‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 45 sur 127 · CO O · texte numérisé non relu

CO O

Région atlantique.

Région centrale . .

Région du Pacifique

Total

Les chiffres fournis par J. Metcalf (3) permettent de constater, d'autre part, que les fièvres augmentent de fréquence aux Étals-Unis à mesure qu'on se rapproche de l'équateur. Dans la région des lacs elles donnent 193 malades sur 1000 hommes; dans les postes nord à distance de la mer et des grands lacs, 151 ; dans les stations du bord de la mer, depuis le cap Delaware à Savannah, 370; dans le sud-ouest, y compris Jefferson Barraks, les forts Gibson, Smith, Coffee, Towson et Jesup, 747; sur le bas Mississipi, 385 ; clans la Floride orientale, 520.

Au Mexique les fièvres palustres régnent sur les côtes, dans les terres chaudes, en même temps que la fièvre jaune, sans confondre

(1) Art. Amérique, in Diction, encyclop. des se. médic.

(2) Statistique américaine. Tableau XX.

(3) Rapport à la Commission sanitaire des Etats-Unis. Evans, Op. cit., p. 170.

FIÈVRES PALUSTRES ™a

Lus foyers avec ceux de cette dernière maladie ; la lièvre jaune se localise dans les ports, dans les quartiers les plus malsains des villes du littoral, tandis (pie ta malaria règne sur les campagnes et respecte les villes ; ni la lièvre jaune, ni les fièvres palustres ne s'élèvent, du nsle, sortes hauts plateaux. Bien que Mexico soit entouré de lacs et de marais, bien que la température moyenne soit assez élevée, les lièvres palustres y sont rares, et, au lieu dfaffécler comme dans les terres chaudes les" formes continues, elles sont le plus souvent intermittentes comme en Europe; M. le docteur Libermann (1) a observé sur le plateau de Mexico deux fois plus souvent le type tierce que le quotidien; on voit bien ici que la climatologie verticale correspond à la climatologie horizontale; s'élever sur les hauts plateaux ou se rapprocher des pôles d'un certain nombre de degrés revient à peu près au même.

Les Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe) ont un littoral très-insalubre, mais les hauteurs sont à l'abri des fièvres, témoin le camp Jacob. La Guyane est une vaste plaine parcourue par de nombreux cours d'eau qui ont donné lieu à des marais, d'imposantes forêts couvrent le sol, et malgré celte richesse de végétation l'endémie palustre désole ce beau pays. En 1763, 12 000 colons provenant surtout de l'Alsace et de la Lorraine se firent transporter à la Guyane, dont on leur avait fait des descriptions enchanteresses; au bout de trois ans les fièvres les avaient réduits à 2000.

La race noire jouit seule d'une immunité véritable pour le miasme palustre, immunité qui permet à cette race de prospérer dans des pays, comme Madagascar, où l'Européen ne peut pas s'acclimater. Nous n'avons pas à expliquer ici cette immunité, contentons-nous de dire que, grâce a elle, lesjiègres peuvent rendre de grands services dan- les pays palustres; les troupes nègres employées pendant la guerre de sécession ont beaucoup moins souffert que les troupes blanches (2); au Mexique, les nègres, qui n'avaient à craindre ni la fièvre jaune ni les fièvres palustres, nous ont été d'un grand secours pour le service des terres chaudes ;j£sJUiglajs utilisent dans toutes leurs colonies des pays chauds et dans toutes leurs expéditions cette utile propriété du nègre. Quand les nègres séjournent longtemps hors de leur pays, ils perdent en partie leur immunité; l'histoire médicale de l'expédition du Niger (1841) est très-intéressante à cet égard. Trois navires anglais, l'Albert, \e Wilberforce et le Soudan, remontèrent le Niger; les équipages se composaient de 145 blancs et de 158 nègres d'origine américaine : un mois après l'entrée dans

M) Du fièvre* intermittentes dans la vallée de Mexico (Rec. tném. mèd. militaire, avril 1864).

(2) J. Mctcalf, v. Evans, op. cit., \>. 171.

scUc

le Niger, 130 blancs sur 145 étaient atteints de fièvre, 40 succombèrent; des 158 noirs 11 seulement eurent de légères atteintes, aucun ne mourut; les 11 nègres qui ne jouirent pas d'une immunité complète avaient passé plusieurs années en Angleterre (1).

Existe-t-il un antagonisme entre les fièvres palustres et la fièvre typhoïde ou la tuberculose? Il est très-exact que la fièvre typhoïde et la tuberculose sont rares dans beaucoup de pays palustres, et vice versâ; mais autant cette proposition générale est vraie, autant la loi de l'antagonisme posée par Boudin est fausse, précisément parce qu'elle a la prétention d'être une loi. « De même que chaque pays possède son règne végétal, écrit Boudin en tête de son Traité de géographie médicale, de même il possède aussi son règne pathologique, il a ses maladies propres et exclusives de certaines autres. » Nous montrerons (fièvre typhoïde) qu'en Algérie la fièvre palustre n'est nullement exclusive de la fièvre typhoïde, et que ces deux maladies peuvent se rencontrer successivement chez le même sujet. La fièvre typhoïde a été observée dans les foyers les plus intenses du paludisme, à Rome, à Madagascar, aux Indes, avec peu de fréquence, il est vrai, dans ces deux derniers pays.

