‹ Traité des maladies et épidémies des armées [electronic resource]Chapitre 86 sur 127 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Historique. — La première observation de morve aiguë chczl'homme l'ut recueillie en 1821 par Schilling, chirurgien de régiment à Berlin, el publiée sous le nom tfêrysipèle gangreneux par la transmission d'un poison animal (1). En 1822, T. Tarozzi a publié l'histoire fort intéressante d'une petite épidémie de morve qui se déclara en 1815 dans une éiable de la commune d'Osliano; trois vaches et deux chevaux, dont un morveux, étaient renfermés dans celle étable, petite, mal aérée et aussi mal entretenue; onze personnes qui y avaient séjourné furent atteintes d'accidents dont Tarozzi nous a laissé la description, et dans lesquels il est impossible de méconnaître la morve; dix personnes sur onze moururent, une seule guérit (2).

En 1823,Seidler rapporte un cas de morve aiguë bien caractérisée chez l'homme (3); en 1828, Elliolson publie sur la question un mémoire important dans lequel il cite trois observations nouvelles (4). Graves, qui connaissait le travail d'Elliotson, parle dans sa cinquanteneuvième leçon de la transmission de la morve du cheval à l'homme comme d'un fait démontré et commun particulièrement en Irlande: « De documents que j'ai pu rassembler il ressort, dit-il, que la morve humaine est très-fréquente en Irlande, si fréquente en vérité que notre gouvernement devrait imiter la prudence de celui de Prusse et placer les chevaux morveux sous la surveillance immédiate de la police (5). » Graves rapporte d'ans cette leçon une observation de morve aigué chez l'homme, et il insiste particulièrement sur le caractère des éruptions qui se font à la peau.

(\) Ru.it'» magaiin, XI8 vol.

(ï< Annali unlverxali dl medicina. (V. Rayer, De la morve et du farcin chez l'homme, p. Ï68.)

(3) Urnl'n marjnsin, XVII" vol.

H) Tranmclirms médiro-cltirunjicates, l. XVI, p. 1 <-l 171. fri Leçons de clin, méd., Iradutt. de JdCCOild, t. Il, p. -175.)

D'autres observations sont dues à A. Numan, Alexander, Herlwig, F. Vogeli, Wolf, Priuz, Hardwicke, Eck, Rennes, etc.

C'est à Rayer que revient l'honneur d'avoir mis en lumière tous ces faits épars et d'avoir fourni des preuves certaines, irréfutables, de la contagion de la morve. Voici en quelques mots le fait qui fut le point de départ du mémoire de Rayer : le 9 février 1837, un palefrenier nommé Prost entrait à l'hôpital de la Charité, le malade était dans un état de stupeur analogue à celui des typhoïdes, le diagnostic de lièvre typhoïde fut porté d'abord, mais bientôt on remarqua sur différents points du corps une éruption pustuleuse, des phlyctènes, des abcès sous-cutanés, une plaque gangreneuse sur le gland; Rayer se souvint des descriptions d'EUiolson, et n'hésita plus à reconnaître la morve. On apprit que le malade avait couché pendant plusieurs jours auprès d'une jument atteinte de morve aiguë ; du reste, il ne s'était jamais blessé, et on ne trouvait à la surface du corps aucune trace de plaie ni d'écorchure. Prost succomba et l'autopsie révéla les lésions caractéristiques de la morve : abcès musculaires, éruption pustuleuse sur les cornets du nez et dans le larynx, abcès des poumons analogues aux abcès mélastatiques. Avant la mort, on avait recueilli du liquide d'une pustule qui inoculé à une jument provoqua une morve aiguë (1).

La démonstration était concluante, et les faits se chargèrent bientôt de la confirmer; Litlrô, dans un article publié en 1840, pouvait rassembler 24 cas de morve chez l'homme recueillis par différents observateurs de 1837 à 1840 (2).

A celte époque la morve était observée fréquemment dans l'armée, ainsi que l'attestent de nombreuses observations publiées dans le Recueil des mémoires de médecine militaire (3) et dans les Archives belges de médecine militaire ; grâce aux mesures prophylactiques qui ont été prises, ces accidents sont devenus rares, mais la morve est

(1) De la morve et du farcin chez l'homme. {Mémoires de l'Académie royale de médecine, t. Vf.)

(2) National, 15, 18 et 19 décembre 1840.

(3) Cabassc, Observations d'abces multiples, affections farcino-morveuses. (liée, mém. méd. militaire, 2° série, t. XVIII, p. 273.) — Bréant, Observation de fdrein chron. compliqué de morve aiguë. (Même rec, t. XVIII, p. 279.)— Lafeponiqne, Observ. de morve aiguë recueillie à l'hôp. militaire de Lille. (Même rec, t. XVIII, p. 289.)— Bernier, De la morve et du farcin communiques par infection médiate ou immédiate du cheval à l'homme de guerre et des Moyens pratiques propres à en diminuer la fréquence dans l'armée. (Même rec. 2° série, t. XIX.)— J. Dubois, Obsem.de morve farcineuse chronique communiquée par infection, (lbitl., p. 18, etc.) — Observ. de farcin, par M. le docteur J. Lacroniquc. {Rec. mém. méd. militaire, 2» série, t. XIX, p. 02.)

