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CHAPITRE XIX

La scarlatine, comme la rougeole, règne dans l'armée sous forme de petites épidémies, assez rares depuis quelques années.

De 1832 à 1859, dans la garnison de Paris, le chiffre des décès par scarlatine élait au chiffre des décès généraux comme 7.7 à 1000, ce rapport étant seulement de 3 à 1000 dans la population civile; pour différentes garnisons, Paris, Metz, Lille, Perpignan, Valenciennes, la scarlatine donnait 9 décès sur 1000 (1). La mortalité par scarlatine se répartit d'une façon très-inégale suivant les années : ainsi, pour la période citée, nous trouvons, à Paris, huit années pendant lesquelles il n'y a pas de décès par scarlatine, onze autres, pendant lesquelles il n'y en a qu'un ou deux, tandis qu'enl837, 1840, 1848et 1849,1e nombre des décès par scarlatine s'élève fort au-dessus de la moyenne (1). Les fièvres cruptives ont pris, en 1840 et 1848, un grand développement dans toutes les garnisons de France, àParis, à Versailles, aMetz, à Strasbourg, etc., et M est remarquable que c'est à ces années que se rapportent un grand nombre d'épidémies de bronchite capillaire et de méningite cérébro-spinale.

De 1802 à 1872 (moins les annéesl870 et 1871), lastalistique médicale de l'armée inclique 178 décès par scarlatine sur 37 931 décès généraux, soit environ 4.7 décès par scarlatine sur 1000 cleces généraux : chiffre plus faible que celui donné par mon pere.

Comme pour la rougeole, et pour les mêmes causes, la mortalité par scarlatine parait donc avoir diminué depuis 1862; mais nous devons rappeler encore que ceschiffres nesontpas entièrement comparables, attendu que ceux de 1832 à 1859 ne se rapportent pas comme ceux de 1862 à 1872 à la totalité de l'armée.

En 1870-1871, la scarlatine s'est montrée rarement a cote , de variole et de la rougeole qui étaient épidemiques ; en 1872, il nyaeu pour toute l'armée que trois décès par scarlatine.

(!) L. Lavera,, Recherche, m les causes U la mortalité de famée servant a l'intérieur, loc. cit.

Comme La rougeole, la scarlatine s'atlaque presque exclusivement aux hommes nouvellement incorporés. Dans l'épidémie de Metz (1818-1840), 58 malades sur 70 avaient moins d'un an de service, 42 moins de six mois. Les décès par scarlatine survenus au Val-de- Grace de 1832 à 1850, se répartissent ainsi suivant l'âge (l) :

De 18 à 20 ans 9 décès

Les corps qui ne reçoivent pas de jeunes soldats, comme la garde de Paris aujourd'hui garde républicaine, et dans lesquels l'âge moyen est assez élevé, ont une mortalité très-faible par scarlatine (2.6 sur 1000 décès généraux); celle des infirmiers n'a rien d'exagéré (8 sur 1000, celle de tous les corps réunis étant de 7.7 sur 1000), ce qui semble prouver que la scarlatine est moins contagieuse que la variole et la rougeole (L. Laveran, mém. cilé).

L'action des saisons n'est pas très-régulière. Pour la garnison de Paris (1832-1859), le maximum des décès par scarlatine correspond au printemps, mais on trouve un nombre presque égal de décès aux mois de juin et de décembre; sur 100 épidémies de scarlatine, Hirsch a trouvé que 30 avaient débuté en automne, 25 en hiver, 24 en été, 21 au printemps.

Formes. — Scarlatines anomales, larvées. — Tous les auteurs ont insisté sur les différences de forme et de gravité que présente la scarlatine suivant les épidémies. Sydenham, qui décrit la scarlatine sous le nom de fièvre rouge, fièvre écarlate (scarlach fever), qu'elle a conservé, en parle comme d'une affection extrêmement bénigne, qui n'a guère, dit-il, d'une maladie que le nom : hoc morbi nomen, vix enim altius assurgil; de sa description il ressort que la scarlatine ne s'accompagnait pas d'angine à cette époque (2).

Lors de l'épidémie de 1801-1804 à Dublin, la scarlatine était extrêmement funeste, quelquefois elle tuait dès le second jour; plus tard elle se montra si bénigne qu'ort sauvait presque tous les malades; on fit honneur de ces succès à la médication antiphlogistique qui avait succédé au système de Brown; « la scarlatine, dit Graves, était

(1) L. Laveran, Recherch. sur les causes, etc., loc. cil., p. 260.

