CHAPITRE XV II
VAP.10I.1C. VACCINE.
La question de l'ancienneté de la variole a eu le privilège, comme celle de l'ancienneté de la syphilis, de passionner quelques auteurs très-érudits, trop érudits même. Quand il s'agit d'une maladie aussi nettement caractérisée que la variole, ne suffit-il pas de constater qu'elle si pas décrite dans les principaux ouvrages que nous a légués l'antiquité? Pourquoi aller rechercher des passages plus ou moins obscurs que l'on soumet ensuite à de savantes interprétations? Hippocfale el Galien étaient bien de force à décrire la variole s'ils l'avaient ^observée* Les épidémies de Thucydide et de Galien (voy. peste antique, grandes épidémies) ne peuvent pas être considérées comme appartenant à la variole.
Ku vi siècle le doute disparaît, et bien que la variole soit décrite par des évêques, qui ne sont ni des Thucydide ni des Galien, on la reconnut facilement. Marks d'Avenches (chronique pour 570) et Grégoire de Tours (livre IV pour l'année 580) signalent la maladie comme nouvelle; Grégoire de Tours l'appelle les mauvaises pustules, il parle . rêsiculeset des pustules qui caractérisent l'éruption (1). Les médecins arabes, Rhazès, Avicenne, décrivent avec soin les fièvres éruptives, Avicenne dislingue la variole (varioli) de la rougeole et de la scarlatine (morbilli).
Si la variole a existé avant le vi° siècle, ce qui est fort probable, on peut affirmer que c'est seulement à partir de celte époque qu'elle s'est étendue en Europe; nous ne la suivrons pas dans ses migrations à travers le monde, nous n'avons a nous occuper que de sa marche et de sa fréquence dans les armées.
U;mt la découverte de la vaccine, la variole devait être très-fréquente dans les armées, milieux favorables à toutes les contagions, mais nous manquons de renseignements précis à cet égard; les auteurs qui ont é. i it sur les maladies des armées se sont occupés surtout des maladies
I Liltré, Des grandes épidémies. Médecine et médecins. Paris, 187-2.
qu'on observe en campagne (Tringle), or les camps sont bien moins
favorables que les casernes à la propagation des maladies virulentes.
La vaccine a en pour effet tic diminuer le nombre des épidémies de variole, mais non de les faire disparaître, comme le prouvent les recrudescences de 1822, 4834, 1846 et 1870.
En 1870, avant la déclaration de guerre, la variole régnait en France dans bon nombre de départements, particulièrement dans ceux du Morbihan, d'Ille-el- Vilaine, deVaucluse, de l'Ardèche, delà Nièvre, de la Haute-Saône; à Paris l'épidémie sévit tout d'abord sur la population civile; l'armée, composée d'hommes depuis longtemps sous les drapeaux, vaccinés etrevaccinés, eut très-peu à souffrir, mais les événements qui suivirent la déclaration de guerre modifièrent cet état de choses. Les mobiles des départements, dirigés sur Paris, furent logés chez l'habitant et prirent, au contact de la population civile, le germe de la variole; l'épidémie se propagea facilement parmi ces jeunes «eus qu'on n'avait pas eu le loisir de revacciner et dont beaucoup peut-être n'avaient jamais été vaccinés. Pendant la première période du siège de Paris, ce sont les mobiles qui présentèrent, dans l'armée, le plus grand nombre de cas de variole, mais par la suite l'épidémie se généralisa et s'étendit à tous les corps; le nombre des militaires atteints de variole pendant le siège a été environ de 6.76 pour 100 ou 68 pour 1000 (1).
La fréquence de la variole dans les armées est en raison inverse du nombre des revaccinations qui y sont pratiquées et du soin qu'on y apporte; les revaccinalions ont été adoptées assez tardivement dans l'armée française, aussi pendant longtemps la mortalité par variole a-l-elle été plus forte dans notre armée que dans les armées étrangères.
En 1849, dans un rapport fait à la Société des sciences médicalesde la Moselle, la mortalité par variole dans l'armée française pour la périodecomprise de 1838 à 1849 est estimée 1/29 de la mortalité générale; les auteurs du rapport (2) constatent que la variole donne lieu à un bien plus grand nombre de décès dans l'armée française que dans les armées anglaise, prussienne et wurtembergeoise, déjà soumises à la pratique de la revaccination.
Pour la période de 1832 à 1859 mon père a Irouvéque la mortalité par variole était plus forte dans l'armée française que dans la population civile; sur 13422 décès, il y en a 534 par variole, .ce qui donne une moyenne de 39 sur 1000 décès généraux; voici le tableau pour différentes garnisons.
(1) L. Colin, la Variole et la Rougeole pendant le siège de Paris, 1870-187 1 . P;n-is,
(2) Rapport sur les maladies qui ont régné à Metz de 18:38 à 18i9,.par MM. Thibaut, Degott et L. Lavcran. Met/, 1819, p. 12.