CHAPITRE X
La fièvre jaune est endémique depuis f'orl longtemps sur la côte occidentale d'Afrique et sur les bords du golfe du Mexique-, la côte d'Or et le Mexique peuvent se disputer le triste privilège de l'avoir vue naître. Nous n'essayerons pas de résoudre ce problème historique, devant lequel a reculé M. Bérenger-Féraud (1) ; peu importe, du reste, au point de vue pratique, que la fièvre jaune ait été importée d'Afrique en Amérique ou d'Amérique en Afrique, l'important est de constater qu'elle est aujourd'hui endémique à Sierra-Leone comme à la Vera-Cruz.
De la côte d'Or la fièvre jaune est importée au Sénégal, à Gorée, aux îles du Cap-Vert; les principales épidémies sont celles : de 1830 : à Gorée, 144 Européens sur 150 sont atteints; à Saint-Louis, sur une population de 650 individus, il y a 328 morts ; — de 1837 : à Gorée, sur 1G0 Européens, 80 sont atteints, 46 succombent; — de 1845, aux îles du Cap-Vert; — de 1858 : à Gorée, 122 personnes sont atteintes, 86 meurent à l'hôpital ; — de 1866 : pour la petite garnison de Gorée le nombre des malades est de 178, celui des décès de 83; — de 1867, Gorée, Sénégal, Saint-Louis (Bérenger-Féraud, op. cit.). Chose curieuse, la fièvre jaune n'a jamais été importée des côtes d'Afrique en Europe.
Du Mexique, qui est son centre d'opérations en Amérique, la fièvre jaune irradie sur les grandes et les petites Antilles, sur les Etats-Unis, sur l'Amérique du Sud (on l'a observée en Amérique de 35° de lat. S., Montévidéo, à 46° de lat. N., Québec); enfin c'est de là qu'elle est importée en Europe.
Quelques auteurs font remonter à 1730 ou même à 1705 la première apparition de la fièvre jaune à Cadix; nous n'avons pas à faire ici l'historique complet de ces épidémies, qui ne nous intéressent
(1) De la fièvre jaune au Sénégal. Paris, 1874.
qu'au point île vue do l'étude étiologique do la fièvre jaune; qu'i nous suffise de dire, pour prouver leur imporlancc en Espagne, que de 1800 à 18-23 la fièvre jaune fil dans ce pays 140000 victimes, ainsi qu'il résulte d'un tableau dressé par Demaria et complété par Audouard (1).
C'est de la Havane que sont partis la plupart des bâtiments qui ont Importé la fièvre jaune en Europe : épidémies de Cadix, 1800; de Livourne, 1805; de Cadix, 1819; de Marseille et de Barcelone, 1821; du port du Passage, 1853 ; de Gibraltar, 1828; de Lisbonne, 1857-58; de Saint-Nazaire, 1801; pour toutes ces épidémies, on connaît les noms des navires importateurs.
En 1823, lorsque la fièvre jaune se déclara dans le port du Passage, le "> corps de l'armée française faisait les sièges de Pampelune et de Saint-Sébastien; le maréchal de Lauriston craignait fort de voir la maladie se propager dans l'armée; Audouard, alors médecin en chef du 5e corps, fut chargé de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le développement de l'épidémie; la junte du port du Passage avait fait brûler en pleine mer le vaisseau coupable, le Donoslierra ; malgré celte mesure radicale, la maladie se propageait clans les mai- - os voisines du port; Audouard fit établir un cordon sanitaire et donna l'ordre de faire sortir les malades de. la ville et de les établir dans les maisons de campagne environnantes; comme ou ne se pressait pas d'exécuter cet ordre, dit Audouard, je fis écrire à la junte du Passage que si dans le jour même tous les malades n'en étaient pas retirés, je demanderais que la ville fût bombardée! La junte obéit à cette énergique sommation, et les mesures proposées par Audouard eurent le meilleur résultat, il ne se développa aucun cas de fièvre jaune dans l'armée française.
