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DANS LA POPULATION MILITAIRE LA MORTALITÉ A ÉTÉ

Versailles 41 pour 100

Strasbourg 51

Metz, 1840 70

Orléans 70

Lille 65

Metz, 1848 • 42

Douera 90

Moyenne 61 pour 100.

POPULATION CIVILE

Bagne de Boehefort 84 pour 100.

Aigues-Mortes 75

Royaume de Naples 46

Suède et Norwége 58

Moyenne 65 pour 100.

Anatomie pathologique. — Contrairement à la plupart des maladies épidémiques et contagieuses, la méningite cérébro-spinale s'accompagne de lésions anatomiques très-remarquables , presque constantes, et qui par elles-mêmes suffiraient à expliquer la mort.

Dans quelques cas de mort très-rapide, on ne trouve à l'autopsie qu'une injection vive des méninges (Tourdes, Boudin), mais presque toujours des exsudais purulents existent dans les méninges cérébrales ou spinales.

Lorsque le crâne a été ouvert et la dure-mère incisée, la convexité du cerveau se présente sous forme d'une masse grisâtre ou jaunâtre, opaque, sur laquelle se dessinent des lignes bleuâtres, des marbrures rouges dues à la réplétion desveineset à l'injection fine des capillaires. Des exsudais purulents déposés entre la pie-mère et le feuillet viscéral de l'arachnoïde expliquent cet aspect si caractéristique de l'encéphale ; on dirait qu'une couche épaisse de beurre a été étendue sur les hémisphères cérébraux (Tourdes), ou plutôt entre la pie-mère et l'arachnoïde viscérale ; lorsque la lésion est moins avancée, les exsudais ne forment pas une couche continue, ils sont disposés le long des vaisseaux dans les sillons formés par les circonvolutions cérébrales, et l'on trouve encore, çà et là, des points des méninges qui ont conservé leur transparence habituelle. La consistance des exsudats purulents est en rapport avec la durée de la maladie; à la première période, les globules de pus nagent dans un sérum assez abondant, plus tard, le pus devient de plus en plus concret.

Ces lésions, analogues à celles de la méningite franche, sont beaucoup plus marquées à la convexité des hémisphères cérébraux que du côté de la base; là les exsudais se déposent encore le long des nerfs crâniens. La substance cérébrale ne présente que des altérations consécutives, secondaires à la méningite; les ventricules du cerveau contiennent souvent de la sérosité trouble, floconneuse, quelquefois du

pus.

Les méninges rachidiennes offrent les mêmes altérations, seulement leur disposition particulière amène quelques différences dans la distribution des exsudats purulents. Au lieu d'être accolé à la pie-mère comme à la convexité des hémisphères, le feuillet viscéral de l'arachnoïde en est ici séparé ou du moins il ne s'y rattache que par des tractus fibreux très-lâches : aussi le pus épanché dans cette cavité jouit-il de plus de liberté qu'au cerveau, les exsudats sont plus épais à la face postérieure de la moelle qu'à l'antérieure, et ils augmentent de quantité et d'étendue à mesure qu'on descend vers la queue de cheval, qui dans quelques cas baigne complètement dans le pus.

Ces lésions peuvent se produire très-rapidement, 12 à 13 heures après l'apparition des premiers symptômes (L. Laveran); dans un cas observé par Tourdes, le pus existait en grande quantité après 2-1 heures de maladie.

A propos des complications, nous avons dit déjà combien il était fréquent d'observer des altérations des autres séreuses : du péricarde, des plèvres, des synoviales, caractérisées par une injection vive de ces membranes et par des épanchemenls souvent purulents.

Le cœur droit est généralement distendu par des caillots blancs décolorés (caillots d'asphyxie); il existe de l'œdème et de l'engouement pulmonaire.

Les amygdales sont quelquefois creusées de petits abcès (K Villar, L Laveran); la psorentérie intestinale a été très-souvent notée (F. Villar, Tourdes, Michel Lévy). La rate, le foie et les reins sont en général à l'état sain.

Nvture. — Tous les observateurs s'accordent à reconnaître que les épidémies'de méningite cérébro-spinale ne sont pas produites par la réunion fortuite d'un grand nombre de cas de méningite simple, idiopathique; qu'elles relèvent en un mot d'une cause spécifique. « L'inflammation de la pie-mère, dit M. Lévy (loc. cit.), exphquet-elle la présence du pus dans les articulations, quelquefois dans d'autres séreuses? Si rares que soient ces faits, ils veulent entrer comme éléments positifs dans la notion que l'on se fait de la méningite ; il en est de même des éruptions que M. Broussais passe presque sous silence : pétéchies, sudamina, taches lenticulaires, elc, et du

MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE. 433

développement île l'élément folliculeuxde l'intestin dans les deux tiers des cas. » C. Broussais, que M. Lévy prend ici à partie, ne prétend nullement nier la spécificité de la maladie, il dit au contraire que les circonstances banales invoquées pour l'expliquer (froid, fatigues, etc.), ne sont très-probablement que des causes prédisposantes, et que quelque chose d'inconnu leur imprime une vertu particulière.

