ORIGINE
50° flp li°'iio
7 jtinv. au 23 fév.
13 au 29 mars.
Le Monarque.
Le Glascow.
3c Vint dp phnsspnrs .
"li'k".
6 avril.
Inconnue.
19 avril.
Voisin d'un typhique.
Malle.
19 avril.
9fle Ho lirvnr»
29 avril.
Voisin du 3° bat. de chasseurs.
Sœurs du Val-de-Grâce.
9 fév. au 25 mars.
3 en soignant les typhiques, 2 auprès de sœurs malades.
Totaux
Pendant la guerre de la sécession, le typhus n'a pas régné sur les armées américaines (Baxter); l'auteur de la statistique américaine confond sous le nom de fièvre des camps : le typhus, la fièvre typhoïde et la rémittente paludéenne. Il est très-vrai que ces maladies s'unissent souvent aux armées et qu'il est difficile de les séparer, ce n'est pas une raison pour leur donner le nom de fièvre des camps qui ne doit s'appliquer qu'au typhus exanthématique.
En 1868 le typhus éclate en Algérie ; l'histoire de cette épidémie a été très-bien faite par MM. J. Périer (1), Vital (2) et Maurin (3), nous nous bornerons pour le moment à quelques mots d'historique, plus tard nous aurons à revenir sur l'éliologie du typhus algérien.
Le typhus existait en Algérie avant 1868, mais il était resté trèslocalisé, n'ayant pas trouvé les circonstances favorables à son développement. Dès 1861 et 1862 il est signalé dans le massif de Bougie, il s'étend à quelques villages kabyles; en 1863 il règne à Constantine, principalement parmi les Israélites; en 1861, 1865, 1866, il donne lieu encore cà un certain nombre de cas. (Vital, Op. cit.).
(1) Effets de la misère et typhus dans la province d'Alger [en 1868 (flec. mém. mécl. militaire; juin 1869, juin 1870).
(2) Vital, Du hjphus dans la province de Conslantine (même rec, 18oJ).
(3) A. Maurin, le Typhus d'Algérie, 1873.
Au mois do mars 1803, le brait s'étant répandu à Alger que le choléra régnait dans la tribu de Béni-Aïdel (cercle de Sélif, province de Constantiue), M.M. Léonard et Marit Furent envoyés dans celte tribu pour constater quelle était la nature de l'épidémie. Il s'agissait non du choléra, mais d'un typlius parfaitement caractérisé par l'éruption exanthémo-pélécbiale. MM. Léonard et Marit évaluent à 330 le nombre des malades, à 103 celui des morts (1). ,
En 1807, les sauterelles et la sécheresse détruisirent les récoltes presque dans touteTAlgérie ; les indigènes, insouciants et fatalistes, n'avaient rien prévu, la lamine éclata et prit tout à coup des proportions effrayantes; la faim conduit facilement au vol et au crime, les prisons, les pénitenciers se remplirent, dès 1867, M. le Dr Arnould observait au pénitencier d'Ain el Bey une épidémie de typhus à rechute (-2). Le choléra s'unissant au typhus, la mortalité fut effrayante parmi Arabes, et il est impossible d'évaluer les pertes qu'ils subirent. Les indigènes faméliques affluaient vers les centres européens, il fallut bien les accueillir; on les plaça soit dans les hôpitaux, soit dans les dépôts de mendicité créés pour la circonstance ; à Milianah, les Arabes furent reçus dans les salles de l'hôpital militaire, et c'est là que le typhus fit sa première apparition dans la province d'Alger (J. Périer); à Alger, le premier lyphique européen vint de la rue Salluste, où l'on avait établi un dépôt de secours; l'hôpital civil d'Alger fut infecté aussi par les Arabes faméliques (3).
Pendant la guerre de 1870-1871, le typhus ne s'est pas montré; il n'a régné ni à Paris ni à Metz, malgré des circonstances en apparence favorables à son développement. Quelques médecins prétendent avoir observé le typhus pendant le siège de Metz, je ne saurais être de cet avis; comme j'étais à Metz et que j'observais dans un milieu très-favorable au développement du typhus, mon opinion sera peutêtre ici de quelque poids. Les maladies régnantes dès le début du siège furent la diarrhée, la dysenterie et la fièvre typhoïde ; je copie dans mes notes recueillies jour par jour les passages suivants : « Du l"au 15 septembre, les malades que nous recevons sont atteints
i Rapport sur une épid. de typhus observéedans la tribu des Benl AUel et de l'Arrach (Ree. mém. méd. militaire, août 1863).
■l Du txjphm a rechute (Arch. gèn. de médecine, 1867).
(3j l.<: typhus d'Algérie a donné lieu à 252 décès dans l'armée (3,94 sur 1000 homrrifs d'effectif); certains corps indigènes (3<> spahis, 1« régiment de tirailleurs V) filgériau) ont été. fort éprouvés, les infirmiers militaires ont subi les plus grandes P'-rU.-s; I.. mortalité par typhus de l'année d'Afrique étant en moyenne do 3,61 pour I00O hommes d'effectif» elle s'élève pour les infirmiers ù 15,8 pour 1000 (Stat Ut méd. de l'armée pour 180'J;.
presque tous de fièvre typhoïde, de diarrhée ou de dysenterie. Toutes les maladies, même les plus légères, s'accompagnent de prostration, d'état typhoïde; nous recevons quelquefois le même jour quinze à vingt malades dans l'état suivant : faihlesse générale, prostration, stupeur, peau sèche et terreuse ne donnant pas à la main la sensation d'une chaleur bien vive, langue brunâtre et sèche, diarrhée. A tous ces malades on donne du bouillon, du vin, de l'infusion de tilleul ou de thé; au bout de deux ou trois jours quelques-uns sont complètement remis et demandent à manger, chez d'autres la diarrhée persiste, d'autres enfin ont des fièvres typhoïdes de durée normale, généralement à forme adynamique. Eruption de taches rosées lenticulaires, jamais d'éruption exanthémo-péléchiale. » La fréquence de l'état typhoïde s'explique par les fatigues, par l'alimentation insuffisante, par les conditions morales mauvaises de notre malheureuse armée de Metz. Au 10 octobre j'écris : « La fièvre typhoïde est toujours avec la dysenterie la maladie dominante; dans quelques salles, sur vingt malades, il y en a dix au moins atteints de fièvre typhoïde ; la forme adynamique domine de plus en plus. Les dysenteries deviennent d'autant plus graves que nous n'avons plus d'aliments convenables pour nos malades et nos convalescents. »
20 octobre. « Il commence à faire froid, l'état sanitaire devient un peu meilleur, toujours des fièvres typhoïdes, des diarrhées et des dysenteries, mais la mortalité est beaucoup moins forte. » Je n'ai pas pu faire d'autopsies à la caserne Chambière; il était si évident que nous avions affaire à la fièvre typhoïde et non au typhus, que celte investigation ne nous paraissait pas bien nécessaire ; des autopsies faites au quartier général du 3° corps, qui nous envoyait ses malades, ont t oujours permis de constater les lésions intestinales caractéristiques de la fièvre typhoïde.
MM. Michaux (4), Ilerpin, Ouzaneau, Méry admetlentqu'il a y eu quelques cas de typhus vrai dans la population civile de Metz, il serait bien singulier que cette maladie, qui a reçu le nom si justifié de fièvre militaire, de fièvre des camps, se fût localisée cette fois à la populalation civile. Aucun médecin, aucun infirmier n'a contracté à Metz ce prétendu typhus, cependant nous passions toutes nos journées dans des salles encombrées de malades et de blessés.
Le typhus n'a pas plus régné dans l'armée allemande que dans l'armée française, et s'il y a eu confusion, c'est que les Allemands donnent le nom d'iléo-typhus ou même de typhus à notre fièvre typhoïde; après
(1) Lettre de M. le docteur Michaux, Gaz. hebdom., 1873, p. 38. — Lettre du docteur Ch. Yiry, même recueil, 1873, p. 56.
TYPHUS. 26J la capitulation de Melz les troupes prussiennes n'importèrent pas le typhus parmi nous.
En 1873 le typhus a donné lieu à de petites épidémies très-localisées à Riantec, aux portes de Lorient, et à Brest.
A\ant d'entreprendre l'étude étiologique du typhus, il est indispensable de consacrer quelques lignes à sa géographie médicale.
Géographie médicale. — Le typhus a en Europe deux loyers principaux : l'Irlande et la Silésie. La mortalité par la fièvre (fever) représente en Irlande le dixième environ de la mortalité générale, tandis qu'à Londres elle n'en représente que le cinquantième (Graves). Le typhus est endémique depuis fort longtemps en Irlande et aussi en Ecosse, bien que quelques auteurs aient cherché à démontrer que l'émigration irlandaise avait été le point de départ des épidémies d'Edimbourg (Starck) ; l'Écosse était ravagée par le typhus avant l'émigration irlandaise, et la maladie a été observée dans des districts où n'ont jamais pénétré les émigrants (Graves, Hirsch).
