FJ&VRES PALUS TU KS
| grumeaux, en amas. » (Op. cil., p. 30.) M. le professeur L. Colin, ! après avoir admis (Traité des fièvres) que le pigment se formait sur place, s'est rallié à l'opinion de Griesingcr (1). En raison de leur viscosité les leucocytes s'emparent des granulations pigmenlaires, et leur migration à travers les parois des vaisseaux expliquent comment la pigmentation se fait surtout le long de ces derniers; les leucocytes se chargent d'épurer le sang. Lorsqu'on examine au microscope un foie ou une rate fortement pigmentés,, on constate que les granulations pigmenlaires, noires, inégales, irrégulières, sont renfermées presque toutes dans des éléments anatomiques (cellules du foie, de la rate, leucocytes) et disposées surtout le long des vaisseaux. Dans l'intérieur des capillaires on trouve des amas de pigment ramifiés comme le capillaire qui en était oblitéré ; dans les vaisseaux de plus fort calibre la paroi est souvent infiltrée de pigment.
Malgré le ramollissement si considérable de la. rate, les ruptures sont rares, M. Maillot en cite un seul cas (op. cit., obs. 22).
Antoniui et Monard frères (2), Maillot, L. Laveran, Haspel, Dutroulau, L. Colin, ont insisté sur la décoloration et. la flaccidité du cœur des sujets morts de fièvre pernicieuse.;. 9 fois sur 14, mon père a trouvé que la substance musculaire du cœur avait une consistance moindre qu'à l'état physiologique (3). D'après M. le professeur E. Vallin (li. le cœur subit dans les fièvres pernicieuses des altérations analogues à celles qui ont été décrites dans, la fièvre typhoïde et dans la variole sous le nom de myosites, symptomatiques.
Autrefois on attribuait une grande importance aux hypérémies des méninges, de l'encéphale, de l'estomac et de l'intestin,, d'où la fréquence, des méningo-encéphalites, des gastrites, des. entérites, qui, d'après Broussais et ses élèves,, venaient, compliquer les fièvres palustres. Ces hypérémies sont toujours, consécutives, c'est ainsi qu'à la suite d'un accès comateux très-prolangé, on peut voir survenir use véritable inflammation des méninges (L. Colin).
On trouve dans le livre de M. Maillot un cas très-intéressant de fièvre pernicieuse comateuse dans lequel on vit se produire de. vastes eschares au sacrum et une contracture du bras droit,, alors que les accès de fièvre avaient été coupés par le.sulfate.de. quinine (op. cit., oi.s. U);â l'autopsie, la substance blanche de la moelle n'était pas injectée, tandis que la grise l'était d'une manière bien évidente;
I L Colin, .Sur les migrations du pigment sanguin dans la mélanémie palustre {Gavtttehebdom., 1873, p. 25, 35).
I Hec. mém. méd. militaire, 1833.
Documents pour servir à l'histoire des malad. du nord de l'Afrique, toc. cit. (4) Communie, à la Société méd. des hôpitaux. 13 février 1874.
évidemment il s'était produit chez le malade une myélite centrale consécutive qui explique très-bien le décubitus acutuss
Dans les pernicieuses algide et cholérique, on rencontre souvent de la psorentérie intestinale.
Dans la cachexie palustre, les principales altérations portent sur le sang, la rate et le foie.
Sur 62 analyses du sang, MM. Léonard et Foley ont trouvé pour moyenne des globules sanguins 111.5; dans quelques cas ce chiffre s'abaissait à 41.8, 32.9, 24.1 pour 1000! L'albumine diminue comme les globules ; les chiffres minima de l'albumine sont, d'après les recherches de MM. Léonard et Foley : 35 et 22.3 pour 1000. L'eau et les matériaux solubles daus l'eau augmentent de quantité (1).
Le procédé si ingénieux de M. le docteur Malassez permet facilement de constater la grande diminution des hématies ; chez un malade rentrant d'Algérie et atteint de cachexie palustre, je n'ai trouvé que 1 304 160 globules ronges par centimètre cube au lieu de 4500000, chiffre normal ; dans la cachexie très-avancée il est probable que le chiffre des globules doit tomber encore plus bas; je n'ai pas constaté d'augmentation du nombre des globules blancs.
