‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 73 sur 127 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

ment hygiénique, les varioles confluentes guérissent rarement et les varioles hémorrhagiques jamais.

La prophylaxie prime complètement ici la thérapeutique; nous pouvons prévenir la variole, cela doit nous consoler de notre impuissance quanti nous nous trouvons en présence de ses formes graves ; l'étude de la vaccine viendra naturellement après celle de la variole, après le mal, le remède; que ne pouvons-nous en faire autant pour toutes les maladies !

Quand la variole s'est déclarée dans une caserne, dans un régiment faisant partie d'une garnison nombreuse, il faut craindre de la voir s'étendre aux autres casernes, aux autres régiments, il faut revacciner immédiatement tous les hommes qui ne l'ont pas été depuis leur arrivée au corps, ce qui du reste doit se faire en tout temps; il a fallu des événements aussi imprévus que ceux de 1870-1871 pour nous taire assister à un grand développement épidémique de la variole dans l'armée. Avant la déclaration de guerre, la variole était épidémique à Paris dans la population civile; mais l'armée, soumise régulièrement à la pratique des revaccinations, n'en avait présenté qu'un petit nombre de cas lorsque arrivèrent les mobiles des départements.

Les hommes atteints de variole seront envoyés d'urgence à l'hôpital et isolés avec soin des autres malades; dans la plupart des hôpitaux on affecte aux varioleux une salle spéciale, mais une salle qui communique avec les autres, cet isolement n'est pas suffisant; il faut aux varioleux un pavillon séparé et un personnel particulier; les infirmiers employés à ce service doivent être revaccinés avec soin. En temps d'épidémie, il est bon d'installer, comme à Londres, des hôpitaux spéciaux de varioleux. Pendant le siège de Paris, les militaires atteints de variole étaient envoyés soit à l'hôpital de Bicêtre, Soit à l'école d'Àlfort transformée en ambulance. On pouvait craindre l'influence de ces grandes agglomérations de varioleux, soit pour les malades eux-mêmes, soit pour le personnel chargé de les soigner et pour la population militaire environnante. M. le professeur L. Colin, chargé de diriger le service médical à l'hôpital de Bicêtre, a démontré que l'installation d'hôpitaux spéciaux pour les varioleux n'avait présenté que des avantages; les faits qu'il rapporte empruntent aux circonstances où ils se sont produits toute la valeur d'une expérience : « Situé dans les glacis du fort de Bicêtre, au milieu des principauxouvrages de défense du sud, entre les forts d'Ivry et de Montrouge, au voisinage des redoutes du Moulin-Saquet, de Ville juif et des Hautes-Bruyères, cet asile était naturellement entouré de masses considérables de troupes; notre voisinage s'imposait forcément à tous ces postes et plus spécialement au fort de Bicêtre, dont l'enceinte

n'était qu'à quelques mètres de nous. Il y avait nécessité, au milieu de cette foule qui précisément était celle qui nous fournissait des malades de nous isoler d'elle autant que possible, dans son intérêt, ci de fermer rigoureusement nos portes à tous ceux qui n'appartenaient pas à l'hôpital comme malades, fonctionnaires ou employés.

» Malheureusement, une circonstance qui se rattachait elle-même aux nécessités de la défense nous interdisait l'application de cette mesure, qui de toutes semble la plus obligatoire pour , un hôpital de varioleux.

» Dans un des pavillons de l'hospice était installé l'état-major d'une division militaire, d'où résultaient non-seulement quelques dangers pour le personnel de cet état-major, mais encore un va-et-vient continuel de plantons, d'ordonnances, nécessité par les communications permanentes qui le reliaient d'une part avec Paris, d'autre part avec les régiments des garnisons environnantes-, d'où enfin impossibilité de fermer l'hôpital comme on l'eût évidemment fait dans les circon stances ordinaires.

> La masse de nos malades n'allait-elle pas engendrer de puissantes causes d'insalubrité intérieure et extérieure, infection noso- BomiaLe, abondance et dissémination périphérique des germes virulents? Quand on songe à la quantité de pus sécrété par un seul varioleux, soit durant la période de suppuration et l'exanthème, soit à l'époque où se forment chez un si grand nombre ces vastes phlegmons qui envahissent parfois toutes les régions de l'organisme; quand on se rappelle toutes les sécrétions muqueuses entraînées par l'angine spéciale à cette affection, on recule à la pensée de la masse de matière morbide, virulente, devant s'accumuler dans un établissement qui recevra des milliers de varioleux. Il est certain que si quelque part l'atmosphère a dû être saturée de germes contagieux, figurés ou non, solides ou gazeux, c'est bien dans notre hôpital de Bicêtre. Et cependant, un fait aujourd'hui pour nous très-évident, c'est que l'agglomération d'un si grand nombre de malades ne semble en rien avoir aggravé leur affection ; nous avons eu des accidents d'infection purulente, des complications adynamiques, un grand nombre de formes graves; mais ces faits avaient lieu chez nous en même temps qu'ils se manifestaient dans d'autres établissements où les varioleux étaient relativement peu nombreux; et la preuve qu'ils n étaient m spéciaux ni plus communs à l'hôpital de Bicètre, c'est que notre mortalité fut identique à celle dont furent alors frappés les mêmes malades, soit au Val- de-Gràce, soit dans d'autres ambulances

