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un très-grand nombre d'observations qui ont montré la surabondance de la craie ou de la terre calcaire dans les humeurs excrémentitielles , et surtout dans les urines des personnes dont la constitution étoit affectée d’une diathèse goutteuse.
Je vais indiquer d'abord, relativement à cette surabondance de la terre calcaire dans les humeurs des personnes goutteuses , une observation de Musgrave , qui me paroit très-digne d'attention.
Musgrave dit (1) que cent ans avant Île temps où il-écrivoit , on ne se servoit que peu ou point de la chaux pour la culture des champs dans le Devonshire, et qu’alors la Goutte étoit très-rare dans ce pays ; mais qu'à mesure que cet usage de la chaux y étoit
devenu commun, la Goutte s'y étoit multitipliée dans la même proportion.
On peut encore rapporter ici ce qua dit Alex. Benedictus de Véronne ( cité par Forestus ) , qu'à raison de ce que dans la Crète ( Candie ) l’on emploie dans la préparation des vins du gypse et de la chaux, les étrangers les plus fortement constitués ne peuvent
Q) DeArihritide Primigeniérequlari, Diss. p.65.
boire de ces vins pendant quelques années sans être pris d’une Goutte aux articulations, qui leur tord les mains et les pieds avec des nodus, etc.
J'ai rapporté ci-dessus des observations qu'on a faites sur le résidu blanchâtre et consistant qu'ont eu donné en abondance après leur évaporation les sueurs et les crachats des goutteux. :
Albertini (1) rapporte qu'un homme qui avoit tous les ans une attaque de Goutte, l'ayant une fois repoussée par des onctions faites sur les pieds avec le pétrole, tomba dans des maux graves, jusqu'à ce qu'il eût rendu par les selles une matière semblable à du plâtre récemment durci.
Gaubius et Reimar ont trouvé une matière blanchätre , épaissie , de nature gypseuse, en divers endroits du poumon d’un BAUER qui étoit mort asthmatique.
Adami a fait une dissertation (2) sur une excrétion de matière calcaire par les voies
(1) Acta Acad. Bonon. , tom. 1.
(2) Qui se trouve dans la collection des Thèses de
Médecine - Pratique par Haller , tom. var: p 799 et suiv.
L& TIR A UT urinaires, qui se fit à la suite d’une Goutte inyétérée. | | On lit dans l’histoire de l'Académie des Sciences (1), qu'un homme fut délivré des accès de Goutte auxquels il étoit sujet, en ren- ‘dant pendant neuf mois des urines laiteuses, qui déposoient bientôt une substance terreuse (semblable à de la craie) , qui s’endurcissoit au bout d’une heure ou deux. On estima que la quantité de terre ainsi rendue dans cet espace de temps étoit montée à plus de soixante livres.
Le sédiment terreux abondant que déposent les urines des goutteux ne prouve point que la matière arthritique soit produite principalement par la dissolution des extrémités des os, comme l'a pensé M. Hérissant (2). |
Une semblable dissolution , accompagnée de ce sédiment terreux des urines , a été observée dans le scorbut, le rachitis et la vé-
role où les os étoient attaqués. Mais ce sont )
(1) Hist. de l’Ac. des Sc. pour l’année 1747, Obs. 3. (2) Mém, de PAc. des Sc. 1758, p. 429.
des obsérvations rares, que céHe dé Plater et de Roëdérer , sur ce qu'on a trouvé les os comme rongés et vermoulus chez des personnes qui avoient été long-temps tourmentées de la Goutte, et lon peut encore douter si ces personnes n'avoient point été en même temps affectées d’une forte complication de scorbut ou de vérole.
Sans admettre qu'il existe aucune disso=< lution des os dans la Goutte, on est fondé à penser que la terre des os ne différe point essentiellement , mais par des modifications qui ne sont point encore assez déterminées, et du sédiment terreux des urines dans la Goutte et des concrétions tophacées qui Sy forment dans les lieux voisins des os. Les expériences de M. Hérissant établissent cette affinité de la substance des os avec les tufs gouiteux, qu'il a dissous entiérement en leur appliquant de l'acide nitreux af foibli.
Hundertmarck (1) a rapporté l’histoire d'un malade qui, depuis son enfance jus-
(1) Dans sa dissertation de Urina cretacea, qui est au sixième volume de la collection d’Opuscules de Médecine-pratique par Baldinger.
qu'à l’âge de quarante-cinq ans, rendit cons tamment des urines blanchâtres , troubles et muqueuses , avec un sédiment de craie, et qui. devint goutteux lorsque l’évacuation de ces urines se supprima d’elle-même:
Un fait semblable a été vu par Vieussens (1).
Je trouve dans un journal allemand (2), que plusieurs médecins ont prévu et annoncé que la Goutte attaqueroit des sujets dont l'urine charioit abondamment un semblable sédiment calcaire.