Nos navires de guerre, ont eu souvent à souffrir de la fièvre jaune; mais la maladie n'a jamais pris naissance à bord, loin des foyers d'infection, elle ne s'est développée que sur des équipages qui avaient séjourné dans des ports où régnait le vomito. Le docteur Bertulus rapporte le fait suivant : le 2 avril 1839, au moment où une aiïrcuse épidémie de fièvre jaune sévit à la Martinique, nous arrivons dans celte colonie et nousy restons douze jours, pendant lesquels l'équipage, Malgré de grandes fatigues, ne présente pas un seul cas de fièvre jaune. Le 1 1 du même mois nous embarquons des soldats coloniaux pour les transporter au Mexique; à peine en mer, un de ces hommes, qui avait la fièvre jaune, s'alite et meurt avec l'ictère et les vomissements noirs. Dès cet instant le mal devient épidéînique, il passe des
) Fierre jaune et traite des noirs par Audouard. Paris, 1849.
soldats aux personnes de l'équipage qui ont le plus de relations avec les malades, frappe en trois mois 116 matelots sur 14-2, et s'éteint faute d'aliment au lazaret de Brest, où un forçat est encore atteint. Pendant ce terrible voyage, dit M. le docteur Bertulus (1), nous jetons 33 cadavres à la mer et nous observons avec étonnement que la fièvre jaune apparaît sous -18° de lat. N. avec tous ses symptômes palliognomoniques et par une température de 40° à 14° II. — Autrefois on croyait que la fièvre jaune ne pouvait pas dépasser 43° de lat. N., elle a été observée en Angleterre par 51° de lat.
rendant la guerre du Mexique, la fièvre jaune a régné plus d'une lofs sur Ta lïôllê~"(le Masséna, la Normandie, en rade de Vera-Oruz, 1862), en même temps que sur l'armée qui débarquait à la Vera-Cr.uz; malgré de continuels mouvements de troupes, l'endémo-épidémie ne déjiassa pas les terres cbaudeTèTne parvint jàTnais à s'établir sur les liants plateaux. Plusieurs fois la fièvre jaune fut transportée par nos soldats à Soledad, Camaron, Poso del Macho, Cordova; mais l'altitude lui opposa comme en temps ordinaires une barrière infranchissable; elle ne dépassa pas, dit M. le docteur Fuzier, celle de Cordova (903 mètres au-dessus du niveau de la mer); Orizaba, Puebla, Mexico, situés au delà de Cordova, n'ont eu que des malades qui avaient pris la fièvre à la Vera-Cruz ou dans les lieux voisins (2).
Mode de propagation. Contagion. Nature. — Il n'est plus possible aujourd'hui de soutenir que les épidémies de Gibraltar, de Marseille, de Lisbonne, de Barcelone, etc., sont nées sur place; l'importation est démontrée pour toutes les épidémies qui ont eu lieu en Europe, nous n'avons à étudier que les voies et moyens de cette imj portation. Les choses se passent presque toujours ainsi : un navire ; arrive de la Havane ou d'un autre port infecté, il y a eu quelques malades en mer; à l'arrivée au port de destination, on néglige de prendre les mesures sanitaires dont nous aurons à parler à propos de la prophylaxie, et la fièvre jaune se développe chez les^pers^nnes jrui visitent le navire, ou chez les hommes employés au déchargement, puis elle s'étend dans les quartiers bas des porls c e mer^ChosTremarquable, c<T n'est pas~niomme qui joue le rôle principal, c'est le navire. L'histoire de l'épidémie de Saint-Nazaire, si bien MtlpârirîêdoctettrMêfier, peut servir de type à ces importations (3)»
fl) Bertulus, De l'importation de la fièvre jaune m Europe, etc. Toulon, 1810 ^ (ï) Fniiev; Note additionnelle publiée dans le traité des maladies des Ewopeens ' \lans les pays chauds, de Dutroulau.
(3)Mélier, Relat. de la-fièvre jaune survenue à Saint-Namre en ww.
