MALADIES TYPHOÏDES EN GÉNÉRAL
son qu'il s'agit toujours des lièvres rémittentes et des formes pernicieuses de l'impaludisme.
Le typhus a-t-il régné dans les armées des Grecs et des Romains? Les pestes d'Athènes (430 à 425 avant J.-C), de Sicile (395 avant J.-C.), sont pour Haeser des épidémies de typhus; nous aurons plus tard l'occasion de traiter cette question de pathologie historique (voy. grandes épidémies, peste antique), mais nous pouvons dire dès à présent que les descriptions de Thucydide et de Diodore s'appliquent fort mal au typhus exanthématique. Un passage de Végèce semble se rapporter aux conditions qui engendrent le typhus dans les armées : Si dhttiusin iisdem locis mullum multitudo consistât aere corruplo pemiciosissimtts nascilur morbus quem prohibere aliter non polesl nisi frequenti mutalione caslrorum (1).
Cette absence de documents précis sur les maladies typhoïdes dans l'antiquité prouve qu'elles étaient rares sous le beau ciel de la Grèce ou de l'Italie, mais il ne faut pas se presser d'en conclure que ce sont des maladies nouvelles; les civilisations grecque et romaine n'éclairaient de leur flambeau qu'un petit coin du globe, tout le reste était plongé dans les ténèbres, et nous n'avons aucune idée des maladies qui régnaient sur les barbares, comme on disait à Rome.
Au moyen tàge et même à l'époque de la renaissance, on se con tente de commenter Hippocrate et Galien, on s'efforce, entreprise absurde, d'appliquer les descriptions de ces maîtres aux maladies d'un autre climat; tout n'est que confusion, l'observation est délaissée, au lieu d'étudier la nature, les médecins se livrent à de frivoles discussions et bâtissent système sur système, de là le vide de celte longue période, vide qu'il faut presque toujours constater quand on fait l'historique d'une maladie.
Le typhus apparaît en Italie au moment où les épidémies de peste deviennent plus rares en Europe ; quelques auteurs ont voulu voir dans ce fait plus qu'une coïncidence, ils ont dit que la peste s'était transformée et qu'en se dédoublant elle avait enfanté le typhus et la fièvre typhoïde, le premier représentant les manifestations extérieures de Ja pesle, tandis que la fièvre typhoïde correspondait à ses localisations sur l'appareil lymphatique. Cette ingénieuse théorie est en complet désaccord avec les idées que nous avons sur la spécificité des maladies; les faits lui donnent du reste le démenti le plus formel. La peste n'a pas disparu sans retour, et lorsqu'elle se montre (épidémies de Benghazi, de Mésopotamie, du Turkeslan), c'est avec tous ses caractères d'autrefois. La peste ne s'est pas défi) De re militari, III, 2. Qitemadmodum sanitas gubernetur exercilus.
doublée en typhus et en fièvre typhoïde, mais il est certain qu'en disparaissant elle a laissé le champ plus libre à ces maladies jusqu'alors restreintes clans leur développement. Tel est le triste sort de l'humanité : lorsqu'une maladie disparaît, c'est pour faire place à une autre; on meurt du typhus ou de la fièvre typhoïde, au lieu de mourir de la peste; le résultat est le même.
C'est Fracastor qui le premier décrit bien le typhus exanlhématique (1), il l'étudié à Vérone, sa ville natale, mais la maladie s'étend à toute l'Italie (1524-1530) et ravage en particulier l'armée de Lautrec devant Naples assiégée (1528). Dans la deuxième moitié du xvi° siècle, la France, les Pays-Bas, sont atteints, puis de nouveau l'Italie. En 1557 une violente épidémie règne à Angoulème, Bordeaux, la Rochelle; Coyttard, qui la décrit, paraît avoir observé un mélange de typhus et de fièvre typhoïde. En 1563 les Anglais assiégés au Havre sont atteints de fièvre maligne et la transportent en Angleterre; en 1568 Paulmier observe une épidémie à Paris; en 1582 une nouvelle épidémie sévit à la Rochelle ; Poupart dans la description qu'il nous en a laissée blâme les médecins qui confondent la fièvre pestilentielle avec la vraie peste (2).
Dès le xvn° siècle le typhus paraît s'attacher plus spécialement aux armées, il est décrit par Jordanus et la plupart des médecins militaires, mais la plus grande confusion continue de régner; avec le véritable typhus, le typhus pétéchial, on confond bon nombre d'autres maladies, la fièvre typhoïde en particulier; même confusion auxvnT et au commencement du xix° siècle.
En 1829 Louis tire du chaos des maladies typhoïdes une espèce morbide méconnue jusque-là : la fièvre typhoïde, si bien caractérisée par les lésions analomiques dont il fait ressortir l'importance (3). C'était un grand pas; il était difficile aux médecins français d'aller plus loin, le typhus avait disparu de France pour se cantonner en Angleterre, en Silésie, en Pologne, ou, s'il apparaissait chez nous, c'était seulement à l'état de petites épidémies dans les bagnes et dans les prisons (bagne de Toulon, 1829, 1843, 1845; prison de Reims, 1839, etc.).
En 1837 l'Académie de médecine mit au concours la question de l'identité ou de la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde;
(1) De morbis contagiosis. Venet., 1555.
(2) Hacscr, Lehrbuch der Geschichte der Medicin und der epidemisch en Krankh. Iéna, 1851-1853.
(3) Louis, Recherches anat.-path. et thérap. sur la maladie connue sous le nom de lièvre typhoïde. Paris, 1829.