De l'Irlande et de la Silésie le typhus est souvent importé dans les pays voisins, d'autant plus facilement que l'Irlandais, très-malheureux chez lui, émigré volontiers. Les villes anglaises qui ont avec l'Irlande des relations suivies, Liverpool, Manchester, Bristol, fournissent les plus forts contingents au typhus; les grands ports de l'Amérique ont souvent à souffrir du typhus pour la même raison.
D'après Yirchow, la plupart des épidémies qui ont régné à Berlin y ont été importées par des ouvriers silésiens. Est-ce aussi de Silésie que le typhus a été importé en Russie? Il y a pris en tout cas une grande extension; en 1842, 1846, il s'est répandu d'une manière générale en Courlande, en Esthonie, enLivonie, à Wilna, à Moscou; en 1839 et 1865 il a sévi avec force à Saint-Pétersbourg, où on l'observe du reste à l'état endémique depuis quelques années, ainsi que dans toutes les provinces russes de la Baltique et en Pologne (1). Le typhus se retrouve encore, mais surtout à l'état de petites épidémies, en Wesphalie, dans les districts pauvres du Hanovre, sur plusieurs points des provinces rhénanes, ainsi qu'en Suède et plus rarement en Danemark.
En Belgique le typhus a régné en 1846 et 1847, à Bruxelles il s'est localisé dans les prisons et les hospices ; en Suisse on l'a observé (1844-1845) dans le canton de Zurich; en Valachie il est assez fréquent depuis 1849, époque à laquelle il a régné épidémiquement en Turquie.
<\i Hirsch, Hari'lbuch der hislorisch. geoyraphischen Pathologie. Erlangen 1860 «. I, p. 153.
En Asie le typhus s'est montré sur le versant sud de l'Himalaya, sous orme de petites épidémies ; Mouat, Morehead ne l'ont jamais observé aux Indes. D'après M. le Dr Morache, le typhus serait assez fréquent en Chine (I).
Le typhus n'est pas étranger à l'Afrique comme le prétend Hirsch, nous avons vu qu'il était endémique dans quelques villages kabyles. Lorsqu'on sait dans quelles conditions vivent les Kabyles, on ne s'étonne pas de voir le typhus hanter leurs villages, comme ceux de l'Irlandais et du Silésien; les Kabyles ne sont pas nomades comme les Arabes, ils n'habitent pas sous la tente, mais dans des maisons en pierre, leurs villages sont situés souvent à de grandes hauteurs, et l'hiver est trèsrigoureux dans les montagnes de la Kabylie ; pendant la saison froide les Kabyles s'entassent dans leurs habitations « où s'étalent, disent MM. Léonard et Marit (loc. cit.), sous toutes les formes l'incurie et la malpropreté les plus hideuses. »
Dans l'Amérique du Nord la maladie a reçu le nom significatif de fièvre des vaisseaux irlandais, elle se montre surtout dans les grands ports et les villes du littoral qui reçoivent. les émigrants : New-York, Philadelphie, Boston, Baltimore; au Canada la maladie est toujours importée, et sa fréquence est en rapport avec le nombre des émigrants. Le typhus a été observé au Brésil, au Pérou (Amérique du Sud); pendant les sièges de Lima et de Callao il a régné épidémiquement; les médecins militaires français l'ont rencontré sur les hauts plateaux du Mexique. La fièvre jaune endémique à la Vera-Cruz fait place au typhus à Mexico, les descriptions de MM. L. Coindet (2) et Brault (3) ne laissent pas place au doute, il s'agit bien du typhus exanthématique; d'après L. Coindet, le typhus se développe souvent spontanément au Mexique et il règne à côté de la fièvre typhoïde.
La géographie médicale fait pressentir, ce nous semble, que s'il faut attribuer un rôle important aux importations d'origine irlandaise ou silésienne, il n'est pas possible d'expliquer ainsi des épidémies qui se sont montrées sur des points très-éloignés du globe et sans relations avec les foyers européens du typhus (Chine, villages kabyles, etc.).
Étiologie. — Trois opinions principales ont été émises relativement à l'étiologie du typhus :
1° Le typhus se développe sous l'influence des mêmes causes qui
(1) Notice sur une épid. de typhus avec cas de relapstng fever (Rec. mém. méd militaire, -1866).
(2) L. Coindet, Du typhus des hauts plateaux du Mexique (Recueil mém. méd. militaire, 1864).
(3) Du typhus de Mexico (même rec. 1864)
produisent la fièvre typhoïde, il n'y a pas lieu de lui chercher une étiologie spéciale.
2° Le typhus est une maladie spécifique qui naît toujours d'ellemême comme les maladies virulentes, qui règne endémiquement dans quelques contrées et ne se développe en dehors de ses foyers qu'à la suite d'importations.
3° Le typhus est une maladie différente de la fièvre typhoïde, au point de vue étiologique comme au point de vue symptomatique ou anatomique, une maladie contagieuse qui se développe souvent à la suite d'importations, mais qui est susceptible aussi de développement spontané.
La première de ces opinions a été soutenue principalement par Magnus Huss; le travail de M. Huss est basé sur des observations recueillies par lui pendant douze ans (1840 à 1851) à l'hôpital Séraphin de Stockholm; le titre seul de cet ouvrage (1) indique que l'auteur reconnaît l'existence des formes cliniques décrites sous le nom de typhus et de fièvre typhoïde, mais au lieu d'admettre avec la plupart des observateurs que ce sont deux maladies spécifiquement différentes, incapables de s'engendrer l'une l'autre, il pense que ce sont deux variétés du genre typhus, deux fruits pouvant se développer sur le même arbre. Le fait que la maladie prend telle forme plutôt que telle autre lui paraît dépendre de circonstances individuelles; le tempérament, la constitution des malades, exerceraient une influence importante. « Dans le cours d'une épidémie, dit M. Huss (Op. cit., p. 26), ce sont principalement les personnes sanguines et phlegmatiques qui sont attaquées du typhus, tandis que les personnes lymphatiques et nerveuses sont attaquées de la fièvre typhoïde ; le premier attaque les constitutions fortes et vigoureuses, et la seconde, les constitutions faibles et grêles. » Théorie insoutenable, car il y a partout des constitutions fortes et des constitutions faibles, et si l'explication de M. Huss était bonne, on devrait rencontrer partout le typhus à côté de la fièvre typhoïde et la fièvre typhoïde à côté du typhus; au contraire, le typhus règne souvent à l'exclusion de la fièvre typhoïde (Irlande), et plus souvent encore la fièvre typhoïde se développe sans mélange de typhus (France).
M. Huss prétend que le typhus peut engendrer par contagion la fièvre typhoïde et celle-ci le typhus ; il s'appuie sur ce fait qu'il a vu à Stockholm le typhus et la fièvre typhoïde régner dans la même maison. Jenner a fait à ce sujet de très-importantes recherches qui
Statistique et traitement du typhus et de la fièvre typhoïde. Paris, 1855.
démontrent parfaitement la spécificité éliologique du typhus (1). Le London fever Hospital offrait à l'auteur un champ précieux d'observation, car le typhus, la fièvre typhoïde et la fièvre récurrente y amenaient un très-grand nombre de malades. Jenner s'informa avec le plus grand soin de la provenance de tous les fiévreux, et dans tous les cas, sauf un, il vit que les malades provenant d'une même maison étaient tous atteints de typhus, de fièvre typhoïde ou de fièvre récurrente, c'est ce qui ressort d'un tableau annexé à son excellent mémoire. Jenner conclut qu'il est impossible de voir deux maladies plus distinctes entre elles que le typhus et la fièvre typhoïde. « La différence, dit-il (Op. cit., p. 167), est aussi tranchée qu'elle l'est entre la variole et la scarlatine, ou entre ces deux dernières et la rougeole. Ces affections ne diffèrent pas seulement par rapport à leurs symptômes, leur marche et les lésions anatomo-pathologiques qu'elles laissent après elles, mais aussi relativement à leur cause. Celte cause est spécifique et ne peut jamais donner lieu qu'à la maladie qui l'a engendrée. »
Murcbison, Tweedie, Griesinger, ont observé les mêmes faits que Jenner, et Griesinger va jusqu'à déclarer que la spécificité de chaque maladie typhoïde est essentiellement éliologique (2).
Lorsque deux maladies épidémiques régnent en même temps dans une ville, ne peut-il pas arriver qu'elles se développent côte à côte dans la même maison? Cela se voit souvent pour la rougeole et la scarlatine, on a même décrit des cas où l'éruption, prenant un caractère mixte, rendait très-difficile le diagnostic différentiel; il n'en reste pas moins établi que la rougeole et la scarlatine sont deux maladies parfaitement distinctes; de même les faits observés par Magnus Huss à Stockholm n'autorisent pas à dire que le typhus et la fièvre typhoïde peuvent s'engendrer réciproquement. On ne saurait admettre non plus avec M. Huss que les deux chaînons les plus éloignés de la chaîne du typhus, les cas les plus graves de typhus pétéchial et de fièvre typhoïde, peuvent seuls se distinguer, et qu'entre ces deux extrémités il y a une foule de formes intermédiaires mal caractérisées; le typhus a des formes graves et des formes légères tout comme la fièvre typhoïde. Au chapitre du diagnostic différentiel nous parlerons des nombreuses différences symptomatiques et anatomiques qui séparent ces maladies et en font non pas une seule chaîne, comme le dit M. Huss, mais deux chaînes parfaitement séparées; pour le mo-
(t) De la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde. Traduct. de Verhaegc- Bruges, 1853.