FIÈVRE JAl'NE. 207
Un navire, V Anne-Marie, prend un chargement de sucre à la Havane, où régnait la lièvre jaune; dix-sept jours seulement après le départ delà Havane, des accidents se déclarent à bord; sur seize personnes dont se compose l'équipage, il y a cinq malades, tout porte à • croire qu'ils ont la lièvre jaune. A l'arrivée à Saint-Nazaire, comme dix jours se sont écoulés depuis le dernier accident, on admet le bâtiment à la libre pratique, l'équipage se disperse. Le commandant en second reste seul à bord pour veiller au déchargement, qui est opéré par dix-sept hommes déchargeurs de profession.. A peine les panneaux fermant la cale sont-ils ouverts, que les accidents les plus formidables éclatent : un premier navire placé dans le bassin à flot, à pâté de V Anne-Marie a cinq hommes sur cinq, frappés de mort (faits d'Indret); un second en perd deux, un troisième et un quatrième chacun un; les deux tiers des déchargeurs tombent malades, et il en meurt rapidement cinq ou six.
Au contraire, les matelots de Y Anne-Marie peuvent rentrer chez eux sans donner lieu à aucun accident.
Evidemment le miasme spécifique qui produit la fièvre jaune n'a pas besoin de l'organisme humain pour se développer, il trouve clans les quartiers bas des ports du Mexique comme dans la coque des navires un milieu très-favorable ; jla fièvre jaune est surtout une maladie infectieuse ; mais ne peut-ejlepas se transmettre aussi par conta- Jîïïn? " ' ~ 7- ; — — - —
, 52°"°™-D-Ve de faits observés à la Vera-Cruz au moment de5^0 — / l'expédition du Mexique semblent témoigner en faveur de la conta- Csu/jl/^ gion : généralement plusieurs personnes étaient atteintes dans la même maison; presque tous les officiers malades ont eu leurs ordonnances atteints quelques jours après eux; trois médecins de l'hôpital militaire sont morts dans la môme maison à huit jours d'intervalle; dans une maison habitée par dix officiers, sept sont atteints, cinq succombent; le 15 juillet 4862, il y avait eu sur quarante-six infirmiers débarqués du 16 mars au 10 avril, quarante-trois malades et dix-huit morts; quatre infirmiers chargés successivement du transport des cadavres et du service- de la salle des morts succombèrent tons les quatre, et l'on fut obligé de les remplacer par des nègres de / la Guadeloupe et de la Martinique (1). '
Mil. Dutroulau, Fuzier, Crouillebois, B. Féraud, admettent que la Bètre jaune est Iransmissible du malade à l'homme sain; mais les faits observés dans les foyers d'infection ne démontrent pas la con-
:' ' L'Éfjdéri'dellèm-6jafoem-imm Vera-Cnn, par M. Crouillebois (Rec 1 mer», méd. militaire, 3» «.rit-, t. X, p. 401,,. ^omuBami^Hec
tagion; pourquoi donc, si la fièvre jaune est contagieuse, ne peut-elle pas régner à Mexico comme à la Vera-Cruz? 11 est difficile d'admettre que la contagion possible ici ne le soit pas là. Quelques faits observés en dehors des foyers endémiques ou épidémiques semblent prouver que la contagion est possible, mais ces faits se réduisent à deux : à Southamplon, un médecin prend la fièvre jaune auprès d'un malade qui en est atteint; M. Chaillon, médecin à Monloir, près Saint-Nazaire, est appelé à soigner quelques-uns des hommes qui avaient contracté la fièvre jaune en déchargeant V Anne-Marie ; après une visite prolongée à l'un de ces malades, qu'il frictionne lui-même, M. Chaillon est pris de tous les accidents de la fièvre jaune, fièvre, ictère, vomissements noirs, et il succombe rapidement. Comme le fait remarquer M. Mêlier, ce dernier exemple est extrêmement probant, il a toute la valeur d'une expérience qui serait instituée pour démontrer la contagion; il n'en reste pas moins démontré que le miasme spécial de la fièvre jaune.se dévelojn^e^rjojitj^^ -anisme et qu'il donne lieu à desloyêrsTI infection soit dans les ports œmrne à la Vera-Cruz, soit sur les navires, bien plus redoutables que la contagion proprement dite, que la transmission par l'homme malade.
