‹ Traite ́des maladies goutteuses (volume 2)Chapitre 22 sur 81 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Théorie de La Goutte des articulations. :

J E traiterai séparément dans ce chapitre, 1. des altérations des solides et des humeurs qui ont lieu dans la Goutte des articulations ; 2° de la formation et des symptômes des attaques régulières de cette Goutte.

ARTICLE PREMIER

Des attérations des solides et des humeurs qui ont dieu dans la Goutte des articulations.

Il existe un état particulier dans la constitution qui est propre à la Goutte. Cullen a pensé que cette diathèse goutteuse est une affection du système nerveux, qui, en se communiquant au système sanguin , produit l'état inflammatoire de la Goutte. Il développe son opinion de la manière suivante. |

Chez les sujets disposés à la Goutte, à une période particulière de la vie, qui est d'or-

dinaire au-dessus de trente-cinq ans, l’état général de vigueur et de pléthore dans le système du corps vivant devient sujet à la perte de ton dans les extrémités. Gette atonie se communique jusquà un certain point dans tout le système , mais se manifeste particulièrement dans les fonctions de l’estomac.

Lorsque cette perte de ton survient pendant que le cerveau conserve encore une grande énergie, la nature redouble ses efforts pour rétablir le ton des parties, et elle y parvient en excitant une affection inflammatoire dans quelque partie des extrémités.

Après que cette affection inflammatoire a subsisté quelques jours , le ton des extrémités et de tout le systême se rétablit, et le malade recouvre son état ordinaire de santé.

On voit combien tout cela est fictif, Je me borne à deux observations : 1° Cette opinion que la nature qui, pour rétablir le ton de certaines parties , y excite une inflammation , ajoute à l'imaginaire du stahlianisme ; 2.° il est généralement reconnu que l'effet immédiat de l'inflammation d'une partie est d'y laisser de l’atonie; mais rien

39 DE T'RADUTE

ne prouve que cette lésion particulière doive rétablir et rendre plus constante l’action des forces toniques dans tout le sys:

téme. | 4.

Unie autre hypothèse, quin’a pas plus de fondement que celle de Cullen, est celle de Boerhaave et de Barry, qui ont pensé que la Goutte est causée par l’altération de l’esprit ou du fluide nerveux que produit le vice de la dernière digestion ou préparation des humeurs.

Stoll a dit, d’après Grant, que la cause prochaine de la Goutte est une humeur biliforme ou atrabilaire qui s'’accumule dans Ie sang ( surtout dans le systême de la veineporte ) et qui y circule jusquà ce quelle allume la fièvre dépuratoire arthritique. IE croit que la matière de la Goutte a la plus grande affinité avec l'atrabile des anciens, qui cause la maladie hypochondriaque avec matière.

Pour prouver cette aflinité de la matière de la Goutte avec l'humeur bilieuse ou atrabilaire , Stoll allègue plusieurs raisons qu'on peut regarder comme trop vagues. Il se fonde sur ce que l'accès de Goutte, dans son premier stade , ressemble à la fièvre bis

Jieuse; sur ce qu’il peut succéder à cette fièvre , et réciproquement ; sur ce qué l'état goutteux peut être compliqué ou suivi de l'érysipèle de la face, de la maladie noire, etc.

Il serait facile de trouver de semblables indices de l’affinité de la Goutte avec les maladies pituiteuses, comme avec les maladies bilieuses.

Il me paroît que la bile et la pituite surabondent plus que dans l'état naturel dans les divers individus goutteux , et peuvent même y coexister à un haut degré (d'après les observations de Van-den-Bosch (1) et de Finke (2), suivant les différences de leurs tempéramens , par une suite de l'altération générale des humeurs qui sont mal préparées.

Un degré différent de sensibilité morale peut concourir à faire dominer ou la bile ou la pituite dans les divers goutieux. Il me paroît que la Goutte des hommes tourmentés par des passions vives a plus d'afinité avec La bile, et que la Gouite des hommes

(1) His. Constit. Verm., p. 257.

{2) De Morb. bilios. , p. 29.

52 TRAITÉ dont l'ame est inactive et peu sensible , plus d'aflinité avec la pituite ou le ‘5 spontaneum.

Cependant il m'a paru que très-souvent Ja masse du sang contracte dans la Goutte invétérée une dégénération atrabilaire, que peut établir ou une corruption particulière du sang ou cette dépravation spéciale de la bile qui y surabonde. Coste a observé aussi que le sang devient tenace et noirâtre dans les vieux goutteux.

Je rapporte à cette attrabile les gangrènes des viscères qui surviennent souvent aux maladies fébriles et inflammatoires aïgués chez les goutteux dont la constitution est ruinée.

Musgrave a vu un vomissement atrabilaire dans un goutteux à l'extrémité, chez qui, peu avant la mort, l'abdomen présentoit une masse telle que chez une femme qui porteroit un fœtus mort dans la ma-

trice (1).

(1) Je remarque à cette occasion que j'ai vu plus d’un exemple de femmes, chez qui une pareille masse ayantété produite à la suite des couches et ayant causé une maladie chronique et mortelle, les symptômes de.