(-2) Traité des malad. infect. Trad., p. 139.
TYPHUS. 2Gf>
ment il nous suffit d'avoir montré que les deux maladies relèvent de causes différentes, qu'elles no s'engendrent pas entre elles et que l'étiologie de la fièvre typhoïde n'est pas applicable au typhus.
Nous avons déjà dit (des maladies typhoïdes en général) comment on était arrivé successivement en Angleterre, en Allemagne et en France à séparer le typhus de la fièvre typhoïde; en France, c'est seulement à la suite de la guerre de Crimée que la question fut définitivement tranchée; dans une lettre datée de Conslantinople, 5 mai 1856, Baudens écrit, au sujet de l'identité ou de la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde : « Ce point de vue divise encore la science, mais à l'armée d'Orient on peut dire que tous les médecins sont aujourd'hui convaincus de la non-identité (1). » MM. Godélier et F. Jacquot ne sont pas moins affirmatifs dans leurs ouvrages; j'ai donc été très-étonné de lire dans un discours prononcé par M. le Dr Briquet, à l'Académie de médecine, que les médecins militaires en Orient avaient été unanimes à reconnaître l'identité du typhus et de la fièvre typhoïde (2); s'il y avaitunanimité, ce serait plutôt pour affirmer la non-identité.
La deuxième théorie étiologique du typhus a été défendue par M. le professeur Chauffard (3) en 1872, mais elle n'est pas nouvelle; Bancroft, Davidson, Watson, Budd (4), ont soutenu il y a longtemps que le typhus ne pouvait pas naître de toutes pièces, et que, lorsqu'il se développait quelque part, c'était toujours a la suite d'une importation.
Après la guerre de Crimée, l'opinion dominante en France était que le typhus naissait de l'encombrement d'hommes malades, qu'il se développait spontanément dans des circonstances données. « Le typhus, àilBaademJp), e^t en2^dré-par4ajms^re L par J^accjunu]ajion, par l'encombrement, dans les prisons, dans les navires, dans lesçamps, dànsléslîôpitaux; on pourrait le faire naître et mourir à volonté... Une fois né spontanément sous l'influence des causes précitées, le typhus se propage ensuite par infection. La contagion, encore mise en doute pour la fièvre typhoïde, n'est pas contestable pour le typhus... Qu'il y ait infection ou contagion, vraisemblablement les deux, le résultat est lernème. »
Les__évf;nerrif:rils de 1870-1871 étaient jeu favorables à L'idée .de,, spontanéité, Je typhus ne s'était montré ni pendant le siège de Metz ni pendant le siège de Paris; on alla d'un extrême à l'autre, et après
(\) Baodftn», loc. cil.
C2) Auvl. de mid., séance du 13 mai 1873. (3) Acad. de méd., séance du 15 octobre 1872. (il Griesinger, Op. cit., p. 154.
(5, Lettre sur le lijphwi de Crimée (loc. cit.).
avoir dit qu'on pouvait faire du typhus à volonlé, quelques médecins soutinrent que le typhus ne se développait jamais que sous l'influence d'un germe mystérieux, qui était toujours importé. Le typhus ne s'est montré ni à Paris ni à Metz, donc il ne peut pas se développer spontanément, telle est la base fragile de l'argumentation de M. Chauffard (1).
Il est certain que les épidémies de typhus naissent souvent à la suite d'importations, le fait n'a jamais été contesté; nous avons vu que le typhus avait deux foyers principaux en Europe : l'Irlande, la Silésie, on pourrait y ajouter plusieurs provinces russes; de là il irradie sur les pays voisins : d'Irlande en Angleterre et en Amérique (émigranls irlandais), de Silésie en Allemagne et particulièrement à Berlin (2).
On peut soutenir qu'en Crimée, en Algérie, le typhus ne s'est pas développé spontanément; en Crimée (1855-1856) le typhus a pu être importé dans les armées alliées par les prisonniers russes, mais il est au moins singulier que cette importation ait échappé à tous les mé decins de Crimée et qu'ils s'accordent tous à reconnaître que le typhus est né de l'encombrement, des conditions hygiéniques mauvaises où se trouvait notre armée, la question d'importation n'est même pas posée dans leurs écrits ; enAJgérie, le typhus régnait dèsi861 dans quelques villages kabyles, ïïpeBJtsTfairë que l'étincelle qui a provoqué l'épidémie de 1868 soit partie de ces villages; resterait à démontrer comment le typhus a été importé dans les montagnes de IaKabylie; serait-ce au moment de la guerre de Crimée? — Les troupes revenant de Crimée sont rentrées presque toutes en France et l'on n'a observé à celle époque aucune épidémie de typhus en Algérie. A la rigueur on pourrait encore expliquer par l'importation les épidémies de 1860 (Tartares émigrés de Crimée àConstanlinople) et de 1863 (Circassiens chassés de leur pays parles Russes) (3), bien que M. Chauffard n'ait émis à ce sujet que des hypothèses ;■ bon nombre d'autres faits témoignent en faveur de la spontanéité du typhus, si bien que nous pouvons faire des concessions à nos adversaires.
En 1829 et 1833, le typhus règne au bagne de Toulon, il n'y a pas ■de doute sur la nature de la maladie qui éclate sur les pontons occupés par les forçats ; dans la relation de Marc d'Espine il n'est pas question d'importation. On peut soutenir que l'épidémie observée parLandouzy àReimsn'étaitpasdu typhus, je n'insiste donc pas; mais à Strasbourg l'épidémie de prison décrite par Forget (1854) était bien due au ty-
(1) Acad. de méd., 15 octobre 1872, 17 juin 1873.
(2) Kelsch, Gazette hebdom., 1872.
(3) Épidémies citées par M. le docteur Fauvel, Discussion sur le typhus (Acad. 4a méd.).
phus; comment l'importation si facile; à constater dans une prison aurait-elle échappé à un observateur aussi sagace que Forgel? De même pour l'épidémie observée par Parisot la même année dans la prison de Nancy.
Comment expliquer par la théorie de l'importation les épidémies de typhus si fréquentes dans les villes assiégées (Thorn, Nantes, Manloue, Gènes, Saragosse, etc.), abord de navires qui tiennent la mer depuis longtemps et qui viennent de pays où ne règne pas le typhus? Tringle, Lind, sont d'accord pour dire que le typhus (fièvre d'hôpital ou de prison) prend naissance à bord de vaisseaux encombrés, et ils \ en citent de nombreux exemples qui* sonrè^nln^meT^ïûTes~îaîls contemporains.
En 1804 le typhus éclate à bord de la frégate égyptienne Ylbraïmich, pendant la traversée d'Alexandrie à Toulon; le typhus ne régnait pas en Egypte au départ; les premiers cas se montrèrent lorsqu'en * approchant des côtes nord de la Méditerranée l'équipage chercha à se protéger contre l'abaissement de la température en fermant les sabords; la frégate était, du reste, d'une malpropreté très-grande; à Toulon la maladie se communiqua à une partie du personnel de l'hôpital maritime. Gourier, qui raconte ce fait, n'hésite pas à admettre le dévelop- \ pement spontané du typhus à bord de VIbraïniieh (1). \
Lors de la guerre du Mexique on recrute en Egypte* pour le ser- iO vice jl&s. terres chaudes, un bataillon~composé de^4TTTê1ffèTlïïr
Darfour et du sudlIëTEgypte ; ces hommes sont embarqués sur le transport la Seine, et d'abord tout se passe bien, l'état sanitaire reste excellent pendant la plus grande partie du voyage, à la fin seulement une épidémie éclate, 5 hommes meurent, et le jour du débarquement 77 hommes sont transportés à l'hôpital de Vera-Cruz, il y a en tout 111 malades et 11 décès du 24 février au 10 mars. ^ M. le Dr F z . l'historien de cette épidémie, établit fort bien qu'il ' J s'agissait du typhus (2), et comme causes il invoque « la violation de l'air de la batterie basse du navire où étaient installés ces hommes, vicialion favorisée par la malpropreté générale et individuelle, par le séjour prolongé dans celte batterie de beaucoup d'entre eux ; par la construction même du navire : la batterie basse est privée de sabords. Enfin, dit M. le Dr Fuzier, je dois mentionner que dans un voyage précédent la Seine avait été chargée de transporter des mulets et des chevaux; et que pendant la traversée de 52 jours ces ani-
(\) Colin, art. Miasme, Diction, encyclop.
(2j Extrait d'un rapport sur le service médical de la Vcra-Crus, pendant le \J mois de février 1803 {Recueil mém. mèd. militaire, 180U).
maux avaient infecté le bâtiment ». Cette dernière circonstance avait été notée aussi, comme nous l'avons dit, pour le Monarque, à bord duquel éclata l'épidémie de typhus du 50e de ligne (Godélier, Mém cité). Ajoutons que la Seine, dans son long voyage, n'avait relàché/^H dans aucun port où le typhus fût épidémique, et l'on conviendra qu'il est impossible d'admettre l'importation pour celle épidémie.