Il nous a paru intéressant de rapprocher le nombre des décès par phlhisie dans les différentes stations de l'armée anglaise, du nombre des admissions aux hôpitaux pour fièvres; on verra par le tableau ci-dessous que la phthisie règne surtout là où les fièvres sont rares : Angleterre, Australie, Nouvelle-Zélande, Sainte-Hélène, Cap, Nouvelle-Ecosse, Nouveau-Brunswick, Bermudes, Gibraltar, Malte, îles Ioniennes; mais qu'en Chine, à Ceylan, aux Indes et aux Antilles les deux maladies s'observent avec une grande fréquence.

Ces chiffres se rapportent à la période comprise de 1859 à 1866; ils sont empruntés à la statistique médicale de l'armée anglaise (2). (A., troupes anglaises; I., troupes indigènes.)

(1) L. Laveran, ail. Antagonisme, in Diction, encyclop. des se. méd.

(2) Recueil mém. de méd. militaire, septembre 1869.

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Décès sur 1000 hommes d'effectif.

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gale, de Madras et de

Australie et Tasmanie.. . .

A Anvers, dans l'île de Walcheren, à Rochefort, où les fièvres sont fréquentes, on observe en même temps la tuberculose; à la Guyane la phthisie est très-répandue (Laure); de même au Pérou (Tschudi); en Algérie on rencontre la pbtbisie chez les Arabes aussi bien que chez les Européens, et il n'est pas très-rare de la voir co-exister avec l'intoxication paludéenne (1); l'individu affaibli par les fièvres n'est pas plus à l'abri de la phthisie que de la fièvre typhoïde.

' L'élude de la géographie médicale montre, en somme :

I ' Que les fièvres palustres peuvent régner dans les pays froids comme la Suède, l'Irlande, les bords de la Baltique;

2a Que, d'autre pari, des pays intertropicaux (Nouvelle-Calédonie) peuvent en être complètement indemnes;

(IJ L'antagonisme entre h paludisme et la phthisie pulmonaire n'existe pas en tt&rie 'M. Masse, liée, mém.mèd. militaire, février 1868;.

3° Que les fièvres deviennent de plus en plus graves à mesure qu'on* s'avance des pôles vers l'équaleur, et qu'elles tendent à prendre en même temps le type continu;

4° Que les pays marécageux, les côtes, les plaines basses et humides, sont le milieu le plus favorable au développement de l'endémie palustre;

5° Enfin, que le marais n'est pas par lui-même, en tant que marais, la cause des fièvres, attendu que même dans les pays chauds tous les marais ne sont pas fébrigènes.

Étiologie. — Les propositions précédentes vont nous permettre d'écarter immédiatement plusieurs théories étiologiques des fièvres palustres.

Quelques médecins ont nié l'existence d'un miasme spécial et ont attribué toutes les fièvres aux circonstances atmosphériques, et particulièrement à la chaleur; cette opinion, qui tait des fièvres palustres des fièvres climatiques, a été soutenue surtout par K Faure. La chaleur a sans contredit une très-grande importance dans les manifestations de l'impaluclisme : d'abord , un certain degré de chaleur est indispensable au développement du miasme ; puis, l'élévation de la température joue, comme nous le verrons, un très-grand rôle dans Le type et la gravité des formes ; mais il n'est pas possible de soutenir que la chaleur seule est cause de l'endémo-épidémie des pays chauds. Nous avons vu que la distribution des fièvres à la surface du globe ne correspondait pas exactement aux lignes isothermes ; tel pays situé sous les tropiques est indemne, tandis que tel autre, maigre une latitude élevée, est ravagé par les fièvres; les navires en pleine mer ne sont pas à l'abri de la chaleur, cependant jamais les fièvres ne s'y développent, et dans les pays les plus insalubres, comme sur la côte d'Or, les navires h l'ancre, même à peu de distance des cotes, sont complètement préservés; c'est ce que Pringle fait remarquer pour la flotte qui stationnait près de file de Walcheren. La chaleur, qui aggrave beaucoup les fièvres intermittentes et qui les transforme en fièvres rémittentes et en continues, agit aussi sur les autres fièvres ; en Algérie la fièvre typhoïde présente plus de gravité qu'en France; ainsi de l'embarras gastrique fébrile, qui dans les pays chauds devient une fièvre rémittente, laquelle mérite bien le nom de rémittente climatique. Réduite à ces proportions, la théorie des fièvres chmaliques est parfaitement exacte, et presque tous les observateurs 1 admettent; ils ne diffèrent que sur la part plus ou moins large qu on do. t fin re à l'élément climatique. Pringle déjà attribuait une partie des fièvres

(Il r>. Faure, op. cit.

rémittentes observées par lui aux seules influences météorologiques; il est clair que plus le climat devient chaud, plus l'élément climatique doit prendre d'importance ; cela explique pourquoi M. le professeur L. Colin, observant à Rome, écrit que presque toutes les fièvres relèvent du miasme palustre, tandis que Morebead aux Indes fait une part plus large aux fièvres climatiques proprement dites, dont il décrit deux espèces : fièvre éphémère et ardente, fièvre continue ardente (pp. cit., p. 16-2).

Nous reviendrons, à propos des différents types des fièvres, sur cette intéressante question; il nous suffit pour l'instant de constater que si la chaleur joue un rôle important dans le développement des fièvres, c'est d'une façon indirecte en favorisant l'éclosion du miasme et en exagérant les manifestations symptomatiques.

Lesthépries-éleetrigues d'Eisenman, de A. Burdel, de Pielra-Santa, ne méritent pasde nous arrêter; comparer un marais à une pile électrique est peut-être ingénieux, mais cette comparaison n'explique pas le plus petit accès de fièvre; comment assimiler à une décharge électrique ou à une soustraction brusque de fluide l'action presque toujours assez lente du miasme palustre? Les individus qui ont séjourné dans un foyer de malaria ne sont pris souvent de fièvre que plusieurs jours, voire même plusieurs semaines après en être sortis.

