‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 41 sur 127 · CO · texte numérisé non relu

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Boudin a montré qu'il ne fallait pas compter sur l'acclimatement des troupes clans les pays chauds (1); mais il a eu le grand tort de confondre dans une même réprobation les pays chauds où la fièvre est endémique et ceux qui en sont indemnes, erreur qui a été très-bien relevée par F. Jacquot (2).

Autrefois ou laissait longtemps les mêmes troupes dans les postes insalubres sous prétexte d'obtenir l'acclimatement; on s'est aperçu que la mortalité, loin de diminuer, croissait au contraire avec la durée du séjour, et l'on en est venu a un système tout opposé : à Mayolte on renouvelle la garnison tous les ans ; dans les autres colonies, où la malaria règne avec moins de force, tous les quatre ans, et Dutroulau propose le renouvellement par tiers tous les ans, soit un renouvellement complet tous les trois ans.

Les nègres seuls paraissent jouir d'une véritable immunité pour les fièvres palustres, immunité qui ne s'étend ni aux. créoles, ni aux Indiens. Au Mexique,' les créoles sont trôs-éprouvés par les fièvres; la lièvre bilieuse hématurique a été appelée par les médecins des Antilles fièvre jaune des acclimatés et des créoles. Pendant la guerre du

(1) Mém. cité (Annal, d'hyg. publ. et de rnéd. légale, t. XXX, 2" partie).

(2) De la colonisation et de V acclimatement en Algérie (Spectateur militaire, 1849)

Mexique on avait levé aux Antilles pour les terres chaudes une com- ç i L pagnie de volontaires créoles ; ces hommes étaient si peu acclimatés ' e^/ÀMr> aux lièvres, que la compagnie se fondit rapidement sous l'influence du miasme palustre : 114 créoles venant de la Martinique et de la Guadjoloupe arrivaient à la Vera-Cruz en octohre 1862; au mois de février suivant la compagnie ne comptait plus que 07 hommes; reportée à 1-2S hommes au mois d'août 1863, elle était de nouveau réduite à 17 hommes en décembre, à 35 en mars 1864 et à 4 en avril (1). Les chilTres suivants, fournis par Morehead, prouvent qu'à Bombay la lièvre n'épargne pas les Indiens.

Hôpital général européen de Bombay (1848-1853). Ct57 entrées pour fièvre intermittente. Mortalité, 1 sur 100 admis. 103 — fièvre rémittente. — 15 —

Hôpital des natifs (1848-1853).

1709 entrées pour fièvre intermittente. Mortalité, 1.43 sur 100 admis. 784 — fièvre rémittente. — 37.2

Ainsi, acclimatement impossible dans les régions où la malaria • it avec une grande intensité, acclimatement facile là où les fièvres n'existent pas, où l'homme ne doit lutter que contre des conditions méjéjjndojju^^ peut sans danger aucun se faire trans-

porter tout d'un trait de Paris à l'île Bourbon ou à Sidney, tandis qu'on n'arrivera pas à s'acclimater à Mayotte ou à Madagascar en faisant des étapes successives dans des climats déplus en plus chauds.

Autrefois les Anglais ne faisaient arriver leurs troupes dans les pays chauds qu'après les avoir fait passer par des climats intermédiaires, de façon à les habituer au changement de climat; ils ont renoncé à çgjte mesure d'échelonnement (Dutroulau). On a souvent remarqué pendant les expéditions d'Algérie que les corps nouvellement arrivés de France donnaient moins de malades que ceux en Algérie, depuis plusieurs années qui auraient dû être acclimatés; au Mexique, les régiments venant d'Algérie ont fourni plus de malades que ceux venant de France.

L'acclimatement en Algérie intéresse tout particulièrement le méflccin militaire français. Les fièvres telluriques ne régnent pas en A -ne avec la môme intensité, tant s'en faut, qu'à Mayotte, au Sénégal et a la Guyane; l'Algérie ne peut être classée ni à côté de tes pays, où l'acclimatement de l'Européen est impossible, ni à eût

! De l'influence de la race dam les maladies infectieuses, par le docteur A Corr R». hebdom., 1869, p. 80, 598;. ' C°rr

de ceux où l'a iwli maternent est facile parce qu'il est purement rnétéorolfigique; l'Algérie tient le milieu entre ces deux espèces de climats, de la les interminables discussions sur la possibilité ou l'impossibilité de l'acclimatement en Algérie. Boudin pensait qu'il ne fallait pas songer à coloniser l'Algérie, mais seulement l'occuper militairement, et, à l'appui de cette thèse, il citait les chiffres de la mortalité de l'armée d'Afrique et ceux de la population civile européenne. De 1837 à 184.6 la mortalité de l'armée à l'intérieur élant de 19.5, celle de l'armée d'Afrique était de 77.8 sur 1000, celle de la population civile européenne de 63.3 pour 1000 (1) (trois fois plus forte qu'en France); le chiffre des décès était de beaucoup supérieur à celui des naissances, les enfants mouraient en grand nombre, et l'on pouvait concevoir de grandes inquiétudes sur l'avenir de notre colonie.

