CHAPITRE XX
' MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
Depuis 1837, la méningite cérébro-spinale a donné lieu à un grand nombre d'épidémies remarquables par leur extrême gravité; en France, cette singulière maladie a régné presque exclusivement sur les militaires, elle avait donc une place toute marquée dans cet ouvrage; parmi les principaux historiens des épidémies de méningite cérébro-spinale, nous citerons Faure Villar (1), Tourdes (2), C. Broussais (3), Boudin (4), L. Laveran (5), M. Lévy (6).
Historique. — Sous le nom de fièvre cérébrale ataxique, Vieusseux a décrit une petite épidémie observée au mois de janvier 1805 à Genève ; les caractères cliniques de cette fièvre correspondent bien à ceux de la méningite cérébro-spinale, cependant il est à remarquer que Vieusseux ne fait pas mention de la suppuration des méninges, si fréquente dans la méningite épidémique (7); en 1814, des soldats venus pour la plupart de l'armée du Mont-Blanc furent atteints à Grenoble d'une maladie que, d'après la description de J. B. Comte (8), on peut rapporter à la méningite cérébro-spinale; enfin Rampont, à Metz (9), en observa quelques cas bien caractérisés l'année suivante. On a cherché à rattacher à la maladie que nous étudions un grand
(1) Rec. mém. méd. militaire, 1840, t. XLVIIJ.
(2) Histoire de l'épidémie de méningite cérébro-spinale qui a régné à Strasbourg en 1840 et 1841. Paris, 1842.
(3) Rec. mém. méd. militaire, t. LIV, p. 1-115.
(l).Arch. gén. de méd., 1849. — Du même, Traité de géogr. et de slatist. méd. Pans, 1857, t. II, p. 564. — Du môme, Rec. mém. méd. militaire, t. IX, p. 1, 2» série.
(5) Relat. de l'èpid. de méningite cérébr.-spin. observée à Metz de 1847 à 1849. Travaux de la Société des se. méd. de la Moselle. Metz, 1849. — Du même, art. Méningite cérébr-spin., in Diction, encyclop. des se. méd.
(6) Gazette médicale de Paris, 1849.
7) Journal de méd. de Gorvisarl, t. XI, p. 164.
(8) Rec. gén. de méd. de Sédillot, t. LVIII, p. 221. Paris, 1816.
(9) Journal gén. de méd., t. LV, p. 19.
MÉNINGITE CÉKÉimO-SIMNAI.E.
nombre d'autres laits, on a voulu lui l'aire une généalogie en fouillant dans les archives du passé, niais les rapprochements qui ont été faits par Ozanam en particulier ne résistent pas à la critique.
Les petites épidémies observées par Vieusseux, J. B. Comte et Ram pont seraient tombées très-probablement dans l'oubli avec tous les faits qui s'offrent à nous chaque jour et que nous ne comprenons pas, si en 1837 et dans les années suivantes la méningite cérébrospinale n'avait pas pris dans un grand nombre de garnisons un développement qui commanda l'attention.
La méningite épidémique est signalée par M. Lespès, médecin des épidémies à Saint-Sever, comme ayant sévi au commencement de 183" àBayonne, à Dax, à Moigron, à Tartas. En même temps, l'épidémie se développe dans la garnison de Bayonne (janvier 1837), et, avec des apaisements complets dans la saison chaude, se continue pendant les hivers de 1838, de 1839 et de 1840.
Du foyer principal de son développement, l'épidémie jette des embranchements dans les garnisons voisines, Auch, Foix, Narbonne, qui ne présentent que des cas isolés.
Au nord, la maladie gagne Bordeaux (décembre 1837), la Rochelle (id.), Rochefort (5 janvier 1838).
A l'est et au sud, elle est signalée à Toulon en 1837, et elle éclate à Constantine le 17 décembre, sur les troupes qui ont pénétré de force dans la ville au mois d'octobre, et dont une partie arrivait des régions infectées : le 26e, de Perpignan; le 62e, de Montpellier. En Algérie, la méningite épidémique établit son foyer principal dans la province de Constantine, s'étend en 1840 jusqu'à Sétif et Batna, en même temps qu'elle frappe mortellement, au camp de Douera, 16 hommes sur 17 du 17e léger, régiment qui avait fait le siège de Constantine (Guyon, Mém. de méd. milit., t. LIX, p. 179).
