‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 119 sur 127 · GRIPPE · texte numérisé non relu

GRIPPE

blin) et pourtant la saison était d'une douceur et d'une sérénité peu ordinaires. A Londres beaucoup de médecins, faute d'étudier l'épidémie dans son ensemble, ont cru pouvoir l'attribuer à la cessation des froids et à cet état particulier de l'atmosplière qui accompagne un dégel général. Il n'en était rien : l'influcnza n'est pas modifiée par les dispositions topographiques, elle ne suit ni les côtes, ni le cours des grands fleuves, elle n'attaque pas les contrées marécageuses plutôt que les pays secs et élevés. Elle ne dépend pas davantage de la prédominance de certains vents : les observations météorologiques nous apprennent en effet qu'on a vu régner ces vents alors qu'il n'y avait aucune épidémie; et nous savons également que la grippe marche souvent contre le vent. » Plus loin (p. 550) Graves dit encore : « La grippe ne provient pas de l'action du froid, ou comme on le dit vulgairement, d'un coup de froid; j'ai vérifié ce fait à plusieurs reprises; les personnes qui prennent le plus de précautions, qui sont toujours chaudement vêtues et qui ne s'exposent jamais à l'intempérie des saisons sont saisies par la maladie aussi promplement que le laboureur à moitié nu, qui subit journellement tous les accidents de notre climat éminemment variable. Je dois ajouter cependant que dans beaucoup de cas, le saisissement causé par le froid hâte le développement de la gFippe ou en augmente l'intensité lorsqu'elle existe déjà. »

Raige-Delorme, dans son 'excellent article sur la grippe (loc. cit.) défend la même idée que les auteurs anglais, il montre que la grippe ne saurait être confondue avec les maladies calarrhales vulgaires, avec le coryza et la bronchite a frigore; pour lui comme pour Rolland et Graves la grippe est une maladie générale, spécifique.

Grisolle, qui avait eu l'occasion d'étudier les épidémies de 1837 et de 1847, ne confond pas davantage la grippe avec les maladies calarrbales de tous les jours, a La grippe, dit-il (1), est une maladie essentiellement épidémique dont l'apparition dans un pays ne peut être expliquée par aucune condition spéciale attendu qu'on la voit sévir dans tous les climats et sous toutes les températures. »

D'autres auteurs ont cherché à faire rentrer la grippe dans le cadre dc3 maladies calarrhales et dans les quinze dernières années celte tendance s'est accentuée de plus en plus : la grippe ne régnait plus à l'étal de grandes épidémies et on oublie vile les maladies qu'on n'observe plus au profit de celles qu'on a chaque jour sous les yeux. L'histoire du catarrhe et des maladies calarrhales nous fait assister à des fluctuations nombreuses, à des revirements d'opinion inattendus;

M; Traite de pallwl. interne, l. I, p. 378.

au xvi° siècle, avec Fernel et Baillou, le catarrhe embrasse presque toute la pathologie et van Helmontn'a pas tort d'écrire une satire intitulée : Cnkurhi deliramenta! Les belles études de Schneider sur la muqueuse à laquelle il a donné son nom, renversent bientôt les théories anciennes du catarrhe (1660) et le réduisent aux humbles proportions de coryza. Fred. Hoffmann, Stoll, Barlhez, Hufeland, rendent au mot catarrhe une partie de son extension; ils font rentrer en particulier le rhumatisme dans le cadre des maladies catarrhales. Avec Broussais le mot catarrhe prend un sens anatomique, si j'ose ainsi dire il devient synonyme d'inflammation des membranes muqueuses' et au mépris de l'élymologie on en arrive à décrire le catarrhe sec des bronches.

Monneret a essayé de reconstituer la classe des maladies catarrhales (1) et il a été suivi dans cette voie par MM. Fuster (2) (de Montpellier) et Brochin (3). Celte tentative de restauration ne me paraît pas heureuse; la fièvre catarrhale n'a pas une existence bien démontrée et pour ma part je déclare n'avoir jamais rencontré de maladie qui justifiât ce nom; quant à l'état catarrhal et à la diathèse catarrhale, ce sont des points de doctrine encore plus vulnérables. MM. Monneret, Fuster et Brochin rangent la grippe dans le cadre des maladies catarrliales, et il faut bien dire qu'elle en constitue le plus bel ornement; que deviendrait le genre catarrhe si on en retirait la bronchite, le coryza et la grippe?

