‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 72 sur 127 · VARIOLE. M · texte numérisé non relu

VARIOLE. M

MOIITM.1TK l'AH YUUOI.K DANS LÎARMKE, DE IB82 A IHj'J.

(L. Lavcnm, loe. cit.)

GARNISONS

DÉCÈS

,CÉ.NKIl.M'\.

DÉCÈS

pur variole.

RAPPORT I 000 dccas.

Maubetige

Pour la période de 18(32 à 1872, la statistique de l'armée donne sur 37 931 décès généraux 724 décès par variole, soit 19 décès par variole sur 1000 décès généraux, chiffre beaucoup plus faible que celui indiqué par mon père pour la période de 1832 à 1859; il est vrai de dire que pour les années 1870 et 1871, les plus chargées de variole, la statistique fait défaut.

En comparant le chiffre des varioleux à celui de l'effectif, on trouve pour la période de quatre années comprise de 18GG à 1869, 3.32 cas de variole pour 1000 hommes et 2.1 décès seulement' pour 10000 hommes et par an (1).

En 1 872, après l'épidémie qqe nous venions de traverser, la mortalité par variole devait naturellement tomber à son minimum; le nombre des varioleux n'a été en effet que de 253 pour toute l'armée (effectif 429 973), sur lesquels il y a eu 34 décès, soit une mortalité de 0.088 pour 1000 ou de 0.88 pour 10000.

Nous avons dit qu'en 1870-1871 lamortalité par variole s'était élevée dans l'armée de Paris au chiffre très-considérable de6.76 sur 100; au contraire l'armée allemande, soumise exactement à la pratique des vaccinations et desrevaccinations, ne perdaitpendanl toute la campagne que 201 hommes de variole sur un effectif de 9139(37 hommes.

il) Sialùt médic. 1803, p. 38.

Pendant la guerre de la sécession, il y a eu dans l'armée américaine

lr« année 1310 cas île variole 412 décès. 2o 2822 1132

Influence de l'âge, des saisons. Marche des épidémies. — Tandis que la rougeole el la scarlatine n'atteignent que les jeunes soldais, la variole se répartit plus uniformément sur toute la durée du service ; dans la population civile on observe un fait analogue, la variole n'est pas au même degré que les autres fièvres éruplives une maladie de l'enfance. La variole ne peut se produire que quand l'immunité conférée par une première vaccination est épuisée; c'esl là vaccine qui chez l'enfant, comme chez le soldat, retarde l'apparition de la variole.

Bien que la variole ne respecte pas les vieux soldats, les sous-olliciers, cependant elle présente encore son maximum de mortalité dans les premières années de service (L. Laveran, mém. cité), -et ce sont les corps où l'âge moyen est le plus élevé qui ont la mortalité la plus faible (garde de Taris), tandis que les infirmiers militaires, trèsexposés à la contagion, subissent les pertes les plus fortes.

Pour la période de 1832 à 1859 on a (1) :

La pratique régulière des revaccinalions peut heureusement empêcher celte grande mortalité des infirmiers; les chiffres précédents correspondent à une période où les revaccinalions n'étaient pas adoptées dans l'armée française. En 1870-1871, les infirmiers de l'hôpital des varioleux de Bicêtre ont moins souffert de la variole que les autres corps de l'armée. « Sur près de 200 infirmiers qui ont figuré dans le personnel hospitalier de Bicêtre, où du reste presque tous ont été revaccinés sous mes yeux, dit M. L. Colin, il n'en esl guère entré qu'une quinzaine à l'hôpital par le fait de variole, el nous n'avons eu parmi eux qu'un décès- pour cette même maladie pendant le quatrième trimestre 1870. » {Op. cil., p. 84.)

Le maximum de fréquence de la variole correspond à la saison froide, qui favorise l'extension de toutes les maladies contagieuses. Mon père a trouvé que les décès par variole se réparlissaient ainsi : hiver, 132 décès; printemps, 138 ; été, 84; automne, f>2; les mois

Mortalité en général par variole sur 1000 décès

Gardes de Paris

Infirmiers militaires

(1) L. Laveran, loc. cit., p. 255

VARIOLE mJ les plus cfcttgés dans le tableau qu'il donne sont ceux (le janvier, février, mars.

La statistique médicale île l'armée fournit la répartition des deçes par trimestre; mais les trimestres ne correspondant pas exactement aux saisons, ces chiffres n'ont pas grand intérêt.

Lorsque la variole règne épidéiniquemenl dans une garnison, tous les régiments peuvent être frappés, mais ils le sont successivement, tour à tour; la maladie se propage lentement', par contagion, et non par suite d'une influence épidémique générale. Pendant le siège de Paris, dit M. L. Colin, chaque régiment devenait à son tour le terrain d'une petite épidémie de variole, qui s'y manifestait comme isolément avec ses phases successives d'angment, d'état et de déclin; les tableaux de la répartition par corps fournis par M. L. Colin (op. cit., p. NID permettent de constater que, parmi les régiments qui formaient Tannée de Paris, les uns furent frappés au début du siège, les autres à la tin. Celte marche des épidémies de variole est importante à noter, elle donne le temps de procéder à des revaccinations en masse quand une épidémie commence.

