DES GRANDES ÉPIDÉMIES
sion;de 1486 à 1550 la sucltc anglaise donne lieu à cinq grandes épidémies.
La grippe, qui règne aux xvn° et xvm° siècles, présente par sa bénignité relative un heureux contraste avec les épidémies précédentes ; c'est une éclaircie dans cette sombre histoire, mais bientôt le choléra, endémique depuis longtemps aux Indes, rompt ses digues, déborde de tous côtés sur le monde et répand la mort et la terreur parmi les peuples, comme avaient fait avant lui la peste antique et la peste à bubons.
Quand on a dit que les grandes épidémies sont des maladies rares, de cause inconnue, qui plus ou moins rapidement envahissent de vastes régions, voire même la terre entière, on a dit toul ce que nous savons de général relativement aux grandes épidémies; leurs causes, leurs modes de propagation, leur symptomatologie, leur gravité varient extrêmement d'une espèce à l'autre, il est donc inutile d'écrire à ce sujet un ou plusieurs chapitres de généralités, ainsi que l'a fait Ozanam (1) par exemple. La plupart des caractères assignés aux grandes épidémies (2) ou bien s'appliquent également à d'autres maladies, ou bien ne s'appliquent pas à toutes les grandes épidémies : les grandes épidémies donnent lieu, a-t-on dit, à une grande mortalité; oui pour la peste et le choléra, non pour la grippe. Les grandes épidémies ont une période d'augment, une période d'élat et une période de décroissance, dit-on encore; mais, toutes les maladies susceptibles de régner à l'état épidemique présentent ees trois phases, et d'autre part une maladie qu'on s'accorde à ranger parmi les grandes épidémies, la grippe, ne les présente pas toujours : le 2 janvier 1782 à Saint-Pétersbourg le thermomètre qui marquait — 35° monte à + 5°, le même jour 40000 personnes sont atteintes de grippe; voilà, on en conviendra, une période d'augment singulièrement courte. Chaque grande épidémie a ses allures à elle : Je choléra se déplace en suivant les grandes voies de communication et règle sa marche sur celle de l'homme, mais en profitant des facilités de locomolion que la civilisation met à son service. La grippe n'a pas besoin de bâtiments pour traverser les mers, les nuages semblent lui servir de moyen de transport. On a dit encore que les grandes épidémies marchaient toujours de l'est à l'ouest. Les causes des épidémies ne sont-elles pas assez obscures, faut-il encore accumuler les circonstances mystérieuses autour de ces grands phéno-
(I) Ozanam, Op. cit., t. 1, p. 1141.
(î) Voyez Monncrct, Traité de palhol. yen., t. III, p. 018. — Ch. Anglaila, Élude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles, l'.n is, ISG'J.
mènes? Si la pesle et le choléra onl marché en Europe de l'est à l'ouest, c'est tout simplement parce que ces deux maladies avaient leurs berceaux à l'ouest de l'Europe, la première en Égyple et la seconde aux Indes. Lorsqu'en 1828 le choléra est sorti pour la première fois de son loyer il s'est répandu aussi bien au sud et à l'ouest qu'à l'est, les hauts plateaux de l'Himalaya et les steppes de l'Asie centrale lui ont seuls opposé une barrière infranchissable vers le nord; les Chinois ont toujours vu le choléra marcher de l'ouest à l'est, et on pourrait enseigner à Pékin, si on y enseignait quelque chose, que les grandes épidémies se dirigent de l'ouest à l'est. •f Dans un récent travail, M. le professeur L. Colin a parfaitement établi qu'il n'existait aucun principe étiologique exclusif correspondant aux épidémies et que les attributs de l'épidémicité n'étaient pas exclusivement le propre de telle ou telle épidémie (d).
Toutes les conceptions générales de l'Epidémie et de ses causes se sont effondrées les unes après les autres; qu'au moyen âge on ait invoqué les influences sidérales et la colère céleste pour expliquer les grandes épidémies, que Sydenham ait fait appel plus tard à des influences mystérieuses, occultes, à des vapeurs sorties du sein de la terre, cela se conçoit, l'épidémiologie était alors dans l'enfance; mais aujourd'hui, après les nombreux progrès accomplis, après la découverte de la propagation par contagion d'un grand nombre ;de maladies épidémiques, on se demande comment il est encore possible de soutenir que les grandes épidémies naissent, par exemple, d'une combinaison indéterminée de causes cosmiques et d'influences morales et politiques (2).
Chaque maladie épidémique a sa marche particulière, ses causes spéciales, et au lieu de poursuivre la recherche de la cause des épidémies, il faut s'attacher à l'étude de chacune de ces maladies en particulier; c'est seulement ainsi qu'on pourra sortir de ces généralités dont on essayait jusqu'ici de couvrir l'étiologie des épidémies comme d'un voile impénétrable.
« Au lieu de continuer dans ce cercle sans fin de croyances successives cà un facteur isolé, que ce soit la contagion, l'influence des météores, celle des émanations lelluriques, ou enfin l'action occulte du quid divinum, de. l'épidémicité ; au lieu de maintenir cet exclusivisme des diverses opinions, exclusivisme résultant surtout de la tendance des auteurs à considérer l'épidémie comme une entité spéciale
(1) Epidémies et milieux épidémiques. (Ann. d'iujg. pujbl. et de méd. lég. Octobre 1874. janvier 1875.)
(2) Fuster, cité par L. Colin, loc. cil.