CHAPITRE PREMIER
Histoire de la Goutte des Articulations.
JL,
J E vais décrire én premier lieu la Goutte des articulations , qui forme des attaques
régulières , composées d'accès, qui se suc-
cèdent le plus souvent dans un ordre pério-
dique.
La Goutte qui forme des attaques régulières , occupe d’abord les articulations des pieds : et les autres articulations sont ensuite
2 T'AVAUTIT'E
souvent affectées par la Goutte , dans le cours de ces attaques.
L'attaque régulière de Goutte est communément précédée , pendant quelques jours, de divers symptômes , dont les principaux se manifestent dans l'état de l'estomac , de l'habitude du corps , et des extrémités inférieures.
Les fonctions de l'estomac sont surtout dérangées : et le malade ressent, dans la région précordiale , une incommodité difficile à définir. :
Tout le corps est souvent affecté d’un gonflement Comme venteux, accompagné d'engourdissement, et de mouvemens spasmodiques plus ou moius marqués. Il s’y joint de la langucur et des malaises ; et le sommeil est fort interrompu.
Des crampes fréquentes , un refroidissement marqué, de fortes démangeaisons se font sentir en divers endroits des extrémités inférieures. Le malade a des sensations. de vents qui lui paraissent descendre le long des cuisses , et s'y mouvoir dans les muscles, avec une sorte d'affection spasmodique. J'ai vu un goutteux, chez qui ces muscles souffroient alors des douleurs vives, et il se pro-
DES MALADIES GOUTTEUSES. 2 duisoit des ecchymoses dans la peau qui les recouvyroit. |
Les veines voisines de la partie qui doit être affectée, souffrent une dilatation considérable. Baglivi dit trop généralement, que cette dilatation est un ayant-coureur certain de l’attaque de Goutte, et qu'elle subsiste Loujours pendant celte attaque.
Il arrive assez souvent qu’un ou deux jours immédiatement avant l'attaque, l'appétit revient avec plus de force que de coutume. (1). Quelquefois il survient alors une hilarité et une agilité insolites, sans cause apparente.
Plusieurs gouiteux sont aussi plus vivement portés aux plaisirs vénériens dans les temps voisins de l’accès, ainsi que l'a ob< servé Van-Swieten. Mais cette salacité exiraordinaire pourroit être rapportée aux affections flatueuses dont ils sont alors tourmentés. |
L'attaque se déclare le plus souvent dans la nuit, après quelques heures de sommeil, Elle commence communément par le pouce
(1) Grant , Some Observ ations on the Atrabitious tempérament and Gout. pag. 2x,
£ TRAITÉ du pied , dont elle affecte ensuite les autres articulations. La douleur revient par inter-: valles , elle est très-variée , tensive , pungitive, comprimante , dilacérante , etc. , et souvent elle est accompagnée d’une sensation d’eau froide qu'on verseroit sur la partie affectée ( Sydenham).
: Le malade est saisi de froid et de tremblement à diverses reprises ; et successivement de douleurs aiguës , qui vont toujours en croïssant. La fièvre avec un pouls plein, dur et tendu survient à ces douleurs ; dont l'intensité répond à sa violence. ; Ce premier accès de fièvre et de douleur dure jusqu'au jour suivant, et quelquefois pendant vingt-quatre heures. Quand elles se caiment , la peau s’humecte dans toutes les parties du corps, en même temps qu'audessus de la partie affectée : au lieu qu'elle étoit restée sèche pendant que les douleurs étaient vives (Van-Swieten ). Le malade, après cette légère moiteur, tombe dans un doux sommeil ; au sortir duquel il se manifeste , au-dessus de la partie affectée, un dépôt, avec gonflement , rougeur et chaleur.
Cette tumeur goutteuse inflammatoire ne peut être confondue avec un simple phles-
DES MALADIES GOUTTEUSFS. 5
mon , eu égard aux symptômes dontelle a été précédée. Elle ne se termine jamais par une simple résolution, ni par suppuration, mais par une transsudation locale, et par la desquammation de l’épiderme. Cette sueur locale est d’une odeur forte, ct teint quelquefois l'argent en couleur noire { Coste ).
Après la terminaison du premier accès de l'attaque de Goutte , le malade a pendant tout le cours de l'attaque, chaque soir , un redoublement de douleur, avec un mouvement fébrile , qui tombe sur le matin.
C'est de la chaîne de ces accès particuliers , qu'est composée l'attaque régulière de la Gouite. En général cette attaque dure d'autant moins que les douleurs ont été plus fortes. Elle dure.deux semaines , ou trois au plus, lorsqu'elle est la plus parfaitement régulière.
La durée d'environ quatorze jours qu'a J'attaque de Goutte régulière ; a été connue de Lucien, qui, comme Van -Swieten l'a remarqué , a parlé de cette attaque d'une manière très-conforme à la description de Sydenham. Cependant, Lisier avait l’injustice de regarder comme fabuleuse l'histoire
que Sydenham en a donnée.