(2) Sylenham, trarlucl. de A. F. Jault, p. 184, in Encyclop. des se. mêd.

tous les jours mise en avant et citée comme tin des plus beaux exemples de l'efficacité des doctrines nouvelles. Moi aussi j'ai appris ces choses, moi aussi j'ai cru à ces triomphes. Béksl quelles déceptions me réservait l'avenir! » (1). En 1834 et 1835, en dépit de la médication antiphlogistique, la scarlatine redevint aussi meurtrière en Irlande qu'en 1801 et 1802.

De 1799 à 1822, Bretonneau n'avait pas perdu un seul malade de scarlatine, et lui aussi accusait le mode de traitement employé par ses prédécesseurs quand, en 1824, une épidémie de scarlatine maligne éclata à Tours et dans les environs ; Bretonneau, qui jusque-là avait regardé la scarlatine comme la plus bénigne des fièvres éruptives, apprit alors, nous dit Trousseau (2), à la redouter à l'égal du typhus et de la peste.

Nous n'avons pas à décrire ici la scarlatine régulière, si bien caractérisée par l'angine, l'éruption écarlate, la fièvre vive et la desquamation consécutive, nous nous occuperons seulement des formes graves et anormales, et d'abord nous dirons quelques mots de la forme nerveuse, qui est une des plus communes parmi ces dernières.

Dès le début de la scarlatine, il peut survenir du délire, des convulsions avec état typhoïde, puis les malades tombent dans le coma; celte forme était commune à Dublin en 1834, et Graves fait remarquer que lorsque l'épidémie frappait un individu sujet à des attaques d'épilepsie, la tendance aux accidents céphaliques était notablement accrue, les accès convulsifs survenaient immédiatement (loc. cit.).

L'irritation du cerveau et des méninges peut se traduire non plus par des convulsions et du délire, mais par des vomissements bilieux extrêmement abondants, comme dans la méningite; Graves décrit très-bien cette forme souvent observée par lui en 1834 : « De la bile récemment sécrétée était rejetée en abondance par la bouche, les selles étaient fréquentes, les matières d'une couleur verte ou jaunesafran étaient d'abord demi-fluides, puis complètement liquides; elles étaient évidemment constituées par la bile soudainement versée dans l'intestin et par une énorme quantité de mucus sécrété par la membrane interne; il y avait en outre une petite proportion de produits excrémentitiels. C'était une chose véritablement surprenante que la prodigieuse quantité de matières rejetées par certains individus le premier ou le second jour de la maladie; du reste, ces nausées incessantes, ces vomissements, ces évacuations alvines si abondantes, n'atténuaient en rien la violence de la fièvre ou de la douleur de tête,

(1) Clinique médic, traduct., t. I, p. 395.

(2) Trousseau, Clin, mëd., 3» édit., t. I, p. 98.

ton

et ne taisaient poiut obstacle au complet développement de l'éruption. 11 n'était pas moins curieux de voir que ces vomissements et celte diarrhée opiniâtres n'étaient accompagnés d'aucune espèce de douleur épigaslrique ou abdomiuale; loin de là, le ventre tombait et devenait souple. C'est que la cause des accidents résidait non pas dans le tube digestif, mais bien dans le cerveau; lait que je n'avais pas soupçonné tout d'abord et que je ne compris qu'après avoir observé cinq ou six cas semblables. Cette cause n'était autre que l'irritation ou la '"■ongestion cérébrale, et ces phénomènes gastro-intestinaux étaient de tous points comparables à ceux qui appartiennent à l'hydrocéphalie aiguë et qui en masquent si souvent l'existence (1). »