L'école allemande donne au mot catarrhe le sens que lui donnait l'école physiologique; pour Bindfleisch et Niemeyer, le catarrhe est l'inflammation superficielle des membranes muqueuses, les inflammations croupales et diphtliéritiques étant des degrés plus élevés de la même altération; M. Bergeron dans sa thèse d'agrégation sur les caractères généraux des maladies catarrhales, a admis ces idées que nous avons eu déjà l'occasion de critiquer à propos de la dysenterie et de la diphl hérite. Broussais a succombé dans sa lutte contre la spécificité ; les médecins allemands, se basant sur l'étude hislologique des organes malades, ont essayé de recommencer le combat, ils ont fait jouera la prolifération des éléments cellulaires le rôle que Broussais attribuait à l'irritation ; le fond du débat est le même qu'autrefois, et on peut dire que comme autrefois l'idée de spécificité en sortira vic-

(1) Dolaberge et Monneret, Compendium de méd., art. Catarrhe. Paris, 1837. — Monneret et Flcury, Compendium de méd. pratique, 1841. — Monneret, Traité de pathol. interne, t. III, 186C.

(2) Fuster, Loc. cil.

(J) Brochin, art. Catarrhe, Diction, encyclop. des ne. méd.

GRIPPE. (589 torieuse. Nous avons eu déjà maintes fois l'occasion de le dire : dans la classification des maladies, il faut attacher moins d'importance aux différences symptomatiques et anatomiques qu'aux différences étiologiques; or, la grippe, bien qu'elle soit analogue au catarrhe vulgaire sous le rapport des manifestations morbides, en diffère trop au point de vue de Fétiologie et à celui du développement épidémique, pour qu'il soit possible de confondre ces deux espèces morbides. Les grandes épidémies de grippe sont tout à fait inexplicables par la théorie banale du refroidissement; il est même remarquable que souvent la grippe a coïncidé avec des élévations brusques de température et non pas avec des abaissements; dans un grand nombre de pays aucune variation thermométrique anormale n'a signalé l'apparition de la grippe.

11 ne faudrait pas croire, du reste, que la grippe se confond entièrement sous le rapport de ses symptômes et de sa marche avec les maladies catarrhales vulgaires; il y a, au contraire, des différences, très-marquées dans quelques cas, moins sensibles dans d'autres, mais presque toujours suffisantes pour imprimer à la maladie un cachet particulier.

Ce qui domine dans la grippe, ce n'est pas tant l'élément catarrhal, inflammatoire, que l'élément nerveux; un affaiblissement général avec douleurs vagues et céphalalgie intense marque en général le début de la maladie, souvent aussi on observe des vertiges, des nausées, des vomissements; ces symptômes peuvent se montrer en l'absence même de la fièvre. « L'affaiblissement, ce phénomène particulier et remarquable signalé par tous les auteurs est, dit Raige-Delorme, un des traits les plus distinctifs de la grippe; il se montre non-seulement parmi les prodromes de la maladie, lorsqu'elle doit être intense, mais encore dans l'invasion et le cours de cette maladie quand elle est très-légère, quand il y a à peine un mouvement fébrile; il n'est point en rapport avec le reste des symptômes. De plus, cet affaiblissement persiste longtemps après que les symptômes principaux ont disparu (1). t»

La dyspnée n'est pas non plus en rapport avec l'étendue de l'inflammation des voies respiratoires; Graves cite plusieurs exemples de malades chez lesquels la gêne respiratoire était extrême, quoique les poumons lussent entièrement perméables cl qu'il n'y eût dans la poitrine que quelques râles de bronchite sans grande importance; l'existence d'un catarrhe bronchique et de mucosités abondantes dans les bronches aggrave sans contredit cette dyspnée d'origine nerveuse cl

il) Diction, en 'M vol., t. XIV, p, 315.