» Preuve nouvelle que dans les affections nettement virulentes, a cause bien spécifique, à évolution pour ainsi dire bien déterminée

VARIOLE. 373 à l'avance, le sort du malade dépend en général de l'énergie avec laquelle s'est imprimé en lui le germe contagieux, plutôt que des circonstances au milieu desquelles il subit son affection. Aurions-nous observé la même innocuité réciproque des malades, si, au lieu de varioleux, nous avions eu des typhiques ou des dysentériques?...

i D'autre part, le personnel hospitalier de Bicèlre a été peu éprouvé par la variole, et s'il a réellement subi une influence morbide, cette influence n'a rien eu de spécifique, se traduisant par les affections que semblent engendrer les hôpitaux trop peuplés, n'importe la nature des affections qu'on y traite ; aussi, pendant leur séjour a Bicêtre, nos infirmiers ont-ils été atteints moins de variole que d'embarras gastrique, de diarrhée, de fièvre typhoïde ; nous veYrons que le même fait s'est produit à l'égard des sœurs de Charité attachées à notre hôpital...

i Quant à la population environnant Bicêtre, on verra que notre voisinage a été nuisible aux corps casernés près de nous et qui se trouvaient en libre communication avec l'hôpital ; telles étaient les ■ garnisons de Yillejuif, des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet; tels étaient aussi tous les détachements casernés dans quelques maisons situées au-dessous de l'hospice, connues sous le nom de Kremlin, et à travers lesquelles cheminaient nos entrants et nos sortants. Nous indiquâmes à plusieurs reprises, dans notre correspondance, les inconvénients des rapports forcés de notre hôpital avec les diverses garnisons environnantes; il y eut là incontestablement une source de propagation de la maladie. Mais, en revanche, nous avons acquis la conviction que les germes de la variole sont loin d'être extrêmement dilfusibles et transportables par l'atmosphère; de tous les forts qui nous environnaient, le plus voisin était celui de Bicêtre, distant d'une centaine de mètres des bâtiments occupés par nos malades ; la garnison de ce fort était exclusivement composée de marins qui, ne relevant pas pour leur service de l' état-major installé dans notre hôpital, n'y venaient eux-mêmes que rarement; malgré ce voisinage, celte garnison n'eut guère plus de varioleux que celle des autres forts occupés par les marins sur les divers points de l'enceinte de Paris...

» Nous estimons, d'après les faits précédents, qu'il y a des limites fort restreintes à la diffusion atmosphérique des produits virulents.

» Ce ne sera pas sans doute assez de la largeur d'une rue pour sauvegarder la population environnante, si l'on établit en ville des hôpitaux de varioleux; on ne peut et on ne doit pas installer de semblables hôpitaux au sein des quartiers peuplés, ni surtout dans des locaux contigus aux habitations du voisinage...

i Mais si l'on transporte ces établissements dans des quartiers peu habités ou en dehors de l'enceinte de la ville, il suffira d'une zone

d'isolement peu étendue, 80 à 100 mètres, pour enlever à ces foyers leur dangereuse influence sur les habitations du voisinage.

» C'est dans des conditions de ce genre qu'a été construit à Londres le nouvel hôpital spécial, Small Pox hospilal, qui, élevé en 1850, n'a jamais transmis la variole aux quartiers ^voisinants. » (L. Colin, op. cit., p. 36-45.)