Un autre journaliste (1) dit qu'il a vu deux sexagénaires qui n'avoient point eu de douleurs de Goutte, mais qui paroissoient disposés à cette maladie, qui ont rendu , lun pendant plusieurs années, avec des intervalles de quelques jours, l'autre pendant quelques mois, des urines chargées d'une grande quantité de sédiment crayeux , dont l'excrétion étoit manifeste-
(1) Dont l'observation est citée par Sauvages, Nosot. Method. ubi de Pyurià arthritica.
(2) Allgemeine Deutsche Bibliothek, t. uv. p. 196. (3) Comment. de rebus in Sci. Natur.et Medicind
gestès, t. 1 , p. 199 - 6.
ñént , utile pour leur santé, d’ailleurs fort altérée.
Les faits de ce genre sont dignes de re-
marque ; et j'en fais d'autant plus volontiers le recueil , qu'il établit un fait général , utile pour le diagnostique de la cachexie goutteuse , dont je parlerai dans la suite.
‘ L'existence d’une matière morbifique dans le sang des goutteux est prouvée par les exemples que j'ai rapportés , où la Goutte a été continuellement prévenue par des évacuations journalières de craie dans les urines. Cette matière morbifique est aussi rendue sensible par un grand nombre d'observations analogues à celle-ci, qu'a faite Musgrave. IH a vu dans un cas de Goutte remontée , qui fut guérie par l'application d’un vésicatoire sur une ancienne lumeur que la Goutte avoit
formée à une articulation, que ce vésica-
toire ayant fait évacuer une très-grande
quantité de sérosités , le malade fut ensuite exempt de Goutte pendant un temps beaucoup plus long qu'il ne l’avoit été durant le cours de plusieurs années de son état goutteux. | Cullen a prouvé sans doute par ses observations , que la Goutte ne peut avoir pour
cause unique une matière ou humeur mor:
bifique qui lui soit propre. Mais on ne doit pas, en suivant l'opinion de Cullen , se refuser à croire qu'il existe une altération particulière goutteuse de la masse du sang , et n'admettre d'affection goutteuse que dans le: système des solides. On doit reconnoître que les effets de la Goutte ne sont point bornés aux solides , et qu’ils ne dépendent point exclusivement de la lésion des parties voisines des articulations et de leur réaction sur les autres organes.
Aux approches des attaques de Goutte , ou durant ces attaques, il se fait un travail dans la masse du sang et des humeurs qui en développe et dégage les principes salins , de manière que l'acide sy montre en plus grande abondance et dans les urines et dans les autres humeurs excrémentitielles ( quoiqu'il y soit toujours joint à une grande quantité de matière terreuse }).
M. Selle, dans la description générale qu'il a donnée des maladies arthritiques (1),
(1) In À ppend. Pyretologiæ.
DES MALADIES GOUTTEUSÉS. hg rapporte , comme une chose qui leur est commune , que l'odeur acide y est marquée dans les sueurs, surtout des extrémités, auxquelles les goutteux sont RE blle ment disposés , ainsi que dans la transpiration qui termine sensiblement chaque accès de Goutte, que, les acces sont le plus souvent précédés de rapports acides, et fi nissenf souvent par des vomissemens de matières acides.
On a beaucoup d'exemples de vomissemens semblables de matières liquides dont l'acidité égaloit celle des acides minéraux, qui , survenant à des attaques de Goutte , y procuroient le plus grand soulagement. De tels exemples sont rapportés par Prosp. Martianus , Fréd. Hoffman , Quarin, etc.
Il faut sans doute expliquer par l’action de l'acide qui se développoit au temps des attaques de Goutte le fait suivant qu'a vu Hoffman. Un homme sujet à la podagre portoit au doigt un anneau composé avec un amalgame de mercure et de cuivre , et la tuthie. Quelques jours avant l'attaque de Goutte et pendant toute sa durée, cet anneau contractoit une noirceur livide, qui se dis
5o. TR AITÉ sipoit vers le temps du déclin de l'attaque et faisoit place à sa couleur primitive.
: M. Bertholiet s'est assuré par de nombreuses observations que lacide phosphorique ( qui est toujours dans l'urine , combiné en excès avec une terre calcaire } est vaturellement en beaucoup moindre quantité dans l’ürine des personnes sujettes à la Goutte et au rhumatisme que dans celle des personnes qui jouissent d’une bonne santé ; mais qu'aux approches d’un accès de Goutte, et pendant cet accès , l'urine contient autant d'acide phosphorique que celle des hommes d’une forte constitution et beaucoup plus qu’elle n'en contient dans l'état ordinaire du goutteux (1). :
M. Berthollet (2) pense que Facide phosphorique en se combinant chez les goutteux avec plus ou moins d'une terre calcaire,
(1) V. le Journal de Médecine, juin 1786, p. 476.
M. Trampel( Beobacthungen, tem. 1 , p.72 ), assure avoir observé que l’urine ne teint point en rouge le papier bleu , dans Le période où se prépare le travail de l'attaque de Goutte, ni même durant cette: attaque , avant qu’il ne s’y fasse des évacuations critiques , et que l’urine ne dépose un sédiment.
(2) Dans le Journal de physique, avril 1786.
DES MALADIES GOUTTEUSES. bt ét d’une substance animale ; forme les dépôts ou tufs arthritiques.