‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 63 sur 127 · CORPS · texte numérisé non relu

CORPS

DÉCÈS sur

1000 hommes d'effectif.

DÉCÈS par maladies spécifisur

1000 décès généraux

DÉCÈS par maladies tuberc.

sur

1000 décès généraux

La statistique médicale de l'armée a confirmé cet excès de mortalité par phthisie dans la garde de Paris.

En 18t>0, la mortalité générale par phthisie dans l'armée française ét.'int de '1. '11 sur 1000 hommes d'effectif, 2.89, en ajoutant au chiffre :les décès celui des sorties définitives pour phthisie, on a :

(1; Recueil mém. méd. militaire, 1815, t. LIX, p. 43.

(2) L. Laveran, Mém. cité (Ann. d'Iitjg. publ. et de méd. lég., 1860, t. XIII,

Garde Impériale

Corps spéciaux de la ville de

Mortalité par phth'isie : 4 sur 1000.

Paris

Infirmiers militaires

En 1 872, la mortalité générale par phlliisie étant de 2.06 sur 1000 — de 4.55 pour 1000, en ajoutant le chiffre des sorties définitives par phlliisie, on a :

Sous le nom de corps spéciaux de la ville de Paris, la statistique confond en 1869 : la gendarmerie de la Seine, là garde de Paris et les sapeurs-pompiers; en 1872, la gendarmerie de la Seine, la gendarmerie mobile (résidant à Versailles), les deux légions de la garde républicaine et le régiment des sapeurs-pompiers.

On s'est appuyé sur les chiffres élevés de la mortalité par phlhisie des gardes républicains et des infirmiers militaires pour soutenir la contagion de la tuberculose; la garde républicaine réside toujours à Paris, dans un foyer souillé de virus tuberculeux, c'est pour cela, a-t-on dit, qu'elle paye à la phlliisie un tribut plus lourd que les autres, corps; quant aux infirmiers, la théorie de la contagion expliquait encore mieux leur grande mortalité. INous discuterons plus loin la théorie de la virulence et de la contagion de la tuberculose, nous croyons devoir faire dès à présent quelques remarques sur les chiffres, précédents.

En 1869, l'excès de mortalité par phlhisie dans les corps spéciaux de Paris est de 2.33, de 1.56 en 1872, voilà le fait; mais faut-il invoquer seulement le séjour à Paris pour l'expliquer?

Il est regrettable que la statistique ne donne pas séparément la mortalité par phlliisie dans la garde républicaine et clans les sapeurspompiers; ces corps résidant également à Paris doivent avoir la même mortalité par phlhisie dans l'hypothèse des conlagionnistes, tandis que si l'âge plus élevé et le mode de recrutement des gardes de Paris esl pour quelque chose dans la fréquence de la phlhisie, les sapeurspompiers, composés d'hommes jeunes, agiles, pelils, bien constitués, doivent présenter une mortalité par phthisie moins considérable, malgré leur séjour constant à Paris. La statistique médicale ne nous permet pas de faire cette comparaison, mais mon père a prouvé, pour la

Infanterie de ligne

Cavalerie

Corps spéciaux de la ville de

Mortalité par phlhisie : 2.15 sur 1000. . — 2.70 —

Paris

Infirmiers militaires

période île 183-2 à 1859, que la mortalité par phthisie était moindre dans les sapeurs-pompiers que dans les gardes de Pans.

La statistique présente une autre lacune regrettable, elle ne donne pas le chiffre des sorties définitives pour phthisie et par armes, or il serait très-intéressant de comparer ces chiffres dans la garde républicaine et dans les autres corps. Lorsqu'un soldat d'infanterie ou de cavalerie présente les premiers signes de la phthisie, on le réforme le plus rapidement possible, il n'en est pas ainsi dans la garde républicaine. Ce corps spécial est composé d'hommes qui ont fait de la profession militaire leur carrière, qui souvent n'ont pas de famille où ils puissent se retirer lorsque la phthisie les atteint; on a de la peine «i leur faire abandonner leur situation militaire avant l'époque de la retraite, on hésite à rendre à la vie civile des malades qui ont pris bien évidemment leur maladie au service, et qui une fois sortis de l'hôpital vont se trouver peut-être clans une situation difficile; c'est là une cause d'excès apparent de la mortalité par phthisie dans ce corps.