A. LAVF.RA5.

la complique, Graves le reconnaît toul le premier, mais pour lui : « le poison qui cause Tinfluenza agit sur le système nerveux et tout particulièrement sur les nerfs des poumons, de façon à produire des phénomènes d'irritation bronchique et delà dyspnée (1). » Plus haut, Graves fait remarquer que lors de l'épidémie de 1847 la prostration des forces était plus grande qu'en 1837, tandis que les phénomènes fébriles étaient moins accusés; « la mort survenait avec les signes de la paralysie des poumons. » Loc. cil., p. 553.

Le traitement des inflammations franches ne convient pas à la grippe (Graves).

Dans quelques cas les symptômes nerveux s'exagèrent; on n'observe plus seulement de la céphalalgie, des vertiges et de l'insomnie, les malades tombent dans le délire ou le coma. La détermination morbide peut se faire aussi vers l'intestin.

La marche de la grippe diffère essentiellement de celle du catarrhe vulgaire; la marche de la phlegmasie née sous l'influence de la grippe est très-rapide : en 24 heures l'inflammation s'étend des muqueuses nasale ou laryngée au poumon, la maladie se termine en cinq ou dix jours (llaige-Delorme) , tandis que la bronchite franchement inflammatoire a une marche bien moins rapide.

Ainsi la grippe ne doit pas être confondue avec les maladies catarrhâles, c'est une espèce morbide distincte; « une maladie générale qui se traduit par quelques symptômes locaux, importants sans doute, comme caractères spécifiques, mais signes d'une condition organique purement accessoire et secondaire qui ne peut à elle seule constituer la maladie (2). »

Quelle est donc la nature de la grippe, quelle est sa cause?

Graves fait jouer un grand rôle à l'influence tellurique, il est probable, dit-il, que la grippe reconnaît pour cause quelque perturbation dans les agents physiques qui modifient la surface extérieure de notre planète (loc. cit., p. 549).

Raige-Delorme arrive à conclure que la cause de là grippe est inconnue; « il est évident, dit-il, que si la cause de celte maladie est dans quelque condition de l'atmosphère, ce n'est pas l'une de celles qui ont été signalées qu'on peut accuser, puisque les épidémies se sont développées indistinctement au milieu de chacune d'elles, et qu'aucune de ces conditions n'a paru communément avoir d'influence sur sa marche et sur son intensité. »

D'après le docteur Malcorps, la grippe est une maladie générale

(1) Graves, Loc. cit., t. 1, p. 569.

(2) Raige-Delorme, Diction, en 30 vol., I. XI V, p. 316.

GIUPI'E. G'J!

très-voisine do la fièvre typhoïde, consistant comme celle dernière en une altération du sang el produite par un miasme sui generis (1).

.Nous avons déjà dit que rien ne prouvait la transmissibilité de la maladie; quand la grippe frappe une population, elle a de prime abord un caractère de généralité qui permet difficilement de savoir si, une fois produite, elle peut se propagerdes malades aux personnes saines, la chose est très-peu probable; en tout cas il esl impossible d'expliquer par la contagion l'extension des épidémies, car la grippe devance tons les moyens de locomotion dont l'homme dispose, elle traverse l'Océan et atteint les navires en pleine mer.

Uaige-Delorme, en excluant les conditions météorologiques de l'étiologie de la grippe, fait avec raison quelques réserves, il n'entend parler que des conditions signalées jusqu'à lui, c'est-à-dire presque anïquement de la chaleur et du froid, de l'humidité et de la sécheresse de l'air. La découverte de l'ozone a montré tout au moins que nous étions assez mal renseignés sur les changements qui se produisent dans l'atmosphère. L'ozone est-il la cause de la grippe? Quelques faits sont favorables à celte hypothèse, qui est infirmée .par bon nombre d'autres.

Pendant l'épidémie de 1847 le docteur Spengltr a constaté à Roggedorf qu'il existait un rapport direct enlre l'ozpnisation de l'air el Pinlénsilé de la grippe; Schœnbein a fait la même remarque à Berlin, il a trouvé que la quantité d'ozone était augmentée lorsque la grippe régnait ou seulement lorsqu'il y avait une prédominance des affections thoraciques, tandis qu'elle diminuai L au contraire sous le règne d'une constitution gastrique.