La pratique de l'inoculation était un premier progrès dans la prophylaxie de la variole, et nous devons croire qu'elle donnait d'assez bons résultats, car en Angleterre on inoculait encore en 1841, 46 ans après la découverte de la vaccine; Trousseau, qui s'était servi quelquefois de l'inoculation, dit qu'il n'hésiterait pas à y recourir encore si, à l'approche d'une épidémie de variole, il manquait de vaccin (1). Aujourd'hui la vaccine a détrôné l'inoculation dans tous les pays civilisés, quelques peuples barbares sont seuls restés fidèles à une pratitique qui était celle de leurs pères. Le Dr H. Blanc, dans ses notes sur l'Abyssinie, donne des renseignements très-intéressants sur la. façon dont les indigènes de ces contrées dévastées périodiquement par la variole pratiquent l'inoculation : une incision superficielle de 2 ou 3 centimètres de long est faite à l'avanl-bras avec un rasoir, le barbier est généralement l'inoculateur, on frotte dans cette incision de la matière prise sur un cas bénin de petite vérole et avant que la lymphe soit devenue purulente.

Malgré cet abandon de l'inoculation, il est intéressant de rechercher comment les choses se passaient autrefois, et de comparer les effets de l'inoculation à ceux de la vaccination; Stoll nous donne à cet égard des renseignements très-précis; il conseille l'inoculation avec la pointe d'une lancette, vers l'insertion du deltoïde, aux deux bras (2). Au 3e jour après la piqûre; il y a, dit-il, un peu de rougeur et un point induré; le 4° jour, rougeur plus intense, démangeaisons, formation d'une vésicule, le 5° jour la vésicule se transforme en pustule, elle est entourée d'un certain nombre de vésicules dont l'ensemble constitue la variole mère. Le 7° jour, la fièvre, varioleuse première sa déclare et dure les 8° et 9e jours ; au 10° ou 11° jour, l'éruption générale apparaît plus ou moins abondante, la fièvre cessantou s'adoucissant beaucoup; les 12%13° et 14° jours, une nouvelle fièvre (de maturation) a lieu avec

(1) Clinique, t. 1, p. 37.

(2) Stoll, Aphorismes, traduct. Mahon, p. 186.

horripilation, par l'élévation, l'inflammation et la suppuration des pustules, dit Stoll; enfin, le 15° jour, le mouvement fébrile s'apaise, et les pustules se dessèchent. — En somme, les malades inoculés avaient des varioles le plus souvent discrètes qui ne différaient des varioles non inoculées que par l'existence delà variole mère; quelquefois l'éruption était eonfluente, en tout cas les individus inoculés pouvaient transmettre la variole, dont on entretenait le germe à l'aide des inoculations faites chaque jour; aussi cette pratique, tout en conférant L'immunité à un grand nombre de personnes, eut-elle pour effet de rendre plus communes les épidémies de variole; avant l'inoculation, la petite vérole était épidémique à Londres comme 42; pendant l'inoculation, elle le fut comme 54, et depuis la vaccine elle ne l'est plus que comme 14 (1).

On avaitremarqué depuis longtemps, dans quelques comtés d'Angleterre, que les femmes qui avaient pris le cow-pox en trayant les vaches étaient à l'abri de la variole; dès 1774, un fermier du Glocestershire, B. Jesty, inocula le cow-pox à sa femme et à ses fils; cette hardiesse pensa le faire lapider. Jenner fit ses premières vaccinations en 1796; s'il ne fut pas le premier à inoculer le cow-pox, il eut le grand mérite de comprendre l'importance d'une découverte qu'il contribua puissamment à vulgariser. La vaccine fut importée d'Angleterre dans le Hanovre, en Allemagne, puis en France.

On crut d'abord que la vaccine conférait une immunité complète, à vie ; il ne pouvait pas en .être autrement : pendant les premières années qui suivirent la découverte de [Jenner, on n'observa aucun cas de variole après vaccination, il fallut attendre 14 ou 15 ans pour que l'action prophylactique de la vaccine s'épuiscât chez les premiers vaccinés; en 182-2, la variole présenta une recrudescence épidémique, et ne respecta pas toujours les individus vaccinés ; alors seulement on comprit la nécessité des revaccinations.

Dès 1831 on commença à revacciner les troupes dans le royaume de Wurtemberg, les revaccinations réussirent clans le tiers des cas environ; on pouvait légitimement en conclure que chez le tiers des hommes l'action préservatrice de la première vaccination s'était épuisée ; en 1833, mêmes résultats dans l'armée prussienne. Sur près de 20 000 revaccinations pratiquées dans l'armée danoise, de 1843 à 1847, plus de la moitié donnèrent un succès complet.

(1) Rapport à la commission sanit. des États-Unis, F. G. par Smith et Stilé, Evans, op. cit.

Les heureux effets de cette pratique ne se firent pas attendre.