La fièvre jaune est une entité morbide parfaitement distincte des fièvres palustres. Sur le littoral duMexique on observe, il est vrai, ces deux endémo-épidémies, mais là même leurs foyers ne se confondent "pas. La Vera-Cruz est située sur le golfe du Mexique, entre la mer à l'est et des collines boisées à l'ouest; ces collines de sable ou dunes ont arrêté l'écoulement des eaux vers la mer et donné lieu à la formation de marais qui sont des foyers très-actifs de malaria; la fièvre jaune ne règne pas de ce côté des dunes, mais sur le bord de la mer à la Vera-Cruz (Crouillebois, op. cit.) ; la fièvre jaune habite les villes; les fièvres palustres, la campagne; la fièvre jaune s'installe volontiers à bord des navires; comme Antée la fièvre palustre perd toute sa force
en quittant la terre.
Le miasme de la fièvre jaune a besoin pour se développer cl une température élevée, ' comme, le miasme palustre, mais c'est la une condition commune à toutes les fermentations. Au Mexique, comme au Sénégal, la fièvre jaune règne surtout pendant la saison de 1 hivernage « Le germe delà fièvre jaune, dit Bérenger Feraud, a besoin d'une température élevée pour être suffisamment transmissible et pour évoluer avec une grande vigueur, de sorte que dès que la saison fraîche arrive, cette puissance diminue comme diminue par exemple la véeélation dans les plantes. » (OP- cit., p. 296.)
Tous les auteurs qui ont étudié avec soin la fièvre jaune admettent
qu'elle est due à un miasme spécifique parfaitement distinct du miasme palustre; c'est l'opinion de Dulroulau, de Fuzier, de Griesinger, de Bérenger Féraud et de la plupart des médecins américains; M. le docteur Fuzier attribue la fièvre jaune à une fermentation spéciale des matières animales en décomposition; si l'hypothèse d'un miasme animé est admissible dans quelque maladie, dit Griesinger, c'est assurément dans celle-ci (1).
La fièvre jaune présente certainement plus, d'analogies avec le Jyphus qu'avec les fièvres palustres, et ce n'est pas sans quelque raison qu'on lui a donné parfois le nom de typhus amaril; comme le typhus, la fièvre jaune règne dans les quartiers bas et malsains des villes, sur les vaisseaux; comme lui, elle est importable, transmissihle; comme pour les maladies typhoïdes, une première atteinte donne l'immunité. Il n'est pas possible cependant de l'identifier au typhus ou à la typhoïde bilieuse, qui symptomatiquement s'en rapproche beaucoup : la fièvre jaune ne règne pas à Mexico à côté du typhus, les deux maladies ont leurs empires parfaitement distincts, tandis que les maladies typhoïdes ont une grande tendance à se marier entre elles; la fièvre jaune ne donne pas l'immunité pour le typhus, pas plus que le typhus pour la fièvre jaune; enfin les lésions anatomiques sont bien différentes dans les deux maladies.
L'immunité n'est pas seulement acquise aux malades qui ont eu des attaques graves de. fièvre jaune, une atteinte légère suffit, et même l'immunité, quoique incomplète, s'étend aux individus qui depuis plusieurs années habitent les foyers endémiques sans avoir eu la maladie ; ce sont les inacclimatés, les étrangers, qui.payeiit le p.lus lourd J) iribjiL « Dans les années où la maladîe^sevifle moins71eî~c^a^ , sporadiques sont bornés aux étrangers; aux époques où la maladie plus intense ne règne cependant pas d'une manière assez générale pour prendre le nom d'épidémie, les cas graves ne se présentent que chez [es personnes qui ne sont pas acclimatées. Dans les épidémies, les naturels et les anciens résidents sont souvent légèrement atteints parle fléau; mais il attaque la grande majorité des étrangers, qui ont a supporter toute sa violence et sa malignité. » (Bartlett, v. Evans on cit., p. 230.) ' ' '
t Gel acclimatement se perd quand on passe quelque temps hors des foyers; lors de l'expédition du Mexique, les convois français venus dOmaba à la Vera-Cruz pendant l'épidémie éprouvaient plus de pertes que la garnison de la Vera-Cruz; il en était de merne des détachements qui rentraient à la Vera-Cruz après avoir sé- \
(I) Griesinger, op. cit., p. 99.