Pendant l'épidémie de Gènes, en 1858, le docteur Granara a Tait à ce sujet des observations intéressantes. A la fin de décembre 1857, la quantité d'ozone était normale, au commencement de janvier 1858 elle faiblit notablement et elle atteignit son minimum au moment où la grippe sévissait avec le plus de violence; la disparition de l'épidémie coïncida avec une augmentation très-marquée dans la proportion d'ozone (2). D'après ce fait unique, c'est l'absence el non l'excès d'ozone qui causerait la grippe.

Bœckel à Strasbourg a constaté que l'ozone en excès dans l'air agit sur les voies respiratoires et donne lieu à de véritables épidémies de bronchite. E. Bœckel, en faisant respirer à des animaux de l'air fortement ozonisé, a produit chez eux^des pneumonies lobulaires (3).

fi) J. Malcorps, La grippe et sm épidémies. Collection des mémoires présentés a l'Acad. de méd. de Belgique, 1873.

(ï) Granara, Annali universali, I8.">8.

(3) Boïckel E., Thèse de Strasbourg, 185G. (De l'Oiotie.)

D'après le docteur Baldwin, l'ozone ne provoque aucune maladie par lui-même, il n'a sur l'organisme aucune influence nuisible, même lorsqu'il se trouve en excès dans l'air; mais il peut agir d'une façon indirecte, comme purificateur de l'atmosphère, en activant l'oxygénation des produits organiques en décomposition (1).

De nouvelles recherches sur ce sujet sont indispensables, mais quand bien même il serait prouvé que la quantité d'ozone renfermée dans l'air n'exerce aucune action sur l'apparition des épidémies de grippe, il n'en faudrait pas conclure que la composition particulière de l'atmosphère n'est pas la cause de ces épidémies, car il est à présumer que la découverte de l'ozone ne sera pas la dernière accomplie dans celle voie. Il est probable que la cause de la grippe réside dans l'atmosphère, l'air subit une modification dont la nature nous échappe; c'est seulement ainsi qu'on peut s'expliquer la rapide généralisation des épidémies et le mode d'extension si capricieux de la grippe; c'est seulement ainsi qu'on peut concevoir pourquoi la maladie traverse les mers, et fait fuir devant elle les oiseaux eux-mêmes. Il est possible qu'une élévation brusque de température facilitB ce changement dans les propriétés de l'atmosphère et soit ainsi une des causes occasionnelles des épidémies de grippe.

DENOUE

Synonymie : Danga. Fièvre épidémique de Calcutta. Fièvre éruptiv.e de l'Inde. Fièvre articulaire des pays chauds. Fièvre rouge exotique. Scarlatine rhumatismale. Arthrodynia. Dandy. Bouquet. Fièvre courlialuralc, etc.

Sous ces différentes dénominations on a décrit une maladie épidémique qui règne souvent aux Indes, sur les côtes d'Afrique etenOcéanie; des médecins anglais des Indes, James, Mellis, Kennedy, Twining, l'ont observée les premiers. Dès 1780 la dengue régnait sur la côte de Coromandel; elle est désignée par J. E. Persin (2) sous le nom de fièvre atmosphérique. De 1824 à 1826 et plus lard en^l853 l'Inde fut le théâtre de grandes épidémies de dengue. En 1871, la dengue fut observée à Zanzibar et dans l'Afrique orientale, puis à Aden et enfin aux Indes, dans les trois présidences de Madras, de Bombay et de Calcutta. De Bombay la maladie se répandit sur les

(1) The amerie. Journal of llie med. scient^, 1874. — (Gazette hebdom., 22 janv. -1875.)

(2) Voijage dans VUindomlan. Paris, 1807, t. I, p. 113.

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troupes de Poona, puis à Secunderabad, en suivant assez exactement les grandes voies de communication. Au mois de septembre 1872 elle éclata à Pondichéry, et atteignit bientôt après Chandernagor, Yanaon, les îles Maurice et de la Réunion. Deux médecins delà marine française,MM. Martialis (i) et Colholcndy (2), ont très-bien étudié l'épidémie de 1872, le premier à Pondichéry, le deuxième à Saint-Denis (île de la Réunion); nous ferons à leurs travaux de nombreux emprunt?. L hisloire de la dengue à Madras en 1872 a été écrite par le Docteur Mooden ScherilT (3)-, citons enfin un article de l'Union nié dicale j l) et un excellent résumé des travaux précédents publié par le docteur Labadie-Lagrave dans la Gazette hebdomadaire (5).