De 1833 à 1837, bien que la petite vérole eût clé importée 16 fois dans divers régiments wurtembergeois, il n'y eut, sur 14381. soldats revaccinés, qu'un cas de varioloïdc. Dans l'armée prussienne, pendant les 10 années antérieures à 1831, les cas de petite vérole après vaccination augmentaient de nombre et de gravité; il y avait chaque année plusieurs milliers de varioleux ; dès qu'on eut adopté la revaccination, la moyenne annuelle des décès par variole tomba de 104 à 2. Depuis 184-3, la revaccination est obligatoire dans l'armée bavaroise; de 1843 à 1857, il n'y a eu clans cette armée aucun décès par variole; dans les armées suédoise, danoise et badoise, les résultats n'ont pas été moins favorables.

En France, les revaccinatious furent prescrites en 1857, sur l'avis du conseil de santé des armées :

« Tous les jeunes soldats arrivant au corps, soit en contingent, soit isolément, et à quelque litre que se soit, devront, avant d'être, soumis aux exercices ou assujettis à aucune espèce de service, être mis à la disposition du médecin pour être vaccinés, qu'il existe ou non chez eux des traces de vaccine. » Note ministérielle du 31 décembre 1857.

Il est intéressant de comparer les résultats des revaccinations dans les différentes armées, le tableau suivant (Smith et Stilé, loc. cit.) donne ces résultais pour les armées wurtembergeoise, bavaroise, prussienne et anglaise :

NOMBRE

RÉSULTATS SUR 1000 REVACCINATIONS,

ARMÉES

de

re vaccinations.

succès parfait.

succès modifié.

sans succès.

On voit que dans ces quatre armées le nombre des succès est du tiers environ. La statistique médicale de l'armée française donne:

En 1869, sur 50297 revaccinations, 16667 succès, 33630 insuccès, soit 33.1 succès sur 100 revaccinations, ou 1 sur 3, comme dans les autres armées. En 1872, sur 22 303 revaccinations, 4381 succès et 17 922 insuccès, soit seulement 19.6 succès sur 100. Il y a lieu sur-

tout de s'étonner du faible chiffre de succès indiqué pour les vaccinations : en 1872, sur 2338 vaccinations pratiquées, il y en a (d'après la statistique) 059 avec succès, 1079 sans succès; il n'est pas admissible que sur 100 hommes vaccinés pour la première ibis on en trouve plus de 70 réfraclaires à la vaccine (1).

La plupart des hommes qui arrivent au corps présentent des traces de vaccine. En 1809, H5 "876 recrues se répartissent ainsi :

Varioles 3916 soit 3 38 sur 100

Vaccinés 107343 — 92.64 —

Non-varioles ni vaccinés 4617 — 3.98 —

Pour 1872, les proportions sont à peu près les mêmes.

Plusieurs auteurs ont cherché à fixer la durée de la préservation conférée par la vaccine, et à établir par conséquent à quelle époque il fallait faire les revaccinations ; les chiffres les plus différents ont été adoptés tour à tour, les uns étendant le pouvoir préservatif jusqu'à 25 ans, d'autres le réduisant à 5 ou 6 ans. Evidemment on peut citer un certain nombre défaits qui prouvent que des personnes vaccinées avec succès ont été prises de variole quelques années après cette vaccination, mais qu'est-ce que cela prouve? Assurément on ne peut pas en conclure que le pouvoir préservatif de la vaccine n'est que de 4, 5 ou G ans (1) ; on ne saurait établir une moyenne en ne tenant compte que des minima de préservation. Nous n'avons pas du reste à discuter la question de savoir à. quel âge on doit commencer les revaccinations, il nous suffit d'avoir établi qu'elles sont nécessaires chez les soldats qui arrivent dans les corps, c'est-à-dire à 21 ans, et qu'elles donnent alors près d'un tiers de succès.

Nature du vaccin. — C'est sur une fille d'étable inoculée naturellement en trayant une vache atteinte de cow-pox, que Jenner recueillit du vaccin pour la première vaccination. Qu'est-ce donc que le cow-pox? L'éruption du cow-pox ou picote de la vache est constituée par des pustules siégeant sur les pis ou les trayons; pustules ombiliquées, entourées d'une aréole inflammatoire, aussi larges parfois que des pièces de 0 fr. 50; on peut trouver de 10 à 20 pustules sur les pis et les trayons^ d'un même animal. Au moment de l'éruption, les vaches présentent quelques symptômes généraux : fièvre, perte d'appétit, la sécrétion du lait s'altère ou se tarit; les croûtes découvrent en tombant (du 18B au 24° jour) des ulcérations souvent profondes. Le cow-pox a été retrouvé bon nombre de fois depuis Jenner :

M Stalisl. méd. pour 1869, p. 224; pour 1872, p. 168.