Les marais mixtes sont très-souvent fébrigènes; M. Mèlier a fondé i sur ce fait une théorie des fièvres : les poissons habitués les uns à l'eau douce, les autres à l'eau salée, meurent rapidement dans les marais mixtes, la matière animale provenant de leurs cadavres décompose 1 les sulfates, elle miasme palustre naît de celte réaction. En admettant même que partout où se développent les fièvres on trouve ces trois éléments en présence : eau, matières organiques, sulfates, on ne voit pas comment de leur combinaison on peut faire sortir le miasme palustre; les matières organiques décomposent les sulfates, c'est vrai; il y a formation d'acide sulfhydrique, c'est encore vrai; mais le gaz acide suifhydrique n'a jamais passé pour un agent fébrigène.

M. le professeur L. Colin (op. cil.) insiste beaucoup sur ce fait que les fièvres telluriques peuvent se développer en l'absence de marais proprement dits; de grands mouvements de terrain ont suffi quelquefois; c'est ce qu'on a vu à Paris lors du creusement du canal de rOorcq et du canal Saint-Martin, lors des travaux des fortifications, etc. Bien que le marais soit le milieu par excellence du miasme palustre, il est certain que c'est là une condition adjuvante, mais nullement nécessaire; des terrains humides, des plaines mal drainées, des couches d'eau souterraines, des inondations, des irrigations mal faites des rizières, des remuements de terrain, des alternatives de pluie et de

chaleur, suffisent souvent, au développement du miasme (1). M. le professeur L. Colin, après avoir montré que le marais n'est pas la condition sine qua non du miasme, fait remarquer que les pays dévastés, abandonnés, produisent surtout la fièvre, tandis que les pays riches et bien cultivés en sont le plus souvent indemnes, et il en conclut que si les premiers sont fébrigènes, c'est que la- force végétative du sol ne trouve pas son emploi. La puissance végétative du sol estime pure abstraction, un être de raison, incapable d'agir sur l'organisme ; aussi M. L. Colin admet-il un intermédiaire : la puissance végétative du sol engendre le miasme palustre, et le miasme, les fièvres. « Quant à la constitution même du miasme tellurique, dit M. L. Colin, il est certainement de nature matérielle, pondérable; il semble même devoir être de tous les miasmes le plus saisissable : il se rattache, clans son expansion à la surface du sol, à certains phénomènes météorologiques très-appréciables; comme un gaz, comme une particule organique vivante ou non, il est transporté par le courant atmosphérique ; il est même trèsprobablement recelé dans cette abondante rosée si riche en matière organique qui matin et soir recouvre les pays à fièvres (2). »

Dans les pays à malaria, les lieux dépeuplés, incultes, comme la campagne romaine sous la domination des papes, sont particulièrement insalubres, c'est très-vrai ; mais il n'est pas nécessaire, croyons-nous, pour expliquer ce fait, si bien mis en lumière par M. le professeur L. Colin, de faire intervenir la puissance végétative du sol. Dans un pays riche et peuplé comme l'était la campagne romaine' au temps où Horace célébrait les charmes de sa villa de Tivoli, de nombreux travaux d'art sont exécutés et entretenus avec soin; on dessèche les marais, on endigue les fleuves; les égouts, les aqueducs, se multiplient; les moissons couvrent le sol et le drainent par leurs racines; vienne une invasion de barbares : les travaux d'art sont détruits, les aqueducs coupés, les marais s'étendent, les arbres périssent, et le miasme palustre croît en liberté au milieu de ces ruines. Certains pays doués d'une végétation luxuriante, comme la Guyane et les vallées inférieures de l'Abyssinie, sont cependant des foyers très-puissants de malaria; c'est en drainant et en desséchant le sol que les végétaux contribuent à l'assainir, bien plutôt qu'en mettant en œuvre sa puissance végétative, et lorsque l'humidité du sol est trop considérable, comme à la Guyane, ils ne suffisent plus au drainage.

Les agglomérations de maisons protègent aussi contre la malaria ; à Rome, pendanllapériodeendémo-épidémique, on n'est en sûreté qu'au

(1) F. Jacquot, Recherches sur les causes des fièvres à quinquina. Paris, 1848. ^

(2) L. Colin, art. Miasme, in Diclion. eneyelop. des se. mètl, t. Vit, 2' série, p. 535.

FIÈVRES PALUSTRES. 165 rentre de ta ville (de Tournon, F. Jacquol, L. Colin); le Ghetto, quar- jjr lier îles juifs, est le quartier le plus salubre, quoique le plus sale et le plus encombré, tandis que les grandes places et les avenues désertes de l.'iûK-ienne hoirie sont très-dangereuses à parcourir (L. Colin, op. cit.). Dans unede ses belles expériences surlagénérationsponlanée M. Pasteur fait bouillir un liquide fermentescible dans un ballon dont le col est plusieurs fois recourbé; on chauffe le ballon de façon à détruire les germes existants, puis on abandonne le liquide à lui-même, la fermentation ne se produit pas, les sinuosités du col suffisent à arrêter les germes; eh bien, n'en est- il pas de même des rues tortueuses du Ghetto, qui défendent leurs habitants contre le miasme, tandis que les grandes avenue^s le laissent circuler librement? Des . forêts, des rideaux d'arbres, peuvent amener le même résultat.

M. le professeur L. Colin fait remarquer aussi, avec beaucoup de raison, que certaines localités sont très-peuplées parce qu'elles sont t rès-salubres, et non pas très-salubre sparce qu'elles sont très-peuplées.