La rate, très-volumineuse, n'est plus seulement hypérémiée, elle a subi une véritable dégénérescence; la capsule est épaissie, adhérente aux organes voisins, le parenchyme est dur, résistant; la rate placée sur la table d'amphithéâtre conserve sa forme comme si elle était de bois; sur des coupes le squelette fibreux de la rate, considérablement épaissi, apparaît sous forme de tractus fibreux, blanchâtres, tandis que le reste de l'organe est souvent pigmenté; il y a là une véritable cirrhose hypertrophique de la rate, on conçoit que cette dégénérescence soit souvent très-rebelle et qu'elle persiste alors même que les fièvres ont disparu depuis longtemps.
Le foie est également hypertrophié, quoique à un moindre degré. Frerichs(3écrît danslïFmeniT^râgraphe l'hypérémie dépendant de l'action d'une température élevée et celle qui est due aux effluves miasmatiques (2) ; il est difficile en effet de faire la part exacte de ces deux causes; le foie palustre a cependant un caractèr^quijer^ met souvent de le di^igù^rTirprgm^^ du ftu>
aboutit assez rarement chez les fébricitants à l'inflammation chronique (cirrhose) ou à l'inflammation aiguë (abcès du foie).
Nous avons dit déjà dans quelles conditions ou observait des rup-
(1) Recherches sur l'état du sang dam les maladies endémiques de l'Algérie (liée . mém. rnéd. militaire, t. LX, p. 135,1.
(-2) Traité des maladies du foie, traduct. Paris, 1866, p. 208.
F1ÈVRÈS PALUSTRES. 1'J3
tures de la rate. M. E. Collin (loc. cil.) divise ainsi ces ruptures : 1° ruptures par ramollissement général ou par ramollissement partiel de ta rate; 2° ruptures de surface et ruptures à fragments; 3° ruptures avec hêmorrhagies libres dans le péritoine ou bornées par des adhérences à l'hypochondre gauche ; 4° déchirures capsulaircs sans hêmorrhagies, ou ruptures sèches. Los épanehcments sanguins enkystés par des adhérences avec le diaphragme et l'bypochondre peuvent suppurer et simuler des abcès de la rate.
A coup sûr, la rate est soumise chez le fébricitant à des congestions ■> bien plus violentes, bien plus répétées que le foie dans les pays chauds; cependant les abcès de la rate sont extrêmement rares, tandis que ceux du foie sont aussi communs dans quelques contrées que la pneumonie dans nos climats. Les auteurs qui attribuent les abcès du foie à un miasme ou bien aux variations atmosphériques seraient ' bien empêchés de dire pourquoi ces causes n'agissent pas tout aussi bien sur la rate que sur le foie; au contraire, si l'on admet avec nous que dans la majorité des cas les abcès du foie sont sous la dépendance des lésions dysentériques, cette différence s'explique aisément : les matières putrides provenant de l'intestin pénètrent dans les veines mésentériques, puis dans la veine porte, et comme la veine porte se rend au foie, non à la rate, il est tout naturel que les abcès se développent rarement dans ce dernier organe.
M. Mallet a rapporté deux cas d'abcès de la rate (1); dans l'un d'eux l'abcès s'ouvrit à l'extérieur, et le malade guérit. M. E. Collin en adonné trois autres observations (2) très-intéressantes, recueillies toutes trois chez d'anciens fébricitants; dans un de ces cas, l'abcès, qui occupait presque toute la rate, s'ouvrit à travers le diaphragme dans la plèvre gauche. Les abcès récents de la rate renferment un pus brunâtre, mélangé de sang; après formation de la membrane Pjogénique, le pus devient phlegmoneux; c'est aussi ce qu'on observe pour les abcès du foie.