En même temps, le foyer du midi de la France s'étend, vers la fin de 1839, jusqu'à Nîmes et Avignon, où l'épidémie continue pendant deux hivers. A Perpignan, l'épidémie sévit du 12 octobre 1840 au mois d'avril 1841. A la même époque, elle se déclare à Grenoble et au Pont-Saint-Esprit. Elle éclate, le 24 novembre 1841, sur la population civile d'Aigues-Mortes, et se continue jusqu'au 4 mars 1842, atteint 160 personnes et en fait mourir 120.
Au mois de décembre 1841, le 3e bataillon du 62e de ligne, venant de Pont-Saint-Esprit, importe la maladie à Marseille.
En même temps que l'épidémie exerçait ses ravages dans les garnisons du Midi, d'autres centres de rayonnement épidémique établissaient leurs foyers au nord-ouest, au centre et au nord-est.
Vers la fin de 1837, le 18e léger quitte Bayonne pour Rocheforl.
i'16 MALADIES ET ÉPIDÉMIES DES ARMÉES.
Du 15 janvier 1838 au 8 février, 7 hommes ilccc régiment sont atteints de méningite et G succomhent. Le 14 décembre 1838, l'épidémie'se manifeste parmi les forçats du bagne. Dés le 31 décembre, 1 l forçats cl 5 gardes-chiourme avaient été atteints et presque tons avaient succombé : 2, avant leur entrée à l'hôpital; 4, une heure après; 8, vingt-quatre .heures après. Dans le courant de janvier 1839, la maladie frappe 68 forçats, 13 surveillants, et 25 ouvriers et autres individus.
De même que l'épidémie de Rochefort avait été importée par un régiment venu de Bayonne, de même ce régiment la transmet à la garnison de Versailles. Dès le mois de février 1839, G hommes du 18e léger, habitant la même chambre, sont frappés à peu de jours d'intervalle. A la fin de mars, deux compagnies, détachées à Chartres, fournissent dès leur arrivée 2 malades, qui succombent avec tous les symptômes de la maladie.
De Versailles, la maladie s'étend à Sainl-Cloud, a Rambouillet, à Laval (26 mars 1840), au Mans (id.), à Ghâteau-Gontier, à Joigny (avril à juin 1841), à Caen (1840), à Cherbourg (1841), à Tours, à Blois, à Poitiers (27 décembre 1840 au 25 février 1841), à Périgueux, cà Tulle, à Aneenis (décembre 1841), à Nantes (28 janvier 1842).
A la même époque, un dernier foyer épidémique éclate dans les garnisons du nord-est. A Metz, l'épidémie règne de novembre 1839 à la fin de mars 1840, atteint 40 hommes de la garnison et fait 22 victimes. A Strasbourg, elle commence en octobre et dure jusqu'en mai 1841, frappe 184 militaires et en fait mourir 108.
A Nancy, elle se prolonge de janvier au 9 août 1841, atteint 28 hommes, dont 8 mortellement.
De Strasbourg, la maladie s'étend à Bouxwiller, cà Illkirch et jusqu'à Wissembourg, en perdant de son intensité à mesure qu'elle s'éloigne de son berceau. A Wasselonne, lieu de passage continuel de troupes, 8 habitants sont atteints. A Haguenau, l'épidémie épargne la maison centrale.
Schelesladt est atteint le 21 janvier; Coîmar, en février 1842; Toul, pendant l'épidémie de Nancy.
La méningite cérébro-spinale avait presque complètement disparu pendant les années 1843 et 1844, n'apparaissant que par cas isolés, lorsqu'elle apparut de nouveau en 1845, pour se continuer jusqu'en 1851, avec une extension plus générale que dans sa première irruption. A la fin de 1844, elle se développe dans la garnison de Conslantine, où elle se continue pendant les hivers de 1845 et de 1846. Elle éclate le 24 décembre 1845 à Philippe ville, sévit
MÉNINGITE CÉRÉBROrSPINAUB. 417 presque exclusivement sur les Mallais, en épargnant la population arabe et la garnison.
Kn même temps, la mahulie. se déclare dans la province d'Alger : à Douera en 1845, à Alger en 18 10 , et dans la même année à Médéah, à Orléansville. En 1817, elle règne à Médéah et se développe dans la population indigène.