I3 Le miasme palustre est transportable à distance : des faits trèsnombreux démontrent qu'il faut redouter les vents qui viennent de marais fébrigènes.

-2 5 Le miasme palustre est pesant, il s'élève peu dans l'atmosphère, el dans une même maison les habitants du rez-de-chaussée sont plus exposés que ceux des étages supérieurs.

3° Le miasme palustre est un corps solide, car il est arrêté par une forêt, par un rideau d'arbres, qui filtr n' l'air comme la ouate dans les expériences de M. Pasteur et dans celles de Tyndall sur la lumière.

V' Les conditions de développement du miasme palustre sont celles de toute végétation ; il lui faut :

a. De la terre; il ne se développe jamais sur les navires en pleine mer;

b. De la chaleur; il n'y a pas de fièvres palustres dans les régions polaires;

c. De l'humidité; dans les pays tropicaux, lorsque le sol est desséché depuis longtemps, les fièvres disparaissent, maisilsuffit de quel- . ques jours de pluie pour rendre au sol sa puissance fébrigène.

Ces propositions toutes parfaitement établies conduisent naturellement à cette conclusion, que les fièvres palustres sont duej^iuuji germe, à un ferment de nature végétale; aussi cette hypothèse si rationneïTë a-t-elle été faite souvent. On a accusé les palétuviers, la flouve des marais (Boudin); mais ces espèces végétales n'existent pas partout où la fièvre est endémique, et dans d'autres pays elles jouissent d'une innocuité parfaite. D'après Doucliardat, le miasme serait

produit par l'une des espèces animales microscopiques qui pullulent dans les marais, opinion conforme à la théorie de M. Berlhelot sur les fermentations ; les micropliytes et les microzoaires n'agiraient pas par eux-mêmes pour provoquer les fermentations, mais en sécrétant des ferments, comme l'orge en germant fournit la diastase. Hallier accuse une espèce voisine des oscillarinées; enfin Salisbury, professeur à Cleveland (Ohio), croit avoir trouvé dans une espèce du genre Palmella, à laquelle il donne le nom de Gemiasma, la cause, le ferment des fièvres. Voici les principaux faits sur lesquels s'appuie Salisbury (1) :

1° Il a découvert à la surface du sol de certains pays marécageux de l'Ohio des cellules analogues à celles d'une algue du genre palmelle.

2° 11 a constaté : que ces spores se rencontrent dans l'atmosphère pendant la nuit et ne s'élèvent qu'à une certaine altitude (35 à 100 pieds);

3° Qu'on les retiouve clans l'expectoration et les urines des fébricitants.

4° Dans les prairies où il recueillait ces spores, Salisbury dit avoir éprouvé une sensation très-pénible de sécheresse et de conslriction dans la bouche, le pharynx et le larynx, sensation suivie de toux avec expectoration de mucus dans lequel on retrouvait des palmelles.

5° Salisbury a transporté de la terre provenant de ces prairies sur la croisée d'une chambre loin des foyers de la malaria, et au bout de douze jours des fièvres tierces bien caractérisées se sont déclarées chez deux jeunes gens qui occupaient cette chambre.

Un fait observé par M. le docteur Bachon en Algérie établit parfaitement le rapport qui existe entre le miasme fébrigène et les fermentations des matières végétales (2).

« En 1870, dit M. Bachon, nous habitions depuis cinq ans, à Médéah, une maison clans laquelle nous avions fait un magasin a fourrage d'une pièce du rez-de-chaussée. Toute la chambre n'était point occupée, mais, dans l'un des angles, nous avions fait délimiter un carré avec des perches et des toiles ; et c'est dans cette espèce de cadre que depuis plusieurs années le foin était mis en dépôt, à chaque distribution, c'est-à-dire tous les dix jours. Le foin était rapidement renouvelé, mais les détritus s'étaient amoncelés et n'avaient pas été enlevés depuis longtemps. Un quart de la pièce était donc consacré

(1) Cause des fièvres Mer mil tentes et remit lentes rapportée à une algue du genre Palmella (Ann.d'hyg. Paris, 1868, t. XXIX, p. 4.17).

(2) De l'infection palustre et particulièrement de la fièvre rémittente bilieuse, par M. Bachon (Ree. mém. de mèd. militaire, 1873, t. XXIX, p. 239).

P1ËVRES PALUSTIlEb.

et le reste servait de lieu de passage, et était consacré

ment, v transporta son lit, et deux jours après il était p fcèvre intermUtente quotidienne, à sa grande surprise, car d n avait jamais depuis deux ans nu il était en Algérie. Nous s-P— immédiatement d'où venait le mal, et nous donnâmes a cet homme • 3 ! abandonner cette chambre, et en même temps uous lui fîmes i la quinine. Après le troisième accès, la fièvre parut let- Ee notre homme, qui se trouvait mal dans sa »^ s'empressa de revenir dans l'angle où avait séjourne le foin des le lend main, il fut pris d'un nouvel accès de fièvre. U n y avait pas I en douter le foyer d'infection était bien là; nous voulûmes cepend an faire une nouvelle expérience. Sans abandonner la chambre, nous Les mettre le lit dans l'angle opposé, là où il était précédemment et le jour même, nous fîmes laver à grande eau et a plusieur reprises le sol de l'appartement : toutes les portes qui y donnaient accès furent largement ouvertes pendant plusieurs jours. A dater de ce moment, la fièvre ne parut plus. »

