‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 52 sur 127 · MALADIES TYPHOÏDES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

MALADIES TYPHOÏDES EN GÉNÉRAL

les mémoires de Gaultier de Claubry (1) et Montaull (2), qui concluaient : le premier, à l'identité, le deuxième à la non-identité, furent également couronnés; l'Académie refusait de se prononcer, et avec raison, car la cause n'était pas suffisamment entendue.

Les médecins anglais, observant dans les mêmes villes, dans les mêmes hôpitaux, le typhus et la fièvre typhoïde, étaient très-bien placés pour juger la question : Graves, Jenner, Murchison, ont continué l'œuvre de Louis.

Graves à Dublin avait rarement l'occasion de rencontrer la fièvre typhoïde; plusieurs passages de ses belles leçons cliniques (3) sur le typhus prouvent qu'il ne confondait nullement ces deux maladies.

A L'hôpital des fiévreux de Londres, Jenner observait en même temps le typhus, la fièvre typhoïde et la fièvre récurrente; aussi a-t-il pu comparer ces maladies et démontrer qu'elles diffèrent au point de vue symptomatique et anatomique aussi bien qu'au point de vue étiologique (4).

L'épidémie de Silésie et de Bohême (1847-1848) fournit aux médecins allemands l'occasion d'étudier le typhus; le typhus de Silésie s'accompagnait d'une éruption morbilliforme si abondante, que plusieurs observateurs purent croire tout d'abord à des rougeoles anomales. L'absence de lésions intestinales fut constatée, on reconnut qu'il s'agissait d'une maladie distincte de la fièvre typhoïde; malheureusement le mot typhus fut conservé pour désigner le genre, les auteurs allemands donnèrent à la fièvre typhoïde le nom d'iléo-typhus, de là une confusion regrettable qui persiste encore.

En 1854 Forget décrivait une petite épidémie de typhus et insistait sur les caractères différentiels de cette maladie et de la fièvre typhoïde (5) (épidémie delà prison de Strasbourg); ce travail n'eut pas de retentissement; les grands enseignements de la guerre de Crimée étaient nécessaires pour ruiner la doctrine de l'identité, qui comptait alors en France beaucoup plus de partisans que d'adversaires. Quelques auteurs français avaient cependant adopté dès lors les doctrines anglaises, et parmi eux je me plais à citer Boudin, qui dans son traité de géographie et de statistique médicales expose les idées de Jenner et sépare complètement le typhus de la fièvre typhoïde. Quel-

(1J Mémoires de l'Acad. de médecine, 1838, t. VIII, p. i. 2] Mémoires de l'Acad. de méd., 1838, t. VII, p. 607. 3 Graves, Leçon» cliniques, traduct., t. I, p. 107.

I De la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde, par Jenner, traduct. de Verhar-^c. Bruxelles, 1852.

(5 Vorget, Preuves cliniques de la non-identité du typhus et de la fièvre lyphoule {Acad. des sciences, !) octobre 18"4).

ques médecins défendaient une opinion mixte dont l'origine première remonte à Louis : pour eux la fièvre typhoïde ne différait pas du typhus des camps, mais elle était distincte du typhus lever des Anglais (1).

Tel était l'état de la question au début de la guerre d'Orient; nous ferons plus tard l'histoire du typhus de Crimée, qu'il nous suffise de dire ici qu'après l'hiver de 4855-56 presque tous les médecins militaires français proclamaient la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde; les écrits de Baudeus, Scrive, M. Lévy, Tholozan, F. Jacquot, sont unanimes sur ce point.

L'armée revenant d'Orient importa le typhus à Marseille et en plein Paris, au Val-de-Grâce, où par une bonne fortune scientifique singulière la maladie venait mourir, si j'ose ainsi dire, en se soumettant à l'examen de nos maîtres. M. le professeur Godelier a décrit avec une précision et une concision admirables cette petite épidémie du Valde-Grâce; comme les médecins de Crimée, il conclut que le typhus est une entité morbide bien différente de la fièvre typhoïde, et il démontre de plus que le typhus de Crimée est identique au typhus des Anglais, aussi bien qu'au typhus pétéchial de Borsieri et de Plildenbrand (2).

La plupart des observateurs reconnaissent aujourd'hui que la fièvre typhoïde, le typhus exanthématique et la fièvre récurrente sont des maladies différentes, quoique voisines; les partisans de l'identité, à la tête desquels se placentMM. Cazalas etMagnus Huss, voient de jour en jour s'éclaircir leurs rangs; nous discuterons avec plus de fruit les faits sur lesquels ils s'appuient, quand nous aurons étudié séparément la fièvre typhoïde et le typhus.