(i) Communie, de M. Hervieux. (Académie de médecine, séance du 9 février 1875).

d'après le docteur Héring, de 1831 à 1835, 188 vaches ont été atteintes de cow-pox dans le royaume de Wurtemberg ; en 1833, Macpherson en a vu plusieurs cas près de Calcutta; en 1836 le cow-pox a été observé à Passy, puis dans le département d'Eure-et-Loir; des épizooties de cow-pox ont régné dans plusieurs districts d'Angleterre et clans un village voisin de Saint-Pétersbourg (1838) (1).

Ainsi de temps à autre le cow-pox apparaît .chez la vache, soit à l'état sporadique, soit à l'état d'épizooties.

Jenner avait remarqué que le cow-pox se développait surtout dans les fermes où les mêmes personnes étaient chargées de panser les chevaux et de traire les vaches; plusieurs autres faits tendent à prouver que le cow-pox et le horse-pox (eaux aux jambes) relèvent du même virus : les docteurs Pichot et Manoury (1856), Loy (d'Aislaby), Sacco (de Naples), Viborg, Rilter (de Kiel) et M. Lafosse, vétérinaire à Toulouse, ont inoculé le liquide des pustules du horse-pox soit à des vaches, soit à des enfants, et ces inoculations ont produit, chez les vaches le cow-pox, chez les enfants la vaccine.

La commission lyonnaise de la vaccine (u2) a étudié avec soin la transmission du cow-pox aux solipèdes : le cow-pox est inoculable au cheval, et produit chez lui une éruption qui ne diffère de celle du cowpox que par la rareté de l'ombilication des pustules et l'abondance de la sécrétion; le contenu des pustules inoculé à la vache donne lieu au cow-pox, à la vaccine chez l'enfant. Mais, dit le rapport, il a toujours paru que le vaccin s'affaiblissait en passant par le cheval, tandis qu'il reprenait toutes ses propriétés en revenant à la vache; l'organisme du cheval est moins apte que celui de la vache à la culture du vaccin, il est donc probable que la race bovine est par excellence la patrie du vaccin.

Les expériences de la commission lyonnaise nous permettent encore de répondre cà cette question très-controversée : le virus vaccin n'est-il que le virus varioleux modifié par l'organisme de la vache? L'inoculation de la variole aux vaches détermine une éruption caractérisée par de très-petites papules souvent/lilTiciles à voir, ce qui ex-

(1) Rapport sur le prix relatif à la vaccine pour 1842, par Serres, Acad. des sciences, séance du 10 mars 1845).

(2) Vaccine et variole. — Nouvelle étude sur la question de l'identité de ces deux affections. Étude faite au nom de la Société des sciences médicales de Lyon, par une commission composée de MM. Bondet, Cliauveau, Delore, Dupuis, Gailleton, Horand, Lortet, P. Meynet et Viennois; rapport par MM. Chauveau, président delà commission; Viennois, secrétaire; P. Meynet, secrétaire adjoint. (Expériences communiquées à l'Académie de médecine dans la séance du 30 mai.) — (Gaictte hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1865, p. 337-353-386-401-418.)

vaccine. 379 plique pourquoi plusieurs observateurs disent n'avoir jamais obtenu que des résultats négatifs. Cette éruption, si différente de celle qui constitue le cow-pox, reste localisée; le virus provenant des papules perd rapidement ses propriétés quand on l'inocule à d'autres animaux ; au contraire, inoculé à des entants, il donne lieu à des varioles parfaitement caractérisées. « Donc l'organisme des vaches est inhabile à transformer en vaccin le virus varioleux, donc la petite vérole n'est pas La même chose que la vaccine (1). » Du reste, la variole inoculée à la vache lui procure l'immunité pour le cow-pox, de même que la vaccine met l'homme à l'abri de la variole.

Notons en passant que le cow-pox se développe parfaitement chez les animaux qui ont eu la maladie aphtheuse, d'où l'on peut conclure que cette épizootie n'est pas le cow-pox.

La variole s'inocule au cheval comme au bœuf, elle détermine chez lui une éruption locale sans phénomènes généraux ; l'éruption papuleuse qui se développe aux points inoculés est bien plus marquée que chez le bœuf; tout animal qui a eu le horse-pox perd en grande partie la propriété de contracter la variole; sur trois enfants inoculés avec du virus variolique équin, deux prirent des varioloïdes, le troisième ne présenta rien. (Rapport cité.)