M. E. Collin cite dans le même travail deux exemples de gangrène pjxiklle de la rate observés également chez d'anciens fébricitants; dans un de ces cas la capsule s'était rompue, et le malade était mort de péritonite.
l'r.oPiivLAXiK. — Dessécher les marais, drainer et ensemencer le i sol dans les localités palustres, sont évidemment les mesures propliy- \ lactupies les plus radicales et les plus efficaces que l'on puisse cou- I
(1) De* abeè» delà raie (flec. mém. méd. militaire, 1850). \i) Abcès el gangrené* de la raie dan* le* affed. palutl. (lier:, mém. méd. millaife, novembre 1860;.
seiller; mais l'hygiène militaire dispose rarement de moyens aussi puissants, et dans un grand nombre de pays chauds la malaria a pris une telle extension, qu'on ne peut pas songer à attaquer lejmal dans sa racine. Dans les localités où le miasme sévit avec force il est sage de se retirer sur les hauteurs pendant la période épidémique ; l'Arabe, l'habitant1 cTê fa campagne romaine, quittent la plaine pour la montagne pendant la saison des fièvres; aux Indes les Anglais ont établi sur les hauts plateaux des stations sanitaires (sanatorium); à la Guadeloupe nous avons un établissement analogue, et malgré sa faible élévation au-dessus du niveau de la mer, le camp Jacob jouit d'une salubrité parfaite (Dulroulau).
Les désastres de l'île de Walcheren (1806--1 809) montrent avec quelle facilité se fond une armée lorsqu'elle est transportée pendant la saison des fièvres dans un pays palustre ; on devra donc choisir autant qne possible nue époque plus favorable pour rentrée eu campagne.
Les Grecs et les Romains, avant de fonder une ville, d'é ahlir un camp, immolaient des victimes; les prêtres examinaient les entrailles des animaux sacrifiés et si la rate ou le foie étaient, malades, ils déclaraient que les dieux étaient contraires, on allait plus loin chercher un emplacement plus agréable aux dieux et surtout plus favorable aux hommes. Nous avons aujourd'hui des moyens moins incertains de nous renseigner sur la salubrité des localités, mais on n'accorde pas toujours assez d'importance aux considérations hygiéniques.
Dans les localités palustres il faut autant que possible construire les casernes au milieu des villes; àRome, ce sont les casernes situées dans les zones excentriques qui fournissaient le plus grand nombre de malades (L. Colin), ce Je recommande, dit le comte de Tournoi^ à la méditation des lecteurs ce fait si remarquable que le mauvais air.cède à l'agglomération des habitations, que plus elles sont entassées mieux elles se défendent, que c'est toujours au centre des villes qu'est le maximum de sécurité (1). »
Pendant l'époque des fièvres dans les pays chauds on évitera d'exposer le soldat à la rosée du matin, aux refroidissements nocturnes; on ne lui imposera pas de trop grandes fatigues.
A propos de l'acclimatement des troupes dans les pays chauds nous avons dit qu'il ne fallait pas compter sur l'acclimatement à la malaria; nous avons montré que la mortalité croissait dans les localités palustres avec la durée du séjour, d'où celle conséquence qu'il faut re-
(I) Ktudes statistiques sur Rome, I. I, p. 210.
nouveler souvent les troupes obligées de tenir garnison dans des postes insalubres.
Les médecins français sont généralement d'accord pour refuser au quinquina toute efficacité dans le traitement prophylactique des fièvres; les médecins anglais et américains ne partagent pas cette manière de voir.
C'est un fait généralement admis parmi les praticiens américains, dit Van Buren (1), que la quinine administrée régulièrement tous les jours par 15 à 30 centigrammes préserve le plus souvent de la fièvre ceux qui séjournent dans des contrées palustres, c'est aussi l'opinion de G.-B. Wood. Van Buren, dans son rapport cà la commission sanitaire des Etats-Unis cite un grand nombre de faits qui témoignent en faveur d.-s vertus prophylactiques du quinquina (2).