En 1861, le brick de guerre égyptien le Scheah Gehald arrive à Liverpool au mois de février, l'équipage, misérable et malpropre, comptait un assez grand nombre de malades (dysenteries, affections pulmonaires, etc.), mais pas de typhiques. Plusieurs personnes qui visitent ce navire sont atteintes du typhus et en meurent; la partie saine de l'équipage est envoyée dans un bain public à Liverpool, trois garçons de bain sur six prennent le typhus et l'un d'eux succombe ; un certain nombre de malades provenant du vaisseau sont envoyés 'à l'hôpital de Liverpool, le typhus s'y déclare aussitôt (1). .
Ce fait singulier d'hommes qui donnent le typhus sans l'avoir eux-^ mêmes a été confirmé par MM. J. Périer, Vital et À. Maurin, lors de ll'épidémie algérienne (1868). Les Arabes faméliques étaient atteints dW?rachexie^càHctérisée par un profond marasme, des désordres intestinaux graves et persistants, des infiltrations séreuses, trèsrarement ils présentaient les symptômes du typhus, cependant partout où l'on recueillait ces malheureux le typhus se montrait, et il atteignait surtout les personnes chargées de les soigner ou de les garder : hôpital de Milianah, les infirmiers qui couchent à côté des Arabes faméliques sont les premiers atteints ; — dépôt de la rue Salluste à Alger; — hospice civil d'Alger; — fort l'Empereur, sur 16 personnes employées au fort, 9 sont atteintes, deux médecins y contractent successivement la maladie, et l'un d'eux (Joubin) succombe. A l'hôpital du Dey (Alger) les Arabes faméliques sont isolés avec soin, un seul infirmier prend le typhus, c'est le caporal du vestiaire qui avait manipulé les effets sordides des Arabes. M. J. Périer (loc. cit.) insiste k plusieurs reprises sur ce fait que les Arabes reçus à l'hôpital du Dey ne présentaient pas les symptômes du typhus.
A Sétif comme à Alger, comme partout, le typhus prend naissance à la suite de l'arrivée des Arabes faméliques, les premières victimes sont des Européens; les Arabes, disent MM. Vital (Op. cit.) et Alix (2), ne présentaient pas les symptômes du typhus. M. A. Maurin, qui observait à l'hospice civil d'Alger, n'est pas moins aflirmatif (Op. cil.):
(1) Lancet, 1851. Griesinger, Op. cit., p. 155.
(2) Observations médicales en Algérie. Paris, 1809.
« les Arabes faméliques et misérables peuvent, dit-il, donner le typhus sans en être atteints eux-mêmes. »
Comment expliquer tous les faits qui précèdent, si l'on admet que le yphus n'est jamais engendré que par le typhus? C'est faire bien bon marché de tous ces enseignements que de les sacrifier à ce fait unique : le non-développement du typhus à Metz et à Paris pendant a guerre de 1870-1871 ; les faits négatifs ne prouvent rieu contre jles faits positifs, et c'est une mauvaise méthode que de vouloir renverser toute une doctrine sous prétexte qu'elle nous paraît être en désaccord avec un fait. Après l'expérience de Metz et de Paris, nous pouvons dire que le typhus ne naît pas toujours de l'encombrement, que son étiologie est plus complexe qu'on ne le croyait avant 1870, qu'on ne peut pas, comme on l'avait écrit, faire du typhus à volonté, mais gardons-nous de dire que le typhus ne naît jamais de toutes pièces et ne sacrifions pas au fait récent tous les enseignements du passé; savons-nous si le typhus ne se serait pas produit à Metz et à Paris à la suite de misères plus grandes et plus prolongées? C'est la thèse qui a été soutenue avec beaucoup de raison par M. le professeur Bouchardat (1).
De cette discussion sur la nature et l'étiologie du typhus nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
L — Le typhus est dû à un miasme distinct de celui qui produit la fièvre typhoïde.
II. — Un grand nombre d'épidémies de typhus sont dues à l'importation ; les foyers d'endémicité du typhus en Europe sont l'Irlande, la Silésie, quelques provinces russes; c'est de là qu'il irradie sur les pays voisins.
III. — Un certain nombre d'épidémies de typhus ne peuvent pas s'expliquer par l'importation, et il est permis de croire que le typhus peut se développer de toutes pièces dans des conditions que nous aurons à analyser.
IV. — Les faits cités par Griesinger et par MM. J. Périer, Vital et A. Maurin, d'individus donnant le typhus sans en être atteints, viennent à l'appui de la doctrine de la spontanéité.
Il nous reste à étudier dans quelles conditions naît le typhus, comment une fois né il se propage.
Les circonstancesjjajisjejay^^ de «yphus, soit dans la population civile, soit dans l'armée, sont remar-
(i) Acwlémie de médecine, janvier 1873. La doctrine de la spontanéité a été très- Nen défendu.; aussi par: MM. Fauvel, Acad. de méd., 27 niai 187J- — L Colin art. Ni AME, Met. encjclop.; - Guillemin, les Origines et la prop'ag. du typhus (Gaiclte fubdom., 1873;. ""
270 MALADIES iST ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
quables par leur uniformité : encombrement, misère, viciation de l'aie par des miasmes d'origine animale, telles sont les principales conditions qui toujours et partout président à l'apparition du typhus. S'il s'agissait d'une maladie toujours transmise comme les fièvres éruptives, suivant la comparaison de M. Chauffard, on ne voit pas pourquoi ces circonstances seraient nécessaires; en Irlande, en Silésie, en Pologne, en Kabylie, sur les hauts plateaux du Mexique,, le typhus règne au milieu de populations misérables, malpropres, qui pendant des hivers rigoureux s'entassent clans des demeures infectes.
La famine et le froid favorisent la production du typhus en augmentant la misère et l'encombrement; en 1845 et 1846, la famine poussait en Irlande les populations des campagnes dans les villes, les misérables auberges où ces gens trouvaient un abri furent bientôt remplies, encombrées; elles devinrent autant de foyers d'infection où l'on vit naître les plus mauvaises formes de la fièvre. L'entassement d'une énorme quantité d'individus clans les grandes villes fut, dit Graves (1), en 1817, la principale cause de l'épidémie de typhus qui désola l'Irlande. En 1868, ce sont aussi les Arabes faméliques affluant dans les villes pour y chercher des secours qui firent naître le typhus.
Sur lesMtimfifltsIe typhus se développe lorsqu'il y a encombrement, lorsque les~môvires sont mal tenus, mal aérés, lorsqu'ils ont servi au transport d'animaux qui les ont infectés.
D'après M le Dr Jaccoud, des peaux mal séchées et provenant d'animaux malades auraient provoqué une épidémie de typhus à bord du paquebot-poste la Gironde, pendant sa traversée de retour de la Plata et du Brésil en Europe, au mois de juillet 1874. M. Jaccoud reconnaît que l'aménagement de la Gironde et sa propreté ne laissaient rien à désirer, le paquebot venait d'être remis à neuf, la ventilation était parfaite, il n'y avait pas encombrement à bord (2); c'est clans des conditions tout opposées que se développe en général le typhus; avant d'admettre cette exception à la règle, on est en droit \ de se demander s'il s'agissait bien véritablement du typhus; la desmpTon de M. Jaccoud laisse beaucoup de prise à la critique. Les accidents débutèrent sur des hommes de l'équipage et sur des garçons de salle peu après le passage de la ligne, au mois de juillet, par une température très-certainement excessive que M. Jaccoud a eu le tort de ne pas noter; la fièvre avait le caractère rémittent ou inter-
(1) Graves, Clinique, t. I, p. tt9. .
(S Note lue à l'Académie de médecine, dans les séances du U novembre et du 22 décembre 1874 Gazette hebdomadaire, 1« janvier 187a.
niiltent, le débul était très-brusque, et cliez la plupart îles malades on observait ilu délire avec tendance au suicide par submersion; deux malades seulement sur quatorze présentèrent une éruption érythémateuse qui n'avait pas les caractères de l'éruption exanlhémopétécbiale du typhus, plusieurs furent couverts de sudamina, les symptômes abdominaux et thoraciques faisaient complètement défaut. — Le nombre total des malades s'éleva à 21, sur lesquels y eut 5 décès, 2 par suicide (submersion), 3 par les progrès naturels de la maladie. — Le délire subit avec tendance à la submersion a été observé souvent chez les marins dans les mers intertropicales, les accidents survenus à bord de la Gironde se rapprochent de ceux qui ont été décrits par quelques auteurs sous le nom de cjdjmturej la chaleur a joué très-probablement un rôle bien plus considérable que les peaux entassées à fond de cale. Les malades de la Gironde n'avaientils pas éprouvé antérieurement des atteintes de fièvre palustre? M. Jaccoud a négligé ce détail, qui est cependant d'un haut intérêt; en l'absence même de toute intoxication lellurique, on peut expliquer par des rémittentes climatiques développées sous l'influence seule de la chaleur cette prétendue épidémie typhique ; aucun cas de contagion ne fut observé sur les passagers, il est permis de croire qu'il n'en eût pas été ainsi s'il se fût agi du typhus exanthématique. Les accidents cessèrent, il est vrai, quand on eut désinfecté les peaux (en admettant que quelques injections d'eau phéniquée puissent désinfecter la cargaison d'un transatlantique), mais à ce moment on arrivait sous des latitudes plus élevées, la chaleur était moindre.