Les docteurs Thiélé et Ceely prétendent avoir réussi à donner le cow-pox aux vaches en leur inoculant la variole, et le cow-pox ainsi développé serait devenu la source d'un excellent vaccin; d'après les observateurs lyonnais, MM. Thiélé et Ceely auraient produit la variole chrz les vaches, non le cow-pox, et leur prétendu vaccin ne serait que du virus varioleux.

De tous ces faits on peut conclure avec la commission lyonnaise de la vaccine : 1° que le cow-pox est une maladie propre à la race bovine, susceptible de se transmettre au cheval (horse-pox) et à l'homme (vaccine). — 2° Que le virus vaccin diffère essentiellement du virus varioleux, et que l'organisme de la vache est impuissant à transformer le virus varioleux en virus vaccin.

De la vaccination. — De tous les procédés de vaccination, le.meilleur sans contredit est celui qui consiste à vacciner de bras à bras; le choix du vaccinifère doit surtout préoccuper le médecin, nous y reviendrons à propos de la syphilis vaccinale.

Généralement on prend le vaccin du huitième jour; on peut ainsi avoir un jour par semaine, toujours le même, réservé aux vaccinations; dans la pratique civile il est très-difficile de faire autrement, mais dans l'armée, comme on a les hommes sous la main, il est aussi

(1) Rapport cité, loc. cit., p. 403

simple de vacciner avec du vaccin du cinquième ou du sixième jour ainsi que Trousseau le recommande; il importe de n'employer que de la lymphe vaccinale, et non du pus, qui expose aux phlegmons.

Le vaccin conservé (en tubes ou en plaques) jouit évidemment d'une efficacité bien moindre que le vaccin frais, on ne doit l'employer que dans les cas où il est impossible de s'en procurer d'autre; alors on vaccinera d'abord des enfants ou des individus n'ayant jamais été vaccinés, et l'on se servira du vaccin ainsi développé pour les revaccinations.

Trois piqûres à un bras sont suffisantes, il n'est pas prouvé qu'un plus grand nombre de piqûres confère une immunité plus grande, tandis qu'il est certain que la multiplication des piqûres augmente les chances d'accidents : phlegmons, adénites axillaires; la vaccination sera pratiquée de préférence sur le bras gauche, qu'il est plus facile de tenir au repos que le droit.

Le j.our même de l'inoculation, il n'est pas rare d'observer un peu de rougeur autour des piqûres, mais cette rougeur disparaît rapidement, et c'est seulement du deuxième au troisième jour qu'on voit survenir une petite vésicule entourée d'une aréole rosée. La vésicule s'accroît rapidement en même temps que l'aréole; au huitième jour, la vésicule s'est transformée en pustule, et l'aréole a un caractère inflammatoire bien marqué; les ganglions de l'aisselle sont souvent douloureux et un peû tuméfiés; la pustule se rompt soit spontanément, soit sous l'influence du grattage el des frottements de la chemise, il se forme des croûtes qui tombent et se reproduisent ; souvent au vingtième jour après la vaccination, les petites plaies suppurent encore.

Chez l'adulte les symptômes généraux manquent en général; il ne se produit pas d'éruption secondaire et, en comparant les effets de la vaccination à ceux de l'inoculation telle qu'on la pratiquait autrefois, on se convainc facilement qu'il s'agit de deux virus différents.

Il faut éviter avec le plus grand soin tous les accidents que peut occasionner la vaccination, non-seulement à cause du danger qu'ils présentent par eux-mêmes, mais aussi parce qu'ils discréditent la vaccine; le public n'apprécie pas les bienfaits de la vaccine qui ne sont pas immédiats, tandis que les accidents consécutifs à la vaccination sont amplifiés et commentés par lui; il faut bien se rappeler que tout accident qui surviendra chez un individu récemment vacciné sera attribué au vaccin, d'après le fameux adage : Post hoc, ergo propter hoc; le médecin doit donc être sur ses gardes et ne vacciner que des hommes en parfait état de santé. On évitera facilement les phlegmons du bras et les adénites axillaires en ne faisant usage pour

la vaccination que de sérosité vaccinale et non de pus, et en donnant quelques jours de repos aux hommes vaccinés dont les pustules sont enflammées ou les ganglions axillaires douloureux.

SïPHHJS vaccinale. — Les faits les plus connus sont ceux de Rivalta et de Lupara. En 1850, à. Lupara (royaume de Naplcs), M. Marone vaccine, dans les premiers jours de novembre, un certain nombre d'enfants avec du vaccin conservé et renfermant un peu de sang, 23 enfants prennent la syphilis à la suite de l'inoculation, les mères qui allaitent leurs enfants sont prises à leur tour et transmettent la syphilis à leurs maris; Il autres enfants vaccinés sur les premiers prennent également la syphilis, la transmettent à leurs nourrices et aux nourrissons non vaccinés de ces femmes. A Rivalta, un enfant est vacciné avec du vaccin en tube (1861); 63 autres enfants sont vaccinés sur le premier, 4-6 prennent la syphilis et 20 la transmettent à leurs mères.