Dans la marine anglaise on emploie le vin de quinquina ou le sulfate de quinine à litre préventif. « Conformément au neuvième article des instructions données aux médecins de la marine royale, dit M. Al. Bryson, on observe les règles suivantes chaque fois que dans les résous tropicales on envoie des hommes à terre pour y chercher de l'eau ou des vivres ou pour y être employés à un labeur fatigant : au moment où le matin les hommes quittent le navire et le soir quand ils reviennent, le médecin administre cà chacun d'eux une drachme d'écorce de quinquina pulvérisé dans un demi-verre de vin; après avoir pris le médicament, chaque homme reçoit un demi-verre de vin pur qu'il boit immédiatement. Quand le vin manque à bord, on le remplace par de l'eau-de-vie étendue d'eau. » Pour démontrer les effets salutaires de cette mesure, l'auteur cite les faits suivants : « Vingt matelots et un officier devaient être envoyés à Sierra-Leono pour y travailler pendant la journée; aux matelots on administra l'écorce de quinquina, l'officier refusa d'en prendre, ce fut la seule personne qui eut la fièvre. Plus tard on détacha deux chaloupes de 1 Hydra pour explorer la rivière Sherbo; elles restèrent absentes pendant une quinzaine; chaque jour les hommes prirent du quinquina dans du vin conformément aux instructions qu'ils avaient reçues Pas un seul homme ne fut atteint de la fièvre, quoique la région explorée passât pour une des plus insalubres de la côte. L'équipage d'une troisième chaloupe séjourna pendant deux jours seulement dans la même région, et a la même époque; les hommes n'avaient pas pris d'écorce de quinquina, tous furent attaqués, excepté l'officier qui commandait la chaloupe. »
Xjl, Rapport à la commimon sanitaire de» Étah-Unh. Evùni, op. vit n 39 (2) Rapport ,1e Van Ruren. Evans, p. 5JÏ ' ' P'
Sur la proposition de M. Al. Bryson, le sulfate de quinine a été substitué au quinquina en poudre dans les stations de la côte d'Afrique. On verse une forte solution alcoolique de sulfate de quinine dans plusieurs futs de vin dans la proportion de 0sr,Lï~) de ce sel pour 30 grammes de vin; les rapports de MM. Sibbald; Heatb, Hemlerson, F. Huppart, L.-J. Hayne, chirurgiens de la marine royale anglaise, sont très-favorables à cette façon de faire (1).
La quinine et la cinebonine ont été employées à titre prophylactique pendant la guerre de sécession, lorsque des troupes étaient appelées à occuper des postes très-insalubres, et, d'après Hammond, les faits ont confirmé ceux réunis par M. Van Buren.
Évidemment il ne saurait être question de donner du quinquina à toute une armée, à l'armée d'Afrique par exemple; mais dans de petits postes très-insalubres et durant la période endémo-épidémique on pourrait user de ce moyen pour prévenir les fièvres, on pourrait aussi administrer du quinquina aux hommes qui sont employés à des travaux de défrichement, de dessèchement, etc.
A défaut de quinquina, il faut distribuer du café noir aux troupes appelées à séjourner dans les pays palustres; M. L. Colin donne même la préférence au café sur le quinquina; l'usage continuel que les Orientaux font de celle boisson prouve bien son excellence dans les pays chauds (2).
Traitement. — Les fièvres palustres ont été souvent appelées fièvres à quinquina, dénomination très-rationnelle, car si un médicament mérite le litre de spécifique, c'est assurément le quinquina dans le traitement de ces fièvres. Avant d'entrer dans les détails de la matière médicale, voyons comment on a expliqué le mode d'action du quinquina.
Torti et Pringle croyaient que le quinquina agissait dji^enient sur le ferment de la fièvre; Pringle a fait le premier des expériences sur Tes propriétés antiplïTTides du quinquina (3).
(1) Cités par Van IUiren. Voir aussi (même rapport) la lettre écrite par A. Smith, directeur général du département médical de l'armée anglaise pendant la guerre de Crimée, et les instructions données à l'inspecteur de santé du corps expédn.onna.re
de(2VLe3 alcoolises sont nuisibles; lors de la guerre des Ashantis on avait cru devoir délivrer aux troupes anglaises, pendant la marche sur Coomassie, une ration supplémentaire de rhum (80 centilitres de rhum) : Parckes nous apprend (IheLancet 1874) que les hommes qui, faisant partie d'une société ,1c tempérance, ne touchèrent pas la ration supplémentaire, présentèrent une morbidité et une mortalité inférieures à celles des autres soldats (Anal, de M. le docteur Zuber, ,u Rev. des se. me,/., 187-1, t. IV, p. 710). (3) Pringle, op. cil., p. 139.