La variole se propage uniquement par contagion, elle est inoculable et contagieuse à distance, par les voies naturelles. La condition la plus favorable pour prendre la variole (en dehors de l'inoculation^ consiste évidemment à visiter un varioleux, à séjourner auprès de lui: mais combien de personnes contractent la variole sans s'être trouvées dans ces conditions! — Les croûtes provenant de varioleux en voie de guérison sont un des moyens les plus ordinaires de la dissémination de la maladie, leur propriété virulente n'est pas douteuse; pendant longtemps les Chinois s'en sont servis pour développer la variole, au lieu de pratiquer l'inoculation, ils conservaient des croûtes de variole et les plaçaient dans les narines des individus à varioliser. A la période de dessiccation, les varioleux ne gardent plus ni le lit ni la chambre, ils sortent et vont semant la variole dans lous les lieux publics. Ces croûtes sont d'autant plus dangereuses que pendant longtemps elles gardent leurs propriétés virulentes : aussi les salles qui ont contenu des varioleux conservent-elles après le départ de ces malades le pouvoir de développer la variole, chaque recoin des murs, chaque fente du plancher devient un réceptacle pour les particules virulentes qu'un hasard peut faire sortir de leur repos, un coup de vent ou de balai suffit pour cela, la poussière virulente se mêle à l'air que respirent les nouveaux occupants.

Formes. Variole hémorriiagique. Ràsh. — Les formes sous lesquelles se présente la variole sont -assez variables suivant les épidémies, mais cette variété de formes n'est cependant pas aussi grande

que pour la rougeole et la scarlatine-. Les varioles sont plus ou moins confluenles, lesvarioloïdes pou vent dominer et imprimer aux épidémies u n caractère de bénignité, d'autos fois les éruptions précoces auxquelles mi a donné le nom de rash sont communes, ou bien les varioles prennent la forme hémorrhagique; nous ne nous arrêterons qu'à ces deux dernières espèces, souvent observées lors de l'épidémie de 1870-1871.

Des hémorrhagies peuvent se produire à toutes les périodes de la variole : 1° au début, sous forme de larges ecchymoses qui s'accompagnent d'hématuries ; 2° à la période d'élal, lorsque l'éruption est très-abondante, l'inflammation de la peau très-vive; 3° enfin des ecchymoses se montrent quelquefois à la période de dessiccation; le nom de variole hémorrhagique ne convient qu'aux cas où les hémorrhagies sont primitives; l'éruption de la variole avorte, les pustules à peine développées se flétrissent en prenant une teinte noire, quelquefois même, la mort est si rapide que l'éruption n'a pas le lemps de se produire. Les formes qui s'accompagnent d'hémorrhagies secondaires sont graves sans doute, mais curables, la variole hémorrhagique d'emblée est toujours mortelle.

Les malades atteints de variole hémorrhagique meurent avec tous les symptômes d'une asphyxie rapide: dyspnée considérable, cyanose, refroidissement des extrémités. Les recherches de M. le docteur Brouardelel de Chalvet nous fournissent une explication très-plausible de celle mort rapide. M. Brouardel a trouvé que clans la variole et la scarlatine hémorrhagiques les gaz du sang étaient diminués au moins de moitié; d'après les recherches- de Chalvel, tous les éléments essentiels du sang sont plus ou moins modifiés dans la variole hémorrhagique; la fibrine subit une diminution qui peut aller jusqu'à sa disparition presque complète (dans une des analyses faites par Chalvet, il n'y avait plus que 0,087 de fibrine au lieu de-2 à 3 pour 1000); les globules sanguins perdent la propriété de fixer l'oxygène et se déforment. Le sang circule dans les poumons, le malade accélère instinctivement les mouvements respiratoires, mais par suite de l'altération des globules les échanges gazeux qui constituent la respiration pulmonaire ne peuvent plus s'effectuer; le résultat est le même que si la respiration avait lieu dans une atmosphère irrespirable ou souillée d'oxyde de carbone, qui, grâce à son affinité particulière pour l'hémoglobine, annihile comme on sait les corpuscules du sang (Cl. Bernard).

La dégénérescence des petits vaisseaux (l) et la défibrination du

(1) A. Laveran, Des dégénéresc. qui se.produisent dans les maladies aiguës, et de leurs conséquences au point de vuedinique (Arch. gén. de mcd., 1870).