Les faits avancés par M. le Dr Jaccoud sont tout au moins discutables, et il n'y a rien à conclure de cette petite épidémie au point de vue de l'étiologie du typhus.
\u\ armées, le typhus se montre surtout pendant les guerres de siège, soit sur les assiégés, soit sur les assiégeants, lorsque ceux-ci sont placés dans de mauvaises conditions hygiéniques et forcés de restgrJongtemps au milieu de cainj^men^jqui sMnfectent^armée Te Charles-Quint devant Metz7arme¥Trançâ1s^ les. hôpitaux, les ambulances, encombrés de malades et de blessés, voient d'abord naître la maladie qui mérite ainsi le nom de lièvre d'hôpital qu'on lui dormait autrefois; le typhus règne surtout en hiver, parce que dans cette saison le soldat se calfeutre dans des baraques, dans des huttes mal aérées (taupinières de Crimée).
Lejvphns sévit principalement sur les hommes affaiblis par les
rhéiques si nombreux lui payaient le plus lourd tribut; cependant en Algérie les Arabes faméliques jouissaient d'une espèce d'immunité
m MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
n périer). parmi les causes adjuvantes, il faut citer encore les fati^ues les refroidissements, l'état de dépression morale qu'on observe dans Vos années vaincues ou soumises à de longues privations.
L'infection du sol a une action évidente sur le développement du ivphus ■ on Crimée, tous les régiments, toutes les ambulances n'avaient pas également à en souffrir; Baudens cite l'exemple de deux ré-iments campés l'un à côté de l'autre, dont l'un fut préservé presque complètement, grâce aux mesures hygiéniques habilement prises, -race surtout à la propreté du campement, tandis que l'autre, pour des ' causes opposées, fut très-éprouvé. Ces deux régiments étaient arrivés en Crimée en même temps, or le premier comptait encore en avril 1856, 2400 hommes à l'effectif et l'état sanitaire y était trèssatisfaisant, tandis que le régiment voisin n'en comptait plus que 1200, presque tous faibles et malingres (1). Le fait suivant emprunte à M Fauvel prouve bien l'importance des conditions locales : <l L'ambulance de la première division, placée clans des conditions insalubres, était ravagée par le typhus, trois des médecins et la plupart des infirmiers attachés à cette ambulance avaient succombe, il fallut 1 intervention du général en chef pour obtenir qu'elle fût transportée sur un terrain plus convenable, et cette seule translation suffit pour éteindre la maladie (2). » . ,
Transmissibilité. ' — Le typhus est une maladie transmissible les faits d'importation par des individus venant de foyers infectes sont si nombreux qu'il ne saurait y avoir de doute à ce sujet, tous les auteurs admettent que le typhus est une maladie importable, ils ne différent que parle rôle plus ou moins grand qu ils font jouer a la contagion et à l'infection.
Dans les hôpitaux de fiévreux de Londres, il est de règle que les infirmiers, les médecins, les étudiants, ont à subir le typhus; lorsau'un individu atteint de quelque maladie autre que le typhus est admis dans un service de fiévreux à Dublin, il prend la fièvre dans l'espace de quinze jours, quelquefois même plus tôt; ce résultat est encore plus certain, dit Graves (3), si l'arrivant a ete place immédiatement à côté d'un typhique. En Irlande, dans une période : de vingtcinq années, sur 1220 médecins attachés aux établissements publics, 560 ont été atteints du typhus et 132 en sont morts (4).
Lorsqu'un typhique est admis dans une salle cl hôpital qui n en
(1) Une mission médicale en Crimée. (Revue des deux mondes, 1857, t. VII, p. 801-900).
(2) Histoire méd. de la guerre d'Orient, p. I0o.
(3) Clinique, t. I, p. 139. •
(4) Murcliison, citô par Griesinger, 0p. cit., p- 1<>-
renfermait pas, ce sont les voisins du malade qui sont les premiers atteints, puis de lit en lit le typhus envahit toute la salle, et dès lors, la salle tout entière étant infectée, les nouveaux arrivants sont pris au hasard; c'est ce que F. Jacquot a ohservé en Grimée (baraques de Pondoukli. op. cit.,, p. 107).
En Crimée, le personnel hospitalier, médecins, aumôniers, sœurs de Charité, infirmiers, a subi des pertes considérables; le typhus d'Algérie ne s'est pas montré moins transmissible. « A Constantine, 3 religieuses sur 6 ayant donné leurs soins aux typhiques, sont atteintes, alors que 13 autres employées à des fonctions diverses, dépense, cuisine, buanderie, restent indemnes; 57 infirmiers sur 126 employés aux typhiques sont atteints, et 12 meurent alors que 125 autres, étrangers à ces malades, ou qui n'avaient avec eux que des rapports éloignés, donnent un seul cas suivi de guérison ; 4 médecins sur 14 plus spécialement chargés des typhiques sont atteints, et 2 succombent alors que 31 autres restent préservés (1). »
On peut soutenir que les hôpitaux sont des foyers d'infection, et que les exemples précédents ne relèvent pas de la contagion ; distinction assez subtile, mais qui a sa raison d'être, car il est important de savoir quel rôle joue le malade lui-même et quel rôle le milieu, dans la propagation d'une maladie transmissible, les mesures prophylactiques à prendre étant différentes suivant les cas. Les faits de typhus transporté loin de ses foyers par des individus malades permettent d'étudier la contagion proprement dite. Dans ces conditions, onjabjerve qjmjajransmissibilité va en s'affaiblissent, c'est ce qui est arrivé au retour HT Crimée : le typhus a été Importé, comme nous l'avons dit, dans plusieurs hôpitaux, notamment au Val-de-Grâce ; il a donné lieu à quelques cas intérieurs, cinq sœurs de Charité ont' été attemles au Val-de-Grâce et, l'une d'elles a succombé, mais la maladie n'a pris nulle part une grande extension.
Le typhus est certainement, comme la fièvre jaune, une maladie b^£™pjdu^^ grand nombrTde faits
lattesteïïtTenGrimée, les officiers ont très-peu souffert du typhus tandis que les médecins militaires, les aumôniers, les sœurs les infirmiers en étaient plus que décimés. Sur un effectif moyen de 450 médecins, il en est mort 58 du typhus, les pertes ont porté surtout sur le personnel des ambulances et des hôpitaux, où elles se sont «evées au quart de l'effectif, tandis que les médecins des corps de troupes vivant en dehors des foyers d'infection ont été beaucoup moins éprouvés; M. le D' Chenu donne les chiffres suivants :
'h Wlal, Uém. cité (Recueil mèm.méd. militaire, 'février 1869 p 93)
A. I.AVERA.v. ' v' '■
i7( MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES. Mortalité par le typhus en Crimée :
,o u» 6»de, e. d. -es .... t WJ g- JOJ.
Médecins
A Constantinople, malgré l'existence de nombreux hôpitaux encombré de typhiques (à un moment donné il y en avait plus de ving , ïè t ptsne s'e répandit pas dans la population (F. Jacquot, Fauvel).