Plusieurs observateurs n'ont pas réussi à découvrir les paimeiks de Salisbury dans l'air des marais fébrigènes, mais il n'y a rien a en conclure contre l'existence d'un miasme animé. Pouvons-nous reconnaître dans l'air les corpuscules virulents de la variole? de la rou- »eole* Les plus forts grossissements de nos microscopes ne nous permettent pas de dire en passant eu revue les innombrables corpuscules qui voltigent dans l'air : Voici une granulation capable de donner la variole, en voici une autre qui porte la rougeole -, cependant personne ne nie l'existence de ces granulations. Loin de nous l'idée d assimiler la fièvre palustre aux maladies virulentes, le miasme palustre .aux virus; nous voulons dire seulement qu'il n'est pas bien étonnant qu'on ne connaisse pas les corpuscules du miasme palustre, puisqu'on ne sait pas distinguer des éléments que nous pouvons examiner tout à loisir.

Un fait rapporté par Boudin semble prouver quejes eaux mareca- ^ geuses emplovées pour la boisson peuvent donner la fièvre, et qu'on û n mis, comme il dit, le miasme en bouteille : au mois de juillet 183 1 cent vingt militaires s'embarquent à Bône surua navire sarde, YArgo; pendant la traversée, longue et difficile, les militaires sont obligés de

lt)S MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.

boire une eau puisée près de Bùne. dans un endroit marécageux, tandis que les hommes de l'équipage font usage d'une eau de bonne qualité; treize militaires meurent pendant la traversée, et à l'arrivée à Marseille quatre-vingt-dix-huit sont déposés à l'hôpital du Lazaret, « offrant, dit Boudin, les signes les moins équivoques de l'intoxication paludéenne sous toutes les formes, sous tous les types, et portée sur quelques-uns au plus haut degré de gravité ou, si L'on aime mieux, de perniciosité »; au contraire, les matelots sont épargnés. « Ce fait'détnuntre d'une manière péremptoire, ajoute Boudin, que la matière paludéenne à l'état liquide comme à l'état gazeux, absorbée par la surface gastro-intestinale comme par la surface bronchique, provoque ('gaiement l'intoxication (1). » Ce fait assez extraordinaire a été soumis par M. le professeur L. Colin à une sévère critique, d'où il semble résulter qu'il s'agissait non pas uniquement de fièvres palustres, mais aussi d'une épidémie de fièvre typhoïde développée à bord de YArgo^). Un diagnostic rétrospectif est ici bien difficile, le mieux est de ne plus tenir compte de ce fait contesté et contestable et de chercher à établir sur de nouvelles preuves la nocuité ou l'innocuité des eaux marécageuses.

La question est plus difficile h juger qu'on ne pense, attendu que dans les pays palustres, lorsqu'on est pris de fièvre à la suite de l'usage d'eaux corrompues, rien ne prouve que l'air n'a pas servi de véhicule au • miasme autant et plus que l'eau. Minzi a condensé de la r^sée dans des localités très-insalubres, aux environs de Rome, pendant la période endémo-épidémique, et il a avalé plusieurs onces de ce liquide sans le moindre accident; ce fait isolé ne prouve rien; MM. Peler et Trousseau n'ont-ils pas pu impunément se barbouiller les lèvres et la gorge avec des fausses membranes diphthéritiques? M. le professeur L Colin pense^que les eaux marécageuses peuvent donner^Ja^ dysenterie, non la fièvre, et dans un excellent mémoire ilrapporlelnTgrand nombre de faits à l'appui de cette opinion (3); mais dans un autre travail (4) il admet que le miasme palustre peut se mêler cà la rosée, et de la rosée à l'eau potable il n'y a pas bien loin.

Le docteur Ch. Blanc, qui a parcouru des régions très-insalubres en Abyssinie, prétend qu'il a toujours réussi à se préserver des maladies, et des fièvres en particulier, en ne buvant jamais que de l'eau filtrée ou bouillie; un officier anglais qui se soumit à la même règle fut égale-

(1) Boudin, Traité des fièvres intermittentes, 1848, p. OU.

(2) De l'ingestion des eaux marécageuses comme cause de la dysenterie et des fièvres (Ann. d'hijg. publ. et de méd. lég., 2° série, 1872, l. XXXVIII).

(3) De l'ingestion des eaux marécageuses, etc., loc. cil. (■I) Art. Miasme, in Diction, encijclop., loc. cit.

ment préservé, tandis que toutes les autres personnes taisant partie de la même mission furent atteintes tle fièvre ou de dysenterie pour n'avoir pas voulu prendre les mêmes précautions (1); le docteur Cli. Blanc a le tort de confondre au point de vue de l'éliologie la dysenterie et les lièvres; les eaux de mauvaise qualité, souillées de détritus d'origine animale ou végétale, peuvent provoquer la dysenterie, le lait est certain; quant à l'intoxication palustre par ingestion d'eau marécageuse , adhuc sub judice lis est.

[kcdbation. — Le temps de l'incubation est très-irrégulier; parfois faction est brusque, nous en citerons quelques exemples à propos des accès pernicieux ; plus souvent le miasme n'agit pas rapidement, comme un poison dont les effets se manifestent dès qu'il a été absorbé; il n'est pas exact, dit Maillot, que le miasme agisse de suite, comme l'a prétendu Nepple; cela peut arriver, mais le plus souvent les accidents ne surviennent qu'au bout de dix à douze jours, quelquefois alors seulement que les malades ont quitté les foyers endémiques. Il n'est pas très-rare de voir des militaires qui en Algérie n'ont jamais eu les fièvres, en être atteints pendant la traversée d'Algérie en France ou peu de temps après leur débarquement.

