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remarquable mémoire (1); en Chine le béri-béri a régné parmi les soldats du 4° régiment d'infanterie anglaise; à Maurice, en 1812, sur 3788 soldats, 87 furent atteints et 44 moururent. Pruner a observé encore le béri-béri parmi les soldats du 20° régiment d'infanterie à Aden (2).
Le béri-béri présente deux formes principales caractérisées : la première, par l'anasarque; la deuxième, par des symptômes nerveux analogues à ceux de la myélite; la marche de la maladie est plus aiguë, sa gravité est plus grande que ne l'étaient celles de l'acrodynie, mais l'analogie des manifestations symptomatiques est frappante.
Comme dans l'acrodynie, on observe dans le béri-béri des troubles île la sensibilité, de la motilité et de la nutrition, parfois aussi des symptômes gastriques, des vomissements, etc. « Les malades accusent généralement une sensation de fourmillement insupportable, surtout pendant la nuit, des picotements dans les orteils, un sentiment de chaleur et de froid inusité, des tiraillements, des pincements; chez certains sujets, c'est non- seulement l'aneslhésie, mais l'analgésie qui se manifeste; chez d'autres, au contraire, le moindre attouchement, même très-superficiel, de la peau, la moindre pression exercée sur les masses musculaires, arrachent des cris. Peu après ces troubles de la motilité et de la sensibilité s'étendent à un plus grand nombre de régions des membres supérieurs, du tronc, de la' l'ace et même du pharynx et du larynx (3). »
La marche est difficile, impossible même quand la paralysie est arrivée à un degré avancé.
Dans certaines formes du béri-béri qui ont reçu le nom de formes hydropiques, l'œdème est, à vrai dire, plus considérable, plus généralisé que dans l'acrodynie, mais cet œdème a les mêmes caractères que ceux notés par Dance, Genest, Cayol, dans l'acrodynie; il est ordinairement peu compressible, les tissus envahis offrent une résistance particulière au doigt qui cherche à les déprimer (A. Le Roy de Méricourt, loc. cit.).
Le béri-béri est d'un pronostic assez grave, la mort arrive en général par asphyxie, soit que l'œdème envahisse les poumons, soit que les muscles de la respiration se paralysent; à l'autopsie, les princi-
(l! Mnlrolmsoii, Pract. Essaij on llic histonj and Trcalmcnt ofRéri-béri. Madras, ! *:::>.
i Ar.. BÉVMJÉSf, Diction, enajclop. des se. médie.
(3; A. L». Roj fie Méricourt, art. BÉni-iiÉni, Diction, encijclop. des se mcd., t. IX, p. 138.
A I.AVERA.t. 4t
pales altérations siégeai clans la moelle, qui présente des signes évidents d'inflammation dans la plupart des cas.
On est parfaitement autorisé, ce me semble, à rapprocher l'acrodynie du béri-béri; malheureusement ce rapprochement n'éclaire pas d'un jour nouveau l'histoire de l'acrodynie ; M. A. Le Roy de Méricourt, dans l'excellent article qu'il a consacré au béri-béri dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, prouve très-bien que cette maladie n'est pas due à l'alimentation par le riz, que les conditions météorologiques, la chaleur, etc., ne sont pas ses causes directes; il dit, en un mot, ce que le béri-béri n'est pas, mais il ne dit pas ce qu'il est, car il est impossible d'admettre avec lui qu'il s'agit d'une dyscrasie analogue à celle qui engendre le scorbut.
Des considérations précédentes sur la nature et les causes de l'acrodynie, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
1° L'acrodynie peut être considérée comme une intoxication qui n'a rien de commun avec l'ergolisme ni avec la pellagre.
2° La substance toxique, de nature inconnue, qui donne naissance à l'acrodynie, porte son action d'abord sur les voies digeslives, ensuite sur la moelle épinière, et tous les troubles de sensibilité, de motilité, de nutrition, qui caractérisent la maladie sont probablement sous la dépendance de l'irritation de ce centre nerveux.
3° On peut croire que la substance toxique qui a donné lieu à l'acrodynie en 1828 était en suspension ou en dissolution clans les eaux potables et le cas échéant il y aurait lieu de soumettre les eaux alimentaires à de minutieuses expertises chimiques.
4° L'acrodynie relève probablement de causes analogues à celles qui produisent le béri-béri.
Traitement. Prophylaxie. — Les divers moyens de traitement qui en 1828 furent mis en usage contre l'acrodynie ne fournirent pas de résultats bien satisfaisants : l'opium calmait les douleurs et modérait les troubles gastro-intestinaux, les bains tiècles donnaient quelque soulagement aux malades; quand la période aiguë était passée, la faiblesse et l'amaigrissement qui survenaient souvent, indiquaient les toniques, une alimentation reconstituante, le quinquina, le fer et les bains sulfureux.
L'origine de l'intoxication à laquelle on a donné le nom d'acrodynie étant inconnue il n'est pas possible d'indiquer les mesures à prendre pour éviter la reproduction d'épidémies analogues à celle de 1828; mais l'expérience nous prouve qu'une fois l'épidémie développée, lemeilleur moyen d'en arrêlerl'exlension est d'évacuer les casernes atteintes. S'il était démontré que les eaux polables.de telle ou telle provenance sont le véhicule de l'agent toxique, on pourrait sans
ACROUYNIIC. ow
doute s'arrêter à des mesures plus simples, plus rationnelles, empêcher la viciatiou îles eaux, etc.... Mais clans l'état actuel de la science, en attendant que nous connaissions le principe toxique et la manière dont il s'introduit dans l'économie, force nous est bien de souslraire les troupes atteintes à toutes les conditions de milieu dans lesquelles le mal a pris naissance.
L'acrodynie n'étant pas transmissible, il n'y a pas lieu d'isoler les malades.