SYPHILIS. MALADIES VÉNÉRIENNES
sinie, sur 100 malades traités par Ch. Blanc, 90 au moins étaient syphilitiques (l).
Aux Indes, la syphilis a pris une grande extension. Edmortds calcule que le chiffre îles syphilitiques parmi les troupes de l'Inde s'élève par an, en moyenne, à 12,16 pour 100 (Européens), et à 3,18 p. 100 (indigènes); d'après Kinuis, dans la présidence de Bombay, les maladies vénériennes fournissent à elles seules le sixième environ des admis sions aux hôpitaux (2). La syphilis est également très-commune à Saigon; en Chine, sur 530 malades traités à l'hôpital militaire français de Tien-tsùf (186i3 1er semestre), on comptait 90 chancres et 21 cas de syphilis (3).
Les maladies vénériennes sont, parait-il, assez rares dans l'armée américaine (4) .
Fréquence dans les armées européennes. — Il n'est pas facile d'apprécier la fréquence de la syphilis dans les armées, et la faute en est aux nomenclatures qui sont adoptées pour la statistique; il est parfaitement reconnu aujourd'hui que les maladies vénériennes comprennent 1° la blennorrhagie, 2° le chancre mou, 3° la syphilis; au lieu d'admettre cette division si simple, si rationnelle, la nomenclature française des maladies qui peuvent motiver l'entrée aux hôpitaux (5) est ainsi conçue : Titre III. Maladies virulentes et contagieuses, (26) syphilis primitive, (27) syphilis constitutionnelle. Toute syphilis est constitutionnelle, d'autre part le chancre simple et la blennorrhagie, qu'on est obligé, faute de mieux, de ranger parmi les syphilis primitives, ne méritent pas ce titre.
La nouvelle nomenclature pour la statistique de l'armée (adoptée le 13 novembre 187-4) échappe à ces reproches (6), elle porte en effet sous le litre Ier (Maladies générales), § 16, chancre mou (simple et compliqué); § 17, syphilis (primitive, secondaire, tertiaire); la blennorrhagie figure parmi les maladies de l'appareil génito-urinaire ("maladies locales, § 126, uréthrite simple et blennorrhagique). La syphilis primitive de la nouvelle nomenclature, c'est le chancre induré; la distinction entre les maladies vénériennes est donc parfaitement
(!) Ch. Diane, op. cit. (Gazette licbdom., 29 mai 1874). (2) E. Lancereaitt, op. cit., p. i7.
-3; Armand, Lettres sur Fexpéd. de Chine et de Cochinchine. (Gaielte méd., 18152, p. 077.)
I Rapport adressé à la commission sanitaire des États-Unis par Frccman et .1. liiimst'-ad. — Evans, op. cit., p. 265. (%] l)idiot. Code des officiers de santé, p. 933.
if,) Instruction pour l'exécution de l'article 5 de la loi du 22 janvier 1851 portant Création de la statistique médicale de l'armée. (Journal militaire, 1874, p. 525.)
tracée pour la statistique à venir, cl dans quelques années on pourra se rendre un compte exact do leur fréquence relative; dans l'étal actuel des clioses, tout ce qu'on peut faire, c'est de rechercher la fréquence des maladies vénériennes en général.
Armée française. - De 1862 à 1809, 'sur 709064 malades admis chaque année aux hôpitaux, à l'infirmerie' ou à la chambre il y a en moyenne 40 003 hommes atteints d'affections vénériennes' soi! 56 pour 1000 malades et 106 pour 1000 hommes d'effectif' sur 10 000 journées de malades il y en a 1900 pour maladies vénériennes (1).
C'est dans les grandes villes que le nombre des vénériens est le plus considérable; pendant la période quinquennale de 1861 à 1865, M. le docteur Didiot a trouvé que la moyenne annuelle des vénériens dans la garnison de Marseille était de 124 pour 1000 hommes d'effectif ou de 1 sur 8 environ. M. le docteur Didiot a calculé que le traitement des vénériens revenait à plus d'un million par an; à cette perle d'argent il faut ajouter celle d'un grand nombre, de journées de service, la durée du traitement est très-longue pour les vénériens (37 à 50 jours en moyenne) (2).
En 1869, cette situation s'est un peu améliorée; mais on compte encore 95 vénériens pour 1000 hommes d'effectif, et en Azérie la proportion s'élève à 156 sur 1000. Ce sont les villes de Bresl, Verdun Joigny, Besancon, Nancy, Caen, Lille, Rennes, qui fournissent le plus de vénériens; pour Taris et Versailles, le chiffre s'élève a peine audessus de la moyenne (3).
En 1872, lastatistique indique 91 vénériens sur 1000 hommes pour l'armée de l'intérieur, 137 sur 1000 pour l'armée en Algérie; en moyenne, pour toute l'armée, \ sur 10. En 1873, 88 pour 1000.'
On peut admeltre comme chiffre moyen des vénériens dans l'armée française celui de 90 à 100 sur 1000 hommes d'effectif; combien y a-t-il de syphilitiques parmi ces vénériens? La statistique médicale de l'armée a été rédigée jusqu'ici de telle façon qu'il est impossible de répondre exactement à cette question; mais tous les médecins militaires conviendront que sur 10 vénériens on rencontre a peine deux syphilitiques, sans compter que les mêmes malades rentrent souvent plusieurs fois à l'hôpital pour syphilis (on devrait lâcher, dans la statistique cà venir, d'empêcher celle cause d'erreur). D'après les re-
(1) Statist. méd. de l'armée, 1869, p. 62.
(2) Etude statistique de la syphilis dans la garnison de Marseille, par le docteur Didiot. (Rec. mèm. méd. militaire, 3° série, t. XVIII, p. 423.)