Il ne faut pas confondre avec les accidents nerveux iniliaux les attaques éclainptiques qui surviennent quelquefois à la deuxième période et qui sont sous la dépendance de l'anasarque, de l'albuminurie. Saonert, Morton, Stoll, Borsieri, ont appelé l'attention sur la fréquence de l'anasarque chez les scarlatiheux à la période de desquamation; Welss et Blackall ont fait les premiers l'importante remarque que l'urine était coagulable chez ces malades, enfin Briglil a compris que la lésion rénale était la cause de l'anasarque et. de l'albuminurie. Pendant longtemps on s'est fait une fausse idée de la néphrite scarlatineuse; pour Frerichs et Virchow, les altérations du rein dans la scarlatine (hyperémie, tuméfaction trouble de l'épithélium) constituaient le type de l'inflammation parenchymateuse commençante; notre collègue et ami le docteur Kelscb a fort bien montré qu'il s'agissait d'une néphrite interstitielle caractérisée à la première période par une infiltration abondante déjeunes éléments autour des glomérules et dans l'intervalle .des tubuli (2). D'après Klebs, la néphrite ne serait pas diffuse, mais bornée aux glomérules, dont la compression par un tissu de nouvelle formation expliquerait l'anurie assez fréquente dans ces cas (glomérulo-néphrile) (3).

La scarlatine, comme la variole et la rougeole, peut prendre la forme hémorrhagique également funeste dans ces trois pyrexies; des ecchymoses, des hémorrhagies à la surface des muqueuses, des hématuries précoces sont d'un pronostic presque toujours fatal comme clans la variole ; il n'en est pas de même des hématuries qui surviennent dans le décours de la maladie et qui sont compatibles avec la guérison (Trousseau;. La scarlatine hémorrhagique peut être facilement confondue avec la variole, qui s'accompagne d'un rash généralisé, purpu-

(1; Graves, Clinique, loc. cit., p. 407.

(i, Arch. de physiologie norm. et pathol., 2° série, t. I, p. 745. (3 Cité par Kelsch, loc. cit.

rique; si l'angine fait défaut, si la mort arrive rapidement avant que l'éruption de la variole ait eu le temps de se produire, on peut rester jusqu'au bout clans le doute; en général on sera guidé par l'épidémicilé de l'une ou l'autre de ces affections. Les altérations du san» sont les mêmes que dans la variole héniorrhagique : diminution considérable ou disparition de la fibrine, oxygénation Irès-incomplèle des globules au contact de l'air et aspbyxie consécutive.

En dehors de ces formes graves, mais dans lesquelles la scarlatine conserve encore ses caractères fondamentaux : fièvre, éruption, angine, on rencontre souvent, des formes anormales, frustes; pour expliquer ce dernier mot, nous ne saurions mieux faire que de transcrire la belle définition qu'en donne Trousseau : « Vous savez ce qu'en archéologie on entend par inscription fruste': c'est celle dont une partie plus ou moins considérable a été effacée, dont il ne reste qu'une ligne, qu'une lettre et même seulement un point. En prenant cet objet de comparaison, les maladies peuvent êtres frustes, c'est-à-dire que souvent le médecin n'y lira qu'un mot de la phrase symptomatique, et avec ce mot il devra reconstruire la phrase tout entière, comme l'archéologue et le numismate retrouvent l'inscription effacée sous les lettres qui restent. Il en est du médecin comme de l'archéologue : au commencement de leurs études, l'un a besoin d'apprendre à lire sur des médailles bien conservées, sur des pierres intactes, l'autre a besoin de retrouver dans une maladie qui se présente à son observation tous les symptômes dont l'ensemble la caractérise; mais plus tard, de même que l'archéologue, dans un mot, dans une lettre, déchiffrera une inscription perdue, de même le médecin expérimenté devinera dans une seule manifestation de la maladie la maladie tout entière. Eh bien, de toutes les maladies, la scarlatine est celle qui est le plus souvent fruste. » {Clin., t. I, p. 121.)

Parmi les exemples de scarlatines frustes cités par Trousseau, notons l'angine scarlalineuse sans éruption, l'anasarque, l'hématurie, la pleurésie purulente. La scarlatine sans exanthème a été observée par Fothcrgill, Huxam, Tissot, Sims, Clarke, Stoll, Kosen de Rosenstein, Graves, Bretonneau, Tau pin, Joël, II. Gérardin, L. Noirot, Rilliet et Bailliez, etc. ; elle est admise aujourd'hui par presque tous les auteurs.

Non-seulement la scarlatine peut donner lieu à quelques cas frustes pendant une épidémie, mais la forme irrégulière peut devenir prédominante et donner aux épidémies un caractère anormal, si bien que la nature de la maladie a été quelquefois méconnue.