A Avignon, l'épidémie apparaît en janvier 1845, et, avec des apaisements pendant la saison chaude, se continue en 1846 et 1847.
A Lyon, la méningite se manifeste vers La fin de l'été, reste limitée presque exclusivement au 01e de ligne, caserné au fort Lamotte. Sur 56 malades, 23 appartiennent à ce régiment. Les 14° et 15° d'artillerie et la population civile sont complètement épargnés.
A Orléans, du 1er décembre 1847 au 23 mars 1848, M. Corbin compte 50 malades.
A Metz, l'épidémie débute le 13 décembre 1847, pour se prolonger jusqu'au mois d'avril 1849. Elle frappe 126 militaires et quelques personnes dans la> population civile. On compte 66 décès dans la garnison.
A Sainl-Étienne, du 11 juin 1848 au 30 octobre, sur une garnison de 2500 hommes, 107 sont atteints et 28 succombent. On ne compte que 3 cas dans la population civile.
A Paris, l'épidémie commence en décembre 1847 et se continue jusqu'au mois de mai 1849, sévit exclusivement dans la garnison et sur les détenus de la prison de la Force. M. Jacquemin y compte 10 décès sur 12 malades. Une petite épidémie atteint en même temps ta colonie de Petit-Bourg.
A la même époque, la méningite sévit à Nîmes, à Saint-Hippolytedu-Gard. Du 4 au 27 novembre 1848, sur une garnison de 261 hommes, on compte 14 malades et 18 décès.
A Cambrai, la maladie se déclare le 16 mars 1849, après l'arrivée du 5e léger venant d'Orléans, et d'une compagnie du génie venant de Metz; 2 hommes appartenant à ces deux corps meurent de méningite. La maladie s'étend au 9e cuirassiers. L'infanterie et la population civile sont épargnées.
A Lille, la méningite éclate le 1er avril 1845 et se continue jusqu'au 12 juin. On compte 20 cas : 12 en avril, 7 en mai, 1 en juin ; 12 se terminent par la mort (le 57u donne 15 cas; le 74°, 4; le 9° hussards. 1).
A Lunéville, le 9e régiment de hussards, arrivé récemment de Lille, présente 4 cas de méningite.
A Dijon, le 1 4fi de ligne, qui a été atteint à Verdun, envoie à l'hôpital, du 6 septembre au 27 novembre, 3 hommes atteints de méningite. La maladie s'étend aux hommes du dépôt du 68°. Au 91 dragons,
un seul homme est atteint. Dans la population civile, on compte 5 cas.
A Bourges, la maladie éclate au mois de février 1849 et se continue jusqu'au mois d'avril de la même année.
A Toulon, la maladie débute le 5 janvier 1851, chez un jeune soldat de la caserne du Mourillon, atteint l'infanterie de marine le 25 janvier, les matelots le 7 février, la population civile le 4 mars. 116 malades et 55 morts :
L'armée compte 54 malades et 24 décès.
L'infanterie de marine 46 — 23 —
Les matelots 5 — 2 —
La population civile 11 — 6 —
Italie. Pendant la première irruption épidémique de 1837 à 1842, la méningite cérébro-spinale régnait en Italie. Elle apparut pour la première fois pendant l'hiver de 1839 à 1840 clans plusieurs localités du royaume de Naples, et l'hiver suivant dans la Romagne, où l'épidémie paraît s'être continuée jusqu'en 1845 (Hirsch, Handbuch der hislorisch-geographischen Path., t. II, p. 641).
Espagne. L'épidémie a été observée pendant l'hiver de 1844 à Gibraltar. Elle a sévi presque exclusivement dans la population civile et fort peu sur les troupes anglaises.
Amérique du Nord. Nous devons également à Hirsch la connaissance des irruptions épidémiques de la méningite dans l'Amérique du Nord. On l'y observa une première fois en 1842 dans le Tenessee et l'Alabama; de 1845 à 1847, dans l'Illinois, l'Alabama, le Mississipi, l'Arkansas, à la Nouvelle-Orléans; de 1842 à 1850, dans plusieurs parties de la Pensylvanie occidentale; en 1856 et 1857, à New-York et dans la Caroline du Nord; dans l'hiver de 1862 à 1863, dans la Caroline du Nord et plusieurs États de l'Union.
En Danemark, la méningite règne de 1845 à 1848; en 1846, elle se montre dans quelques maisons de correction en Irlande, puis à Dublin et à Belfast.