(3) Slatisl. méd. de l'armée, 1869, p. 35.
SYPHILIS. MAI.ADII'.S YËNÊU1ENNES. 417
cherches île M. Vieiiiinckx (I), sur 100 affections vénériennes dans l'armée belge, il y a en moyenne : 04,80 blcnnorrhagies (années 1858-1859-1800); en ajoutant au chiffre îles blcnnorrhagies celui îles chancres mous, on arriverait au minimum au chiffre de 80 sur 100; nous pouvons donc conclure qu'il y' a tout au plus deux syphilitiques sur 100 hommes d'effectif.
La statistique de 1800 porte 9 décès par syphilis; celle de 1872, 3 décès par syphilis primitive, 10 par syphilis constitutionnelle.
Armées étrangères. — Dans l'armée anglaise, on compte 329 vénériens sur 1000 hommes d'effectif, ou, à très-peu près, 1 sur 3, tandis que chez nous il n'y en a que 1 sur 10 (2). Cette fréquence des maladies vénériennes s'explique par l'absence en Angleterre des mesures prophylactiques adoptées dans tous les autres pays.
M. Yleminckx, dans un travail publié en 1802, arrive à cette conclusion que l'armée française compte une fois plus de vénériens que l'armée belge (3); mais M. Yleminckx se donne beau jeu : sous prétexte qu'en France les blennorrhagies sont traitées dans les infirmeries régimentaires, il compare le chiffre des vénériens des garnisons françaises à celui des vénériens des garnisons belges, sans comprendre dans ce dernier les blennorrhagies. Depuis la publication du mémoire de M. Yleminckx, la statistique a prononcé; pour les années 1808 et 1869, les vénériens sont, dans l'armée belge comme dans l'armée française, dans la proportion du dixième de l'effectif; de même pour l'armée portugaise (1801-1807), où l'on trouve 90 vénériens sur 1000 hommes.
Dans les armées austro-hongroise et prussienne, les maladies vénériennes sont moins fréquentes ; en Prusse il n'y a que 54 vénériens sur 1000 hommes (année 1807); en Autriche, 03 pour 1000 (année 1809) (4).
Dans l'année hollandaise (1808-1809), il y a 105 malades vénériens sur 1000 hommes traités aux hôpitaux; mais ces chiffres ne sont pas comparables à ceux des autres armées, beaucoup de soldats hollandais étant soignés hors des hôpitaux.
L'étude de la fréquence des maladies vénériennes clans les armées montre bien l'importance des mesures sanitaires et leur efficacité, les Anglais ont payé très-cher leur mépris pour la prophylaxie des maladies vénériennes, et ils sont en train, croyons-nous, de revenir de leur cireur.
(1) Archive* belges île méd. militaire, 1802, t. XXIX, p. 313.
[îj Ely, inéin. cité. (liée. mèm. méd. militaire, septembre 1869.)
(3; Du mal vénérien en Belgique. (Archives belges de méd. militaire.) Loc. cit.
(I) Statistique méd. de l'armée your 1 860, p. 5i-£>!).
Prophylaxie. — Autrefois; tout malade vénérien était puni de 30 jours de consigne à sa sortie de l'infirmerie ou de l'hôpital; on a dû renoncer à cette mesure qui ne donnait que de mauvais résultais : les vénériens, par crainte d'une punition, cachaient leur maladie le plus longtemps possible, épuisaient les remèdes, souvent très-dangereux, que leur indiquaient des camarades, et aggravaient ainsi une affection dont la cure devenait plus difficile.
De tous côtés on a été conduit à adopter les bases suivantes pour la prophylaxie des maladies vénériennes (1) :
1° Forcer les hommes à déclarer leur maladie dès le début, en Supprimant toute punition pour ceux qui font spontanément cette déclaration et en punissant au contraire ceux qui cachent leur maladie.
2° Faire de temps à autre des visites sanitaires; examiner en particulier tous les hommes qui arrivent dans les corps et tous ceux qui en partent.
3° Envoyer immédiatement tous les vénériens soit à l'infirmerie, soit aux hôpitaux.
4° Forcer tout homme qui contracte une maladie vénérienne à déclarer où il l'a prise et signaler à la police la femme incriminée.
Ce sont ces principes qui ont dicté les sages prescriptions de l'arrêté suivant en vigueur dans l'armée française :
Art. I". — Tout militaire atteint de syphilis ou de gale doit immédiatement en faire la déclaration au médecin du corps; il n'encourl aucune punition s'il se présente spontanément et dès l'apparition des premiers symptômes de la maladie.
II. — Tout sous-officier, brigadier, caporal et soldat reconnu atteint d'une affection vénérienne ou cutanée, dont la gravité révélerait que l'apparition des symptômes primitifs remonte à plus de quatre jours sans que le malade ait pu s'y méprendre, sera traité à la salle des consignés si son état le permet; il sera en outre puni, à sa sortie de l'hôpital, d'un mois de consigne pour ne pas s'être présenté dès le début de la maladie à la visite du médecin du corps, et pour s'être rendu à charge à ses camarades par un long séjour aux hôpitaux.
III. — Tout sous-officier, caporal ou brigadier qui saura qu'un soldat sous ses ordres est. atteint de gale ou de sypbilis, lui rappellera les dispositions des articles 1 et 2 du présent arrêté; il sera tenu de le désigner au rapport le lendemain, dans le cas où le malade ne se
(1) Vlcminckx, Des mesures adoptées et réalisées en Belgique contre lapropagal. des malad. vénér. — Rapport de Kreeman et J. Bumslead à la commission sanit. des États-Unis, loc. cit.