La dengue s'est montrée non-seulement aux Indes et sur la côte orientale d'Afrique, mais en Amérique, aux Antilles, sur la côte occidentale d'Afrique, à Gorée, au Sénégal; elle est très-répandue en Qcéame, à Taïti elle règne presque tous les ans. La dengue n'a fait en Europe qu'une seule apparition, en Espagne.

Description générale.— « La dengue, dit M. le docteur Martialis, est une maladie générale et fébrile, éminemment contagieuse, caractérisée par deux éruptions successives : initial rash, terminal rash, qui ne sont pas toujours régulières et constantes, et par des douleurs articulaires plus ou moins généralisées et d'ordinaire très-persistantes. »

L'invasion est généralement brusque, la température du corps monte rapidement à 40° et quelquefois au-dessus, les malades accusent de la céphalalgie, de l'insomnie, la face est injectée, les yeux brillants. Tous les auteurs qui ont observé la dengue insistent sur la brusquerie du début, c Un enfant séparé de son frère malade trompe la surveillance de son aya, court embrasser le compagnon ordinaire de ses jeux et revient immédiatement ; quelques instants après il est atteint de la même maladie. Dans une famille dont je traitais plusieurs membres pour la dengue, quelqu'un, qui jusqu'alors avait été épargné, se moquait des autres avec le plus grand entrain, contrefaisant la démarche de ceux que les douleurs articulaires tourmentaient; il

(\, fa I) ngue d'après les documents anglais de Madras et de Calcutta et les ohsercations recueillies dans les possessions françaises de l'Inde. (Arch. de méd. navale, i87i, t. xxi, p. 21.) /„': :'. , ; , ;

(i) lielat de l'épid. de dengue gui a régné a Saint-Dems (fleunw») pendant les mois de février, mars, avril et mai 1873. (Arch. de méd. navale, 1873, t. XX, p. 190.)

(3) Med. Times and Gazelle. N'ov. 1873.

(4) De la Dengue et de l'épid. gui règne actuellement dans l'Inde, par un nlMorin de la marine. (Union médicale, 1873.)

(5) Gazette hebdomadaire, 14 mars 1873.

est subitement atteint, presque au milieu de sa pantomime. Une dame entre à l'église, s'agenouille pour y faire une courte prière, et peut à peine se relever sous les premières -atteintes du mal (1). »

Rarement un frisson violent marque le début de la maladie; outre la fièvre, les premiers symptômes sont : le malaise général, l'abattement, les vertiges, les douleurs dans les os et dans les articulations.

L'éruption initiale (initial rash) n'a été observée par M. Martialis que dans la moitié des cas environ ; elle a lieu dès le premier jour, et consiste en une rougeur diffuse, ou bien en larges taches d'un rouge écarlate, dont le siège varie.

La fièvre est rémittente, mais les rémissions ne se font pas régulièrement le malin, et en vingt-quatre heures on peut observer trois ou quatre périodes distinctes d'accroissement et de déclin (Martialis); la réaction fébrile s'accompagne d'inappétence, parfois de nausées et de vomissements; chez les enfants on observe assez souvent du délire. La fièvre tombe du deuxième au troisième jour, les malades n'accusent plus qu'une grande fatigue et un état courbaturai.

Les douleurs constituent un des symptômes les plus caractéristiques de la maladie, elles peuvent être très-localisées, dans une seule articulation phalangienne par exemple; elles ne siègent pas seulement dans les articulations, mais aussi dans les os et dans les muscles. Les petites articulations sont très-souvent prises; ces arthrites sont très-mobiles.

La céphalalgie est très-pénible, ordinairement sus-orbitaire; les muqueuses palpébrale et oculaire sont injectées, il existe du larmoiement; la nuque et les lombes peuvent être aussi le siège de vives douleurs. L'urine est le plus souvent pâle, malgré l'état fébrile; parmi les symptômes plus rares, on a noté : l'angine, la bronchite, la diarrhée.