FIÈVRES PALUSTI1ES. 1117
Mais le quinquina est un médicament complexe qui se prèle mal à l'analyse physiologique; l'action de l'opium n'est que la résultante de celle de ses alcaloïdes, ainsi du quinquina; MM. Pelletier et Caventou, en isolant le sulfate de quinine (1820), ont rendu un grand service à ta science et à l'humanité. Comme la quinine est l'alcaloïde fébrifuge, par excellence, c'est son mode d'action que nous avons surtout à étudier.
Les premières recherches physiologiques importantes sur le sulfate de quinine sont dues à M. Briquet (1) : pour cet observateur, le sulfate de quinine agit directement sur l'axe cérébro-spinal; à petite dose il y a excitationTTfôFte dose sédalîôn du système nerveux, diminution de la force et de la fréquence du pouls, et consécutivement, abaissement de la température; M. Briquet refuse toute action toniqueau sulfate, de quinine pour l'attribuer au quinquina seul; le sulfate de quinine est ujUi^p^sihémsanljhi^'stème nerveux, et-spécialement du système nerveux ganglionnaire qui préside aux fonctions de circulation et de calorification. Celte théorie a été adoptée presque èn entier par Trousseau et Pidoux (2), mais elle a rencontré des adversaires non moins autorisés.
D'après M. le professeur Gubler le sulfate de quinine accroît la tonicité du système nerveux en même temps qu'il régularise son action; dans les affections palustres, dit M. Gubler, la quinine n'agit pas en vertu d'un pouvoir occulte, elle n'est pas l'antidote du poison palustre, le spécifique de la périodicité, mais simplementle modérateur de l'action spinale ou le régulateur de l'innervation vaso-motrice (3).
M. Delioux de Savignac ne veut pas non plus qu'on range la quinine au nombre des hyposthénisants du système nerveux. La quinine n'est, dit-il, qu'un sédatif indirect; c'est par ses propriétés décongestives et non par une modification immédiate de la molé.'.ule nerveuse qu'elle agit ainsi; ce n'est véritablement qu'à haute dose, à dose toxique, qu'elle devient stupéfiante en paralysant alors la sensibilité; c'est ce qui a lieu en particulier pour les organes êtes <ens dont elle annihile les propriétés (i).
D'après M. le professeur L. Colin, l'action hypothermique du sulfate de qu.nme csjJmlépej^ nerveux; celte action plus d.recte et plus profonde, consiste (5) danTu~nëdiminution de lâ
(1) Monographie du quinquina, 1853.
Tradéde Ihérap., t. 1!, p. 4y.l.
('!/ Commenl. Ihérap. du Codex, p. 593. (4j Art. Qtamt, in Met. nwqclop. des sciences méd.
tetohm"' E""k ^ U* *d* dC qUinhle {Dl'llelin (k "«'«PM'We, 15 et 30
production de la chaleur au sein même des tissus. A l'état normal les hématies jouissent de la propriété de fixer une certaine quantité d'ozone, il suffit d'une très-faible dose de sulfate de quinine pour leur faire perdre celte propriété (expériences d'Adam Sehullze, Ransone, Binz, Kerner); le sang ainsi privé. d'oxygène électrisé devient moins apte aux phénomènes d'oxydation, d'où l'abaissement delà température et la diminution notable des produits de désassimilation. Si le sulfate de quinine ne réussit pas toujours à abattre la fièvre, c'est que, introduit dans le sang d'un fébricitant, il se transforme au contact des corps oxydants en un composé inaclif auquel Kerner a donné le nom de dihydroxylquinine.
Il se peut faire que ce soit là l'explication vraie des propriétés antipyrétiques générales du sulfate de quinine; c'est peut-être ainsi que c sel agit dans la fièvre typhoïde, dans le rhumatisme articulaire aigu, etc., mais l'efficacité du quinquina est tout autre dans les accidents d'origine palustre. Ici le sulfate de quinine ne se borne pas à abaisser la température du corps, il s'adresse tout autant aux manifestations apyrétiques de l'intoxication palustre qu'aux fièvres pro-- \ premenl dites; il guérit la névralgie, intermittente ou l'accès gaslral- \ gique aussi bien que la fièvre rémittente ou intermittente; il ne se contente pas, comme dans la fièvre typhoïde par exemple, d'atténuer une des manifestations de la maladie, la chaleur fébrile, il coupe le mal, suivant l'énergique expression en usage dans le public. IljJL. là deux modesjrôiction bien différents. Nous avons vu que Pringle lÎYâîTinslsté^ antiputrides du quinquina, le profes-
seur Binz a défendu la même idée en l'appuyant de nombreuses expériences. Il est prouvé que la quinine lue rapidement les organismes inférieurs, qu'elle arrête les fermentations elles putréfactions, et nous sommes très-porté à croire avec Binz que la quinine guérit les fièvres palustres en tuant les organismes inférieurs qui constituent le miasme palustre. Les expériences physiologiques sur les animaux ou sur l'homme sain ne prouvent ici absolument rien; pour luer le miasme palustre, il est bien clair qu'il faut que ce miasme
existe. . ,
Si le mode d'action de la quinine est contestable, l'efficacité même ,de cette action est du moins hors de doute, c'est le principal.