En Suède, l'épidémie prit, de 1855 à 1860, une extension et une intensité qui méritent quelques détails (Ofrersight af. helso och Sjukrarden I Sverige, 1863, Stockholm).
Vers la fin de 1854, une maladie, jusque-là inconnue en Suède, se déclara inopinément sur les côtes sud-est. Cette maladie, appelée dans le langage vulgaire fièvre cérébrale, maladie de Calmar, de Westeras, localités primitivement atteintes, régna d'abord dans le Blekinge, puis s'étendit dans la province de Calmar avec une telle in-
MÉNINGITE CÊUÊBIlO-Sl'lNALE. 419
tensité que, au mois de mars, ou comptait 3000 cas et 800 morts. La maladie disparut complètement pendant l'été, mais l'hiver suivant elle se montra de nouveau dans la province de Calmar et l'Ostergottland, et fut signalée plus au nord à l'état de cas fort disséminés. Comme l'année précédente, l'été suspendit sa marche, et l'hiver suivant, on la vit s'avancer au nord dans l'Orehro et le Westergottland. Pendant l'hiver de 1848, elle régna principalement dans le Gestrickland et la province de Kronoberg. En 1859, elle atteignit la province do Gestrickland, n'épargnant que les deux provinces septentrionales. Elle atteignit principalement les enfants et les adolescents, marcha constamment du sud au nord, disparut pendant la saison chaude; elle atteignit 458 communes, frappa 11 712 personnes et en fit mourir 4138\
En Norwége, la méningite cérébro-spinale se montra pour la première fois de janvier à mars 1859 dans la ville d'Oplal, province d'Hidemarken. Sur 29 malades il en mourut 14. En 1860, elle régnait, d'après Hirsch, à Ringsaker.
Pendant l'hiver de 1860 à 1861, des cas nombreux de méningite cérébro-spinale se montrèrent dans la garnison d'Arnhenz (Hollande).
En Allemagne, le docteur Rinecker a observé à Wurtzbourg (Wurtemberg), en 1851, des cas isolés de méningite cérébro-spinale.
M. le docteur Vallin {Gaz. hebd., 5 mai 1865), nous a fait connaître une épidémie qui a régné dans le duché de Rade de novembre 1864 à la fin d'avril.
Dans le district de Rastadt, on aurait eu :
Dans la population civile 149 cas, 43 dûeès.
Dans la population militaire. Badois 7 1
— — Autrichiens 8 3
— — Prussiens 10 4
174 cas, 51 décès.
D'après les indications empruntées aux différents journaux allemands (Vallin, Gaz. hebd., 19 mai 1865).
En Silésie, dans le Niestethal, le docteur Hanerschke a observé, du 21 novembre 1863 à la-fin d'avril 1864, 24 cas de méningite cérébrospinale.
A Rromberg, dans le duché de Poscn, du 1er février 1864 au 15 juin de la même année, une épidémie de méningite a sévi sur des enfants de 8 mois à 14 ans, et plus spécialement sur ceux de 2 à 7 ans. On compte 140 cas.
O'. sont principalement les provinces septentrionales de fa Prusse qui ont été le théâtre de ces épidémies : à Kœnigsberg, au voisinage
de Graudenz (à 20 lieues sud-ouest de Dantzig), du 41 au 31 mars 18G5, le docteur Zuelchaut a constaté 20 cas et 6 décès.
Au 6 avril 1865, le gouvernement de Stralsund (pôrt de la Baltique) faisait appel aux médecins, au sujet de l'apparition de la méningite épidémique clans les cercles de Fransburg, Griefswald et G ri m m en.
La méningite régnait à Berlin en décembre 1804 et en janvier 1865, sans que les indications qui permettent d'affirmer l'existence de l'épidémie suffisent à en apprécier l'importance.
Jusqu'à 1865 la méningite n'avait pas été constatée dans les pays slaves (Hirsch). A cette époque elle se manifesta dans le gouvernement de Kalouga, près de Moscou, en 1864 dans le Caucase, en 1867 à Moscou même.
De septembre à novembre 1869, il y eut une petite épidémie à Jassy (Moldavie) en juillet 1869 à Pola. L'épidémie de Pola s'étendit à l'île de Vissa, où elle paraît avoir été importée par un matelot qui fut la première personne atteinte. Sur 4000 hommes de garnison, il y eut 20 malades, dont la moitié succombèrent.