journé pendant quelques semaines sur des points où ne régnait pas la fièvre jaune; les Mexicains qui descendent des hauts plateaux à la Vera-Cruz sont plus exposés que les Européens eux-mêmes; en 1862 l'armée du général Marquey, descendue dePuebla à la Vera-Cruz, fui très-fortement éprouvée par la fièvre jaune (Crouillebois).
La race nègre jiejouit pas d'une immunité absolue, comme l'ont dit quelques auteurs; les nègres; dit Metcalf, peuvent être atteints de fièvre jaune et en mourir, mais ils y sont moins sujets que les autres races (1). Au Sénégal, en 1830, les nègres furent frappés dans une très-forte proportion (Catel, Calvé); dans les épidémies suivantes, et notamment en 1866, les mulâtres et les noirs ont fourni seulement quelques décès par fièvre jaune (Bérenger Féraud, op. cit.).
Les quatre cent cinquante-trois nègres du bataillon égyptien n'ont paseu, dit M. le docteur Fuzier, un seul casde fièvre jaune pendantun séjour de quatre ans à la Vera-Cruz. Lorsque le bâtiment qui portait ces nègres arriva au Mexique, le typhus régnait à bord (voy. typhus); M. le docteur Fuzier, qui a étudié cette petite épidémie, fait très-bien ressortir les caractères différentiels de la fièvre jaune et du typhus.
Description générale. Formes. — La fièvre jaune s'observe trop rarement dans les armées pour que nous lui accordions une très-grande place àms cet ouvrage; nous nous contenterons d'indiquer les principaux caractères de la maladie, ses principales formes; les lièvres bilieuses sont communes dans les armées qui stationnent dans les pays chauds, leur histoire présente des obscurités, et il n'était pas possible de ne pas parler ici de la fièvre jaune, qui a été souvent confondue soit avec la rémittente bilieuse palustre, soit avec la typhoïde bilieuse.
Comme la plupart des maladies épidémiques, la fièvre jaune présente des formes légères, movennes et graves, qui, plus ou moins fréquentes-suivant les temps et les lieux, expliquent la différence de gravité des épidémies.
A la Vera-Cruz, c'est cinq à six jours après le débarquement que la fièvre jaune commençait à sévir sur nos soldats, ce qui indique que l'incubation de la maladie ne dépasse pas ces chiffres ; quant a la durée minima, les uns la fixent à quarante-huit heures, d autres a trois ou quatre jours. .
En -énéral la maladie débute brusquement; 1 ascension thermique est'rapide (2) et s'accompagne de frissonnemenls, rarement d un frisson unique violent comme dans la variole ou la pneumonie; les
(1) Rapport à la commission sanitaire des Étals-Unis. Evans, op. (S) Monographie sur le type et la spécificité de la fièvre jaune, par le docteur 1 aaet, de la Nouvelle-Orléans, 1874,
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malades accusent une céphalalgie sus-orbitaire très-vive, des douleurs lombaires (coup de barre), la face devient vultucuse, rouge- i^'(ù:
acajou, les conjonctives s'injectent; la peau est sèche, brûlante; le ,
pouls, la respiration, ont une grande fréquence; la langue est blanche, j /i^A la bouche amère, la soif trèsTvive ; des vomissemenls alimentaires d'abord, puis muqueux et bilieux, se produisent; la constipation est <TI constante; les urines, rares et colorées, contiennent souvent de l'albumine dès le deuxième ou le troisième jour; chez quelques malades les articulations sont douloureuses, comme dans le rhumatisme articulaire aigu ; agitation, anxiété, parfois un peu de délire.