Dans les hôpitaux, le typhus est d'autant plus contagieux que les mahdes sont plus nombreux dans les salles, que l'aération se fait plus mal On peut visiter sans grand danger les typhiques, pourvu que les- Usités soient courtes : « Rarement, dit Griesinger, un simple séjour de courte durée auprès du malade est contagieux; généralement la maladie ne se transmet qu'à la suite de rapports plus prolongesles infirmiers dans les hôpitaux de Londres sont souvent atteints quand ils ont passé cinq ou six semaines auprès des malades. » {Op. cit.,
P' De5^ vêtements ayant appartenu aux typhiques peuvent servir à la émission de la maladie ; à Wilna (1813), les juifs qui achetaient a vil prix les uniformes des soldats français morts du typhus succombèrent en grand nombre (1). Enfin, desjndiyid^^ le c4s ëetde vermine, commVles îribes en 1868 peuvent trans- Î-è^ti^ns^ en être atteints eux-mêmes; cela prouve bien que e typhus ne saurait être comparé aux maladies qui ne se propagent que' par contagion, comme la variole, la rougeole, la scarla-
^On'a beaucoup parlé, à propos du typbus,, d'influences ...dftJK* et d'après quelques auteurs le typhus ne pourrait pas s acclimate! lez les peuples de race latine. On a vu, en Crimée et en Algérie nue les races latines étaient malheureusement aussi aptes que es autres à contracter le typhus; en France même le typhus a règne plu, fois, sans parler des petites épidémies de bagnes et de ^ prisons ■ ie îvphus de 1815 a pris une grande extension, parhcuherement an pays messin. Le typhus, il est vrai, ne s'est pas établi a demeure en France comme il a fait en Irlande,en Silésieet en Pologne; maissi 'on veutcomparer l'état dans lequel vivent les populations misérable» rte ces pays avec celui des populations de nos campagnes, personne ne s'étonnera de cette différence : le climat doux et tempère le la France l'aisance relative des populations, sont des causes d exclusion du typhus bien plus puissantes que les influences mystérieuses dece? Le typhus' s'esl montré plus d'une fois en Bretagne, parc
fli Ozanam, op. cit., t. 111, p
TV Ml US. 275
que les Bretons, par leur malpropreté et leur mépris des règles les plus élémentaires de l'hygiène, se rapprochent des Irlandais, des Polonaises Kabyles; ce n'est pas une affaire de race, c'est une affaire de propreté. *
Pouvons-nous aller plus loin dans la connaissance des causes du typhus? Quelques auteurs l'ont essayé. Hallier croit avoir découvert dans le sang des typhiques un micrococcus qui serait le ferment spécial, la levure du typhus; Hallier prétend même que ce champignon se cultive facilement sur des fruits et des végétaux en putréfaction. Bolkin se rallie à cette théorie, tout en admettant la génération spontanée du typhus (1) ; ce sont là deux opinions peu conciliâmes a moins pourtant qu'on n'admette la génération spontanée des champignons, desferments. Qu'il se développe dans le sang des typhiques des bactéries et des bactéridies, sous l'influence des altérations des humeurs auxquelles on donnait autrefois le nom de putridité, passe encore, cela se voit pour la fièvre typhoïde, pour la variole, etc.; mais que le typhus soit le produit d'un miasme animé végétal ou animal micrococcus ou vibrion, rien n'est moins prouvé. Il est bien plus probable que le typhus est dû à un poison d'origine organique analogue a celui de l'infection purulente, de la fièvre puerpérale; comme le lyphus, ces dern.ères maladies naissent de l'encombrement et se propagent ensuite par contagion ou infection; ce n'est pas sans quelque raison qu on a donné à l'infection purulente le nom de typhus des blesses ; la chimie organique est bien loin d'avoir dit son dernier mot et .1 est permis de croire qu'elle nous fournira un jour de précieux renseignements sur la violation de l'air par des miasmes de nature animale et en particulier par le miasme humain
l.vci-BATiox. - Dans les foyers d'infection créés par le typhus on strnal place pour étudier la durée de l'incubation, aussi les au «eursqui ont observé dans ces conditions ne sont-ils pas dWd En ( nmee les médecins de la flotte ont pu étudier m intes fo ce pomt speaa de l'histoire du typhus : des vLe,«x indemn s jt ue la recevaient des typhiques à leur bord et dix à quinze jolSès embarquement le typhus se déclarait sur l'équipage. Vo ci d' ^ood ,a durée de ,'i„cubation a bord' d quelques" a
U Fkuru* 9 jours.
Le Sam g
L'/ena •
Lf Vauban 13 jours
V 'Algérie
M) Botkin, De la fièvre. Traduct. du docleur A. Georges 1872 '2; F. Jiicquot, op. cit., p. 119. b ' •
" On peut admettre 12 jours en moyenne (maximum 15 jours, Graves, ! Arnoud; minimum 9 jours).
Ses quelques auteurs, la durée de l'incubation pourrait être beaucoup plus longue; lorsqu'un régiment, comme lè 50° de ligne, débarque avec le typhus, tous les hommes ne sont pas trappes en même temps, quelques-uns peuvent l'être seulement un ou deux mois après le débarquement; est-ce à dire que chez ces derniers la durée de l'incubation a été de 30 à 60 jours? Non certes. Les hommes sont pris successivement et transmettent la maladie à leurs camarades restés jusque-là indemnes, chaque nouveau cas ravive l'incendie et le prolonge. N'est-ce pas ce qu'on observe dans un troupeau de moulons frappé par la cjavejée? Tous les moutons ne sont pas atteints le même jour et la maladie sévit sur le troupeau pendant plusieurs mois; on ne peut pas admettre que les derniers animaux frappés ont reçu le virus claveleux en même temps que es premiers, et que l'incubation a été chez eux cinq ou six fois plus longue; dans le régiment atteint de typhus comme dans le troupeau ravage par a clavelée, il y a une succession de contagions qui explique tres-bien la l marche lente de l'épidémie.
Marche de la maladie. Durée. - Le typhus régulier a une durée moyenne de U jours (Hildenbrand, Godelier, Botku i ete > Jenner donne comme durée du typhus Uà21 jours; F. Jacquol lOal ou
Hildenbrand distinguait huit périodes ou stades dans la marche de la maladie; c'est là une complication inutile; la plupart des observateurs sont d'accord pour distinguer deux périodes de durée a peu
F Première période dite de réaction correspondant au premier sep-
lénSeirconde période dite nerveuse, correspondant au deuxième sep-
^Lamaladie peut débuter brusquement par un frisson d'autres fois il v aTs ptd omes : lassitude physique et morale, céphalalgie, verllgls injection des conjonctives, état saburral de la langue, frissons répétés qui peuvent durer trois à cinq jours. ■ I
L'améLration survient subitement du quatorzième au ^-huitième
j° A'côté de ces cas réguliers, il y en a de très-légers, comparables à la fiète t Phoïde abortive, parfois même le miasme typhique n engen que des troubles passagers (typhisation à petite dose F . « , i, y en a aussi de très-graves, les symptômes ^"J^l alors dès le début, et il n'est plus poss.ble de distinguer les deux pe riodes indiquées plus haut.
• Sy.mi'tomatologie. SymptOmes génmiu.v, fièvre, éruption. — La lièvre présente un caractère typique très-prononcé et différent de celui qu elle a dans la fièvre typhoïde (Wunderlich); la température s'élève plus rapidement, dès le premier soir elle atteint d'ordinaire 40°à40°,5; pendant la période d'état (fastigium, Wunderlich), la marche de la température est à peu près la même dans les deux maladies, cependant les maxima thermiques quotidiens sont plus élevés dans le typhus, il y a moins de tendance aux rémissions. Dans la majorité des cas la défervescence est précédée d'une perturbation critique, elle est rapide, la température peut tomber en une seule nuit de -10° à la normale pour ne plus remonter. D'après Botkin (op. cit.), la température commence à baisser, dans le plus grand nombre des cas, au onzième jour, et vers le quatorzième jour la défervescence est complète. Comme dans la fièvre typhoïde, le chiffre des pulsations n'est pas toujours en rapport avec l'élévation de la température.
L'élévation de la température du corps s'accompagne du cortège habituel de symptômes qui constituent l'état fébrile ; céphalalgie, soif vive, anorexie, prostration, fatigue, etc.
L'éruption apparaît vers le cinquième ou sixième jour, elle n'a pas le caractère critique de l'éruption dans la variole; le plus souvent elle est caractérisée par un exanthème analogue à celui de la rougeole, cette comparaison a été faite par un grand nombre d'auteurs. Lors de l'épidémie de Silésie, on confondait au début le typhus avec la rougeole, tant l'éruption ressemblait à l'exanthème rubéolique; l'éruption du typhus, dit M. Godelier, ressemble beaucoup plus à celle de la rougeole qu'aux taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde (loc. cit.); la principale différence entre les deux éruptions, dit Botkin, consiste dans la différence de siège, l'éruption du typhus occupant très-rarement la face, tandis que celle de la rougeole se produit à la face aussi bien qu'au tronc et sur les membres.
Les deux éruptions diffèrent encore par un autre côté : l'éruption de la rougeole est purement exanthémateuse, elle disparaît complètement sous la pression du doigt, tandis qu'au-dessous de l'exanthème typhique il y a souvent des taches plus foncées, plus profondes, ne disparaissant pas par la pression, quelquefois même de véritables pétéchies (éruption exanthémo-pétéchiale de Hildenbrand, taches muricolores de Jenner, exanthème tacheté de rouge de F. Jacquot). Jenner décrit une troisième forme de taches accompagnant assez souvent les précédentes, taches pâles, apparaissant indistinctement, comme si elles étaient situées sous l'épiderme : éruption sous-culiculaire (Jenner), taches ombrées de quelques auteurs; on peut les ren-
contrer dans bon nombre d'au 1res maladies aiguës (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.).
L'éruption est généralement très-abondante au tronc et aux extrémités, mais parfois aussi elle est très-discrète et peut même manquer complètement.
Deux ou trois jours après leur apparition les taches pâlissent, elles ne disparaissent plus par la pression, leur coloration est souvent plus marquée à la partie postérieure du corps (hypostase). L'éruption est suivie, comme dans la rougeole, d'une desquamation furfuracée.
A la face il n'y a pas d'éruption, mais, dès le début de la maladie, on observe wij^jecjmnjd^^ que ce
symptôme en apparence très-secondaire a une importance réelle au point de vue du diagnostic.