Formes. — 11 est parfaitement reconnu aujourd'hui que le miasme le'lurique .peut donner lieu à des fièvres rémittentes ou continues \ aussi bien qu'aux formes intermittentes; la répartition des différents types varie beaucoup avec les localités : les fièvres à longues intermittences (tierce, quarte), communes dans nos climats, deviennent de plus en plus rares à mesure qu'on s'avance vers l'équateur et sont remplacées par les rémittentes ou les continues. Griesinger à Tubingue observe beaucoup plus de tierces que de quotidiennes, et le type quarte est assez fréquent; Nepple, dans la Bresse, trouve déjà un peu plus de quotidiennes que de tierces (198 quotidiennes, contre 115 tierces;; àBône M. Maillot compte 1582 quotidiennes contre 530 tierces; les quartesdeviennentrares(2),les rémittentes et les pernicieuses communes; de même en Italie (L. Colin, op. cit., p. 138); enfin, aux Indes les types continus deviennent prédominants, et sur 243 cas de fièvres intermittentes Morehead note 211 quotidiennes, 27 tierces, 5 à type indéterminé (op. cit., p. 17). Nous passerons successivement en revue les formes intermittentes et rémittentes simples, les accès pernicieux, les fièvres larvées et la cachexie palustre.

(I) Notes médic. recueillies pendant un voyacje en Abyssinie (Gcnette hebdom., 10 avril IKTlj.

'-J Par on • exception Irès-rare, M. le docteur Chassagne a vu le type quarte prédomirur chez les Kabyles des environs du fort Napoléon (Recueil mém. de méd militaire, juin I8G2).

Formes simples. Intermittentes. — > Les formes intermittentes affectent trois types principaux : type quotidien (accès tous les jours); type tierce (accès tous les deux jours) ; type quarte (accès tous les trois jours). On peut signaler deux variétés : la double tierce, caractérisée par des accès quotidiens, mais d'intensité différente, de telle sorte que les accès des jours pairs sont plus forts, par exemple, que les accès des jours impairs, les heures des accès pouvant aussi être différentes; — la double quarte, dans laquelle il n'y a qu'un jour de libre sur quatre, l'accès du premier jour ressemblant à celui du quatrième, el celui du deuxième à celui du cinquième. Ces variétés sont déjà rares; autrefois on en admettait un grand nombre d'autres ; on décrivait : la double quotidienne, la tierce doublée, la quarte doublée, la quarte triplée, les fièvres quinlane, sextane, octane, mensuelle, etc. Ces divisions faisaient le bonheur des nosologistes, qui prenaient cette énumération de types très-rares ou problématiques pour une classification méthodique. Comment attacher un grand prix à ces divisions scolastiques, dit M. Maillot (op. cit., p. 9), quand tous les jours on voit les divers types alterner entre eux et se. jouer à chaque instant des classifications.

Généralement les accès se reproduisent tous lesjours (quotidiennes), tous les deux jours (tierces) ou tous les trois jours (quartes) à peu près à la même heure; ils peuvent être anticipants ou retardants, mais il y a dans cette irrégularité même une certaine régularité ; si par exemple les accès sont anticipants depuis plusieurs jours, c'est-à-dire si chaque accès avance sur l'heure de l'accès précédent, on peut s'attendre à voir le même fail se produire pour les accès a venir. D'après Griesinger, le passage d'un type à un autre 'pourrait se faire sous l'influence de retards ou d'anticipations successives; il est bien plus fréquent de voir les types se transformer brusquement (L. Colin). Les deux tiers des fièvres intermittentes, quel que soit leur type, ont leurs accès de minuit à midi, le maximum pour les quotidiennes et les tierces étant à dix heures du matin, le minimum de neur heures du soir à minuit. Les belles recherches de Maillot (1) ont été confirmées par celles de MM. Finot, Durand de Lunel (2) et L. Colin. CJesU neuf heures et dix heures du matin, dit M. L. Colin, qu'on observe le plus grand nombre d'accès ; « aussi pendant toute la période épidémique voyionsnous chaque matin un nombre plus ou moins considérable de malades, huit ou dix quelquefois, tremblant de la fièvre au nroment même de notre visite. » (Op. cit., p. 181.)

Aux Indes, comme en Algérie et à Rome, la plupart des accès se

(1) Traité des fièvres, p. 10.

(2) Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittentes.

F1ÈYUES PALUSTRES. 171

produisent avant midi (Moreehead); il faut se défier en tous pays des accès de lièvre qui ne reviennent que le soir ou la nuit.

Comme l'accès de lièvre est le même dans les différents types, il nous suffira d'étudier l'accès de fièvre indépendamment du type.

La fièvre débute quelquefois d'emblée par un frisson, mais en général il y a quelques symptômes prodromiques auxquels ne se trompent passes anciens fébricitants; ils sentent, comme ils disent, venir la fièvre. Ces prodromes consistent en lassitude, céphalalgie, courbature, nausées, etc.-, ils varient beaucoup d'un malade à l'autre. L'accès régulier présente trois stades : frisson, cbaleur, sueurs.