A. Vital insiste sur l'existence d'un état général antérieur à la méningite et sans lequel la méningite n'aurait pas lieu: « A l'état général seul peuvent être rapportés, dit-il (1) : la fièvre qui apparaît au début de la méningite et alors que la pie-mère n'a pu subir encore d'altération; les pétéchies et autres éruptions qui se montrent quelquefois à la peau dans le cours de la maladie, phénomènes inobservés dans les méningites par cause externe et qu'on ne saurait rattacher à une affection locale. L'état général explique seul le caractère de généralité qu'affectent constamment ces lésions anatomiques, ces suppurations étendues qui tantôt infiltrées à la pie-mère et tantôt déposées à sa surface, se rencontrent chez tous les sujets dans le crâne et dans le rachis, et ces autres altérations qui, non toujours, mais assez souvent, atteignent le péricarde et la plupart des articulations. »

« La méningite cérébro-spinale, dit M. J. Périer, est pour nous plutôt une fièvre qu'une phlegmasie (2). »

« Les caractères épidémiologiques bien tranchés de la méningite ne permettent pas d'attribuer la cause de son développement aux conditions atmosphériques, comme l'ont cru Vieusseux et Comte en se bornant à l'horizon limité de leur observation personnelle. L'extension épidémique de la maladie à presque toutes les régions de l'Europe, ses migrations en Algérie, l'événement considérable de son apparition en Suède, assignent désormais à la méningite une place parmi les maladies épidémiques (3)... »

La spécificité est manifeste, mais quel est l'agent spécifique capable de produire la méningite cérébro-spinale? C'est ici que les divergences commencent.

M. lourdes admet que la méningite épidémique est due à un miasme analogue, mais non identique à celui du typhus; après avoir énuméré parmi les causes occasionnelles de la maladie, le froid, les fatigues, etc., après avoir montré que ces circonstances banales ne peuvent pas expliquer le développement de la maladie, M. Tourdes ajoute : « Rappelons en terminant que l'existence d'un miasme svi

[i] Clinique, médicale de l'hôpital de Constantin? , 1837-1847, p. .10.

(2j Élude complémentaire sur Pringle, p. 49.

(3) L Laveran, ait. HÉ», CÉftÉBBO-SPift., Diction, encijelop.

A. LAVERAIT. no

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generis ayant son origine dans l'encombrement constitue le fait capital, qui domino, l'étiologie tout entière » (op. cil.). Nous avons montré plus haut (Étiolqgiîî) que la méningite se développait en dehors de toutes les circonstances qui constituent l'encombrement, nous n'y reviendrons pas. Boudin, plus explicite que M. lourdes, fait tout simplement de la méningite cérébro-spinale une forme du typhus, et voici les principales raisons qu'il allègue à l'appui de cette opinion : 1° il y a des autopsies négatives, on n'observe pas dans tous les cas la suppuration des méninges; 2° la maladie est transmissible et importable;

elle est identique avec la maladie qui a régné en 4813 et 1814 sous le nom de typhus. Les deux premières propositions sont exactes mais elles ne prouvent nullement que la méningite épidémique soit de même nature que le typhus; quant à la troisième, qui conclut de la coïncidence de deux maladies à leur identité, elle nous paraît inacceptable.

Michel Lévy, après avoir montré que, contrairement à l'opinion précédente, la méningite épidémique n'est pas un typhus, essaye de lui trouver une meilleure place dans le cadre nosologique, et il la loge dans le groupe des maladies pyohémiques à côté de la fièvre puerpérale et de l'infection purulente (mém. cité). M. le professeur Chauffard croit aussi qu'il faut placer la fièvre purulente des soldats, née dans les casernes, à côté des fièvres .purulentes nées dnns les maternités; il fait de la méningite cérébro-spinale une pyohémie spontanée (1). La lièvre puerpérale, à laquelle M. Lévy et M. le professeur Chauffard assimilent la méningite épidémique, n'est pas du tout une pvohéniic spontanée, l'accouchée présente au poison septicémique une porte d'entrée tout comme le malade qui vient de subir une amputation, la fièvre puerpérale se comprend aussi bien que l'infection purulente, et la comparaison de la femme en couches au soldat ne nous paraît pas heureuse.