Trousseau, A. Turenne, MM. Millard, Laroyenne, Rodet (deLyon), Bouvier, ont cité des exemples très-probants de syphilis vaccinale; M. Lancereaux a réuni tous ces faits, et du tableau très-complet qu'il en donne (1) il résulte que 258 individus environ ont été infectés par la vaccine. C'est beaucoup trop sans doute, mais quand on songe au nombre immense des vaccinations et revaccinations qui ont été faites depuis 1796, quand on songe surtout qu'on ne prenait autrefois aucune précaution contre la syphilis vaccinale, il est permis de dire que ces déplorables accidents, très-rares autrefois, sontencore moins à craindre maintenant que nous sommes sur nos gardes. D'après M. Viennois, c'estle sang mêlé au vaccin, non le vaccin lui-même, qui est le véhicule de la contagion (2).

On choisira comme vaccinifère un enfant âgé de plus de trois mois (la syphilis héréditaire se développe rarement passé cet âge), dont on connaît les parents, ou bien un adulte qui n'a jamais eu la syphilis ; on évitera de mélanger du sang au virus vaccin, et après chaque vaccination on nettoiera avec soin sa lancette; quand on vaccine coup sur coup un grand nombre de militaires, il y a des chances pour qu'il y ait quelques syphilitiques sur le nombre; or la lancette peut trèsbien se charger d'un peu de sang qui, transporté chez les individus vaccinés ensuite, développera la syphilis sans que le vaccin en soit la cause directe; il est bon d'avoir plusieurs lancettes, qu'un aide est

(1) Traité théorique et pratique de la syphilis.

(î) Viennois, De la transmission de la syphilis par la vaccination (Arch. gén. de méd., juin et septembre 1860). Voyez aussi : Discussion sur la syphilis vaccinale à l'Académie de médecine en 1861-1865 et 1869 {Gazette hebdomadaire, années 1865 et 1869, passim).

chargé d'essuyer après chaque vaccination; se défier du vaccin conservé, qui est recueilli en général dans les maternités, c'est-à-dire à une source à bon droit suspecte; à Lupara et à Rivalla, c'est du vaccin conservé qui a été le point de départ des épidémies de syphilis vaccinale. Lorsqu'on ne dispose que de vaccin conservé et suspect, le mieux est de l'inoculer à une génisse et de se servir du cow-pox artificiel ainsi développé pour les vaccinations et revaccinations qui pourront ensuite être continuées de bras à bras.

Ceci nous amène à parler du vaccin animal qu'on a voulu substituer au vaccin humain. Les défenseurs de la vaccine animale ne se sont pas contentés d'exagérer comme à plaisir les dangers de la syphilis vaccinale, ils ont accusé le vaccin humain d'avoir dégénéré.

Jamais le cow-pox n'a donné une immunité absolue contre la variole, les premiers individus vaccinésne jouirent de l'immunité que pendant 15 ou 20 ans, c'est encore ce qu'on observe aujourd'hui; mais pendant les 15 ou 20 années que la vaccine mit à épuiser son action sur les premiers vaccinés, on pouvait, on devait croire que la variole ne reprendrait jamais son empire sur eux; ajoutons que beaucoup d'adultes furent vaccinés à cette époque, ceux-là n'eurent pas besoin d'élre revaccinés, et l'immunité conférée par une seule vaccination parut être complète ; c'est seulement en 1822 et 1834 qu'on vit que l'efficacité de la vaccine s'épuisait à la longue. La dégénérescence du vaccin humain n'est nullement prouvée, aujourd'hui comme autrefois les enfants vaccinés en naissant sont préservés jusqu'à l'âge de 14à 15 ans, souvent davantage.

Dès 1845 Serres (rapport cité) appelle l'attention sur l'inoculation de la vaccine à la vache comme moyen de se procurer du vaccin et de le régénérer; « mais, ajoute-t-il, le moyen qui doit être préféré à tous les autres, le seul même dans lequel la science puisse avoir une entière confiance jusqu'à ce jour, est celui de le reprendre à sa source, comme le recommandait Jenner; ce n'est même- que la rareté de cowpox naturel qui a suggéré aux médecins la recherche des moyens de le produire d'une manière artificielle. »

En 1865, M. le docteur Warlomont préconisa en Belgique le vaccin animal (1), c'est par son initiative que fut créé,àBruxelles, un institut vaccinal de l'Etat ayant pour objet la culture du vaccin sur des génisses et la distribution gratuite de ce vaccin. M. le docteur Warlomont a résumé ainsi les avantages de cette méthode (2) : 1° La vaccination animale crée une source illimitée de matière vaccinale capable de

(1) Bulletin de l'Acad. de Belgique, 1865, t. VIII.