Y.YlilOI.K. 3ti)

sanir expliquent les hémorrhagies multiples. MM. Desnos et Huchart ont appelé l'attention sur la fréquence des complications cardiaques dans la variole, de la myocardite en particulier (1). S'agit-il bien d'une inllaminatiou du muscle cœur? Non, très-probablement ; le cœur subit une dégénérescence analogue à celle des autres, muscles, encore cette dégénérescence y est-elle beaucoup moins marquée, beaucoup plus difficile à constater, attendu que les fibres du cœur ne subissent presque jamais (je dirais jamais si je m'en lenais à mon observation personnelle) la dégénérescence granulo-vitreuse ; or l'état granuleux de ces libres n'a rien de bien caractéristique, et il est difficile de dire où s'arrête l'état normal, où commence l'état pathologique. D'après MM. Desnos et Huchart, la myocardite se traduit pendant la vie par un souille doux à la pointe et au premier temps, l'altération des muscles papillaires déterminant, d'après ces auteurs, une insuffisance milrale et Iricuspide.

On pourrait croire que pendant le siège de Paris le scorbut a favorisé le développement des varioles hémorrhagiques ; M. le professeur L. Colina montré (op. cit.) que l'influence scorbutique n'avaitjoué / ici aucun rôle; c'est au début du siège, alors 'que le scorbut n'existait pas, que les varioles hémorrhagiques se présentèrent avec le plus de fréquence, tandis qu'elles disparurent à la fin du siège, lorsque le scorbut commença à sévir. Il est à remarquer que les altérations du ^sang sont très-différentes dans le scorbut et dans la variole hémorrhagique; nous verrons plus tard que dans le scorbut la quantité de fibrine du sang augmente ou du moins reste normale; au contraire, dans la variole hémorrhagique, sa diminution est très-considérable.

Pendant la dernière épidémie, la variole s'est accompagnée fréquemment des éruptions précoces qui ont reçu en France le nom de rash; je dis en France, bien quele mot soitanglais, car en Angleterre le mot rash a un sens différent de celui que nous lui donnons, il signifie seulement une éruption, et les Anglais ne l'emploient qu'en Passociantà un autre mot qui en détermine le sens : variolous rash mulberry, rash etc.

Les éruptions précoces de la variole étaient très-bien connues au temps des inoculations; après la découverte de la vaccine, on eut plus rarement l'occasion de les constater; le rash fut décrit cependant par Delpechen 1858, et par Trousseau, qui lui attribua une signification favorable au point de vue du pronostic (2).

Le rash se montre vers le deuxième ou le troisième jour de la ma-

(I; Desnos et Huchart, Union médicale, 1870-1871. (î) Trousseau, Clin, méd, 1« édit., 1861, t. I, p. 81.

ladie sous forme tle taches érylhémateuses plus ou moins étendues, plus ou moins foncées., qui ressemblent aux éruptions de la rougeole et de la scarlatine, plus rarement à celles du purpura et de l'érysipèle: rash niorbilliforme, scarlaliniforme, purpurique, érysipélateux.

Le rash scarlaliniforme est de beaucoup le plus fréquent, il est constitué par de larges plaques d'un rouge framboise, tout à fait analogues à celles de la scarlatine, qui occupent les plis des aines et qui s'étendent plus ou moins loin sur les cuisses, et sur l'abdomen. Sur le fond rouge des plaques inguinales on voit souvent se produire des points plus foncés dus à des hémorrhagies capillaires; parfois aussi de véritables ecchymoses.

Lorsque le rash scarlaliniforme se généralise, il est difficile de dire, dans quelques cas, s'il s'agit d'une variole ou d'une scarlatine; l'angine scarlatineuse lève tous les cloutes quand elle existe, mais elle n'est pas constante; du reste, à moins que le malade ne succombe à cette période, le diagnostic ne reste pas longtemps incertain : s'il s'agit d'un rash généralisé, l'éruption pâlit rapidement, et vers le quatrième jour de la maladie on voit poindre les papules de la variole.

Pendant l'épidémie de 1870-1874 , on a eu trop souvent l'occasion de constater que le rash n'avait pas, au point de vue du pronostic, la signification favorable que Trousseau lui avait assignée; il est bien prouvé aujourd'hui que le rash peut se produire dans les varioles les plus graves comme dans les varioloïdes les plus bénignes; le rash généralisé, purpurique, annonce même souvent des varioles hémorrhagiques et par conséquent mortelles (L. Colin, op. cit.). Avec le rash purpurique il ne faut pas confondre les petits points ecchymoliques qui se produisent au milieu des plaques scarlatiniformes et qui sont une conséquence de la congestion très-vive de là peau ; dans ce dernier cas, l'éruption n'entraîne pas le pronostic défavorable qui s'attache au rash purpurique proprement dit.

Autrefois on croyait que la rougeole ou la scarlatine se mélangeaient à la variole pour produire ces éruptions, il n'est même plus nécessaire de discuter une opinion qui a perdu tout crédit ; le rash est « un épiphénomène de la variole (1) », rien de plus.

Traitement. Prophylaxie. — La thérapeutique est impuissante à faire avorter la variole, à transformer une variole confluente en varioloïde; l'acide phénique, préconisé dans ces dernières années, ne réussit pas mieux que les médications qui ont été successivement en honneur. Les varioloïdes guérissent spontanément, les varioles discrètes et cohérentes guérissent le plus souvent à l'aide d'un traitement pure-

(1) A. Legroux, art. Rash., Diction, encyclop. des se. méd.

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