Symptômes fournis par le système nerveux. — Pendant la première période on observe une céphalalgie très-intense, de la prostration, moins pourtant que dans la fièvre typhoïde, de l'insomnie, quelquefois du délire, mais c'est surtout dans la deuxième période que les symptômes nerveux deviennent prédominants, d'où le nom de période nerveuse. Le délire est violent et l'on a de la peine à maintenir les malades dans leur lit, ou bien la stupeur domine et le délire est calme et tranquille. Tous les auteurs insistent sur les caractères particuliers de ce délire, plusieurs le comparent au délire alcoolique, à l'ébriété. Les idées délirantes ont souvent un caractère suivi. Pendant l'épidémie de Wilna (1813), le délire représentait aux malades toutes les scènes de la retraite de Russie : « les cosaques poursuivant l'armée, l'incendie des villages et des villes, le passage de la Bérésina, il semblait aux malades qu'ils étaient partagés en une multitude d'individus ou entourés d'autres personnages sans cesse attachés à eux, et qui paraissaient être chargés de satisfaire à leurs besoins de manière que les malades ne croyaient pas s'en acquitter euxmêmes t> (1).
« Un de mes malades, écrit F. Jacquot, chantait vêpres pendant des heures entières; le même a fait un sermon d'une heure que la sœur a trouvé assez bon et passablement suivi ; plusieurs commandaient la troupe ou combattaient les Russes; un jeune soldat auquel j'avais appris à tenir mes cahiers, faute d'aide, prescrivait l'alimentation et formulait des médicaments ; l'infirmier qui me présentait les fers rouges quand je pratiquais la cautérisation transcurrente dans la troisième période du typhus croyait toujours qu'il subissait l'opération et s'en plaignait ou s'en fâchait. Mon ami le docteur M..., que j'ai soigné
(1) Ozanam, op. cit9 t. III, p. '201.
du typhus avec H. Pastureau et qui a échappé à la mort, s'est occupé pendant quatre jours de délire calme à réformer l'assistance publique dans la ville de Vienne en Autriche; deux jours il a été dans des transes mortelles, ne connaissant pas le premier mol des institutions de celte ville; puis, ayant rencontré deux étudiants en médecine allemands de vingtième année qui l'ont initié, il a travaillé nuit el jour avec eux à la réforme. Le docteur Krauss et un autre médecin militaire, qui tous deux ont guéri comme le docteur M..., se croyaient clédoublés en deux personnes dont l'une hien portante s'apitoyait sur le sort de l'autre bien malade. Ce phénomène les fatiguait beaucoup; c'était une véritable hallucination ; ils raisonnaient d'ailleurs avec justesse. J'ai observé deux cas d'hydrophobie assez persistante chez des individus qui raisonnaient bien du reste; c'était une forme de délire monomaniaque. Le docteur S... était d'une gaieté folle; quand on l'interpellait, il sortait en souriant d'un rêve enchanteur pour débiter toutes sortes de gaietés ; il voulait obstinément coucher avec le moulin à café de la sœur, bizarrerie à laquelle-il revenait avec prédilection. Le docteur C... à eu quelque temps la monomanie ambitieuse; il se figurait être roi d'Espagne et évêque de Lyon.JLa gaieté ou l'indifférence m'ont paru plus fréquentes que la tristesse dans le délire t\[i!iiijue. Je ne me souviens que de quatre ou cinq cas au plus de nionomanie triste chez nos typhiques. La monomanie suicide qui a régné sur le Magellan n'était pas triste : quelques typhisés, me disait le baron Darricau, commandant de la marine à Constanlinople, croyaient faire une niche à leurs gardiens en se tuant pour tromper leur vigilancéT(î) »
Au dixième ou onzième jour, l'état typhoïde se prononce de plus en plus; si la maladie doit se terminer par la mort, le typhique tombe dans le coma; si au contraire par la guérison, l'amélioration a lieu souvent d'une"manière subite : du treizième au seizième jour, le malade est pris d'un sommeil profond et tranquille, il se réveille presque guéri.
Les symptômes abdominaux et Ihoracirjues, si importants dans la fièvre typhoïde, n'ont qu'une place bien effacée dans la symptomatologie du typhus. La langue d'abord blanche et saburrale se sèche quand l'état typhoïde se prononce, la constipation est la règle, on mi trouve ni douleur ni gargouillement à la pression dans la fosse iliaque droite; la rate est souvent augmentée de volume.
La bronchite est moins constante, la tendance à l'hypostase pulmonaire moins marquée que dans la fièvre typhoïde.
0) F Ja<vjnot. op. cit., p. I8:j-191.
Anatomie pathologique. — C'est un fait négatif qui caractérise l'anatomie pathologique du typhus :on ne trouve pas dans l'intestin des typhiques les altérations des plaques cle Peyer si constantes dans la fièvre typhoïde (Jenner, Murchison, Griesinger, Jacquot, Godelier, Vital, Périer, etc., etc.). La tuméfaction cle la raie et le ramollissement du tissu musculaire du cœur sont les deux lésions anatomiques les plus souvent notées.
La décoloration et la mollesse du cœur ont été signalées par Jenner, Stokes, Godelier, Périer, Vital, et il est probable que les fibres du cœur sont dégénérées, ainsi que cela s'observe parfois dans la fièvre typhoïde, dans la variole et dans les fièvres pernicieuses.
M. J. Périer (op. cit.) a insisté sur la fréquence des altérations du système nerveux, mais cela se borne le plus souvent à une injection vive des méninges, à un piqueté plus ou moins abondant de la substance cérébrale, lésions banales auxquelles on ne saurait attribuer un rôle important ; quant aux altérations plus profondes, elles sont trèsinconstantes et ne peuvent figurer qu'au chapitre des accidents.
Diagnostic. — Généralement il est facilité par l'épidémicité, mais en dehors môme de cette circonstance le typhus n'est pas difficile à reconnaître, des médecins qui ne l'avaient jamais vu n'ont pas hésité dans leur diagnostic quand, pour la première fois, ils se sont trouvés en face d'un typhique (J. Périer, mém. cit.). Les caractères de la fièvre, l'injection de la face et des conjonctives, l'éruption exanthémateuse ou exanlhémo-pétéchiale, l'absence de symptômes abdominaux, sont autant de signes distinctifs qui induiront rarement le médecin en erreur.
C'est surtout avec la fièvre typhoïde qu'on peut confondre le typhus; nous avons insisté déjà sur les différences étiologiques qui existent entre ces deux maladies, la symplomatologie et l'anatomie pathologique les séparent tout aussi nettement. La durée moyenne est différente, la fièvre dure deux septénaires dans le typhus, trois septénaires ou plus dans la fièvre typhoïde, mais cela n'est vrai que d'une façon générale, la durée de la fièvre ne peut pas servir de base au diagnostic différentiel, il y a des fièvres typhoïdes de quatorze jours et des typhus de vingt et un. Le thermomètre montre que la marche de la température dans les deux maladies est régulière, typique, mais que l'ascension et la défervescence ne se font pas de. la même manière; de plus, on n'observe pas dans le typhus le stade amphibole qui précède souvent la défervescence de la fièvre typhoïde. La différence des éruptions est encore plus caractéristique : Texanthème du typhus ressemble plus à l'éruption de la rougeole qu'aux taches rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde ; le délire présente
TYPHUS. -Kl
dans le typhus des caractères particuliers; les symptômes abdominaux et thoraciques font presque complètement défaut.
Les différences symplomatiques sont si nettes que les partisans de l'identité sont forcés eux-mêmes de reconnaître qu'il y a là deux espèces morbides; seulement, pour eux, ce sont deux espèces du même genre, du genre typhus, capables de s'engendrer réciproquement et relevant de la même cause. Dans celte hypothèse, le typhus et la fièvre typhoïde, qui récidivent très-rarement sur le même sujet, devraient donner l'immunité l'un pour l'autre, or il n'en est rien : Bartlett, Griesinger, Godelier, citent des exemples d'individus qui ont été successivement atteints de fièvre typhoïde et de typhus.
Lorsque dans une épidémie typhoïde le diagnostic est douteux, il faut ouvrir les cadavres des premiers individus qui succombent; s'il n'y a pas d'ulcérations des plaques de Peyer, on peut conclure hardiment au typhus : le diagnostic est écrit dans l'intestin des malades (1). Magnus Huss lui-même dit qu'il est tout à fait exceptionnel de trouver des altérations intestinales chez les individus morts du typhus (2), aven précieux sous la plume d'un des principaux champions de l'identité.
Pronostic. Mortalité. — Lorsque le typhus règne sur des individus affaiblis comme l'étaient nos soldats en Crimée, dans des hôpitaux encombrés où l'infection s'accroît par sa durée même, crescit eundo, comme dans les hôpitaux de Constantinople, la mortalité est très-considérable; en Crimée elle a été de 50 pour 100, de 1 sur 2; c'est surtout en compliquant d'autres affections que le typhus a causé de grandes pertes à l'armée d'Orient, beaucoup de scorbutiques, de diarrhéiques, de dysentériques, étaient enlevés par le typhus, qui dans ces cas ne pardonnait presque jamais. D'après Graves, la mortalité était presque aussi considérable sur les malheureux émigrants irlandais qui en 1847 s'entassaient sur des vaisseaux mal aménagés et émigraient en Amérique. Au contraire, lorsque le typhus donne lieu à de petites épidémies en dehors des foyers d'infection, lorsque les malades sont placés dans des salles vastes et bien aérées, la mortalité est faible • au Val-de-Grâce, en 1865, elle n'a été que de 14 pour 100. Griesinger, en comparant les chiffres fournis par différents auteurs, a trouvé que la mortalité moyenne était de 15 à 20 pour 100, c'est-àdire à peu près égale à celle de la fièvre typhoïde.