Torti administrait 8 grammes de quinquina en une seule dose immédiatement avant l'accès dans les formes simples, mais il a soin de dire que dans les pernicieuses il faut donner le quinquina aussi loin que possible de l'accès, afin qu'il ait le temps d'agir ; Sydeuham prescrivait 24 à 30 grammes de poudre de quinquina distribués de quatre en quatre heures par doses de 2". 5 à partir de la fin de l'accès.
La découverte du sulfate de quinine à beaucoup simplifié le mode d'administration.
Le sulfate de quinine doit être donné aussi loin que possible de l'accès à venir dans les formes intermittentes simples ou pernicieuses; malheureusement on ne peut pas toujours se conformer à cette règle, et l'on est souvent obligé d'administrer le sulfate de quinine en plein accès pernicieux ; dans la fièvre rémittente on choisira les rémissions matinales pour faire absorber le médicament.
Dans les formes simples, 1 gramme de sulfate de quinine pendant deux ou trois jours suffit pour couper la fièvre; M. L. Colin tà Rome n'employait guère que 2 «à 5 grammes de sulfate de quinine, puis il donnait l'extrait de quinquina pendant huit jours, enfin le vin de quinquina. Dans les fièvres pernicieuses on double les doses, on donne 2 grammes de sulfate de quinine par jour; 8 à 12 grammes suffisent pour une pernicieuse.
11 est souvent difficile de faire avaler la solution de sulfate de quinine à des malades qui sont plongés dans le coma, le délire, ou qui vomissent tout ce qu'ils prennent; on peut alors prescrire des lavements qui renferment 1 sr. 5 ou 2gr de sulfate de quinine, ou bien employer la méthode hypodermique préconisée par M. le docteur Arnouid (1). La seringue dePravaz s'est tellement vulgarisée au jourd'hui, qu'on ne peut pas reprocher à la méthode hypodermique de nécessiter une instrumentation spéciale; les injections peuvent, il est vrai, déterminer quelques accidents locaux : phlegmons, eschares au point de la piqûre; mais ces accidents doivent-ils entrer en ligne décompte quand il s'agit de sauver la vie du malade? — M. E. Vinson s'est très-bien trouvé des injections hypodermiques dans la pernicieuse hématurique (2); la solution suivante est facile à préparer :
Les doses de sulfate de quinine injectées dans le tissu cellulaire doivent être beaucoup moindres que celles qu'on fait absorber par les voies digeslives; par la voie hypodermique 0.20 à 0.25 de sulfate de quinine peuvent amener l'ivresse quinique.
Médications adjuvantes. — Il est bon de commencer le traitement des
Sulfate de quinine
Eau distillée
Eau de Rabcl
Acide lartrigue
<lj Bulletin thérapeutique, 1803.
(2j Goutté hebtlom., I0o3tobre 1871.
fièvres intermittentes ou rémittentes par un éméto-cathartique. Nous sommes loin du temps où le fantôme de la gastrite faisait trembler les médecins; on peut sans crainte administrer un éméto-cathartique le malin, et le sulfate de quinine le soir; quand on voit un malade pour la première fois le soir et qu'on craint un accès grave pour le lendemain matin, il ne faut pas hésiter à commencer le traitement par le sulfate de quinine, quitte à revenir ensuite à l' éméto-cathartique (L. Colin). — Dans l'accès comateux, des sangsues appliquées aux apophyses mastoïdes peuvent empêcher la formation de lésions secondaires. — Dans l'accès algide on prescrira des boissons chaudes et stimulantes, de l'acétate d'ammoniaque, des frictions sèches; — dans l'accès cholérique : des révulsifs, de la glace, des boissons gazeuses, de l'opium ; — dans la forme hématurique, du perchlorure de fer, des acides minéraux, etc.; en résumé, donner du sulfate de quinine à un individu atteint de fièvre ou d'accès pernicieux, c'est remplir la première indication, mais cela ne dispense pas d'un traitement symptomalique.