Le frisson est un phénomène nerveux qui marque presque toujours le début des maladies fébriles à ascension thermométrique rapide (pueumonie, variole); il n"est pas étonnant de le rencontrer au début des accès palustres, car peu de maladies s'accompagnent d'une élévation aussi rapide de la température. L'ascension thermique commence avant le début du frisson et continue pendant toute la durée de celui-ci (1); le thermomètre placé dans l'aisselle atteint rapidement40°, 41°, 42°; Griesinger a noté dans un cas 42°,6, Ilirtz (2) dans un autre 44°! Le fastigium coïncide avec la fin du frisson et le commencement de la période de chaleur. Quelquefois tout se borne à de légers frissonnements suivis bientôt d'une sensation vive de chaleur; plus souvent le frisson est violent, et c'est la période la plus redoutée du fébricitant. La peau est pâle, hérissée de follicules pileux en érection (chair de poule), les traits sont tirés, les lèvres bleuâtres, les dents claquent, tout le corps est agité d'un tremblement si violent, qu'il se communique au lit et qu'on entend le malade frissonner à dislance; à l'application de la main les extrémités sont refroidies, mais ce léger abaissement de la température périphérique n'est nullement en rapport avec la sensation de froid si pénible qu'éprouve le malade; le pouls est petit, fréquent; des urines pâles sont émises en abondance. Au bout d'un temps variable, qui dépasse rarement une Heure, mais qui peut être moindre, la sensation de froid diminue, le frissonnement alterne avec des bouffées de chaleur, puis la chaleur prend définitivement le dessus, elle malade, qui tout à l'heure se ramassait sur lui-même et surchargeait son lit de couvertures, s'étend maintenant et se découvre. La peau s'injecte et devient brûlante, le malade accuse une soif vive, de la céphalalgie, parfois on voit survenir un peu de délire; les battements du cœur sont forts et précipités, le pouls large, la respiration fréquente, l'urine^rare et chargée. Le stade de chaleur peut se prolonger pendant plusieurs heures; sa ter-

(1) Gavarret, journal l'Expérience, 1839.

(2) Arl. Fièvre, in Nouv. Diction, de méd. et de rhlr.

minaison est marquée par l'apparition de sueurs abondantes que l'on regardait autrefois comme une crise: en réalité l'abaissement de la température précède la sueur comme l'élévation, le frisson ; en même temps que la peau s'humecte, la sensation de chaleur et la soif disparaissent, les urines redeviennent abondantes, et le bien-être succède au malaise général. La durée du stade de sueurs est de trois à quatre heures en moyenne; celle de l'accès complet, de six à dix heures.

Il n'y a pas toujours de rapport exact entre les trois stades; ainsi, le frisson, le stade de sueurs, peuvent être très-courts ou manquer complètement; mais on n'observe jamais ces types inverses décrits par quelques auteurs : jamais les sueurs ne précèdent le frisson, jamais le frisson ne suit le stade de chaleur (Maillot, L. Colin).

La rate se tuméfie à chaque accès, ce qui explique les douleurs de l'hypochondre gauche dont se plaignent quelques malades ; d'abord celte tuméfaction est passagère, l'apyrexie ramène la rate à un volume à peu près normal, mais bientôt l'hypersplénie survit aux paroxysmes. La congestion des organes internes qui accompagne le frisson ne suffit pas à expliquer ce symptôme, car dans d'autres maladies à frissons, comme la pyohémie, cette hypertrophie est bien moins marquée, et dans les fièvres palustres qui ne débutent pas par un frisson elle est tout aussi considérable que dans les autres.

L'élimination d'urée augmente dès le début, en même temps que la température du corps s'élève, et celte augmentation atteint son maximum en même temps que la température, c'est-a-dire au début de la période de chaleur ; pendant le stadede sueurs, l'élimination de l'urée diminue graduellement, ses variations suivent en un mot une marche exactement parallèle à celle de la température. Redenbacher et Ringer ont observé que lorsqu'on coupe la fièvre à l'aide de la quinine, l'élimination de l'urée augmente encore pendant une partie du temps que devait comprendre l'accès sans que la température du corps s'élève (1). La diète explique la diminution de chlorure de sodium qui s'observe dans presque toutes les maladies fébriles; les matières colorantes en grande quantité dans les urines indiquent que la combustion fébrilejiporté sur les globules sanguins ;la fièvre palustre et le rhumatisme articulaire aigusontles deux maladies qui produisent le plus rapidement l'anémie.

Parfois les malades se plaignent de douleurs, lombaires, et l'urine excrétée à la fin de l'accès est albumineusè, voire même sanguinolente ; d'après Martin Solon, l'albuminurie existerait dans le quart des

(]) Griesingcr, op. cit., p. 43.

PlfcVRBS PALUSTRES. 173 accès; elle clisparail pendant l'apyrexie en même temps que se dissipe la congestion rénale.

Bien des auteurs ont cherché à expliquer l'intermittence, si commune dans les affections d'origine palustre, que pendant longtemps elle en a été regardée comme la caractéristique. On a accusé les va- t'( nations atmosphériques, parfois si marquées dans les pays chauds, qui se produisent le soir et le matin (Roche); on a dit qu/ chaque accès correspondait à l'absorption d'une nouvelle quantité de miasme, (f ' théorie inadmissible, car les accès continuent alors que les malades ont quitté depuis longtemps les foyers de la malaria. Bailly prétend^ f que la position verticale succédant le matin à la position horizontale peut amener l'accès, mais on se lève tous les malins, et cette explication assez médiocre pour la quotidienne est tout à fait mauvaise pour la tierce et La quarte; la théorie qui fait intervenir les variations nycthémérales est passible de la même objection : si le refroidissement nocturne prépare l'accès, pourquoi n'agit-il que de deux jours ou de trois jours l'un chez certains malades? D'après M. Durand de Lunel, , le miasme s'accumule dans la rate pendant la nuit, le matin il est versé dans la circulation, d'où l'accès de fièvre ; l'auteur de celte ingénieuse théorie a constaté chez un très-grand nombre de malades que la rate élait augmentée de volume le malin et diminuée le soir (1); mais on est exposé ici à prendre l'effet pour la cause, car, les accès se produisant le plus souvent le matin et s'accompagnant d'une tuméfaction de la rate, il est naturel que l'hypersplénie soit plus considérable le matin que le soir ; encore la théorie de M. Durand de Lunel ne pourrait-elle s'appliquer qu'aux fièvres quotidiennes.