Enfin, pendant la grande épidémie de Saint-Pétersbourg, Budnew et Burzew ( Yirchow's Archiv, t. XLI, 1807, p. 73) constatèrent les lésions de la méningite cérébro-spinale à l'institut anatomo-palhologique de l'Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg : 1° trois fois sur 23 cadavres, du 3 au 10 mars 1867; 2° sept fois sur 61 cadavres, du 23 avril au 31 mai 1867; à part une fille âgée de 26 ans, tous les autres sujets étaient âgés d'au moins 35 ans et appartenaient tous à l'armée. L'absence des indications relatives à la marche et aux symptômes laissent dans le doute la question de savoir s'il y a eu une épidémie de méningite cérébro-spinale ou des complications méningées de la fièvre à rechute (1).
En 1868, M. le docteur Alix a observé quelques cas de méningite cérébro-spinale dans les compagnies du 3° tirailleurs algériens casernées à Sétif (2); nous devons au docteur J. Lewis Smith la relation d'une petite épidémie qui sévit à New- York dans les premiers mois de 1872 ; les trois quarts des malades étaient des enfants audessous de 10 ans (3); enfin quelques cas de méningite cérébro spinale observés à Bruxelles ont fait l'objet d'une communication de
(1) Historique emprunté à l'art. Méningite r.ÉRÉisRO-sriNALE du Dictionn. encyclop. des se. méd., par L. Lavcran.
(2) E. Alix, Observât, méd. en Algérie. Paris, 1869, p. 231.
(3) The american Journal of med. se, octobre 1872.
MÉNINGITE GÉUÉl!ltO-Sl'lNALE. 421
M. le docteur van der Corput à l'Académie royale de médecine de Belgique en 1874 (1).
Eu dehors des périodes épidémiques on observe de temps à autre quelques cas de méningite cérébro-spinale sporadique;' c'est ainsi qu'au mois de février 1875 je recevais dans mon service du Val-de- Gràce un jeune Breton atteint de méningite cérébro-spinale parfaitement caractérisée. D'après les renseignements que j'ai pu me procurer, cet homme était malade depuis deux jours seulement, il s'était plaint de douleurs de tète très-violentes, puis il avait été pris de vomissements bilieux; au moment de l'entrée à l'hôpital, le médecin de garde constata des convulsions épileptiformes; à la visite du soir, je trouvai le malade plongé dans le coma le plus profond, les pupilles étaient fortement dilatées; le thermomètre placé dans l'aisselle marquait 4-0°, 5; tout à coup la face, qui était v'ultueuse, pâlit, le pouls s'arrêta et le malade expira sous mes yeux. L'autopsie permit de constater qu'il existait du pus à la convexité du cerveau et à la partie inférieure du canal rachidien, sans trace de tubercules ni dans les méninges ni dans aucune autre partie du corps.
Aucun autre cas de méningite cérébro-spinale ne fut observé au Val-de-Gràce à cette époque; au mois de février 1875, la température était très-froide et les lièvres éruplives régnaient avec une assez grande fréquence dans la garnison de Paris.
Étiologie. — La question d'étiologie se lie étroitement ici à la question de nature, nous nous réservons de discuter plus loin cet intéressant problème, sinon de le résoudre; bornons-nous pour l'instant à constater dans quelles circonstances se développent les épidémies de méningite cérébro-spinale.
1° La méningite épidémique a régné presque partout pendant la saison froide, et lorsque les épidémies ont duré plusieurs années, comme à Bayonne, à Metz et en Suède, c'est avec des intermittences pendant la saison chaude. En France, sur 54 épidémies, 47 ont eu leur début dans la saison froide, 8 en novembre, 13 en décembre, 16 en janvier, 10 en février. En Italie toutes les épidémies ont sévi pendant l'hiver; en Amérique, d'après Hirsch, sur 16 épidémies, 6 ont régné pendant l'hiver, 5 pendant l'hiver et le printemps, 4 au printemps, 1 seule en automne; de même à Gibraltar, en Hollande, dans le grandduché de Bade. En Suède, l'épidémie a pris naissance pendant un hiver exceptionnel et a disparu chaque année au printemps pour revenir à la fin de l'automne. A Douéra, en 1845, le début de l'épidémie coïncida avec un abaissement du thermomètre au-dessous de 10° cent., la fin
(I) Acad. royale de médecine séance, du 27 juin 1874.
avec une élévation de la chaleur. A Alger, en 1847, la méningile se développa au mois de décembre, des pluies torrentielles et des refroidis* sements subits de l'atmosphère avaient alterné avec des vents impétueux venant du nord et de l'ouest (1).