Parmi les nombreux médicaments qui ont reçu le nom de succédanés du quinquina, nous ne parlerons que -de l'arsenic et du sulfate de emehonine; « le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ».
Boudin, qui a préconisé l'arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes, ne l'a jamais présenté comme un ouccédané parfait du quinquina, ainsi qu'on a essayé de le faire après lui. « Notre médication, dit-il, ne consiste nullement dans la simple substitution des préparations arsenicales à la quinine, mais bien dans une médication complexe dans laquelle l'arsenic est secondé par deux puissants moyens : les vomitifs et le régime alimentaire. Les vomitifs combatlent l'embarras gastrique et hâtent le retour de l'appétit; le régime alimentaire abrège la convalescence, combat la tendance aux récidives et les accidents consécutifs multiples qui se lient à l'appauvrissement du sang (1). »
Voici les règles posées par Boudin :
1° Faire vomir le malade au début.
2° Donner l'arsenic à dose fractionnée, c'est-à-dire en plusieurs prises, dont la dernière deux heures au moins avant l'accès à combattre.
3° Profiler de la tolérance qui existe au début pour administrer la dose la plus forte possible d'arsenic, et diminuer graduellement la dose à mesure que la tolérance baisse.
4° Prendre le médicament pendant les phases d'apyrexie aussi bien que les jours de fièvre.
(1) Traité de géographie et de statistique médicales.
FIÈVRES PALUSTRES. 201 y Continuer le traitement pendant un temps proportionne à l'ancienneté de la maladie.
0° Faire usage d'une alimentation substantielle et très-abondante, de vin généreux, etc.
Boudin faisait usage de la solution suivante, qui porte encore son nom (liqueur de Boudin) :
Acide arsénieux 1 S1'-
tau distillée 1000 gr.
10 grammes renferment (XOi d'acide arsénieux, Boudin en donnait jusqu'à 50 grammes dans les 24 heures! dose qui expose certainement à de très-graves accidents.
L'arsenic n'est pas du tout un succédané du sulfate de quinine, il agit en vertu de ses propriétés toniques et reconstituantes, il peut rendre des services dans le traitement des fièvres intermittentes rebelles qui s'accompagnent d'anémie et d'un commencement de cachexie; mais son emploi est formellement contre-indiqué dans le .' traitement des fièvres graves, de première invasion, surtout si ces / fièvres s'accompagnent d'accidents pernicieux (1).
Le sulfate de cinchonine ne peut pas remplacer davantage le sulfate de quinine, ainsi que le prouvent de nombreuses expériences faites dans les hôpitaux militaires par MM. L. Laveran, Goze, Wahu, Barliy, Rouis, Folie Desjardins, Vital, Maignen, Mayer (2), Michel Lévy (3).
A Blidab,88 malades traités par l'expectation ont donné 235 accès, eu moyenne 2.58; — 56 traités par le sulfate de quinine, 50 accès, 0.9 en moyenne; — avec le sulfate de cinchonine, la moyenne des accès a été de 2.45, c'est-à-dire à peine inférieure à celle de l'expectation pure et simple. « L'action du sulfate de cinchonine, dit mon père, m'a paru d'autant moins efficace, que les fièvres étaient et plus récentes et plus intenses. Pendant la saison épidémique, son défaut d'efficacité ressortait de la simple observation, et était d'autant plus frappant, que je me suis abstenu de le donner dans les accès graves où le caractère pernicieux était imminent (4). »
Le quinium s'est montré encore moins actif dans ces expériences;
I H ;}<\>(,Ti de M. Moutard-Martin sur un travail de M. Sislach (Acad. de méd., léance du 12 mai 187-i).