Autres causes: nous avons vu que le chiffre de la mortalité par phthisie s'élevait progressivement clans l'armée avec les années de service, or les hommes n'arrivent dans la garde républicaine qu'après avoir passé par d'autres corps, alors qu'ils ont déjà un ou deux ans de service, souvent davantage; enfin les gardes ne se rengagent pas, ils continuent à servir jusqu'à l'âge de la retraite, sans être soumis à la visite médicale, qui a lieu dans tous les autres corps au moment du rengagement et qui constitue une deuxième sélection dont l'effet est d'écarter les tuberculeux comme l'avaient fait une première fois les conseils de révision.

L'ex-garde impériale présentait à peu près le même excès de mortalité par phthisie que la garde de Paris. En 1869, elle perdait 4 hommes sur 1000 par phthisie, les corps spéciaux de Paris, 4.6 sur 1000; cependant la garde impériale ne séjournait pas toujours à Paris, elle avait aux environs des garnisons dont la salubrité était parfaite; mais la garde impériale se recrutait comme la garde de Paris, dans les autres corps avec de vieux soldats; l'armée anglaise, placée tout entière dans des conditions d'âge à peu près analogues à celles des légions de la garde républicaine et de l'ancienne garde de Paris, présente, comme nous Pavons dit, une mortalité excessive par maladies tuberculeuses.

La phthisie fait plus de victimes parmi les ouvriers des villes que parmi les habitants des campagnes; en Angleterre il y a, d'après Boudin (1) :

(!) Boudin, État sanitaire et mortalité des armées de terre et de mer, loc. cit.

Décès par phthisio sur 1000 habitants.

Dans les villes 4.30

Dans les campagnes 3.50

Diirérencc.... 0.86

Mais quand on songe à la différence d'existence de l'ouvrier des villes et de l'habitant des campagnes, on s'étonne de ne pas trouver un écart plus considérable encore : ici, c'est le travail assidu dans des fabriques ou des ateliers, au milieu d'un air vicié de cent façons; c'est une habitation malsaine, une nourriture falsifiée et insuffisante, sans compter les habitudes vicieuses qui exagèrent ces causes de maladie; Là.c'est le travail en plein air, c'est la vie sobre et régulière du laboureur avec une nourriture saine et abondante quoique grossière. Ces différences n'existent pas pour la population militaire, qui partout est soumise à une règle unique; habillement, logement, nourriture, exercices, tout esta très-peu près uniforme, quelle que soit la garnison: dans les grandes villes seulement les corvées sont plus nombreuses, les fatigues plus grandes.

L'excès de mortalité par pbtbisie des infirmiers militaires s'explique par un recrutement défectueux et par le séjour des hôpitaux, dont l'influence évidemment malsaine se traduit par un excès de mortalité générale dans ce corps qui perd environ deux fois plus d'hommes que les autres. Lorsqu'on demande des infirmiers dans les régiments, les chefs de corps se débarrassent assez volontiers de leurs non-valeurs; quant aux hommes qui sont recrutés directement et désignés par les officiers de recrutement, ce sont trop souvent les individus les moins forts de la classe. Qui de nous n'a entendu dire : Tel homme est un peu faible, mais on pourra en faire un infirmier? C'est là une profonde erreur, le service des infirmiers est fatigant en temps de paix, plus fatigant encore en temps de guerre, il demande des hommes vigoureux et bien constitués; pour soigner les autres, la première condition est de n'avoir pas à se soigner soi-même.

Page 1