L'éruption terminale (terminal rash) se montre au quatrième jour de la maladie (Martialis), ou même du cinquième au sixième jour (Cotholendy), c'est-cà-dire alors que la fièvre a disparu depuis plusieurs jours. Cette éruption est rarement généralisée, on la trouve presque toujours soit aux pieds, soit aux genoux, soit dans la paume des mains; elle peut simuler les éruptions de la roséole, de la rougeole ou de la scarlatine ; quand le rash morbilliforme est généralisé, la maladie est difficile à distinguer de la rougeole, mais d'ordinaire il est bien plus limité, et puis dans la rougeole l'éruption se montre alors que la fièvre est dans son plein.

Le rash terminal disparait après 24 heures de durée, parfois plus

(1) Martialis, Loc. cit., p. 21.

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rapidement encore, sa disparition est brusque ou lente et progressive. Du huitième au vingtième jour, il se produit nne desquamation qui peut être furfuracée et à peine visible, comme dans la rougeole, ou qui se fait par larges plaques comme dans la scarlatine.

Les rechutes ne sont pas rares, aucune loi ne préside à leur apparition.

Chez quelques malades, la convalescence est lente, pénible; les douleurs articulaires peuvent persister pendant longtemps, les maladies préexistantes sont souvent aggravées, mais en somme la mortalité est très-faible; sur 8009 cas rassemblés par M. Martialis, il n'y eut que 37 décès, observés presque tous sur des enfants ou sur des individus non hospitalisés, et vivant dans de mauvaises conditions.

A Saint-Denis, sur 509 militaires, 320 furent atteints.

Presque tous les auteurs s'accordent à reconnaître que la dengue est une maladie éminemment contagieuse; lorsqu'elle règne dans une ville, les médecins et les infirmiers ne tardent pas à la contracter ; dans ses migrations, l'épidémie suit les grandes voies de communication ; les bâtiments chargés de travailleurs indiens ont servi plus d'une fois à propager l'épidémie, c'est ce qui est arrivé à Maurice et à la Réunion en 1872.

Nature. — « La dengue est une maladie dont la cause paraît spécifique; elle a sa personnalité qu'elle conserve malgré sa ressemblance 'avec les. autres fièvres exanthémaliques, avec l'érythème noueux, papuleux, l'infiuenza, l'acrodynie, etc. Celte maladie est essentiellement contagieuse. Quelle est sa nature intime? J'avoue, dit M. Martialis (1), ma complète impuissance à trancher une aussi délicate question.

y, J'ai parlé déjà de la grippe et j'y reviens encore pour indiquer quelques points de ressemblance qui dans l'avenir pourront avoir leur utilité. Dans l'infiuenza, dès le début, malaise, courbature, accablement, prostration remarquable, douleurs dans les membres, appareil fébrile et, suivant le caractère de l'épidémie ou des prédispositions individuelles, des troubles tantôt nerveux, tantôt thoraciques ou abdominaux. Ne se passe-l-il pas sur la muqueuse quelque chose d'analogue à l'éruption de la dengue? La grippe est grave chez les phthisiques, dont elle accélère le terme fatal. Enfin le traitement offre

bien des analogies. J>

Les différences sont encore bien plus nombreuses que les analogies entre la grippe et la dengue; les principaux symptômes de la dengue se produisent du côté de l'appareil locomoteur et sur le tégument

(1) Loc.cit., p. M-H.

externe, tandis que dans la grippe le système nerveux et les muqueuses sont le siège des principales manifestations morbides ; la grippe n'est pas contagieuse comme la dengue, et dans son mode de propagation, beaucoup plus rapide, elle ne suit pas les grandes voies de communication. La tendance aux éruptions exanthémateuses, la lièvre vive, la contagion facile rapprochent bien plus la dengue de la rougeole et de la scarlatine que de la grippe, mais ici encore il y a de très-notables différences, la dengue paraît pouvoir se transmettre presque instantanément, d'un malade à un individu sain, sans période d'incubation; l'éruption terminale la plus constante est presque toujours partielle, elle se montre alors que la fièvre est tombée depuis plusieurs jours; la dengue ou fièvre éruptive de l'Inde est une maladie de cause spécifique, sans analogie dans nos climats.

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