<2) Voir le résumé de ces travaux iu liée. mém. méd. militaire, 3° série, t. II. 3 rire. mém. méd. mililaire, 3e série, l. III.
f l I.. LareraA; Elude* sur l'action comparée du sulfate de quinine, du sulfate de cinchonine et du quinium dans le traitement des fièvres intermittentes d'Afrique (Gazelle médicale de Paris, 1856;.
30 malades atteints d'accès récents et traités par le quinium ont eu 75 accès, ou 2.50 en moyenne, rapport très-peu éloigné de celui fourni par l'expeclalion.
En 1872, M. Briquet, tout en reconnaissant que le sulfate de cinchonine ne pouvait pas remplacer le sulfate de quinine dans le traitement des fièvres des pays chauds, a proposé de nouveau, à titre d'économie, d'employer le sulfate de cinchonine pour le traitement des fièvres de France (1). Voici les règles qu'il pose pour son emploi:
1° Donner le sel en solution, ou, si on le donne en poudre, faire prendre aussitôt l'ingestion un verre d'une boisson acidulée.
2° Toujours fractionner les doses et les faire prendre en 5 ou 6 fois d'heure en heure.
3° Laisser entre la dernière prise et l'accès futur un intervalle fie 8 à 12 heures.
Le tannate de quinine a aussi occupé, dans ces dernières années, l'attention de l'Académie ; ce sel très-peu soluble a une action lente et incertaine, il faut 3 heures au moins pour que la quinine apparaisse en très-faible quantité dans les urines, tandis que le sulfate de quinine s'y trouve 30 minutes après l'ingestion.
Nous possédons par hasard un spécifique dont l'efficacité est merveilleuse, unanimement reconnue, et les médecins s'ingénient à lui substituer des préparations infiniment moins actives; c'est à n'y pas croire! Est-il donc à craindre que le sulfate de quinine s'épuise et que la terre qui produit le mal vienne à nous refuser le remède? Non certes; le quinquina est cultivé avec soin, et il se vend trop bien pour que l'industrie ne cherche pas à multiplier une plante aussi précieuse. C'est par économie qu'on veut substituer l'arsenic ou le sulfate de cinchonine au sulfate de quinine ; supprimez donc î d'abord tous les autres médicaments inutiles des pharmacopées! En I tout cas, la raison d'économie ne doit pas peser dans la balance pour J l'armée, l'État ne peut pas marchander des médicaments au soldat. - Dans la cachexie palustre, le quinquina, en raison de ses propriétés toniques, l'emporte sur le sulfate de quinine lui-même; l'arsenic à petite dose et continué pendant longtemps donne aussi de \ bons résultats; une alimentation tonique et réparatrice est aussi nécessaire, et ce n'est pas là la partie la plus facile du traitement, car le cachectique a souvent un dégoût profond pour la viande, l'appétit est capricieux, et nos hôpitaux militaires n'offrent pas sous lerapporl de l'alimentation toutes les ressources nécessaires.
L'hydrothérapie agit bien contre les engorgements des viscères
(1; Acad. de méd., séance du 1" octobre 1872.
FIÈVRES PALUSTRES. -03 abdominaux, mais les douches froides réveillent souvent les accès de Bèvre; il faut proscrire l'emploi de l'hydrothérapie dans les pays chauds pendant toute la durée de la période endémo-épidémique (L. Colin); les eaux de Vichy réveillent aussi les accès de fièvre; mais chez les cachectiques qui depuis assez longtemps n'ont pas eu de fièvre, elles donnent de bons résultats.
Si les malades ne se rétablissent pas dans les pays palustres, il faut se hâter de les faire changer de climat; c'est là un moyen héroïque qui réussit presque toujours quand on n'attend pas trop longtemps pour le prescrire; lors de l'occupation de Rome, on renvoyait chaque année en France un grand nombre d'hommes atteints de cachexie palustre, presque tous guérissaient; de même pour les malades de l'armée d'Afrique; ceux qui ne peuvent pas rentrer dans leurs familles avec des congés de convalescence, sont envoyés au dépôt de Porquerolles. Les cachectiques sont exposés à contracter des complications grav.es sous l'influence d'un climat trop froid, il faut donc s'efforcer de ne pas les renvoyer en hiver dans les régions du nord.