Prophylaxie. Traitement. — Nous avons vu combien était grande l'influence du milieu sur le développement et la propagation des
(1) Cilé par Jenner, op. cit., p. 233. (% M. Huss, op. cit., p. 21.
épidémies de typhus; le typhus est une des maladies qui relèvent le plus directement de l'hygiène et sur lesquelles la prophylaxie a le plus de prise. Si le typhus était simplement une maladie contagieuse, comme les fièvres éruptives, on ne comprendrait pas la toute-puissance de l'hygiène pour empêcher l'éclosion des épidémies et, conséquence déplorable de cette doctrine, on serait amené à négliger les mesures prophylactiques les plus capables d'éloigner le typhus pour ne s'occuper que de la contagion. Nous avons démontré que le typhus pouvait se développer de toutes pièces dans des circonstances données, ce sont ces conditions favorables à la genèse et à la propagation des épidémies typhiques qu'il faut prévenir dans les armées. L'hygiène générale des camps sera surveillée avec un soin minutieux, les fosses servant de latrines seront établies à une distance suffisante, les cadavres d'hommes et d'animaux transportés loin du camp et enterrés à une profondeur suffisante; on ne laissera pas les hommes s'entasser comme en Crimée clans des taupinières infectes, on les exercera autant que possible à l'air libre, et on veillera avec soin à l'aération des baraques ou des tentes. La sollicitude intelligente des chefs de corps peut beaucoup contre le typhus et contre le scorbut. Qu'on se rappelle l'histoire de ces deux régiments qui, campés en Crimée côte à côte, arrivés en même temps, furent si inégalement frappés par le typhus (Baudens, loc. cil.); l'un des campements avait été tenu avec une propreté minutieuse, c'était là tou.t le secret de l'immunité des troupes qui l'occupaient. La compagnie des fuséens(12° d'artillerie, ■4e batterie) a joui aussi en Crimée d'une immunité presque absolue pour le typhus, grâce aux excellentes mesures prises par le commandant L. Jacquot; les tentes étaient espacées et la plus stricte propreté régnait partout, les rues avaient été empierrées, chaque tente était munie d'une sorte de lit de camp et d'une cheminée clans laquelle brûlait continuellement du feu; les hommes se livraient à de nombreux exercices au dehors, l'alimentation était l'objet d'une sollicitude toute particulière. Pendant tout le rude hiver de 1855 à 1850, cette batterie n'envoya à l'ambulance que cinq cas de typhus (1). D'autres corps (5° chasseurs à pied, 26e de ligne) parvinrent également à se préserver du typhus.
Malgré tous les soins de propreté, les camps finissent par s'infecter; il faut autant que possible les déplacer de temps à autre, les transporter clans des endroits bien choisis, élevés, secs, non boisés et bien aérés. Si les nécessités de la guerre ne permettent pas un grand déplacement, on fera abattre de temps en temps les tentes et les bâ-
ti) F. Jacquot, op. cit., p. 283.
raques, et après avoir aéré ou désinfecté les matériaux qui les composent, on les rétablira à une petite distance de l'emplacement qu'elles occupaient.
Il faut se mettre en garde aussi contre la contagion : si le typhus règne dans l'armée ennemie, on évitera de faire séjourner des troupes sur les mêmes emplacements que l'ennemi; avant d'occuper les casernes et les hôpitaux de Metz, en 1870, les Prussiens eurent grand soin de s'assurer que le typhus ne régnait pas parmi nous; les prisonniers malades ou blessés seront rigoureusement isolés.
Le typhus une fois déclaré dans une armée, il faut isoler les typhiques; mais il n'est pas nécessaire de les transporter à une très-grande distance*, d'autant que ce transport dans les conditions où il se fait en temps de guerre, est extrêmement pénible pour les malades ; en Crimée, les évacuations, qui se faisaient par mer, ont coûté la vie à bien des malheureux typhiques. Les évacuations au loin par chemin de fer pourraient seules donner de bons résultats. Les typhiques seront soignés dans des hôpitaux spéciaux, et non mêlés aux blessés et aux autres malades, on évitera ainsi les cas intérieurs si nombreux dans les hôpitaux infectés; pendant le seul mois de février, dit M. Fauvel, il y eut 1235 cas intérieurs dans les hôpitaux de Constantinople ! le nombre total des typhiques dans ces hôpitaux était de 2848, les cas intérieurs en avaient fourni presque la moitié!
L'n personnel hospitalier sera affecté spécialement au soin des typhiques, on choisira autant que possible pour infirmiers des hommes ayant eu le typhus.
Dans ces hôpitaux spéciaux, s'ils sont bien tenus, s'il n'y a pas encombrement, l'infection ne sera pas plus considérable que dans les hôpitaux anglais et irlandais réservés aux fiévreux, on aura grand soin d'espacer les lits et d'aérer convenablement les salles; Bateman, à Londres, a pu écarter presque complètement la contagion dans son service par une ventilation complète et une propreté scrupuleuse (1); Pringle avait remarqué que le typhus était moins grave dans les salles où, faute de carreaux, l'air circulait librement; la même observation a été faite en Crimée.
Si l'on dispose de bâtiments convenables, suffisamment étendus et bien aménagés pour recevoir des malades, on peut se dispenser d'élever des hôpitaux baraqués, qui s'infectent tout aussi bien que les constructions plus solides; une salle grande et bien aérée, dans laquelle se trouvent peu de lits, vaut toutes les tentes et toutes les baraques pour le traitement des typhiques.
/I) Grie*inger, op. cit., p. 153.
La dissémination des troupes sur lesquelles règne le typhus offre pour ces troupes de grands avantages, mais elle est assez dangereuse pour les populations au milieu desquelles elle se fait. Si, en 1856, le typhus ne s'est pas répandu en France, il n'en a pas été de même en 1814. Il faut donc prendre des précautions, faire camper les régiments atteints loin des villes, jusqu'à ce qu'ils ne fournissent plus de typhiques, les hommes seront baignés et recevront des uniformes neufs, comme cela a été prescrit lors du retour de Crimée; les typhiques seront envoyés aux hôpitaux ou aux ambulances et isolés avec soin, le personnel hospitalier est surtout exposé dans ces cas.
Lorsque la famine éclate dans une contrée, il faut s'efforcer d'éviter l'encombrement dans les villes, isoler les faméliques, et se rappeler que ces hommes peuvent donner le typhus sans l'avoir eux-mêmes; les vêtements provenant de ces individus ainsi que ceux des typhiques seront désinfectés ou brûlés.
Il n'est pas plus possible de faire avorter le typhus que la fièvre typhoïde, et comme dans cette dernière maladie le traitement ne peut être que symptomatique, Botkin (op. cil.) préconise l'emploi des bains froids, suivant la méthode de Ziemsen ou de Brand; les réflexions que nous avons faites sur cette médication dans la fièvre typhoïde s'appliquent au typhus; si le traitement par les bains froids est d'une application difficile dans nos hôpitaux, en temps de paix, à bien plus forte raison le sera-t-il dans les conditions où se développe le typhus dans les armées, c'est-à-dire en campagne et sous la forme épidémique.
On peut employer comme antipyrétique le sulfate de quinine, qui réussit surtout lorsque le typhus règne dans des pays palustres et se complique de fièvres rémittentes ou intermittentes ; en Crimée, le sulfate de quinine, dit Baudens (1), a donné de bons résultats chez les malades qui appartenaient aux corps campés sur les bords de la Tchernaïa.
Au début, les évacuants (vomitif ou purgatif) sont souvent indiqués; comme l'intestin n'est pas malade, on peut insister sans crainte sur les purgatifs. Les saignées générales sont condamnées par tous les auteurs.
Au quinquina sous forme d'extrait on peut joindre à la deuxième période l'acétate d'ammoniaque ou le camphre; les révulsifs, sinapismes, vésicatoires, sont souvent utiles. A la dernière période, comme moyen héroïque, on a employé à Constantinople, et quelquefois avec succès la cautérisation transcurrente sur les parties latérales de
(1) Voir les belles leçons de Graves sur le traitement du typhus fever {Clinique, t. I).
la c olonne vertébrale (F. Jacquet). Dans le délire violent, Graves prescrivait l'opium uni à de petites closes d'émétique (1).
On alimentera les malades comme dans la fièvre typhoïde et on surveillera avec le même soin leur hygiène.
(1) Voir les belles leçons cliniques de Graves sur le traitement du typhus fever, op. cit., t. I, p. 115-2-24.
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