Cette période de réaction (stade inflammatoire, Dutroulau) dure de J- fl ^ deux à trois jours, au bout desquels apparaît l'ictère. D'après Dutroulau, l'ictère est constant dans les cas moyens et graves, et cet excellent observateur ajoute qu'à priori il hésiterait à croire qu'un malade a succombé à la fièvre jaune si le cadavre ne présentait pas la teinte ictérique. I
Une rémission s'opère à la fin du stade inflammatoire, mais l'amé- A ' lioration n'est souvent qu'apparente; c'est pour cela qu'on lui a donné1 1 Je nom de mieux de lajuort. — •
LechMJxlèmë stade est caractérisé par l'ictère, (d'où le nom de fié- » * r vre jaune) et par les vomissements noirs (d'où les noms de vomito negro, vomito pricto) ; les hémorrhagies peuvent se produire à la peau ^ f '"' ou à la surface de toute autre muqueuse que la stomacale. Les vo- dc^A r missements noirs sont très-caractéristiques, le sang est toujours wwXw. profondément altéré, on dirait de la suie délayée dans de l'eau ou du Q/P** marc de café; à peu d'exceptions près, l'hématémèse est d'un pronostic fatal, elle indique en effet une altération profonjtejdu sang, comme ïonTles hémorrhagiesdans la variole, la scarlatine, etc. Les douleurs, l'anxiété de la première période disparaissent, les vomissemenls se font sans douleur, les malades n'ont pas conscience de leur état; J. Metcalf rapporte qu'on en a vu qui s'exerçaient à atteindre des mouches sur les murs voisins avec des jets du liquide fatal! Le sanç extravasé dans le tissu cellulaire sous-cutané forme de larges ecchy- r '
moses qui peuvent occuper tout l'abdomen, la face interne des cuisses, \ " [[hQ présages presque certains de mort. *ï j£ t*X
La maladie peut évoluer et aboutir à la mort sans qu'on observe de lp"VC ' vomissements noirs : la rémission du troisième jour est incomplète, y^t (fjf la face reste injectée; il y a de la stupeur, de là somnolence, du sub- ^ff^r-**^ délire; la langue se sèche, sej]emlilje, se recouvre de fuliginosités, C^cuÂ: ainsi que les dents et les lèvres; c'esl la forme typhoïde. D'autres fois l'alaxie l'emporte sur Padynamîe, et des convulsions violentes entraînent rapidement la mort.
Plusieurs auteurs, Griesinger entre autres, font jouer un grand rôle à l'urémie dans la pathogénie de ces accidents-, Griesinger suppose que les douleurs lombaires si vives delà première période (coup de barre) sont le résultat d'une néphrite aiguë, et il fait remarquer que les urines se suppriment parfois complètement à la fin de la période de réaction, l'urée s'accumule dans le sang, de là les convulsions éclamptiques, etc. Il n'est pas prouvé du tout que la présence d'un excès d'urée dans le sang puisse donner lieu à de pareils accidents; ne serait-il pas plus logique d'invoquer l'acholie, qui doit se produire par suite de la dégénérescence aiguë du foie?
Dans les cas légers, la maladie ne dépasse pas le premier stade, ou stade inflammatoire; vers le troisième jour, il se produit une épistaxis ou de l'ictère, et les malades entrent en convalescence; clans ces cas on observe souvent des vomissements muqueux ou bilieux, jamais de vomissements noirs.
Dans les formes irrégulières et rapidement mortelles, les vomissements noirs surviennent de très-bonne heure, le malade tombe dans un état d'adynamie profonde, l'algidilé se produit rapidement, et la mort peut survenir en 24 ou 48 heures.
On a signalé comme pour la fièvre typhoïde une variété ambulatoire; les malades ne ressentent que du malaise, ils ne s'alitent pas, et leur état n'inspire aucune inquiétude, ni à eux-mêmes, ni à ceux qui les entourent, quand tout à coup de graves accidents surviennent et les enlèvent en quelques heures.
Dans la grande majorité des cas, lajnort arrive avant le huitième jour, presque toujours du troisième au septième. Ta convalescence est lente et difficile, les malades sont anémiés, et pendant longtemps dyspeptiques.
La mortalité varie beaucoup suivant les épidémies, ainsi que le montrent les chiffres suivants empruntés àDutroulau (1) :