A propos des différents types des fièvres et de leurs causes, Sydenham dit : « Si l'on me pousse là-dessus, je répondrai que je n'en (£} sais rien du tout. » Nous ne sommes pas plus avancés que Sydenham, et je préfère sa franchise aux explications précédentes. Je^/ 't7

Forme rémittente simple. — « La continuité de la fièvre, dit Dutroulau, a la même origine que l'intermittence; supposez aux accès intermittents leur durée la plus longue, la courte rémittence qui les sépare disparaît, et vous avez le type continu, que tous les médecins français rangés aujourd'hui sous la bannière de Torli reconnaissent comme appartenant aux fièvres à quinquina, bien que beaucoup d'entre eux continuent à en donner des descriptions séparées (-2). » En supposant, comme le veut Dutroulau, des accès aussi longs que possible, on n'arrive pas à constituer le type rémittent ou

(\, Omette média de Paris, 1819. — Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittentes.

ii) DutroiiLiu, op. cit., p. 217.

conlinu; s'il s'agissait d'accès subinlrants , ou devrait retrouver les trois stades dont nous avons parlé, les paroxysmes devraient se l'aire le malin, puisque c'est l'heure ordinaire des accès; dans la rémiilente et dans la fièvre continue d'origine palustre, les paroxysmes ont lieu au contraire le soir, comme dans les fièvres continues en général. Pour d'autres observateurs, la rémittente se composerait de deux maladies : l'une d'origine palustre, intermittente; l'autre d'origine inflammatoire, et continue; Boudin admet qu'il s'agit tout simplement d'une différence dans la quantité de miasme absorbée, d'autres invoquent une différence de qualité entre les miasmes des localités palustres, hypothèse invraisemblable. D'après M. L. Colin (op. cit.), il faut chercher la cause de larémittence et de la continuité dès fièvres : 1° dans la température; 2° dans la date de l'intoxication.

La chaleur joue évidemment un rôle très-important; il suffit pour s'en convaincre d'étudier comme nous l'avons fait déjà la répartilion des fièvres intermittentes et rémittentes à la surface du globe ; dans les pays chauds les formes continues s'observent surtout pendant la saison chaude et sèche, les formes intermittentes ne viennent que plus tard ; Annesley, Clark, Morehead, l'ont parfaitement établi pour les Indes, Haspel pour l'Algérie, L. Colin pour Rome (1).

La rémittente marque assez souvent le début de l'intoxication; des p* JL»*" / étrangers qui arrivent dans un pays à fièvres, des soldats" qui sont transportés d'un pays sain dans un pays palustre, comme nos soldats à Rome ou dans la haute Italie en 1850, sont surtout exposés à contracter des rémittentes, les fièvres intermittentes ne viennent qu'après ; de là la loi de succession des formes établie par M. L. Colin. Si les nouveaux venus en Algérie et à Rome prennent fréquemment des rémittentes, cela tient à ce que ces individus, qui n'ont pas eu le temps de s'acclimater, de subir l'anémie des pays chauds, réagissent bien plus énergiquement que les acclimatés et les indigènes. Aux Indes, la rémittente sévit principalement sur les inacclimatés de constitutionvïgoureuse adonnés à l'intempérance ou fatigués outre mesure (Morehead). Constitution pléthorique des individps, grande élévation de la température, telles sont les deux causes de la transformation des fièvres intermittentes en rémittentes ou en continues.

La rémittente simple se divise en rémittente gastrique et rémittente bilieuse (L. Colin); la première s'observe surtout au début de la période endémo-épidémique, la deuxième ne vient qu'un peu plus tard.

(1) Voir aussi Reo. mém. méd. militaire, 1874 (De la fièvre rémittente du nord de l'Algérie, par M. Masse, méd. principal).

FIÈVRES PALUSTRES 17,( Le frisson manque assez souvent au début de la rémittente, ce qui lui a lait donner le nom de fièvre chaude; il est remplacé par de petits frissons successifs ou par des horripilations; le malade se plaint de malaise, d'abattement et surtout d'une céphalalgie violente, la peau est chaude, le pouls large et fréquent; langue blanche, quelquefois sèche, soif inextinguible; on dirait, dit M. L. Colin, la fièvre «'invasion de la variole ou de la fièvre jaune; au bout de trois jours la fièvre tombe en général, mais les symptômes gastriques peuvent persister quelque temps.

La rémittente bilieuse peut débuter par des accès intermittents, ou bien la fièvre est d'emblée continue; les vomissements bilieux surviennent de bonne heure; l'ictère se montre bientôt, d'autant plus foncé que la maladie doit être plus grave, l'urine est fortement colorée par la matière colorante biliaire, la défervescence se fait du cinquième au dixième jour, mais l'ictère persiste plus ou moins longtemps.

Des accès pernicieux peuvent venir se greffer sur ces formes, qui par elles-mêmes n'ont pas de gravité; il n'est pas rare par exemple de voir les malades atteints de rémittente être pris de délire ou tomber dans le coma; c'est seulement pour la facilité de la description qu'on sépare ces formes des fièvres pernicieuses; la rémittente bilieuse n'est en somme que le premier degré de la fièvre bilieuse pernicieuse.

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