D'après Willan, Benedick, Most, J. Frank, la maladie qui régna à Naples en .1018, puis dans toute l'Italie et en Espagne, était une épidémie non de diphthérite (opinion défendue par Bretonneau), mais de

SCARLATINE, 409 scarlatine angineuse; les historiens de cette épidémie font mention en effet iVénjsipèles qui compliquaient l'angine (1), or, à cette époque, c'est souvent ainsi qu'on désignait l'éruption scarlatineuse. Il est probable que la diphthérite et la scarlatine régnaient en même temps, la coïncidence assez fréquente, de ces deux maladies a induit du reste en erreur plus d'un observateur.

Huxam, dans sa dissertation sur les maux de gorge gangréneux, confond évidemment l'angine scarlatineuse avec la diphthérite, « la coueur de l'efllorescence, dit-il, était ordinairement cramoisie ou comme si la peau avait été barbouillée avec du suc de framboises jusqu'au bout des doigts » (2): impossible de mieux décrire l'éruption scarlatineuse, cependant Huxam n'en regarde pas moins l'angine comme l'affection principale. Graves, après avoir parlé des accidents nerveux qui compliquaient souvent la scarlatine à Dublin en 1834, signale une dernière forme qui ne s'explique que par le développement de la diphthérite : tout se passait d'abord régulièrement, mais le huitième ou neuvième jour, alors qu'on croyait le malade hors d'affaire, la fièvre reparaissait, elle s'accompagnait d'un écoulement séreux par les fosses nasales, de mal de gorge, d'adénite sous-maxillaire, tout le pharynx était pris et la mort arrivait dans l'adynamie la plus profonde (loc. cit., p. 413).

Les exemples de scarlatine épidémique anormale abondent : à Stollberg, en 1793, Kortum observa une épidémie dans la première période de laquelle l'exanthème se montrait à peine chez un tiers des scarlatineux -, dans l'épidémie de Greifswald (1820), les accidents cérébraux étaient très-communs, et chez un grand nombre de malades ils n'étaient accompagnés ni d'angine ni d'exanthème, quoiqu'il fût facile de reconnaître qu'ils étaient sous la dépendance de l'infection si arlatineuse (L. Noirot, op. cit.); dans une épidémie de scarlatine, le docteur Krauss, médecin cantonal à Tubingue, a observé la forme non cxanthémaleuse une fois sur trois, la maladie se traduisait souvent parles seuls symptômes cérébraux (3); au Lion d'Angers, en 1841, l'exanthème ne se produisait que chez un petit nombre de malades.

Armslrong (1818) fait remarquer que pendant les épidémies de scarlatine on voit souvent les enfants et même les adultes pris de symptômes nerveux fort graves (convulsions, coma), sans qu'il y ait apparence d'éruption. Plusieurs auteurs, Hufeland, Fischer (4),

I L. Noirot, Histoire de la scarlatine. Paris, 1817. Excellente monographie à laquelle nous avons fait plus d'un emprunt. (2) Huxam, traduct., in Encydop. des sc.méd. 13) Union médicale, 1805.

(4) L. N'oirot, op. cit.

L. Noirot, ont signale la tendance qu'avait la scarlatine depuis le commencement de ce siècle à se porter vers les organes de la sensibilité et de l'intelligence; Fischer ne se contente pas de constater ce fait, il cherche à l'expliquer et il prétend (1) que c'est le développement de l'esprit aux dépens du corps qui a rendu la scarlatine si maligne (?).

Quelques épidémies sont remarquables par la fréquence des pleurésies, des péricardites, des arthrites.

Tandis que les complications de la rougeole ont pour siège habituel les muqueuses, celles de la scarlatine se passent plus volontiers du côté des séreuses. Des exemples de péricardite scarlatineuse ont été rapportés par Krukenberg, Hinterberger, Alison (2), J. Frank (3), Rilliet et Barthez (4), Thore (5).