Pourquoi donc, si la méningite est une fièvre pyohémique analogue à l'infection purulente et à la fièvre puerpérale, pourquoi ne la rencontre-t-on pas dans les salles des hôpitaux et des maternités? La méningite épidémique ne s'est jamais développée dans ces milieux infectés, par contre on l'a vue naître dans des maisons bien aérées, chez des personnes placées dans d'excellentes conditions hygiéniques, et il ne faut pas oublier que si, en France, la méningite a sévi presque exclusivement dans l'armée, il n'en a pas été de même dans les pays étrangers, où les enfants, les adolescents, ont principalement souf-

(1) Considérations critiques sur la nature de la méningite cérébro-spinale {Gaa hebdom., 13 juin 1873).

MÉNINGITE CÊRÊMO-SPINAuB. 4-35

fert ; M. le professeur Chauffard l'ait doue jouer un rôle trop important aux casernes dans la pathogénie qu'il a imaginée. Pourquoi, s'il s'agit d'une pvoliémie spontanée, les séreuses seules sont-elles atteintes et ne trouve-t-on pas d'abcès métastatiques dans le foie, dans les poumons? Pourquoi enfin cette pyohémie s'adresse-t-elle seulement à quelques catégories d'individus (jeunes soldats, enfants, adolescents)? L'infection purulente et la fièvre puerpérale n'ont pas de ces préférences, tout leur est bon.

Dans son mémoire sur les causes de la mortalité dans l'armée servant à l'intérieur, mon père place la méningite cérébro-spinale après la scarlatine, et il écrit (loc. cit., p. 201) :

« La méningite appartient à cette classe de petites épidémies qui apparaissent comme des accidents d'épidémies plus permanentes; sortes de manifestations d'une même cause qui se produit sous des aspects différents, accusant la spontanéité de l'organisme au contact des causes morbides. » Le passage suivant., emprunté à l'article méningite du Dictionnaire encyclopédique, est encore plus explicite : « En face de cette classe de maladies épidémiques et contagieuses qui échappent à la périodicité régulière des maladies épidémiques à virus fixes, apparaissant d'une manière imprévue à de longs intervalles, subissant plus que les autres épidémies l'action des conditions atmosphériques, on est entraîné a se demander si le type ordinaire des maladies éruptives, ne peut pas subir, sous l'influence du milieu et de la part de la spontanéité de l'organisme vivant, des modifications qui en leur donnant une apparence nouvelle, leur conservent les caractères généraux de leur évolution épidémique. »

Nous avons montré (voy. Rougeole) que la bronchite capillaire épidémique était une forme anomale de la rougeole, nous croyons que la méningite cérébro-spinale n'est aussi qu'une manifestation larvée de la scarlatine (1), mais nous avouons volontiers qu'ici les preuves sont moins nombreuses, moins convaincantes ; nous ne recherchons pas la vaine satisfaction de faire prévaloir une opinion personnelle, nous nous efforçons seulement d'arriver à la connaissance de la nature de la méningite épidémique; notre hypothèse, si elle est loin encore d'une démonstration parfaite, repose cependant, comme on va voir, sur des données très-sérieuses.

Presque partout la méningite cérébro-spinale a régné en même temps que les lièvres éruptives; on ne peut pas nous demander de faire celle preuve pour toutes les épidémies de méningite, attendu que

MM Lau;rnn, Delà nature de la méningite cérébro-spinaU épid. (Cas. hebdom.

beaucoup d'auteurs ont négligé dans leurs relations le chapitre des maladies concomitantes, mais pour les principales épidémies nous pouvons affirmer la coexistence des deux maladies. Les années 1840, 1848, remarquables par la fréquence de la méningite dans les garnisons de la France, le sont aussi par l'extension épidémique des fièvres éruptives. A Versailles (1839-1840), la scarlatine règne eu même temps que la méningite; à la même époque, la rougeole et la scarlatine sont épidémiques à Paris; dans un certain nombre de cas, dit Boudet (1), ces maladies se manifestaient sans qu'il fût possible d'apercevoir de traces d'éruption à la peau. C. Broussais, qui a écrit l'histoire des épidémies de méningite cérébro-spinale de 1837 à 1842, constate (loc. cit.) que presque partout la rougeole et la scarlatine ont élé observées en même temps que la méningite.

En 1847-1848, la même coïncidence est notée dans la plupart des relations. A Strasbourg, M. Vaillant signale plusieurs cas de méningite avec pétéchies, en même temps que des scarlatines hémorrhagiques (°2).

Pendant l'épidémie de Metz (1847-1848), les maladies dominantes sont les fièvres éruptives, notamment la scarlatine et les inflammations des membranes séreuses. Le tableau suivant montre bien le rapport intime qui existait à Metz entre la méningite et la scarlatine; en été la méningite disparaît, la scarlatine devient plus fréquente; en hiver, c'est le contraire; lechiffre total des méningites est, du reste, a peu près le même que celui des scarlatines.

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