FIÈVRE TYPHOÏDE EN ALGÉRIE
.Nous devons à MM. Nétter (1), Masse (2), V. Frison (3), Arnould et Kelsch (4), E. Alix (5), d'importants documents pour l'histoire de la fièvre typhoïde en Algérie.
Pendant l'été de 1860, M. V. Frison a observé à Tenès une petite épidémie de fièvre typhoïde. La maladie éclata au mois de juillet, fclors que les fièvres palustres régnaient avec intensité; dans l'espace pe moins de trois mois, 39 hommes furent atteints. La fièvre débutait souvent comme une rémittente ou même par de véritables accès intermittents, mais le quinquina restait sans action; les symptômes classiques de la dothiénenlérie ont été observés à Tenès ; contrairement au dire de quelques auteurs, on rencontre dans la fièvre typhoïde des pays chauds des lésions intestinales tout aussi bien marquées qu'en France (L. Laveran, V. Frison, Arnould et Kelsch, E. Alix).
f£est pendant la saison la plus chaude que se présentent les cas 'lus graves ; « nous n'hésitons pas, disent MM. Arnould et Kelsch, à porter au compte de la chaleur les caractères qui sans les distinguer absolument de celles de France, révèlent dans nos fièvres typhoïdes une intensité plus grande de l'intoxication", une pullulation plus rapide, plus luxuriante, du ferment morbide. » (Loc. cit.)
Cette action de la chaleur sur les maladies est bien remarquable, et il est naturel que l'idée de fermentation vienne à l'esprit, car la chaleur imprime aussi aux ferments une activité très-grande, tandis que le froid les paralyse; mais la chaleur semble agir sur les maladies non zymotiques comme sur les autres; la phthisie pulmonaire par exemple prend une marche très-aiguë dans les pays chauds.
MM. Arnould et Kelsch se demandent si l'élément palustre ne vient pas compliquer la fièvre typhoïde; souvent, à la deuxième période ces auteurs ont vu la fièvre prendre la forme intermittente, mais cela se voit partout, ajoutons que le sulfate de quinine n'avait pas dans ces cas l'efficacité dont il jouit contre la fièvre intermittente légitime. Plusieurs auteurs admettent dans les pays palustres : 1° la fièvre typhoïde régulière, 2" la rémittente typhoïde (d'origine palustre) 3* une forme mixte qui résulte de la combinaison de la rémittente des pays chauds avec la fièvre typhoïde (F. Jacquot, E: Alix)
La fièvre typhoïde a été observée en Algérie non-seulement suide jeunes soldats nouvellement débarqués, mais sur des militaires
I Note ma- la fièvre typhoïde en Algérie (Rcc. mém. méd. militaire, 1855) - Rtlaiwn ,1 une petite épid. de fièvre typhoïde (même rcc. 1806) (3 Contrib aVhitl de ta fièvre typhoïde en Algérie (même rcc, 1807) 4 Recherches mr la fièvre typhoïde en Algérie (même rcc, 1868) • (») Ubserv. médicales en Algérie. Paris, 180'J.
acclimatés et aussi chez des hommes atteints antérieurement de lièvre palustre (V. Frison, Arnould et Kelsch).
Dans l'épidémie de Tenès, sur 39 malades 25 avaient de neuf à dix mois de séjour en Algérie, 13 avaient plus de 22 mois de séjour, 8 malades avaient eu antérieurement des accès de fièvre intermittente. « La diathèse palustre, dit M. V. Frison (mém. cilé), n'a pas la puissance de préserver ceux qu'elle avait envahis... Non-seulement l'intoxication marématiquè n'a montré aucune action préservatrice de la fièvre typhoïde, mais elle est venue aggraver la maladie et la [compliquer parfois d'une manière fâcheuse. »
Tous les auteurs s'accordent à reconnaître la gravité de la fièvre typhoïde en Algérie, gravité qui est parfaitement accusée par les chiffres de la statistique.