La fièvre typhoïde est une des maladies les plus fréquentes chez le soldat; les recherches de mon père ont bien fait ressortir l'importance de cette cause de mortalité dans l'armée française pour la période comprise de 1832 à 1859. « La fièvre typhoïde, qui compte dans la population civile 124 décès sur 1000 à Genève, 150 en Angleterre, en moyenne 137, atteint dans l'armée le chiffre 259, soit qu'endémique comme à Paris, où de petites épidémies s'ajoutent les unes aux autres comme les anneaux d'une chaîne, elle présente une moyenne

(1) Valléix, Guide du méd. prat.

(2) Mémoire sur le typhus observé au Ycd-de-Grâce du mois de janvier au mois de mai 1850 [Gaulle méd. de Paris, 185<j;.

annuelle à peu près constante; soit que se produisant à des intervalles variables dans les petites garnisons, elle emprunte à la rapidité de ses coups, à la durée de son règne les caractères d'une petite épidémie allant ainsi, dans les variations extrêmes, de 0 décès à 690 sur 1000(1). »

Les variations annuelles oscillent, pour Paris (de 1832 à 1859), entre -15 et 420 décès par fièvre typhoïde sur 1000 décès généraux; pour Metz (période comprise de 1840 à 1850), entre 70 et 340; pour Luné ville (période comprise de 1852 à 1856), entre 312 et 690.

D'après la statistique médicale de l'armée, la fièvre typhoïde vient après la tuberculose parmi les causes les plus fréquentes des décès. Si Ton compare, comme l'a fait mon père, le chiffre des décès par fièvre typhoïde à celui des décès généraux, on trouve :

Pour 1863 214 décès par lièvre typhoïde sur 1000 décès généraux.

Ce qui donne pour cette période une moyenne de 190 décès par fièvre typhoïde sur 1000 décès généraux, de beaucoup inférieure à celle de 259 adoptée par mon père; il est vrai de dire que ce dernier chiffre avait été obtenu en ne tenant compte que des grandes villes (Paris, Metz, Lille, etc.), où la fièvre typhoïde est particulièrement fréquente, tandis que la statistique officielle porte sur toute l'armée; il n'y a donc pas de conclusion à tirer de chiffres qui ne sont pas rigoureusement comparables

La statistique nous fournit les chiffres plus précis de la mortalité par rapport à l'effectif :

1863 Mortalité moyenne par fièvre typhoïde : 1,83 sur 1000 hom.

(1) L. Laveran, Recherches sur les causes de la mortalité de l'armée servant à (intérieur, loc. cit.

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Moyenne

jjejéjour ordinaire dej'armée dans les^ villes, explique en partie la fréquence de la fièvre typhoïde chez le soldat. D'après Boudin (1), la fièvre typhoïde donne en Angleterre pour 4000 habitants:

0,94 décès dans les campagnes; 1,46 décès dans les villes.

Tous les jeunes gens que leurs études appellent de la province dans les grands centres sont sujets à contracter la fièvre typhoïde comme les conscrits qui quittent leurs villages pour les casernes des grandes villes, il n'y a là rien de bien spécial à l'armée; rétaljd'jsncombrement presque inséparable de la vie militaire favorise la contagion et le développement épidémique de la fièvre typhoïde.

Ce sont les jeunes soldats qui payent le plus lourd tribut; à 21 ans l'homme jouit encore, comme l'adolescent, d'une prédisposition marquée pour la fièvre typhoïde; sur 504 militaires morts de fièvre typhoïde, mon père a trouvé 337 hommes âgés de 20 à 24 ans, 167 seulement au-dessus.

La statistique pour 1869 donne la répartition suivante de la mortalité par fièvre typhoïde d'après la durée du service (2) :

Hommes ayant moins d'un an de service 209 décès.

— de 1 à 3 ans 405 —

— de 3 à 5 ans 224 —

— de 5 à 7 ans 51 —

— de 7 à 10 ans 21 —

— de 10 à 14 ans 18 —

— plus de 14 9 —

Le tableau suivant des décès de fièvre typhoïde pendant les trois années 1864, 1865, 1866 montre bien la prédisposition des jeunes soldats pour la fièvre typhoïde (3) ; il est très-intéressant à comparer au tableau analogue dressé pour la tuberculose (voy. tuberculose), dans lequel la progression est inverse.

(1) État sanitaire et mortalité des armées de terre et de mer (Loc. cit.).

(2) Statistique méd. de V armée, 1869, p. 254.

(3) Statistique méd. de Varmée, 1866, p. 48.

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