-2) Communie, faite au congrès méd. de Vienne (Gaz. hebdom., 8 mai 1874).

répondre presque instantanément aux besoins les plus impérieux et les plus étendus; 2° elle met sûrement à l'abri de la syphilis vaccinale.

En 1866, la question de la vaccine animale fut portée devant l'Académie de médecine, à propos du prétendu cow-pox que M. le docteur Lanoix avait été chercher à Naples (1) ; et en 1867, M. le professeur Depaul proposa, dans son rapport, l'organisation en France de la vaccine animale (2). Pendant quelque temps le vaccin animal fut à la mode à Paris, on ne rencontrait partout que génisses vaccinifères. Ces génisses n'étaient pas atteintes de cow-pox naturel, on leur inoculait tout simplement du vaccin humain qui, disait-on, se trouvait ainsi régénéré. Les résultats de cette régénération ont été bien singuliers: la proportion de succès pour les revaccinations, qui était de. 32 pour 100 dans l'armée avec le vaccin humain, est descendue à 16 pour 100 chez les militaires revaccinés à l'Académie de médecine avec du vaccin animal.

La vaccination de bras à bras constitue un excellent procédé qui restera très-certainement dans la pratique; pour éviter la syphilis vaccinale il suffît de prendre les précautions indiquées plus haut; c'est seulement dans le cas où la provenance du vaccin est douteuse qu'il est sage de l'inoculer tout d'abord à une génisse. La vaccine animale peut fournir une grande quantité de vaccin à un moment donné, c'est là un grand avantage ; une épidémie de variole éclate dans une gàrninison, on manque de vaccin pour faire toutes les revaccinations nécessaires, rien de plus facile qued'envoyer dans celte garnison une ou plusieurs génisses vaccinifères. La marche progressive des épidémies de variole permet cette prophylaxie in extremis, et plusieurs fois on a arrêté, par des revaccinations en masse, des épidémies qui menaçaient' de s'étendre.

Procès de la vaccine. — On a accusé la vaccine d'avoir rendu plus communes la fièvre typhoïde, la scrofule, la diphthérie, etc. La vaccine, tout en diminuant de beaucoup la mortalité par variole, n'a pas influé notablement sur la mortalité générale des pays où elle a été adoptée, la mortalité par.autres maladies a augmenté, et l'on apris pour une conséquence directe de la vaccine ce qui n'en est qu'une conséquence indirecte. Malthus a parfaitement prouvé qu'une population ne peut s'accroitre qu'en raison des subsistances dont elle dispose, ce sont ces conditions de subsistances qui règlent la mortalité,

II) Acad. de méd., séances des 10, 17 et M avril 1866.

(2) Acad. de méd., 2, 9 avril 1867. La discussion sur le vaccin animal a recommencé à l'Académie en 1869.

et l'on a beau se préserver d'une cause de mort, la mortalité générale ne diminue, la population n'augmente que si les ressources alimentaires s'accroissent en même temps. «Une épidémie ou toute maladie dont on se préserve, écrit Villermé (1), supprime bien une cause de mort,-mais par cela même la probabilité de mourir des autres causes devient plus grande. En d'autres termes, en fermant une porte à la mort, le préservatif d'une maladie ouvre les autres plus larges en ce sens, si l'on peut ainsi parler, que plus de personnes passent par ces dernières. »

« Quand on lit ou qu'on entend dire qu'en conservant la vie à cent mille personnes, la vaccine a ajouté cent mille âmes à notre population, on peut sourire de l'erreur tout en applaudissantà la découverte » (J. B. Say) (2).

Quand la vaccine n'aurait eu pour résultat que d'empêcher la variole de défigurer ou d'aveugler un grand nombre de personnes, elle n'en serait pas moins une magnifique découverte; dans l'armée, elle a fait plus, elle a sontribué à diminuer la mortalité, l'armée n'a pas à compter aussi directement que la masse de la population avec la plus ou moins grande abondance des ressources alimentaires, et l'impitoyable raisonnement de Villermé n'est pas fait pour elle.

(1) Villermé, art. épidémies, Diction, en 30 vol. ("2) Cité par Villermé, loc. cil.

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