Guillemin fait mention d'une épidémie dans laquelle la scarlatine se compliquait souvent de pleurésie (6); Vieusseux a observé la pleurésie purulente chez une jeune fille atteinte de scarlatine (7); Trousseau a vu la scarlatine se manifester seulement par une pleurésie double sans éruption. «Les pleurésies scarlatineuses, écrit Trousseau, sont ordinairement de mauvaise nature, non-seulement eu égard à la rapiditéavec laquelle se fait l'épanchement, mais eu égard encore à la qualité du liquide épanché. Au huitième ou dixième jour de la pleurésie, ce liquide est souvent purulent comme celui de la pleurésie puerpérale. Cette production de pus reconnaît pour cause une infection générale en vertu de laquelle les inflammations scarlatineuses ont, sans qu'on puisse en dire la raison, une extrême tendance à la suppuration (8). »

Les inflammations articulaires de nature scarlatineuse ont été signalées par Sennertet Dœring, Murray, Borsieri, Rusch, Rœseh, Reid, Wood, Duchateau, Kreysig, Pidoux (9). Trousseau fait remarquer que cette arthrite peut présenter deux formes : tantôt elle guérit seule et vite, tantôt elle revêt la forme suppurative et tue impitoyablement. Primitivement, le rhumatisme paraît simple; « les articulations deviennent ensuite plus douloureuses, une fièvre intense s'allume, le délire sur-

(1) Gr'ùndliche Darstellung des scarlachfiebers. Prag., 1832.

(2) Cités par L. Noirot, op. cit.

(3) J. Frank, Malad. du péricarde, chap. ix, g 2.

(4) Traité des malad. des enfants, t. III, p. 193.

(5) A'rch. gén. deméd., 1856.

(6) Thèse de Paris, 1833.

(7) Recueil périodique delà Soc.méd. de Paris, t. VI, p. 416.

(8) Trousseau, loc. cit., p. 118.

(9) Cités par L. Noirot, op. cit., p. 202.

vient, les phénomènes alaxo-ailynamiqnes se déclarent, et l'autopsie démontre la présence du pus dans les cavités articulaires et dans les gaines tendineuses » (1). Sinis, \Yithering, Duclialeau, Kennedy (2), ont observé aussi le rhumatisme scarlatineux suppuré. Dans certaines épidémies, ces arthrites se sont montrées avec une fréquence inusitée, notamment à Breslau en 1770, à Rotterdam en 1778, à Stokholm en 1790, à Kœnigslutten en 1799, à Hanau en 1818 (L. Noirot).

Par une étrange contradiction, tandis qu'on admettait la nature scarlatineuse des inflammations suppuralives du péricarde, des plèvres et des synoviales articulaires, on méconnaissait la méningite scarlatineuse, qui, dans certaines épidémies, a régné avec une très-grande fréquence ; nous verrons dans le chapitre suivant que la méningite cérébrospinale épidémique n'est très-probablement qu'une forme larvée de la scarlatine, une scarlatine des méninges.

Nature de la scarlatine. Mode de propagation. — Dès 1762, Plenciz (de Vienne) plaçait la cause de la scarlatine dans des corpuscules animés (3) ; d'après Hallier, le sang des scarlatineux renferme une quantité extraordinaire de micrococcus qui envahissent jusqu'aux corpuscules du sang; ces parasites végétaux se reproduisent rapidement dans un liquide approprié et se développent sous forme de filaments (tiUelia scarlatinosa de Hallier) (4) ; le micrococcus prend un mouvement vihrionien très-prononcé dans un liquide riche en azote. Ne s'agit-il pas encore des bactéries ou bactéridies décrites par Coze et Feltz dans la variole et la fièvre typhoïde?

Miquel (d'Àmboise) (1834) prétend avoir inoculé la scarlatine avec succès à un grand nombre d'enfants, d'une manière préventive ; à la suite de l'inoculation, des plaques rouges se développèrent autour des piqûres, mais dans aucun cas l'inoculation ne donna lieu à une éruption secondaire généralisée ; on est autorisé à mettre en doute l'inoculabilité de la scarlatine aussi bien que l'existence de la tilletia scarlatinosa.

La scarlatine est contagieuse, mais beaucoup moins que la variole et la rougeole; comme pour ces dernières maladies, une première atteinte confère en général l'immunité ; quelques faits prouvent la possibilité d'une seconde infection (J. Frank, Rayer, RillietetBarthez, Blache et Guersant), mais la variole elle-même ne donne pas une im-

(1; Trousseau, toc. cit., p. 120.

(2) Cités par L. Noirot, op. cit., p. 202.

(3; Cité par L. Noirot, op. cit.

