belgique, dans la prison de Saint- Bernard, on a remarqué que tous les employés, tous les détenus travaillant au dehors, au grand air, étaient épargnés.
Il rne semble logique de conclure des faits précédents, que l'acrodynie se développait sous l'influence d'un agent toxique, particulier à certaines maisons, à certaines casernes, à certains quartiers. Cet agent toxique n'était renfermé ni dans les aliments, ni dans l'air très-probablement (l'évacuation prolongée et la désinfection d'une caserne ne suffisaient pas à faire disparaître la maladie) ; peut-être étailil contenu dans les eaux potables. L'acrodynie a régné dans des quartiers de Paris qui recevaient leur eau de réservoirs communs; elle a atteint surtout les individus qui, comme les soldats, font de l'eau leur unique boisson; à la prison de Saint-Bernard la maladie a épargné les détenus qui pendant le jour travaillaient au dehors, c'est-à-dire qui ne buvaient pas la même eau que les autres prisonniers; l'acrodynie, dan» sa marche, dans son extension à certains quartiers à l'exclusion d'autres, a présenté quelques analogies avec les épidémies de coliques sèches observées à plusieurs reprises dans les villes. Sans doute nous ne connaissons pas de substance toxique capable de produire les symptômes de l'acrodynie, de déterminer une irritation spi-
MO MALADIES ET Él'IDÉMIES DES ARMÉES.
riale et tous les troubles de sensibilité, de molilité et de nulriliorf dont nous avons parlé, mais ce n'est pas une raison pour nier l'existence d'un pareil poison, ne découvre-l-on pas tous les jours de nouvelles substances toxiques?
On a rapproché l'acredynie de l'ergolisme et de la pellagre; la cause de l'ergolisme est aujourd'hui bien connue, on peut affirmer qu'a Paris en 1828 il n'y a pas eu empoisonnement par l'ergot : nous avons déjà dit que la manutention militaire fournissait le même pain à toute la garnison de Paris, et que l'acrodynie s'était localisée dans quelques casernes; du reste, la maladie ne ressemblait en rien à l'ergolisme gangreneux ou convulsif. La cause de la pellagre est moins connue que celle de l'ergotisme; le maïs altéré par le verdet n'est pas nécessaire à la production de la pellagre. (Voy. maladies d'alimentation.) Faut-il admettre avec M. C. Paul que le verdet du maïs peut aussi se développer sur d'autres céréales et expliquer ainsi la contradiction apparente qui existe entre les faits observés en Italie et ceux observés en France? c'est là une simple hypothèse. Au point de vue symplomalique, la pellagre diffère notablement de l'acrodynie : la pellagre est une maladie ebronique qui aboutit presque fatalement à la cachexie et à la mort quand les pellagreux restent soumis aux, mêmes influences de milieu ; Pérythèfne pellagreux envahit exclusivement les parties exposées à l'action de la lumière; les troubles de sensibilité si marqués dans l'acrodynie manquent presque complètement dans la pellagre; enfin la maladie s'accompagne à sa dernière période de troubles de l'intelligence avec tendance au suicide qui n'ont jamais été notés chez les acrodyniques.
L'agent toxique qui produit la pellagre paraît agir sur le système nerveux cérébro-spinal, tandis que dans l'acrodynie la moelle seule est atteinte; dans les deux maladies les érylhèmes paraissent être, du reste, sous la dépendance de l'irritation médullaire ; Bernardini, à Venise, a trouvé 59 fois sur 69 un ramollissement de la moelle épinière chez les pellagreux.
11 est une autre affection avec laquelle l'acrodynie présente bien plus de ressemblance, c'est le béri-béri. On a donné ce nom barbare à une maladie qui règne souvent à l'état épidémique aux Indes et sur le littoral des mers de l'Inde ; le béri-béri a été signaléaussi au Japon, en Chine, en Océanie, aux Antilles; on l'observe fréquemment à bord des vaisseaux chargés d'émigrants indiens qui vont des Antilles aux Indes ou réciproquement. L'armée anglaise des Indes a été souvent éprouvée par le béri-béri qui atteint surtout les troupes indigènes; le docteur Malcolmson a publié au sujet de ces épidémies un