Celle mortalité excessive pendant les premières annéesde l'occupalion s'explique facilement par les mauvaises conditions où se trouvaient placés nos soldats et nos colons. Le soldat devaïfpàrcTJOTlr ['Algérie en tous sens ; toujours en expéditions, il lui fallait subir sans cesse de nouvelles fatigues, de nouvelles privations; après avoir repoussé les Arabes, il quittait le fusil pour la pioche, il traçait les routes, fortifiait les positions conquises, tout cela, sans autre abri que la petite tente qu'il imagina lui-même et qui fut adoptée à cette époque; le colon devait fonder des villes, défricher la terre, dessécher les marais- les dangers du miasme palustre étaient mal connus, on les bravait sans crainte, et des villages s'établissaient souvent sur les points les plus insalubres. Aujourd'hui ces conditions ont bien changé; de grands travaux ont été accomplis, les fièvres ont disparu de localités qui en étaient autrefois infectées (Boufarick), La culture du sol a diminué partout l'empirejejamalaria; le soldat est mieux T-7TmTHrnôul^s"^ns"à moins de fatigues, enfin une connaissance plus exacte des maladies de l'Algérie, de leur prophylaxie et de leur traitement a contribué aussi à abaisser le chiffre de la mortalité

' La statistique montre bien l'influence de ces heureux changements. M Bertillon constate que la population algérienne, après avoir fourni pendant trente-cinq ans une grande mortalité et un déficit marque dans ia balance des naissances avec les décès, est enfin entrée dans une période de mortalité décroissante et de natalité supérieure au chiffre des décès A vrai dire, cet heureux résultat est dù surtout aux Espagnols et aux Maltais (Bertillon, art. tilë); mais la mortalité a tres-

(lj Boudin, Traité de géogr. et de statistique médicale».

notablement diminué aussi dans l'armée, et l'on peut prévoir que cet heureux résultat ne fera que s'accentuer grâce aux nombreux progrès accomplis chaque jour dans l'hygiène des pays chauds.

D'après la statistique officielle la mortalité moyenne a été pour la période comprise de 1802 à 1808 :

Armée de l'intérieur 10.20 sur 1000

Année en Algérie 17.57 sur 1000

En 1808 la mortalité a atteint le chiffre de 24.31 sous l'influence des deux épidémies de typhus et de choléra. Pour 1809 et 1872 la statistique donne :

On voit que nous sommes loin du chiffre de 77.8 sur 1000 accepté < par Boudin pour la période de 1837 à 1846. \

On peut faire pour l'Algérie un raisonnement analogue à celui que nous avons fait pour les pays chauds en général : certaines localités de l'Algérie sont presque entièrement épargnées par les fièvres, l'acclimatement y est facile; d'autres sont des foyers puissants de malaria, l'acclimatement y est impossible, il faut les fuir au moins pendant la saison épidémique, lorsque l'assainissement est impraticable. En ô Algérie surtout il faut choisir avec le. plusgrand soin les localités où l'on veut fonder desTTflages, établir des camps, construire des forts ; V c'est une précaution qui n'a pas toujours été prise, et l'on a eu plus d'une fois à s'en repentir.

Les conséquences pratiques de ces faits sont faciles à tirer : il faut ) renouveler souvent les troupes qui occupent des postes insalubres et ne pas compter sur leur acclimatement aux fièvres; le renouvellement \ doit se faire au moins tous les deux ou trois ans, sous peine de voir la mortalité augmenter d'année en année; il faut, comme les Anglais . aux Indes occuper des lieux élevés pendant la période endémo- j ôpidémique; comme eux aussi, il faut se[servir autant que possible de troupes indigènes en réduisant au minimum possible le chiffre des troupes européennes dans les localités désolées par la malaria (1).

(I l Voyez ur cette question : De l'acclimulemenl en Algérie, par M. J. Perier I1

'Ann. d'Inj'j. puhl , 1815, t. XXXIII, p. 301; t. XXXIV, p. 24); — Michel Lévy, Traité d'Iujrjiène, 4« érlit., t. [. ji, 008. *

1869. Mortalité à l'intérieur

— en Algérie.

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