2° Les épidémies de méningite ont sévi, dans la population civile, sur les enfants, dans l'armée, presque exclusivement sur les recrues, sur les jeunes soldats arrivés récemment dans les corps. A Aigues- Mortes, en Suède, les enfants et les adolescents étaient presque seuls frappés; dans l'épidémie de la colonie de Petit-Bourg, l'âge moyen des malades était quatorze ans, le plus jeune avait sept ans, le plus âgé dix-huit; de même à Bade et en Silésie.
Dans l'armée, ce sont partout les jeunes soldats qui payent le plus lourd tribut; à Strasbourg, à Versailles, à Metz, à Paris, à Alger, les observateurs sont unanimes à cetégard. En 1847, à Alger, les zouaves presque seuls furent atteints dans la garnison; tous les hommes de ce corps étaient récemment arrivés après avoir subi de grandes fatigues, et ils avaient revêtu l'uniforme des zouaves qui comporte le cou nu et la tête rasée en partie (E. Barberet, op. cit.).
A Laval, en 1840, sur 44 morts il y a 37 jeunes soldats, et les recruescences coïncident avec l'arrivée des conscrits. A Nancy, la méningite e montre presque exclusivement chez les hommes nouvellement incorporés (Bollet), de même à Versailles (F. Villar). A Metz, sur 48 malades :
10 avaient moins de 3 mois de service.
26 — de 3 mois à 1 an —
8 — de 1 à 2 ans —
2 — de 2 à 3 ans —
0 — 4 ans —
1 — 5 ans —
1 — 6 ans —
0 — 7 ans —
A Toulon, 4217 hommes de l'armée de terre, comptant plus d'un an de service, donnent41 malades ou 9 sur 1000; 973 ayantmoins d'un an, 12 ou 13 sur 1000; dans l'infanterie de marine on compte 5 malades sur 1000 hommes ayant plus d'un an de service et 80 sur 1000 pour les recrues (2).
Le tableau suivant présente comparativement les rapports des hommes de différents âges dans l'armée et les mêmes rapports pour les hommes atteints de méningite cérébro-spinale (L. Laveran, ait. du Diction, encyclop.).
(1) De la méningite cérébro-spinale épid. observée à Alger en 1847, par E. Barberet. Thèse, Paris, 1847.
(2) L. Laveran, Diction, encyclop. des se. merf.,art. cité.
MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE
3° Les épidémies de méningite cérébro-spinale ont coïncide presque partout avec des épidémies de fièvres éruptives; les nombreuses épidémies observées en France forment deux grands groupes: le premier a ,on maximum d'intensité en 1839 et 1840, le deuxième en 1847 et 1848- or ces deux périodes sont remarquables parla grande extension des fièvres éruptives dans presque toutes les garnisons de France; en Suède, dans le grand-duché de Bade, les fièvres éruptives régnent avec une grande fréquence en même temps que la méningite; nous aurons l'occasion de revenir sur ce point si intéressant au point de vue de la nature de la méningite épidémique.
Ces conditions générales : froid, fréquence des fièvres éruptives, arrivée des recrues, favorisent donc le développement de la méningée épidémique comme celui de la bronchite capillaire; est- il admissible que les mêmes causes produisent des effets aussi différents? Sans doute un coup de froid peut donner lieu à une laryngite, à une bronchite ou encoreàun rhumatisme, suivantles prédispositions individuelles ; mais ces maladies sont alors mêlées les unes aux autres, il n'y a pas ici une épidémie de rhumatismes, là une épidémie de laryngites; le catarrhe suffocant et la méningite cérébro-spinale régnent au contraire sous forme de petites épidémies parfaitement distinctes dans lesquelles ces deux tvpcs morbides ne se mélangent pas. Ajoutons que ces deux maladies "ne sont pas des affections banales se développant journellement sous l'influence des agents atmosphériques, et que dans leur physionomie, dans leur marche, dans leur épidémicité, elles ont un cachet de spécificité indéniable. Pour la méningite comme pour la