Cest d’après des inductions trop imparfaites, que Pietsch a soutenu que la causé générale de la Goutte est l'humeur spermatique mal préparée dans les organes de la génération qui sont affoiblis , lorsque cette humeur ne s'évacue point et qu elle est.

resorbée des vésicules séminales dans le sang. Cette dégénération du sperme qui est alors retenu, est presque toujours un effet et peut être rarement au nombre des causes de la débilitation nerveuse de la constitution qu’on observe généralement chez les goutteux: nt X E Je pense que la formation de toute maladie goutteuse dépend nécessairement de deux causes , qui la produisent par leur concours , lorsqu'elles sont assez graves, quoique ; lorsqu'elles ne sont qu’à des degrés inferieurs ; elles puissent subsister dans un -état de santé.

L’une de ces causes est une disposition

cette maladie indiquoient que cette tumeur avoit été. formée par une infiltration dans les parties voisines de la matrice , d’un sang probablement corrompu et atra: bilaire.

8 TRAITÉ particulière de Îa constitution à produire ui élat spécifique goutteux, et dans les solides et dans les humeurs. x: vê L'autre cause est une infirmité ( naturelle ou acquise ) que souffrent, relativement aux

autres organes, ceux qui doivent être le siége de la maladie goutteuse.

Les causes éloignées de la disposition qu'a la constitution à produire l'état goutteux dans les solides et dans les fluides ; sont indiquées par les faits que donne l'histoire des maladies goutteuses. Mais la cause prochaine de cette disposition nous est absolument inconnue.

Nous sommes donc bornés à rechercher tout ce qu'on peut connoître sur les altérations spécifiques dans lesquelles consiste l'état goutteux et des solides et des humeurs.

L'état goutteux des solides y établit une disposition spéciale, qui survient à des états vicieux ou de constriction spasmodique, ou de relâchement atonique, dont ils peuvent être affectés , et qui donne à Fun et à l’autre. état une permanence singulière.

| On ne peut démontrer ce qui rend per-

: manentes dans l'état spécifique goutteux des solides les aberrations de leur ton naturel:

DES MALADIES GOUTTEUSES. 35 Cependant il est des observations dont on peut déduire avec une très-grande vrai:

semblance , que cette permanence qui constitue essentiellement l’état goutteux des solides est produite par un eflort puissant et durable d'une force de situation fixe qui anime les parties du tissu de leurs fibres.

J'ai prouvé ailleurs qu’une fixation analo- gue est opérée dans les fibres des muscles et de leurs tendons par une force particulière du principe vital qu’on n'avoit pas distinguée avant moi, el que j'ai appelée force de situation fixe des molécules (où parties intégrantes ) des fibres musculaires (1).

(1) Dans mes Nouveaux Élémens de la Science de l’homme (p. 77; 78), j'ai exposé et démontré par les faits, cette observation générale que j'ai faite le pre- . mier : que le principe vital peut agir sur le tissu des fibres musculaires et tendineuses, par une force diffé . rente de celle qu’il a pour contracter ces fibres; de ma= nière qu’il en fixe les parties dans une situation respective déterminée , et qu’il empêche qu’elles ne soient écartées par des puissances très-supérieures à la force de cohésion physique de ces fibres.

Tel estle résultat nécessaire d’une classe de faits L où lon a vu que des puissances dont l’action ne pouvoit diviser le tissu des fibres des muscles vivañs médiocré-

$6 | PRAUTÉ

J'ai dit ailleurs (1) que cette forcé de sttuation fixe dans les parties des muscles et des tendons , peut aussi exister dans les ligamens et le périoste. C’est vraisemblablement lorsque le tissu de ces organes a été ramolli par une fluxion ou par une autre lésion de cause interne, qu'il devient susceptible de cette force de situation fixe.

C'est d'après les déductions ou conséquences qu'on peut tirer de l'observation des phénomènes des maladies goutteuses et

ment contractés, pouvoient néanmoins, par le même effort , casser des os auxquels ces muscles étoient attachés.

Il n'importe quel nom on voudroit donner à cette force vivante, que j’appelle de situation fixe des molé: cules ou parties des fibres musculaires et tendineuses. Mais ce qui importe, c’est qu’en reconnoissant que les faits prouvent rigoureusement l’existence de cette force au nombre des forces vivantes des muscles ,on n’affirme pas qu’une semblable force est également démontrée dans les autres organes du corps vivant ; et qu’on ne l’admette dans les fibres de ‘ces organes, que comme ‘y étant seulement indiquée par les faits, avec des degrés plus ou moins grands de probabilité.

(1) Discours préliminaire de ma Nouvelle Mécanique: des mouvemens de l'Homme et des Animaux, p.53, dans la note.

rhumatiques, que je crois vraisemblable au plus haut degré, qu’une force de situation fixe produit l'état goutteux, non-seulement dans le tissu des muscles et des tendons, mais encore dans celui des ligamens et du périoste , lorsqu'ils sont occupés par la Goutte.

de crois aussi fort vraisemblable qu'une fixation très-active et très-durable des aberrations des mouvemens toniques des fibres, que l'état goutteux y détermine , peut avoir lieu dans les fibres des viscères , comme dans celles des muscles et des tendons, et qu’elle y est de même dépendante d’une force de situation fixe des parties de ces fibres , et non proportionnée au degré de cohésion que la force de contraction tonique de ces fibres établit dans leur tissu. |

Ainsi l'état goutteux spécifique des solides me paroît consister dans un effort puissant et durable de la situation fixe qu'ont entre elles les parties du tissu des organes affectés par la maladie goutteuse, effort qui détermine un degré constant du .mouvement tonique de leurs fibres autre que dans l'état naturel. |

Page 1