U> Jahrb. f. Kinder Hcilk. 18G9, 2 Ileft. Compte rendu in Gai. bebdom., 1869,

inunité absolue, il y a des exemples de personnes qui ont eu deux et trois fois la variole ou la varioloïde.

Traitement. Prophylaxie. — Dans les scarlatines légères, il suffit de mettre en pratique quelques préceptes d'hygiène qui conviennent à tous les féb ri citants ; dans les formes qui s'accompagnent de symptômes nerveux graves, de délire, d'ataxie, une intervention thérapeutique très-active est au contraire indispensable. Les saignées générales, les purgatifs énergiques, le tartre slibié à haute dose, ont donné des résultats déplorables; à toutes ces médications il faut préférer les affusions froides conseillées pour la première fois par Reid. C'est à Currie (1) que revient le mérite d'avoir fait ressortir tous les avantages d'un mode de traitement si contraire aux préjugés populaires et qui, de nos jours, rencontre encore bien des préventions; Currie employa les affusions froides chez ses deux fils atteints de scarlatine maligne et les guérit. Trousseau formule ainsi ce traitement dont il se loue beaucoup (2) : le malade est placé dans une baignoire vide, on lui jette surle corps troisouquatre sceaux d'eau àla température de 20 à 25° c, l'allusion dure une minute au maximum ; immédiatement après le malade est enveloppé dans ses couvertures, puis remis au lit sans être essuyé, mais recouvert convenablement; généralement la réaction s'établit avant que 15 à 20 minutes se soient écoulées. Les affusions sont renouvelées une ou deux fois clans les 24 heures, suivant la gravité des accidents, on doit y revenir chaque fois que les phénomènes nerveux prennent une intensité anormale. La peau, qui avant l'affusion était pâle ou peu colorée, prend une coloration bien plus foncée immédiatement après, l'agitation, le délire se calment, l'oppression diminue, le bien-être succède à l'anxiété.

Les affusions froides abaissent la température du corps si élevée dans la scarlatine, mais elles agissent aussi en déterminant une vive réaction vers la peau; c'est pour cela que les autres antipyrétiques sont loin d'avoir la même efficacité. Les affusions sont surtout indiquées lorsque l'exanthème est pâle; quand il est très-abondant, trèsfoncé, les bains froids, suivant la méthode de Brand et de Liebermeister, rendraient peut-être plus de services; modérer une température hyperpyrétique est alors le principal but qu'on se propose, et il n'est pas nécessaire d'augmenter encore la congestion cutanée, qui par elle-même peut être une source de danger en amenant l'anémie cérébrale.

L'angine scarlatineuse guérit souvent d'elle-même; Trousseau re-

(1) Médical Reports on the ejfects of waler cold and wann, 1798.

(2) Clinique, t. I, p. 127.

commandé dans les angines scarlatineûses graves les applications lucales d'acide ehlorhydriqne; quand la diphlhérite vient compliquer la scarlatine, c'est elle qui fournit les indications principales.

On recommande généralement de soustraire les scarlatineux à toutes les causes de refroidissement jusqu'à la fin de la période de desquamation, mais l'anasarque des scarlatineux procède de la néphrite, et peut se produire chez des malades qui n'ont pas quitté une chambre bien chauffée. Si la saison est favorable, il n'est pas nécessaire de condamner les scarlatineux à rester dans les salles jusqu'à la fin delà période de desquamation; priver ces malades d'air et- de mouvement, c'est au contraire retarder la guérison et faciliter la production de l'anasarque.

L'éclampsie peut survenir à la suite de l'albuminurie, elle s'explique le plus souvent par l'œdème cérébral, aussi les purgatifs énergiques (eau-de-vie allemande 40 à 50 gr.) .donnent de bons résultats.

La scarlatine étant contagieuse, il faut isoler les malades; les remarques que nous avons faites sur la prophylaxie de la rougeole s'appliquent à la scarlatine; on éloignera des foyers de contagion les jeunes soldats, qui sont toujours les premières victimes de la scarlatine comme de la rougeole.

La belladone a été employée en Allemagne comme moyen prophylactique, sous ce beau prétexte que, administrée à petites doses, elle donne lieu quelquefois à des plaques rouges qui ont une vague ressemblance avec l'éruption de la scarlatine (Hahnemann) ; cette méthode ne mérite pas plus de confiance que l'inoculation préventive tentée par Miquel (d'Amboise).

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