MORVE. 4JJ toujours commune parmi les chevaux de nos régiments, et il ne faut pas se départir d'une active surveillance.

K noLOGiK. Transmission du cheval a l'homme. — La morve peutelle se développer chez le cheval sous l'action de circonstances banales : fatigues, mauvaise alimentation, aération insuffisante des écuries; ou bien est-elle toujours transmise des animaux malades aux animaux sains? Je laisse aux vétérinaires le soin de résoudre cette grave question sur laquelle ils ne sont pas arrivés encore à se mettre d'accord; je constate seulement que la contagion, soit directe, soit indirecte par l'intermédiaire d'écuries infectées, est démontrée, tandis que le développement spontané ne l'est point du tout.

La morve, et c'est là surtout ce qui nous importe, est toujours transmise des animaux à l'homme, et parmi les animaux susceptibles de prendre la morve, c'est le cheval qui presque toujours est l'origine de la contagion ; aussi les vétérinaires, les soldats de cavalerie, les palefreniers, les cochers, les charretiers, sont les victimes ordinaires de celte redoutahle maladie.

La morve est transmissible à l'homme soit par inoculation, soit par contagion médiate, par infection ; en d'autres termes, le virus morveux, comme le varioleux, est inoculable tout à la fois et absorbable par les voies naturelles. Il faut, dit Rayer, classer les cas de morve aiguë en deux séries, « l'une comprenant ceux où une matière morveuse a été évidemment inoculée, et l'autre ceux où la morve parai! avoir été contractée par infection. Dans le premier cas, les accidents que l'on observe d'abord sont ceux d'une augioleucile, d'une phlébite locale, d'une inflammation diffuse du tissu cellulaire dans une région du corps , et le plus souvent dans l'un des bras, puis surviennent les symptômes et les lésions de la morve. Dans le second, au début, on ne remarque pas ces symptômes locaux d'inoculation, mais tout d'abord se manifestent ceux d'une infection générale (1). » Piayer, dans son mémoire, cite même plus de cas de morve par infection que par inoculation.

La matière du jelage des chevaux morveux souille la paille, les i l ins, les couvertures, et dans bon nombre de cas c'est elle qui sert à la transmission; un soldat, dont M. le docteur Lacroniquc rapporte l'observation, fut atteint de morve farci neusc aiguë pour avoir garni ses sabots avec de la paille provenant d'une écurie de chevaux morveux; des hommes atteints d'écorchures aux mains se sont inocules souvent en pansant des chevaux malades. La matière du jetage desséchée se répand dans l'air sous forme de poussière et devient ainsi

(1) Rayer, mém. çïli, p. 19.

l'agent de la contagion, par les voies naturelles; mais le virus morveux n'a pas heureusement la même puissance de diffusion que le virus varioleux par exemple ; les individus qui contractent la morve par infection sont surtout des palefreniers, des cavaliers qui pendant plusieurs jours ont couché à côté de chevaux morveux et se sont servis souvent de couvertures destinées aux animaux, les vétérinaires qui ne demeurent pas près des chevaux morveux ne prennent la morve que par inoculation.

La morve de l'homme est inoculable au cheval et à l'homme, un externe de Bérard contracta la morve en pansant un malade qui en élait atteint.

Les cadavres des animaux morveux ont servi souvent à la transmission; des élèves vétérinaires se sont inoculé maintes fois la morve en disséquant des chevaux morts de celte maladie. M. le docteur Lacronique rapporte (1) l'exemple d'un douanier qui se blessa en cherchant cà dépouiller un cheval morveux, et qui succomba à. une morve farcineuse aiguë. Des peaux, des crins provenant d'animaux malades ont transmis quelquefois la morve aux ouvriers qui les travaillaient.

Incubation. — A la suite de l'inoculation, les accidents se produisent assez rapidement, au bout de deux à huit jours d'après Rayer; la durée de l'incubation est plus difficile à apprécier dans la morve par infection ; les malades ayant séjourné pendant un certain temps à côté des chevaux morveux, il est difficile de dire à quel moment la transmission s'est faite; quelques auteurs pensent que l'incubation peut être très-longue dans ces cas, il est très-probable qu'elle est à peu près la même, quelle que soit la porte d'entrée du virus.

Formes. — Morve aiguë. — Rayer décrit quatre formes qui correspondent à celles qui sont admises par les vétérinaires : morve aiguë, larcin aigu, morve chronique, larcin chronique; la plupart des auteurs ont adopté cette division.

La morve et le farcin relèvent du même virus, le farcin se transforme facilement chez le cheval en morve aiguë, les lésions farcineuses sont inoculables et peuvent donner naissance soit à la morve, soit au farcin ; l'absence de jelage chez les animaux farcineux explique pourquoi celte forme est moins contagieuse que l'autre.

Pourquoi deux noms pour désigner une même maladie? Nous ne décrirons que deux formes : la morve aiguë et la morve chronique.

Dans la morve aiguë inoculée, après une période d'incubalion de deux à huit jours, il survient de la douleur, de la chaleur, de la tuméfaction au point d'insertion du virus, plus lard une traînée rouge

(1) Rec. mèm. mél. militaire, 1856.

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